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8 février 2006 3 08 /02 /février /2006 00:20

Jazz – Hip-hop          1995-BMG

  

Le jazz n’est pas une musique qui se marie aisément avec tout. Le jazz-rock, malgré quelques réussites, a donné une flopée de disques pompeux, vains, qui perdaient en route le swing du jazz et l’intensité brute du rock pour se fourvoyer dans un étalage de technique assommant. Je ne parle même pas de la varièt’, où Jonasz est au jazz ce qu’André Rieu est au classique. Les mariages jazz-électro sont fréquents, avec une poignée de bons albums, mais beaucoup où la greffe ne prend pas.

 

Il existe aussi des mélanges digestes, des productions bien ficelées, sympathiques sans être transcendantes (St Germain, Norah Jones), et certains, plus rares (comme Amon Tobin, particulièrement dans Permutation, ou Magma, dans un autre genre), qui arrivent à intégrer avec intelligence et inspiration des éléments Jazz à leur musique.

 

De nombreux samples de Jazz sont utilisés dans le hip-hop, mais rares sont les véritables cross-over, où des rappeurs rejoignent une formation jazz. Un terrain qui reste à défricher, à explorer, ce que n’a pas manqué de faire le génial saxophoniste Steve Coleman (un des jazzmen les plus passionnants de l’époque, pour ne pas dire " le " plus passionnant). Loin d’être une simple curiosité, The way of the cipher fonctionne à merveille, comme si rien n’était plus évident et naturel que de mêler Jazz et rap. C’est un enregistrement live (au Hot Brass, à Paris, en 1995), mais avec une prise de son de grande qualité (pas le genre d’album live pirate ou on a l’impression qu’un seul micro a été utilisé, et placé à côté d’un cancéreux en phase terminale qui n’en finit plus de cracher ses poumons…).

 

Pourquoi cet album est une vraie réussite ? Parce que le jazz tel que le pratique Steve Coleman est le terreau idéal pour accueillir le hip-hop. Des rythmiques imparables, hypnotiques, un sens du groove hallucinant… Le jazz de Steve Coleman n’est ni un jazz figé dans le passé, répétant inlassablement les mêmes standards et incapable de couper le cordon avec les grandes figures du genre, ni un jazz consensuel avide de reconnaissance et prêt à tous les compromis. Steve Coleman est un artiste radical, insoumis engagé et véritablement concerné par la cause des noirs. Par certains côtés, il est assez proche de l’esprit du be-bop (le jazz des années 40-50, avec Parker, Gillespie…), jazz qui ne voulait plus distraire les blancs, mais exprimer une véritable identité " noire ", notamment par des rythmes trop rapides pour faire danser les blancs et des chorus nullement destinés à charmer l’auditeur. Cet esprit, ce côté " revendicatif ", on le retrouve chez Steve Coleman, mais il est aussi indissociable du rap. Pas étonnant que les deux aient pu se rencontrer et s’entendre à la perfection sur The way of the cipher.

D’ailleurs, la réunion du rap et du jazz fonctionne ici tellement bien qu’on se demande pourquoi l’expérience n’a pas tenté plus d’artistes. Peut-être tout simplement parce que Steve Coleman a placé la barre trop haut…


The way of the cipher


1 Freestyle (14:22)

2 Fast Lane (7:42)

3 Slow Lane (8:02)

4 S-Ludes (1:30)

5 Black Genghis (7:57)

6 Chaos (Tech Jump) (1:49

7 Hyped (3:16)

8 Laxed & Warped (7:47)

9 Night Breed (15:04)

 

Why give away music ?

 

Steve Coleman est non seulement un musicien incroyablement supérieur à Zazie (comparaison aussi absurde que de comparer Beethoven à Annie Cordy…), il est aussi bien plus généreux, ouvert et pertinent sur la question du téléchargement. Il faut lire ce qu’il a écrit sur le partage de musique, plein d’humanité et de bon sens, avec un zeste de spiritualité (il est un passionné d’Egypte ancienne, d’ésotérisme, et utilise, comme Bach en son temps, les nombres et leurs significations pour construire ses œuvres). L’article traduit (avec un lien vers l’article original) se trouve à l’adresse suivante :

http://ccomb.free.fr/mp3_philosophy_fr.html

Parce que ces paroles ne sont pas que… de belles paroles, un lien sous le titre permet d’accéder et de télécharger de très nombreux mp3, dont 3 de The way of the cipher, et ses premiers albums en intégralité.

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5 février 2006 7 05 /02 /février /2006 22:57

 L'objectif de ce blog est principalement de faire un "tri", de présenter des albums essentiels mais qui ne sont pas suffisamment médiatisés.

Il est temps de laisser un peu plus la parole aux habitués et aux visiteurs de ce blog. Alors quel est, pour vous, l'album qui mériterait le plus une notoriété bien supérieure ? Celui qui, lorsque vous l'écoutez, vous fait dire : "C'est Incroyable qu'un tel joyau ne soit pas plus connu !"

J'attends vos réponses dans les commentaires ci-dessous...

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3 février 2006 5 03 /02 /février /2006 18:46

2005 - Ici d'ailleurs/discograph  

Le meilleur album de 2005. C’est mon avis et je le partage. Un album qui, comble de l’élégance, est foncièrement original sans ne jamais donner l’impression d’expérimenter pour expérimenter. Un OVNI (ou OMNI) qui s’aventure dans des chemins inexplorés mais parvient à nous les présenter comme s’ils avaient toujours été là, comme s’il n’y avait rien de plus naturel que de les emprunter. On n’est pas ici dans le genre de disque " expérimental " où l'on jurerait entendre toutes les 10 secondes le musicien nous dire " regardez comme je suis original, vous n’auriez pas pu imaginer une telle coupure à ce moment précis, et cet accord, vous ne vous attendiez pas à ce qu’il arrive maintenant, non ? "

Pas de ça chez Matt Elliott. C’est l’expérimentation au service de la musique, pas l’inverse. Ses compositions sont suffisamment sensibles, émouvantes, évidentes pour qu’on se laisse emporter et toucher sans focaliser sur leur originalité rare. On peut certes retrouver un petit côté cabaret, tzigane ou chanson traditionnelle dans certaines harmonies et mélodies, pourtant, impossible de les classifier et réduire de la sorte. Si les mélodies sont magnifiques et intemporelles, elles se déploient dans un cadre particulièrement singulier :

        - Les structures sont à mille lieux des formats habituels. Le schéma intro / couplet / refrain / couplet / refrain / pont / refrain, Matt Elliott n’a pas du en entendre parler. Et c’est tant mieux.

        - Un traitement de la voix hors du commun. Des chœurs, souvent à l’unisson… mais qui sont aux chœurs de l’armée rouge ce qu’un Nocturne de Chopin est aux trompettes d’Aïda de Verdi.

         - Des instruments qui prennent leur temps, se répondent et se s’entremêlent admirablement, sans démonstrations mais avec grâce. Des boucles envoûtantes avec guitares, piano, claviers divers, basse, bandonéon, cordes etc... Mais le multi-instrumentiste Matt Elliott ne sait pas tout faire, puisqu’il est accompagné d’un violoncelliste et d’un trompettiste. Avant de sortir des albums sous son nom (Drinking songs est le 2°), il officiait brillamment dans le monde de l’electronica, sous le pseudo de Third eye Foundation. Il n’a pas rejeté tout son passé, puisque l’album se termine sur un hallucinant déluge électro, dans un long crescendo de 20 minutes, qui vient se greffer sur une mélodie de piano touchante, submergée de partout, mais qui tient bon... 

 

Pour se faire une idée plus précise de ses "Drinking songs", il faut imaginer, un soir d’hiver, dans un petit bar enfumé, au fond de la salle, après avoir vidés la réserve :

- Nick Cave , l’œil perdu dans son dernier verre de whisky et les doigts se baladant nonchalamment sur un piano.

- Le fantôme de Nick Drake égrenant quelques arpèges sur sa guitare

- Tom Waits, livide, avachi sur une banquette en compagnie de Robert Wyatt et Neil Hannon.

Et tous les 5, dans un état plus que second, accompagnés de quelques musiciens de passage, entonnent des hymnes beaux à pleurer de marins dépressifs.

Deux dernières petites choses :

1. Seule contre-indication : si vous êtes définitivement allergique à la mélancolie, si le moindre chromatisme ou accord mineur vous hérisse le poil, vous pouvez vous en dispenser.

2. La mélodie de The guilty party (qui a quelques accents de celle du " parrain ") est à mon sens une des plus belles de ses dernières années.

Allez sur son site :

http://www.thirdeyefoundation.com/

Dans la catégorie Media, cliquez sur Sounds, allez en bas de page et vous pourrez écouter The Guilty party en entier. 4 autres morceaux de Drinking songs sont disponibles, ainsi que beaucoup de titres de ses précédents albums (notamment ceux de Third Eye Foundation)

 

Drinking songs 

01 C.F. Bundy

02 Trying to explain

03 The guilty party

04 whats wrong

05 The kursk

06 What the fuck I am doing on the battlefield

07 A waste of Blood

08 The maid we messed

Chroniques suivantes sur Matt Elliott :

Matt Elliott - Failing Songs

Matt Elliott - Howling Songs
 

 

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