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Playlist 2014

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 00:26
Les films de 2014Les films de 2014Les films de 2014

 

1

 Gone Girl

David Fincher

9,5

2

 Whiplash

Damien Chazelle

9

3

 The Raid 2

Gareth Evans

9

4

 Young Ones

Jake Paltrow

8,5

5

 Nightcrawler (Night Call)

Dan Gilroy

8,5

6

 Fury

David Ayer

8,5

7

 Joe

David Gordon Green

8,5

8

 12 years a Slave

Steve McQueen (II)

8,5

9

 Bethléem

Yuval Adler

8

10

 Black Coal

Yi'nan Diao

8

11

 Maps to the Stars

David Cronenberg

8

12

 Edge of Tomorrow

Doug Liman

8

13

 X-men : Days of Future Past

Bryan Singer

 

 

14

 Interstellar

Christopher Nolan

8

15

 Locke

Steven Knight

7,5

16

 ‘71

Yann Demange

7,5

17

 Non Stop

Jaume Collet-Serra

7,5

18

 Les Gardiens de la Galaxie

James Gunn (II)

7,5

19

 Noé

Darren Aronofsky

7,5

20

 The Amazing Spiderman 2

Marc Webb

7,5

21

 L’Enlèvement de Michel Houellebecq

Guillaume Nicloux

7

22

 The Canyons

Paul Schrader

7

23

 The Rover

David Michôd

7

24

 La Planète des Singes :   L'Affrontement

Matt Reeves

7

25

 Blue Ruin

Jeremy Saulnier

6,5

26

 Detective Dee 2

Tsui Hark

6,5

27

 300 : Naissance d’un Empire

Noam Murro

6

28

 Exodus : Gods and Kings

Ridley Scott

6

29

 John Wick

David Leitch, Chad Stahelski

6

30

 Under the Skin

Jonathan Glazer

5

31

 The Ryan Initiative

Kenneth Branagh

4

32

 Dracula Untold

Gary Shore

4

         

 

 

 

Eloge de la technique 

 

Ce ne sont pas la technique et la virtuosité qui font la qualité d’une œuvre. Je pense avoir suffisamment défendu ce point de vue par ici (point de vue qui n’a rien de très original, c’est communément admis), pour ne pas qu’on m’accuse de juger les œuvres par le prisme de la technique.

 

Mais si la mise en valeur de la virtuosité a conduit nombre de dérives chez pas mal d’artistes, il ne faut pas pour autant tomber dans la dérive inverse, celle, assez ancrée dans notre époque, qui consisterait à penser que l’art ne serait qu’émotion et inspiration. A contre-courant de cette vision un peu niaise, les 3 meilleurs films de l’année, à mon sens, ont su pertinemment redorer le blason de la technique.

 

En tout premier lieu, Whiplash, puisque la perfection technique est l’enjeu au cœur de cette confrontation entre un prof et son élève. Les critiques ont été globalement très positives pour ce premier film remarquablement maîtrisé, mais il a aussi son lot de détracteurs, qui l’ont attaqué avec virulence sur la soi-disant idéologie qui le sous-tendrait, une idéologie qui ferait l’apologie de la compétition, de la souffrance dans l’apprentissage, de la technique au détriment de l’émotion etc… Balivernes ! Personnellement, ce que j’aime dans le jazz, c’est son swing, sa musicalité, son expressivité, sa subtilité, sa richesse harmonique, sûrement pas les démonstrations virtuoses de petits blancs (et petits noirs, aussi), fraîchement diplômés de prestigieuses écoles de jazz. Et pourtant, j’ai adoré Whiplash ! Où les détracteurs de Whiplash ont-ils vu que le film imposait une vision totalitaire de la musique, du jazz ou de son apprentissage ? Je n’arriverai jamais à me faire à ces lectures idéologiques des œuvres, lectures paranoïaques qui se refusent à voir les histoires que nous racontent les œuvres avant tout comme des trajectoires individuelles (à moins que le film soit clairement un film à thèse, ce que Whiplash n’est en aucun cas). Whiplash, c’est la confrontation entre un jeune batteur ambitieux et un prof excessivement dur et exigeant. Une confrontation singulière, pas une dissertation sur « comment enseigner la musique », ni un traité pédagogique sur la seule manière de devenir un bon musicien. Et si le film ne prétend absolument pas nous dire ce qu’est le jazz, il est assez juste sur le haut-niveau d’exigence demandé et l’apprentissage dans la douleur. On ne devient pas Coltrane, Parker, Roach ou Monk en travaillant son instrument en dilettante. Pour arriver à cette impression de facilité, de naturel et de fluidité, les grands noms du jazz (et les plus petits aussi) ont bossé comme des malades, ils ne savent que trop bien ce que sont les sacrifices, la souffrance et l’abnégation…

 

Autre type de maîtrise technique et de manière de repousser les limites du corps : les arts martiaux, dans le jubilatoire The Raid 2. Tout critique normalement constitué vous dira que de bonnes scènes de combats, aussi spectaculaires et plaisantes soient-elles, ne suffisent pas à faire un bon film. Il faut une histoire, un contexte, des personnages intéressants, de l’émotion… mais The Raid 2 réussit l’exploit de remettre en question cette évidence. Non pas que l’histoire ou les personnages soient mauvais ou ratés, loin de là, mais les scènes de combats sont tellement fascinantes que le reste importe finalement assez peu. On n’a à ma connaissance jamais vu de combats aussi bien chorégraphiés. Spectaculaires et d’une intensité rare, ces combats sont aussi beaux et inventifs que violents et brutaux.

 

De technique, il n’en est pas directement question dans mon film de l’année, Gone Girl de David Fincher. Avec son histoire intimiste et glauque dans une banale petite banlieue, ce n’est pas de prime abord un film que l’on qualifierait de « virtuose »… mais il témoigne bien d’une maîtrise exceptionnelle à tous les niveaux, dans les dialogues, la direction d’acteur, la narration et la réalisation. Et s’il y a une critique – assez injustifiée à mon sens – qui revient régulièrement sur le réalisateur, c’est qu’il serait un très bon « faiseur », pas un véritable auteur. Un technicien et touche-à-tout particulièrement doué (donc agaçant), réalisateur de films à succès aussi différents que Seven, Alien 3, Fight Club, L’Etrange Histoire de Benjamin Button, Zodiac ou The Social Network… mais critique assez injustifiée, car il y a tout de même des obsessions et thèmes forts qui traversent l’œuvre de Fincher. En premier lieu, l’enfermement, et le danger de l’enfermement, que Fincher ne cesse de décliner. Enfermement dans une prison (Alien 3), dans la schizophrénie (Fight Club), dans un jeu (The Game), dans une maison, et même la « Panic Room » à l’intérieur d’une maison (Panic Room, donc), dans les méandres d’une enquête qui s’étale sur des années sans ne jamais sembler trouver de porte de sortie (Zodiac), dans un corps qui ne correspond pas à la réalité de son âge (L’Etrange histoire de Benjamin Button), dans une froide petite bourgade et dans de lourds secrets (Millenium)… Gone Girl va particulièrement loin dans l’exploration de l’enfermement, c’est d’abord l’enfermement dans la vie de couple, qui entraîne l’enfermement dans la routine, la médiocrité du quotidien, les mensonges… Le cinéma de Fincher met ainsi en scène l’enfermement sous toutes ses formes, qu’il soit dans un lieu, dans l’esprit, le corps, ou la relation aux autres.

 

Les films de David Fincher sont souvent de gros succès, mais ce ne sont pas des films lisses ou consensuels, ils ont une noirceur peu commune pour des blockbusters. Non pas une noirceur de façade, mais une plongée dans des zones très sombres, parfois malsaines, et un regard souvent noir et désespéré sur l’humanité. Je vais peut-être faire hurler quelques puristes, mais il y a du Kubrick chez Fincher. Une vision sombre et cynique de l’humain qui ne les empêche pourtant pas de séduire un public assez large, la capacité de passer par des univers très différents dans chacun de leurs films, le soin tout particulier accordé au visuel… et si Kubrick est maintenant unanimement considéré comme un des plus grands réalisateurs de l’histoire (voire le plus grand), il ne faut pas oublier que plusieurs de ses chefs-d’œuvre ont été à l’époque descendus par la critique… Je n’irais pas jusqu’à mettre Fincher au même niveau que Kubrick, mais il est pour moi un des tous meilleurs réalisateurs de ces 20 dernières années, et Gone Girl est un de ses chefs-d’œuvre.

 

Si l’enfermement est une des grandes obsessions du cinéma de Fincher (sa crainte de se laisser enfermer dans un univers très « personnel », contrairement à beaucoup de grands réalisateurs, peut expliquer la relative diversité de ses films), il se retrouve aussi au cœur de beaucoup de films de 2014. Il y a 2 ans, j’avais été marqué par le thème du « cocon » dans les films de l’année, ce désir de se replonger dans le cocon pour fuir le monde et ses souffrances. Mais en 2014, la thématique est inversée, l’enfermement est un danger et une souffrance, il s’agit avant tout de s’évader…

 

Toutes les formes d’emprisonnement, ou presque, parcourent la plupart des films de l’année. Prisonnier d’une vie de couple aliénante (Gone Girl), de l’esclavage (12 Years a Slave), d’une relation maître-élève où le maître abuse en permanence de son autorité, et tient plus du tortionnaire que du pédagogue (Whiplash), d’une faille spatio-temporelle et d’une journée qui se répète sans fin (Edge of Tomorrow), de la violence et de l’absurdité de la guerre, dans un tank qui est moins un cocon rassurant qu’un tombeau roulant en première ligne (Fury, dans la lignée des grands films de guerre), prisonnier d’un conflit destructeur, de liens familiaux comme d’alliances imposées (Bethléem), d’une famille néfaste (Joe), ou d’une dont le nouveau « chef de famille » est l’ennemi (Young Ones), prisonnier de la mécanique de la vengeance (Blue Ruin), enfermé dans un avion où sévit un terroriste et prisonnier de la douleur de la perte d’une enfant (Non-Stop), enfermé tout au long du film dans une voiture et prisonnier d’une situation inextricable (Locke), prisonnier de la cage dorée hollywoodienne et d’un travail de bonne à tout faire d’une actrice tyrannique (Maps to the Stars), seul et blessé dans une zone ennemie (’71, sur les émeutes de l’époque en Irlande), prisonnier d’un futur apocalyptique qu’il s’agit de fuir en retournant dans le passé pour l’empêcher d’advenir (enfin une bonne adaptation des X-Men), prisonnier d’une arche et de l’autorité d’un patriarche prêt à tuer sa propre descendance si telle est la volonté de Dieu (Noé), prisonnier, tout simplement (L’enlèvement de Michel Houellebecq)… et, last but not least, Interstellar où notre bonne vieille terre est présentée comme une prison qui nous mènera à notre fin si nous ne trouvons pas un moyen de la fuir (ce qui est tout à fait juste d’un point de vue scientifique, mais très « politiquement incorrect »).

 

Interstellar, parlons-en… un film assez inégal qui n'est pas vraiment à la hauteur de ses ambitions métaphysiques, scientifiques et poétiques. Il souffre de quelques passages un peu niais (la tirade sur la puissance de l'amour...) mais bon, il a au moins le mérite d'essayer, de viser haut, et d'esquisser quelques grandes questions pas si fréquentes dans les œuvres actuelles, notamment une, cruciale s'il en est : la survie de l'humanité dans l'univers tel que nous le connaissons. Désastre écologique ou pas, la Terre est quoi qu'il en soit condamnée, et, comme le dit l’accroche du film, ce n'est pas parce que nous sommes nés sur Terre que nous devons y mourir... les trous de ver qui sont au centre du film sont, en l’état de nos connaissances scientifiques, sans doute notre seule chance de survie après à la mort programmée de la terre et de notre système solaire, et c'est très bien qu'un film "grand public" aborde ce sujet... mais, comme Gravity l’an dernier, trop de pathos, malheureusement… dommage, car il y a aussi de très bonnes choses dans Interstellar, qui n’était pas loin d’être un grand film…

Petite déception, donc, la plus grosse cette année étant pour moi Under the Skin. Je ne partage pas du tout l’enthousiasme autour du film et les critiques dithyrambiques qu’il a pu susciter (notamment de plusieurs de mes camarades blogueurs). Une énième variation sur le thème de la vamp, le film est très répétitif, et plus soporifique qu’atmosphérique (putain ce que c’est lent !) Scarlett en voiture, Scarlett à la plage, Scarlett en boîte de nuit, Scarlett prend le bus, Scarlett dans la forêt, Scarlett à poil… elle est certes toujours agréable à regarder, mais est-ce suffisant pour en faire un film ? Non. Quelques images marquantes, mais plombées par beaucoup trop de longueurs. Si vous aimez les films lents et visuellement remarquables, je vous conseille plutôt le très bon film chinois Black Coal

 

Travail oblige, et films qui ne restent pas assez longtemps à l’affiche par chez moi, j’ai malheureusement raté cette année plusieurs films qui m'intéressaient vraiment :

 

Quand vient la Nuit, The Grand Budapest Hotel, Only Lovers left Alive, American Bluff, Wrong Cops, Cold in July, White Bird, Leviathan et Dallas Buyers Club.

 

Matthew McConaughey, justement, était très présent dans mes films favoris de ces dernières années : Killer Joe, Mud, Le Loup de Wall Street… petite baisse de régime en 2014, avec le légèrement décevant Interstellar ? Bien au contraire, il est toujours là, non pas dans un film mais dans le chef-d’œuvre de l’année à mon goût, la saison 1 de True Detective. Qui rentre direct dans mon panthéon des meilleures séries. Comment pouvait-il en être autrement, avec ne serait-ce que le génial final de l’épisode 4 : un incroyable plan-séquence de 6 minutes (et pas sur 2 mecs qui discutent dans le désert, hein, mais un braquage et une fuite, caméra à l’épaule), qui commence avec le Wu-Tang et se termine avec Nick Cave (Grinderman). True Detective, un formidable condensé de tout ce qui me plaît dans la fiction… à croire qu’elle a été faite spécialement pour moi (je ne suis pas mégalo, mais quand même…) Pour en revenir à Matthew McConaughey, ce n’est pas tant qu’il bénéficie d’un effet de mode ou d’un simple meilleur choix de rôles que par le passé, il s’est révélé être un des grands acteurs de l’époque et, de Killer Joe à True Detective en passant par Mud, ses interprétations jouent évidemment beaucoup dans la qualité des œuvres auxquelles il participe.

 

Gone Girl et True Detective… Ben Affleck et Matthew McConaughey… soit deux acteurs qui ont cumulé les mauvais films pendant une bonne partie des années 2000, habitués aux rôles de beaux gosses fades dans d’insipides comédies romantiques, ou aux rôles de héros lisses dans de gros navets… qui aurait imaginé en ces temps-là qu’ils deviendraient quelques années plus tard deux des artistes les plus passionnants du cinéma américain ? L’un, Ben Affleck, parce qu’il a su se prendre en main, et réaliser lui-même les bons films auxquels il ne semblait pas avoir accès, l’autre, McConaughey, par la force de ses interprétations. Deux des acteurs qui incarnaient le pire d’Hollywood au début des années 2000 en incarnent maintenant le meilleur… partir du plus bas pour arriver au plus haut, une histoire typiquement hollywoodienne…

 

Les films de 2014

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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 15:11

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Wu-Tang Clan                                                Ghostface Killah

 A Better Tomorrow                                        36 Seasons

 

7 ans que le Wu-Tang Clan n’avait pas sorti d’album « officiel », leur nouvel album ne pouvait être que très attendu, et susciter de grandes espérances… mais il a de quoi décevoir. L’album n’est pas mauvais, loin de là, on y retrouve quelques prods inspirées de RZA et le flow toujours au-dessus de la mêlée des membres du Wu-Tang (même si on les a connus meilleurs), mais il a aussi ses lourdeurs. Un album assez inégal, et parfois déroutant. A l’image du surprenant Miracle… le morceau idéal pour piéger les participants d’un blind-test, impossible d’imaginer, à l’écoute des 45 premières secondes, qu’on est chez le Wu-Tang. New-York toujours, certes, mais à Broadway, pas à Staten Island ni dans le Bronx.  


 

 

Le pire morceau du dernier Wu-Tang n’est, à mon sens, pas ce If a Miracle, mais le single A Better Tomorrow. Dénicher et retravailler des pépites soul 70’s, RZA sait faire, mais là, mauvaise pioche, un titre qui aurait plus eu sa place dans un épisode d’Arnold & Willy que sur un album du Wu-Tang Clan…

 

 

Ce dernier album divise, et si je peux comprendre – voire partager sur quelques points - la déception relative de certains, il n’y a pas lieu non plus de s’inquiéter ou se lamenter du fait qu’il ait fallu attendre 7 ans pour un album inégal, loin s’en faut. D’une certaine manière, ce serait appliquer une grille de lecture héritée du rock et de son histoire à un collectif rap qui fonctionne complètement différent. Il ne s’agit pas ici d’un grand groupe rock, où chaque musicien joue sa partie, et qui a réussi à atteindre une parfaite alchimie, groupe dont les membres, de temps en temps – ou une fois partis du groupe - sortiraient des side-projects ou albums solos anecdotiques. La jurisprudence Beatles : géniaux ensembles, beaucoup moins inspirés en solo. Split, mort d’un des membres du groupe ou désir simplement de s’exprimer seul, les musiciens des plus grands groupes rock, à quelques rares exceptions près, n’ont jamais retrouvé le niveau et la qualité de leur groupe au grand complet. Beatles, donc, mais aussi Led Zep, Pink Floyd, Doors, Who, Clash, Pixies & co. Et si, dans le rock, les membres d’un grand groupe peuvent se permettre quelques petites escapades en solitaire, les albums du groupe restent bien plus attendus, quand bien même un des leurs ferait une honorable carrière solo. Le Wu-Tang Clan, c’est une toute autre histoire. Et une histoire singulière, il n’y a pas d’autres exemples, dans le rock comme dans le rap, d’une telle réunion de personnalités (9 au départ, avant la mort d’ODB il y a quelques années). Ils ont aussi contribué à changer les règles, imposant dès leur début un contrat inédit à leur label, contrat qui permet à chaque membre de sortir en solo des albums quand il le souhaite, sur le label de son choix. Et ils ont su en profiter. Le Wu-Tang Clan ne nous a pas laissé 7 ans à attendre fébrilement un nouvel album, il n’a cessé d’être actif par l’intermédiaire de ses différents membres, et cela fait maintenant plus de 15 ans que l’on sait qu’ils sont tous capables de sortir des albums solos meilleurs que ceux du collectif.


Le Wu-Tang, ce n’est pas deux chefs-d’œuvre (leurs deux premiers albums), puis des albums un peu décevants, mais une production constante d’albums depuis 20 ans, avec quelques chefs-d’œuvre, beaucoup d’excellents albums, et, inévitablement, quelques albums plus dispensables et quelques ratés. On n’est jamais en manque de Wu-Tang Clan, chaque année, un ou plusieurs albums estampillés « Wu-Tang » sortent. Deux des meilleurs albums de l’an dernier étaient l’œuvre de MC’s du Wu-Tang : Inspectah Deck, et Ghostface Killah. Ce dernier qui, la semaine de la sortie du dernier album du collectif, livre un nouvel album solo : 36 Seasons. Même pas le temps de se demander si ce nouveau Wu-Tang est une déception ou pas, et encore moins de craindre le manque de Wu-Tang, Ghostface Killah est là pour nous injecter notre dose et nous faire oublier les quelques lourdeurs et fautes de goût de A Better Tomorrow. Moins musclé et clinquant que ce dernier, 36 Seasons est beaucoup plus nerveux, saignant et cohérent (musicalement, mais aussi par les textes qui, comme le précédent, 12 reasons to die, sont centrés autour d’une même histoire). Après avoir sorti un des meilleurs albums de l’an dernier, Ghostface Killah nous offre cette fois le meilleur album rap de 2014. C’est lui qui porte le flambeau du Wu-Tang actuellement, et nul doute que s’il faiblit, un autre saura le récupérer (tel Inspectah Deck, qui n’avait jamais brillé en solo jusqu’en 2013 et son redoutable Czarface). Bref, le Wu-Tang, c’est une hydre, il y a toujours une tête prête à mordre, si l’une fatigue, le temps qu’elle se refasse une santé, une autre aura pris le relais…


Petite playlist avec les meilleurs morceaux du dernier Wu-Tang et du Ghostface Killah :


Wu-Tang 2014

 


 

 

 

Wu-Tang Clan - A Better Tomorrow

 

 

Wu-Tang Clan - A Better Tomorrow (8), en écoute sur Grooveshark et sur Youtube


 

Ghostface-Killah---36_seasons.jpg

 

Ghostface Killah – 36 seasons (9), en écoute sur Grooveshark

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 19:37

 

 

 

Sinueuse et subtile, deux mots qui définissent aussi bien Bates Motel, la série, que sa musique. Sinueuse et subtile, parce qu’avec un tel personnage central – Norman Bates, le serial-killer du Psycho d’Hitchcock, tiré du roman de Robert Bloch – on aurait pu s’attendre à une série choc et saignante, dans la lignée de Dexter ou du récent Hannibal. Mais plutôt que de jouer la surenchère, les créateurs de Bates Motel ont eu la bonne idée de travailler la cohérence, Norman Bates (plus encore celui incarné par Anthony Perkins chez Hitchcock que le personnage de Bloch) est après tout un individu assez fin et affable, voire… « sinueux et subtil », pas un monstre froid et machiavélique, ni une brute assoiffée de sang. Une série sur son adolescence (transposée de nos jours), permettait alors d’aller plus loin dans la nuance et de mettre en valeur sa fragilité et ses rapports ambigus avec sa mère.


Ce qui vaut pour le jeune Norman Bates vaut aussi pour l’écriture de la série, tout (ou presque) est plus nuancé que ce que l’on imaginerait pour une série sur un serial-killer. Quelques exemples (pas de vrai spoil dans ce qui suit, d’autant plus que je n’ai vu que la première saison, mais si vous ne l’avez pas vue et que vous souhaitez vous y mettre, évitez ce passage en italique qui dévoile certains éléments qu’il vaut mieux découvrir au fur et à mesure) :


Norman Bates est un des plus mythiques psychopathes de fiction, mais ne vous attendez pas, contrairement à Dexter ou Hannibal, à le voir tuer un personnage par épisodes, on est ici loin du compte…

L’irruption du frère, assez tôt dans la série, semble nous mener tout droit à des relations conflictuelles et intenses qui déboucheront vite sur un drame cathartique, histoire de se débarrasser de cet électron libre qui vient perturber la relation étouffante et fusionnelle de Norma et Norman. Fausse alerte, il reste assez présent et permet à Norman de se donner l’illusion de couper - l’espace de quelques instants - le cordon. Et le jeune rebelle caricatural qu’il semble être au début est finalement plus raisonnable, doux et mature qu’on l’aurait imaginé…

Norma Bates, une mère castratrice, incestueuse et monstrueuse qui fera de son fils un psychopathe ? Cela aurait été une solution de facilité, heureusement pas celle de la série. Elle est plus ambiguë que cela, elle ne materne pas Norman sans raison et se retrouve souvent elle-même dans une position de victime. Une mère un peu plus possessive et obstinée que la moyenne, et c’est cet « un peu plus » qui fait ici la différence…

Norman Bates perpétuellement dans les jupes de sa mère, étouffé par cette relation fusionnelle, incapable, donc, de séduire une fille et d’aimer une autre femme que sa mère… ignoré, incompris ou rejeté par les autres filles de son âge, il en nourrira une haine des femmes qui le poussera à les tuer pour les posséder et dominer symboliquement…  autre solution de facilité qu’évite la série. Il est plutôt bien accepté par les filles de son âge… un peu trop, même…


Subtile et sinueuse, la série l’est par de nombreux aspects. Mais elle n’est pas exempt de quelques grosses ficelles et passages un peu caricaturaux. Rien qui ne gâche vraiment le plaisir, plaisir constant grâce à sa qualité première, son ambiance. Quelque part entre Hitchcock et Twin Peaks… la référence à Twin Peaks n’est pas due ici à mon obsession pour la série de Lynch, elle est clairement assumée par les créateurs de Bates Motel qui déclaraient :

 

 "J'adorais cette série. Il n'y a eu que 30 épisodes. Kerry et moi avons pensé que c'était à nous de faire les 70 épisodes supplémentaires que cette fiction aurait dû avoir"

 

(Mais nul besoin finalement pour Bates Motel de reprendre le flambeau de Twin Peaks, Lynch va le faire lui-même l’an prochain, il l’a annoncé, conformément à ce que Laura Palmer disait à Dale Cooper dans la loge « rendez-vous dans 25 ans ! »)

 

Une ambiance qui, comme dans Twin Peaks, et comme dans la majorité des films et séries qui mettent en valeur l’atmosphère, doit beaucoup à la musique. Inévitablement, quelques accents de Bernard Herrmann se font entendre, mais là aussi, c’est plutôt subtil, on n’est pas dans le copié-collé ou le gros clin d’œil. Mélancolique, cotonneuse, mystérieuse, contemplative et délicate, la partition de Chris Bacon est une grande réussite, ce qui n’est pas si fréquent dans le monde des séries. Elle peut être écoutée en dehors de la série, et même sans en avoir jamais vu un épisode… mais, bien entendu (et comme pour Twin Peaks), elle est d’autant plus prenante lorsqu’on a vu la série, vecteur idéal pour retrouver cette ambiance captivante.   

 

Pour vous plonger dans la musique de Bates Motel sans de rédhibitoires interruptions publicitaires qui casseraient l’ambiance, voir la vidéo youtube au-début de l’article, ou l’album sur grooveshark :

 

Chris Bacon –  Bates Motel OST

 

Sur la musique de séries :


Twin Peaks - Audrey's Dance

Les musiques de Breaking Bad .

 

A lire aussi :


Bernard Herrmann - Vertigo (Hitchcock)

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