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17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 15:56

          Le cynisme des politiques est une intarissable source de… consternation. Donnedieu de Vabres met le hip-hop à l’honneur au Grand palais et ne se prive pas de venir sur tous les plateaux télés pour en parler. Avec sa loi liberticide DADVSI, Donnedieu s’est mis à dos une bonne partie de la jeunesse. Pour les reconquérir, voilà qu’il use d’un stratagème gros comme une montagne : s’associer au hip-hop. Jack Lang est devenu le plus populaire des ministres de la culture auprès des jeunes en partie parce qu’il défendait la techno et le hip-hop à une époque où ces courants avaient plutôt mauvaise presse. Sans grande imagination, RDDV repique la recette de Lang, espérant sans doute redorer son blason à peu de frais.

 

 

 

Passons sur le fait qu'il est aussi crédible quand on l'entend parler de hip-hop qu'une Ségolène Royal dissertant sur le death metal ou un Philippe de Villiers sur la techno hardcore. Non,  le plus absurde, dans tout ça… c’est que RDDV, après avoir combattu le p2p, vient faire l’apologie du hip-hop, style fondé sur le « piratage » de musique par les samples ! Comment se fait-il que personne n’interpelle le « pourfendeur du p2p » sur l’ironie de sa défense d’un style dont les premiers groupes, n’ayant pour la plupart pas de quoi se payer des instruments et des cours, s’appropriaient des musiques déjà enregistrées pour créer les leurs.  

 

 

 

Encore mieux (ou pire…), RDDV déclare que sa volonté est de créer des passerelles, de faire en sorte que les gens qui écoutent du classique découvrent le rap, ou que ceux qui écoutent du hip-hop s’initient à Mozart et Beethoven. Vœu pieux, auquel on ne peut que souscrire. Mais sait-il que l’écrasante majorité de la population française n’a pas les moyens ni la disponibilité pour se rendre au Grand Palais ? Car s’il est bien un outil idéal pour s’ouvrir à d’autres musiques, c’est le p2p !

Quel jeune fan de hip-hop va prendre le risque de claquer son pognon dans l’achat de disques classiques, juste pour découvrir ? Imaginons qu’il se rende chez un disquaire… il voit un CD de symphonies de Mozart, « Symphonies » et « Mozart » sont deux termes qui le mettent en confiance, il l’achète… et quelle ne sera pas sa déception et son ennui à l’écoute de ses symphonies qui, il faut le reconnaître, ne sont pas ce qu’il y a de plus accessible pour des oreilles non-averties. Peu de chance de le voir à nouveau traîner du côté du rayon classique, il y a toutes les chances qu’il se dise : « j’ai acheté des symphonies de Mozart, j’ai pas du tout aimé, j’ai perdu 15 euros dans l’affaire, je ne me ferais plus avoir ». Par contre, s’il utilise le p2p, il pourra se dire « essayons autre chose, ça ne coûte rien ». Il télécharge les symphonies 4 et 5 de Beethoven, passe rapidement la 4°, à laquelle il n’accroche pas, et se retrouve saisi par la 5° et sa puissance, son énergie, son thème familier et sa force rythmique. Enthousiaste, il continuera à télécharger des œuvres classiques, et il ne serait pas étonnant de le voir traîner plus tard dans le rayon classique parce qu’un orchestre symphonique en mp3, ça perd tout de même en qualité sonore…

 

 

 

Ce n’est qu’un exemple… mais il est évident que personne ne sera prêt à faire l’effort de dépenser pour des musiques sans savoir s’il pourra ou non les apprécier. A moins que RDDV ne s’adresse qu’à ses riches amis pour lesquels avoir perdu du pognon dans l’achat de CD n’a que peu d’incidence sur leur budget.

 

 

 

Si Donnedieu tient tant que ça à élargir les horizons musicaux de ses compatriotes, qu’il sache qu’à la question : quel moyen vous a permis ces dernières années de vous initier à des musiques nouvelles : la télé, la radio, les disquaires, les expos du Grand Palais ou le peer-to-peer, nul doute que ce dernier apparaîtra comme le plus efficace !   

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27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 22:10






 

 

 

 





Peu d’articles ces temps-ci, mais là, j’ai une sacrée bonne excuse : un congrès à Rome… où j’ai eu la chance incroyable de voir en personne le grand, l’immense, le génial… Ennio Morricone !

 

Morricone fait partie du « comité artistique » de la fac de lettre et philosophie de Rome et sa conférence était donnée dans le grand auditorium de la fac, qui porte d’ailleurs son nom… Morricone ne parle pas anglais, un comble tout de même pour un homme qui a une telle carrière internationale, mais sa communication et les questions qui suivaient étaient heureusement traduites. L’essentiel de sa communication et des questions concernaient – pas très étonnant – ses musiques de films. Il a d’abord parlé de ses rapports aux musiques de films, de périodes de doutes, voire de crise, qu’il a connu, les studios n’acceptant pas toujours qu’il expérimente. Il s’est particulièrement étendu sur un projet qu’il avait avec Pasolini : faire des musiques de films… sans films. Il a terminé par la lecture d’un texte de Pasolini.

Après… ce furent au tour des questions. Bien évidemment, je crevais d’envie de lui en poser. Ils étaient 6 ou 7 à y aller de leurs questions, souvent assez longues, avec des réponses aussi généreuses de Morricone (sans compter qu’il fallait lui traduire les questions puis traduire ensuite ses réponses). J’arrive enfin à chopper le micro, j’ai ma question bien en tête… quand le directeur-traducteur de la séance se tourne vers Morricone et lui demande s’il veut arrêter là (il a tout de même 78 ans). Morricone répond que oui, je suis dépité mais lève malgré tout le micro, le directeur de séance me voit, demande à Morricone s’il accepterait encore une petite question, Morricone répond « oui, mais une toute petite ». Du coup, je suis un peu mal à l’aise puisque ma question était à rallonge et concernait en plus sa collaboration avec Leone - le genre de questions dont il est peut-être un peu lassé car on doit lui rabattre systématiquement les oreilles avec Leone. J’allais tout de même pas changer au dernier moment pour le premier truc qui me passe par la tête, du style « Il est sympa, Clint Eastwood ? » donc je lui pose quand même (elle concernait la musique qui transcende le visuel et propose un autre sens au film, notamment The Ecstasy of gold dans le bon, la brute et et le truand). A la fin de mon interminable question, il ironise sur « c’était ça la question brève ? », explique 2-3 trucs, chantonne le thème du film (inspiré par le cri du coyote) et, divine surprise, alors qu’on n'y croyait plus, il va se mettre derrière le piano, sous les applaudissements, et nous joue un autre extrait du film. Bref, j’ai donc l’honneur à la fois d’avoir légèrement emmerdé « il maestro Morricone », et de l’avoir fait lever de sa chaise pour nous (enfin, je préfère penser « me ») jouer un bout de Le bon, la brute et le truand, un des films qui a le plus marqué mon enfance.

 

Rome est une ville pleine de superbes monuments… mais aucun ne m’a fait autant d’effets que l’immense Morricone au piano !

 

 

Vidéo de cette formidable scène, où le truand "affreux, sale et méchant" court dans tous les sens pour récupérer l'or caché dans le cimetière... accompagné par cette musique en total décalage avec ce que l'on nous montre, car lyrique, grandiose avec une voix féminine très pure et éthérée :  

 

 

 

Du grand Morricone (et du grand Leone, bien sûr...)

 

 

 

 

http://www.enniomorricone.it/

 

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4 septembre 2006 1 04 /09 /septembre /2006 11:51

Pop           06/2006 - Virgin ***

 

Pas beaucoup de temps, comme vous avez pu le remarquer, à consacrer à mon blog en cette rentrée chargée. Pas d’article à rallonge, donc, mais quelques mots sur un des meilleurs albums de ces derniers mois, Victory for the Comic Muse de  Divine Comedy.

 

 

 

 

 

 

Si vous aimez la pop anglaise, les mélodies d’orfèvres et les orchestrations travaillées… vous devez déjà sans doute connaître par cœur les albums de l’irlandais Neil Hannon (Divine Comedy n’est pas à proprement parler un groupe, plutôt la « créature » de Neil Hannon). Pas de virage à 90° pour ce Victory…, donc peu de chance d’être déçu… ni surpris.

 

Par contre, si vous ne connaissez pas, quelques éclaircissements :

 

1. Divine Comedy, c’est un mélange subtil de pop légère, entraînante, lyrique ou mélancolique, de « cabaret songs » d’easy-listening et d’orchestrations baroques et riches. Un héritier des Beatles, du Scott Walker des années 60, de Burt Bacharach et de Kurt Weill (il a d’ailleurs collaboré à l’album d’Ute Lemper dont je parlais précédemment, Punishing Kiss).   

 

2. Victory for the Comic Muse est un très bon Divine Comedy… mais peut-être pas le meilleur. Je recommanderai de se plonger d’abord son précédent, l’excellent Absent Friends (2004), puis Promenade (1994) avant de s’attaquer à son dernier.

 

3. En écoute, pas le titre le plus représentatif de l’album – les autres étant pour la plupart moins sombre – mais tout bêtement celui que je préfère : The Plough

 

Autre article sur Victory... chez Blogart

 

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