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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 12:18

bristol.jpgDans le cadre des Playlist around the World (je vous incite d'ailleurs tous à y participer), voilà enfin la mienne... Une playlist d'une quarantaine de titres, c'est beaucoup, je sais, mais ce n'est pas grand chose face à tout ce que j'ai pu écouter, et face à la centaine de morceaux que j'avais sélectionné au départ. J'ai essayé tant bien que mal de trouver le bon équilibre entre quantité (Bristol est une ville passionnante d'un point de vue musical) et qualité (j'ai écouté de nombreux albums de la plupart des groupes afin de ne garder que le titre le plus représentatif et/ou réussi). Un seul titre par groupe, c'est la règle de base pour les Playlist around the world (sinon, vous me connaissez, je n'aurais pu m'empêcher de mettre une dizaine de titres de Massive Attack et Portishead).

 

Existe-t-il des éléments qui caractérisent vraiment la musique de Bristol ? Le "Bristol sound", c'est le trip-hop, évidemment. Sa ville de naissance, et celle dont viennent tous les grands noms du genre (Massive Attack, les fondateurs, puis Tricky, Portishead, Earthling, Smith & Mighty...) Mais Bristol, ce n'est pas que le trip-hop...

Punk, hardcore, cold-wave, dub, reggae, drum'n'bass, électro, les genres musicaux "rebelles" ont trouvé un bon terreau pour se développer à Bristol (bon, pas le black metal mais... non, j'ai dit que j'arrêtais de taper sur le black). S'il fallait trouver une constante dans la musique made in Bristol, je pencherais pour la froideur. Des musiques le plus souvent froides, planantes, mélancoliques. Pas étonnant que le trip-hop soit né à Bristol. Ni que le tube le plus célèbre de la ville, avant le Glory Box de Portishead (j'oublie volontairement ceux de Nik Kershaw, j'espère que vous ne m'en voudrez pas) soit la ballade aux fameuses nappes de synthés, Everybody's got to learn sometimes des Korgis.

 

J'ai tenté de faire en sorte qu'il y en ait vraiment pour tous les goûts dans cette playlist. Les grands du trip-hop, le punk/hardcore de Disorder, Vice Squad ou Chaos UK, la drum'n'bass de Roni Size et DJ Krust, l'électro de Third Eye Foundation ou Fuck Buttons, le stoner de The Heads, le post-punk de The Pop Group, le très "Morissey" Spiders & Flies de Strangelove, l'indie-rock des excellents Gravenhurst, le psychobilly des Sting-Rays, le génial Robert Wyatt, et quelques curiosités, notamment ce Saturday Nite at the Duck-Pond (1963) des Cougars, qui revisitent le Lac des Cygnes de Tchaïkovsky sur fond de surf music et rock instrumental à la Shadows. Un titre qui fût censuré par la BBC, on ne rigolait pas tant que ça à l'époque. 

Deux grands oubliés dans cette playlist, le reggae, et Tears for Fears. Je veux bien être éclectique, mais on ne peut pas aller non plus contre sa nature...   

 

Maintenant, à vous de me dire ce que vous en pensez, et bonne écoute ! (enfin, pour les courageux ou les oisifs qui sont prêts à s'envoyer une playlist d'une quarantaine de titres...) 

 

 

 

 

Les titres :  

 

Massive Attack - Risingson (1998)

Gravenhurst - She dances (2007)

Vice Squad - Gutterchild (1982)

Earthling - Human Dust (1997)

The Heads - Return of the Bemmie (2005)

Flying Saucer Attack - The Season is ours (1993)

The Third Eye Foundation - Pareidolia (2010)

Monk and Canatella - Roughead (1996)

Dragons -Trust (2007)

Strangelove - Spiders & Flies (1996)

Bronnt Industries Kapital - Threnody for the Victims of Lucio Fulci (2009)

Roni Size & Reprazent - Who Told You (2000)

Portishead - Threads (2008)

Chikinki - Delivery 25 (2001)

Glaxo Babies - This is your Life (1979)

Disorder - Complete Disorder (1981)

Breakbeat Era - Animal Machine (1999)

Lupine Howl - Tired (2000)

The Cougars - Saturday Nite at the Duck-Pond (1963)

The Pop Group - She is beyond Good & Evil (1979)

Tricky - Overcome (1995)

More Rockers - Dub Plate (1995)

The Blue Aeroplanes - Scared (1995)

Up, Bustle and Out - Compared to What (1997)

Allflaws - Head Spider (2007)

Way out West - Apollo (2004)

Matt Elliott - The Guilty Party (2005)

Chaos UK - No Security (1983)

Electric Guitars - Wolfman Tap (1983)

Fuck Butons - Surf Solar (2009)

Sneaky Bats Machine - Kiss the Bats (1999)

Beth Gibbons & Rustin Man - Spider Monkey (2002)

The Undead - Undead (1982)

DJ Die - Clear Skyz (2001)

Kosheen - Hide U (2001)

Korgis - Everybody's got to learn Sometimes (1980)

Robert Wyatt - Alife (1974)

Smith & Mighty - Maybe for Dub (1995)

Stackridge - Hey Good Looking (1976)

Crescent - Light will pour from our Eyes (1996)

Stanton Warriors - Beaut Mot Plage/Isobeats (2001)

The Sting-Rays - Don't Break Down (1985)

Mark Stewart - Learning to cope with cowardice (1983)

Jane Taylor - Cracks (2009)

Maximum Joy - Searching for a Feeling (1982)

DJ Krust - Burning (1994) 

  

 

 

  

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Published by G.T. - dans Playlist
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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 15:10

roni-size-In-The-Mode.jpgL'air de rien, il y a une certaine cohérence sur ce blog... si je vous ai parlé des bases du rythme, c'est pour mieux comprendre ce Who Told You de Roni Size, et si je consacre un article à cet excellent morceau, c'est parce que je ne pouvais le balancer dans ma "Bristol Playlist" à venir sans m'arrêter sur son originalité. 

 

Lorsque je l'ai découvert, Who Told You m'a mis une grande claque. Le genre de claques musicales qu'on ne rencontre pas si souvent. A un point tel que je pensais vraiment qu'un nouveau style musical pouvait découler de ce seul titre. On était en 2000, et c'était en cette première année du nouveau millénaire la proposition la plus convaincante d'entrée dans une nouvelle ère musicale pour les musiques populaires modernes. La musique du futur, en quelque sorte...

Qu'y a-t-il de si marquant dans ce morceau ? Son rythme. Et du jazz à la techno en passant par le rock et le rap, les "musiques populaires rebelles" ont avant tout frappé les esprits par leur nouvelle donne rythmique. Ce n'est bien sûr pas le seul élément, mais il a un rôle déterminant dans le clivage entre les générations : 

 

C'est principalement l'arrivée de la batterie et ces nouveaux rythmes noirs américains qui ont catalogué le jazz à ses débuts comme "musique de sauvages".

Dans les années 50, les rythmiques rapides et très marquées du rock ont fait dire aux anciennes générations que c'était une musique abrutissante, voire satanique pour les plus puritains. De tels tempos martelés à la batterie entraînaient une accélération des battements de coeur et mettaient l'auditeur dans des états malsains de tension, de violence et de nervosité selon eux.

Le rap, lui, a carrément délaissé la sacro-sainte mélodie du chant pour se focaliser sur la scansion, la rythmicité des paroles. Et a ainsi eu à subir de la part d'auditeurs réacs le fameux "c'est pas d'la musique, y a pas de mélodie". 

Enfin, la techno a, comme le rock a ses débuts, été considérée comme abrutissante à cause de ce beat répétitif très appuyé sur chaque temps.

 

Dans les années 90, le trip-hop a aussi introduit une nouvelle conception rythmique, comme la drum'n'bass, genre dont Roni Size est un des plus illustres représentants. Mais Who Told You n'est pas un titre drum'n'bass comme les autres. Pas de boucles rythmiques groovy typiques du genre, mais un rythme aussi original et surprenant qu'efficace. Et c'est bien là que se trouve toute la force de ce titre : une musique suffisamment entraînante, puissante, accessible pour toucher la jeunesse, et suffisamment novatrice d'un point de vue rythmique pour ouvrir de nouvelles voies. Avant Roni Size, le math rock ou l'electronica en général et Aphex Twin en particulier ont amené de nouvelles manières de jouer avec le rythme. Mesures complexes pour le math rock, déconstructions rythmiques pour l'electronica. Mais ce sont des musiques trop pointues pour embraser la jeunesse comme ont pu le faire jazz, rock, rap ou techno à leurs débuts. Alors que Who Told You n'a rien d'élitiste : une voix rap, des synthés répétitifs froids, planants et futuristes (très "made in Bristol"), et une rythmique infernale qui emporte tout sur son passage.

  

Sans rentrer dans des détails techniques, comment saisir la nouveauté rythmique de ce morceau ? C'est très simple. Prenez quasiment n'importe quel morceau dans les musiques populaires, tapez du pied, et vous suivrez sans trop de problème la pulsation, ça vient naturellement. Mais ici (je vais y revenir pour vous indiquer comment faire), on a la curieuse sensation que le rythme s'affranchit de la pulsation. L'inverse de la techno. Un morceau qui semble idéal pour la danse - comme le suggèrerait le clip - mais qui est en fait très déstabilisant d'un point de vue rythmique. Comme si l'on ne cherchait pas à suivre une pulsation, que ce soit pour la marquer ou la contourner avec swing, mais à "cogner" le rythme. En ce sens-là, il est très éloigné du courant drum'n'bass auquel Roni Size est affilié. Un rythme très syncopé, mais débarrassé de la chaleur du groove. C'est froid, martial, puissant et déroutant. La "révolution rythmique" sur Who Told You, c'est de nous dire "les temps, on s'en fout, on est là pour frapper fort".

Une des caractéristiques des grands compositeurs, c'est d'arriver à utiliser des procédés qui "sonnent mal" habituellement, qui sont "interdits" ou fortement déconseillés, et d'en tirer quelque chose de nouveau et de fascinant. A son niveau, c'est aussi ce que fait Roni Size ici. Un batteur en herbe qui n'a aucune conception du rythme pourrait taper quelque chose d'assez proche dans l'idée, mais, évidemment, chez lui, ce serait un manque de maîtrise du rythme, ça ne sonnerait pas et tomberait à plat à chaque fois. Même chose pour la ligne de basse, qui rentre en suivant le rythme de la voix (ce qu'on appelle homorythmie : deux parties qui suivent le même rythme). A part sur certains types de breaks, une ligne de basse doit éviter de copier celle du chant, c'est en général lourd, ça ne fonctionne pas... mais ici, c'est d'une efficacité redoutable.

 

Ce que fait Rony Size sur Who Told You aurait vraiment pu faire école - et pourrait toujours, d'ailleurs -, une musique du futur, robotique, froide, martiale qui renonce au balancement rythmique traditionnel mais pas à la puissance, l'intensité, la hargne et l'efficacité.

 

Pour comprendre de manière pratique l'originalité de ce titre, cliquez sur la vidéo ci-dessous, mettez le son à fond, tapez du pied ou hochez la tête pour marquer la pulsation. C'est très facile au tout début, puisque les temps sont sur les premiers mots. Sur "Who", sur "Told", puis sur "You"... un peu après, le contretemps sur "This" est assez frappant, et indique bien que les contretemps joueront ici un rôle crucial. Aucun problème, donc, pour sentir la pulsation au début... mais lorsque rentre la rythmique, vous verrez qu'il vous sera particulièrement difficile de garder une pulsation régulière, vous aurez fortement envie de suivre les contretemps inhabituels de la rythmique. Et si vous n'avez pas l'habitude de marquer les pulsations, vous risquez vraiment de vous perdre en vous laissant aller, alors que partout ailleurs dans la musique populaire, c'est en se laissant aller qu'on marque le mieux les pulsations (à moins d'avoir des problèmes de rythme). Une fois ceci essayé, ne vous focalisez pas des plombes sur cette pulsation, ce serait du gâchis, remettez le morceau, suivez attentivement la rythmique et la scansion de la voix, une inépuisable et peu banale source de fascination rythmique :    

            

Roni Size & Reprazent - Who Told You

 

 

 

 

L'album, In the Mode, en écoute sur Grooveshark.

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 14:40

Lorsqu'on ne fait pas de musique, il est très compliqué de comprendre le solfège et l'harmonie. Par contre, s'il y a une chose que tout le monde peut facilement saisir, c'est le rythme. Pas de raison de s'en priver, il suffit d'un minimum d'attention et d'écoute des exemples proposés ici pour se familiariser avec les principales bases du rythme. Est-ce que c'est essentiel ? Non, bien sûr, à part manger et dormir - voire se reproduire, et encore - rien n'est essentiel. Est-ce que cela vous permettra de mieux comprendre tous les secrets de la musique ? Non plus, mais vous arriverez ainsi à mieux percevoir le "balancement"' d'un morceau, ce qui n'est pas négligeable.   

 

La première chose à comprendre, c'est la pulsation. Rien de plus simple et de plus naturel. Même sans avoir la moindre connaissance musicale, vous la ressentez, c'est le mouvement régulier que vous faîtes lorsque vous hochez la tête ou tapez du pied en écoutant un morceau. Le meilleur moyen de bien le ressentir, c'est de partir d'un morceau techno, puisque la techno met en valeur cette pulsation par le "beat", qui appuie bien chaque temps. Par exemple, le célèbre Knights of the Jaguar dont je parlais ici :

 

(Si vous avez un problème avec certains lecteurs, je vous ai mis tous les titres de cet article dans cette playlist) 

 

 

Tapez du pied dès qu'arrive le beat, c'est tout simple, vous marquez la pulsation.

 

Ce n'est pas beaucoup plus compliqué avec n'importe quel morceau de rock, avec le rôle de la batterie. Un exemple avec London Calling :  

 

 

 

Pour que votre pied batte vraiment la pulsation, il ne faut surtout pas que son mouvement change en fonction des breaks, s'arrête ou s'accélère. Ce n'est pas parce que la rythmique d'un morceau change que la pulsation change. Même lorsque la batterie s'arrête, la pulsation, en règle générale, reste identique, on la ressent dans le jeu des autres instruments ou la ligne mélodique. Il arrive fréquemment que les rythmes de la batterie et de la basse varient quand on passe du couplet au refrain, mais pas la pulsation. Vous devez être capable de la tenir avec la même régularité quoi qu'il se passe autour. Il peut être préférable de la marquer en hochant la tête, le mouvement est plus constant, on est moins tenté de jouer d'une grosse caisse imaginaire qu'avec les pieds.

 

Qu'est-ce que cette pulsation ? Ce sont les temps. Comment faire, maintenant, pour distinguer une mesure à 4 temps d'une à 3 temps ou 2 temps (les tempos les plus usuels) ? C'est là encore très simple. Reprenez London Calling, et sur la pulsation, tentez de dire un rythme à trois temps : "1, 2, 3, 1, 2, 3, 1, 2, 3 etc." Bizarre, non ? Essayez maintenant avec du 5 temps : "1, 2, 3, 4, 5, 1, 2, 3, 4, 5 etc." Pas mieux. Maintenant avec du 4 temps : "1, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4 etc."... là, on retombe sur ses pieds à chaque fois, ça colle. Même chose pour Knights of the Jaguar. Si vous vous perdez, vous ne savez plus où est le "1", attendez un moment où vous avez vraiment cette sensation qu'on "retombe sur nos pieds", c'est le premier temps.

 

London Calling et Knights of the Jaguar sont bien sur du 4 temps, rien de surprenant, c'est de très loin le cas le plus courant. Lorsque je donnais des cours de guitare, pour montrer cette omniprésence du 4 temps, c'était facile, j'allumais la radio, je passais de stations en stations, et quel que soit le style de musique, je !montrais à l'élève qu'on tombait toujours sur du 4 temps. Deux temps et trois temps sont plutôt des exceptions.

 

S'il est évident que London Calling n'est pas en 3 ou 5 temps, on pourrait plus facilement se tromper et penser qu'il est en 2 temps. Car après tout, un 4 temps peut se diviser en deux. Essayez de dire "1, 2, 1, 2, 1, 2" sur la pulsation de London Calling... vous verrez que ça marche pas mal, surtout sur l'intro... mais moins au moment où rentre le chant. Parce qu'on ne compose pas de la même manière sur du 4 temps ou du 2 temps, les phrases musicales sont différentes. Ici, les phrases musicales sont faites pour du 4 temps. 

Le temps le plus fort, quel que soit le rythme, c'est toujours le premier temps. Lorsque vous dites les numéros des temps, appuyez beaucoup plus le premier, dites-le d'une manière plus marquée que les autres. 

UN deux trois quatre UN deux trois quatre...

Vous devez avoir cette sensation d'une boucle qui dure 4 temps, chaque fois qu'on revient sur le premier temps, il se passe quelque chose de plus fort...

 

Le 4 temps domine, mais on trouve tout de même du 3 temps. Le rythme typique des valses. Avec, en général, premier temps bien appuyé qui marque la basse, et accords plus légers sur les 2° et 3° temps. Ecoutez la valse suivante de Chopin, et dites en rythme "1, 2, 3, 1, 2, 3 etc." :

 

 

Vous avez du mal à garder une pulsation régulière ? Rassurez-vous, ce n'est pas vous qui avez un mauvaise sens du rythme, mais le rubato dont Chopin est un grand maître. Qu'est-ce que le rubato ? Une manière de jouer en ralentissant ou en accélérant, ce qui fait que la pulsation n'est plus régulière. Fréquent dans le classique, beaucoup moins dans le rock et les musiques populaires, à cause du "carcan" de la batterie. Un chef d'orchestre, lorsqu'il bat la mesure avec sa baguette peut accélérer le mouvement, le suspendre, les musiciens le voient et le suivent, mais un batteur doit marquer les temps de manière régulière et ne peut se permettre de ralentir, sous peine de décaler tout le groupe. Rythmiquement, le classique est beaucoup plus libre que le rock...

 

Un exemple de rythme de valse bien plus simple à suivre, au hasard... la Waltz n°2 d'Elliott Smith. Ici, il nous facilite encore plus le travail avec la batterie qui commence seule et marque bien les 3 temps : premier temps sur la grosse caisse, puis les deux temps suivants à la caisse claire. Cliquez sur le lecteur, ouvrez grand la bouche et dites "1, 2, 3, 1, 2, 3, 1, 2, 3 etc." :

 

 

   

Maintenant que vous avez - je l'espère - compris et expérimenté le tempo de base, passons à la distinction binaire - ternaire. Les mesures en 2 ou 4 temps seraient binaires, celles en 3 temps seraient ternaires ? C'est un petit peu plus compliqué que ça.

 

Les temps peuvent encore se diviser, soit de manière binaire (en 2), soit de manière ternaire (en 3).

 

Réécoutez la Waltz n°2 d'Elliott Smith. Si on était dans du vrai ternaire, les 3 temps se diviseraient encore en 3. Mais ils se divisent en 2, on a donc du trois temps binaire (3/4). Pour l'entendre, divisez vos "1, 2, 3", et dites deux fois plus vite, dans le même intervalle de temps et avec régularité : 1, 2, 3, 4, 5, 6.  

 

1   2   3

12 34 56

 

Ca colle mieux qu'une division en 3 qui donnerait "1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9".

 

Le plus courant, c'est d'avoir du 4 temps binaire. 4 temps qui se divisent encore en 2. C'est bien sûr le cas de Knights of the Jaguar ou London Calling. Pour le comprendre, il suffit de vous repasser ces morceaux, de commencer en disant les 4 temps "1, 2, 3, 4 etc." puis d'accélérer et de dire dans ce même intervalle de temps "1, 2 , 3, 4, 5, 6, 7, 8 etc".

 

Le 4 temps ternaire, lui, se retrouve dans le blues.

 

Roadhouse Blues des Doors va nous permettre de tout récapituler :

      

 

 

Hochez la tête ou tapez du pied (ou les deux) en même temps que la musique. Ensuite, dites les temps. 1, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4 etc... Vous voyez que sur le 1, on retombe chaque fois "sur nos pieds", on est bien dans du 4 temps. Maintenant, décomposez ces 4 temps. De manière binaire pour commencer  

 

1    2    3    4     devient :

1 2 3 4 5 6 7 8

 

Si vos "1 2 3 4 5 6 7 8" sont dits comme il faut, de manière très régulière, ça ne colle pas vraiment. Maintenant, si vous dites rapidement (et régulièrement, toujours) "1, 2, 3" à l'intérieur de chaque temps, vous verrez que ça fonctionne, ça suit la musique. Les 4 temps peuvent se diviser en trois, on est dans du ternaire.

 

Chantez le riff, ce "tam   ta tam   ta tam   ta tam etc."

 

Ce n'est pas une décomposition en deux notes égales, le "ta" est plus rapproché du tam qui le suit que de celui qui le précède. Il y a ce côté claudiquant du blues, on n'est pas dans une "marche régulière". Et si vous trouvez sur une partition ce morceau écrit en binaire, il est normalement indiqué "shuffle", le rythme shuffle étant une manière de jouer ternaire, avec deux croches qui deviennent une noire et une croche en ternaire. Soit une première note un peu plus longue que la 2°. Pour le comprendre, dites 1, 2, 3, 1, 2, 3... puis, sur le même rythme, rendez le 2 muet... 1 (2) 3, 1 (2) 3. On entendra 1   3 1   3 1 avec le 3 plus bref que le 1, c'est le rythme de Roadhouse Blues, et du blues en général  

 

Alors ne vous y trompez-pas, si l'envie vous vient de critiquer un groupe un peu rugueux en montrant un certain dédain pour son "rock binaire" comme on le dit souvent, vérifiez tout de même que ses morceaux ne soient pas ternaires...

    

Est-ce que tous les morceaux sont en 2,3 ou 4 temps ? Quasiment. Avec la très grande majorité en 4 temps. Parmi les tubes célèbres, il y en a tout de même un au rythme assez original, Money de Pink Floyd.    

     

 

 

Ecoutez-le, tapez la pulsation, et dites "1, 2, 3, 4, 1, 2, 3, 4". Ca ne fonctionne pas. Ce n'est même pas le déjà rare 5 temps, mais carrément du 7 temps. Dites "1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 etc."... et ça colle.

 

Autre élément intéressant du point de vue rythmique dans ce morceau, c'est qu'on a un changement de mesure. A 3'06, lorsque le rythme s'accélère pour lancer le solo de guitare, changement de riff de basse, on passe à du 4 temps. Puis avec le retour du riff principal et du chant, à 5'05, retour du 7 temps. 

 

Le math-rock s'est ensuite fait une spécialité de ces mesures asymétriques et nombreux changements de rythmes. Un procédé que l'on retrouve dans certaines musiques folkloriques (notamment des pays de l'est) et qui, utilisé de manière systématique dans le rock, peut sembler quelque peu artificiel... tout dépend de ce qu'on en fait. Comme démonstration technique, ça n'a bien sûr aucun intérêt, mais pour créer de véritables climats, sombres et déstabilisants, ça peut s'avérer très intéressant, comme savait si bien le faire Slint, groupe beaucoup trop méconnu.

 

Sur Nosferatu Man, tiré de leur chef-d'oeuvre Spiderland, vous avez du 5 temps pendant le couplet, du 6 temps sur le "refrain" avec la disto. Et parfois, comme lors du passage instrumental, des mesures avec 6 temps suivi de 3 temps puis retour au 6 temps... Bref, si vous venez juste de vous familiariser avec le tempo, je ne vous conseille pas de vous arracher les cheveux sur ce titre : 

 

 

Privilégiez plutôt des morceaux "carrés" : pop, rock, rap, techno, la très grande majorité sont très faciles pour appréhender ces notions... en espérant que tout cela était à peu près clair, et que vous pourrez l'appliquer à n'importe quel morceau.

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Published by G.T. - dans Divers
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