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10 mai 2007 4 10 /05 /mai /2007 19:28

Après Toy Boy de Stuck in the sound, voici la deuxième de mes "chansons d'exception" de l'année, et pour la deuxième fois, un titre qui n'est pas particulièrement original... donc une nouvelle exception à ces "chansons d'exception"...

Rien de révolutionnaire, rien de surprenant de la part de Black Rebel Motorcycle Club, mais, à l'image de leur dernier album (Baby 81), c'est une grande réussite. Du rock cool, teigneux, efficace, bluesy.... bref, du très bon rock, sans fautes de goût.

Toy Boy (Stuck in the sound) et Berlin (BRMC) sont d'ailleurs assez intéressants à comparer. Ils ont en commun le fait d'être particulièrement accrocheurs et très "rock"... mais sont très éloignés par leurs styles et influences. Ce sont deux visages du rock parfaitement incarnés et illustrés par ces  titres : 

Toy Boy                              Berlin

Punk et pop                        Blues-rock

Rock anglais                       Rock américain

Nerveux et flamboyant        Cool et sombre

Des réminiscences des Kinks - Who - Bowie - Clash - Pixies - At the drive-in - Franz Ferdinand chez Stuck in the Sound, et Velvet - Stones - Doors - Stooges - Gun Club pour Black Rebel Motorcycle Club. Deux conceptions du rock, clairement assumées et défendues avec brio.

Black Rebel Motorcycle Club - Berlin 

 

Je suis curieux de recueillir vos impressions sur ce titre, car j'ai un peu de mal à trancher, à savoir s'il est vraiment aussi irrésistible que je le pense...

 

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7 mai 2007 1 07 /05 /mai /2007 18:34

Thrash Metal     1986 - American Recordings *****

 

 Reign-In-Blood-cover.jpg

J'aurais bien aimé vous parler des très bons derniers albums de ces femmes subtiles et délicates : Marissa Nadler, Keren Ann ou Bebel Gilberto. Cette dernière, notamment, dont le  Momento est un irrésistible album suave, sensuel et mélodieux... mais je ne sais pas pourquoi, alors que Fab et Thom en ont déjà parlé il y a quelque temps (cf. liens à la fin de l'article), l'élection de notre vénéré président m'incite plutôt à écrire sur Reign In Blood. Non pas que je veuille jouer les Cassandre et vous assurer que les cinq années à venir seront sanglantes (il existe tout de même un mince espoir que celui dont les amis disent que l'expression qui le définit le mieux est "il ne peut pas s'empêcher" arrive à se retenir d'appuyer sur le petit bouton rouge), mais le chef-d'oeuvre ultime du metal est ce qui existe de mieux pour défouler ses frustrations les plus violentes. Un tel condensé de haine, on n'avait jamais entendu ça avant, et ceux qui voudront aller plus loin après souffriront la comparaison avec Reign In Blood. Certes, on peut jouer plus vite, plus fort... mais des riffs, rythmiques et chants d'une telle efficacité, où chaque note suinte le mal, c'est indépassable. Beaucoup de groupes ont bien plus joué sur le satanisme que Slayer (le black metal qui suivra), mais ne vous y trompez pas, si le prince des ténèbres était une musique, il serait celle de Reign In Blood. La pochette le suggère, la musique le confirme. Pas de compromis, de nuances, de claviers moyen-new-ageux, de joliesse, pas d'intros en arpèges à la guitare acoustique, de solos tape-à-l'oeil, de ballades pour passer sur MTV, d'hymnes fédérateurs et sympas pour gros stades, bref, rien de ces clichés qui font partie du cahier des charges de la plupart des groupes de metal. Slayer fait passer ses concurrents pour des rigolos, et ses suiveurs pour... de vulgaires disciples. En moins de 30 mn, le rouleau-compresseur Reign In Blood détruit tout sur son passage. Un mélange de punk et de metal... mais jamais le punk n'a été aussi hargneux, jamais le metal n'a été aussi sauvage.

Cet album est capable de faire ressortir ce qu'il y a de plus mauvais en vous, il incarne puis expulse vos sentiments les plus violents. C'est Reign In Blood qui a fait de moi l'être exquis que je suis devenu (le premier ****** qui ironise là-dessus dans les commentaires, je viendrais personnellement lui exploser sa **** **** de ****). Quand les pulsions les plus noires tentent de monter à la surface, une bonne dose de Reign In Blood est l'idéal pour les libérer et s'en défaire. 

 

Après, l'effet inverse est aussi possible. Reign In Blood peut réveiller le psychopathe qui sommeille en chacun de nous. Comme les électrochocs, c'est un traitement radical qui, selon les cas et les doses, soigne ou crame le cerveau. Un étudiant, sur les campus américains, qui se baladerait avec un flingue dans la poche et Reign In Blood dans son lecteur mp3, mieux vaut ne pas s'en approcher de trop près...   

Si vous n'êtes qu'amour et bonté, cet album ne vous touchera pas. Il est l'album le plus "mauvais" de l'histoire. Mauvais - dans le sens de raté - pour ceux qui ne peuvent s'y plonger (et je peux le comprendre) parce qu'il est trop brutal et violent,  mais surtout mauvais dans le sens de "méchant"... en fait un terme bien trop faible pour le décrire. Haine, violence, noirceur, hargne... tous ces mots sont très en deçà de ce qu'il véhicule. C'est ce qui en fait une grande oeuvre musicale, car elle va bien au-delà des mots, elle met en musique l'indicible, des pulsions enfouies trop profondément  et trop extrêmes pour être nommées. Bach a su porter la spiritualité, le sentiment religieux à de telles hauteurs que les termes "spiritualité" et "sentiment religieux" semblent fades pour décrire les choeurs de ses Passions... il en est de même avec la violence et la haine pour Slayer.

Angel Of Death ouvre l'album magistralement, on se dit qu'après une telle déflagration sonore la tension ne peut que baisser... et pourtant, les morceaux se succèdent, implacables, avec une énergie qui ne retombe jamais. L'album a 21 ans, le groupe a vieilli, s'est un peu "empâté"... mais pas leur musique, toujours aussi tranchante et dévastatrice, comme le prouve cet extrait d'un concert filmé il y a quelques années  :

 

Slayer -  Angel of Death

 

 

 

Slayer - Reign In Blood

      1. Angel Of Death
      2. Piece By Piece
      3. Necrophobic
      4. Altar Of Sacrifice
      5. Jesus Saves
      6. Criminally Insane
      7. Reborn
      8. Epidemic
      9. Postmortem
      10. Raining Blood

 

Autres chroniques de l'album :

Fab

Thom

L'acheter sur priceminister

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 19:15

Cet article de Philippe Sollers est particulièrement d'actualité aujourd'hui. Il est même plus que d'actualité, c'est le commentaire le plus pertinent qui soit sur cette élection... qui date pourtant de 1999. 

 

ELLE ÉTAIT là, elle est toujours là ; on la sent, peu à peu, remonter en surface : la France moisie est de retour. Elle vient de loin, elle n’a rien compris ni rien appris, son obstination résiste à toutes les leçons de l’Histoire, elle est assise une fois pour toutes dans ses préjugés viscéraux. Elle a son corps, ses mots de passe, ses habitudes, ses réflexes. Elle parle bas dans les salons, les ministères, les commissariats, les usines, à la campagne comme dans les bureaux. Elle a son catalogue de clichés qui finissent par sortir en plein jour, sa voix caractéristique. Des petites phrases arrivent, bien rancies, bien médiocres, des formules de rentier peureux se tenant au chaud d’un ressentiment borné. Il y a une bêtise française sans équivalent, laquelle, on le sait, fascinait Flaubert. L’intelligence, en France, est d’autant plus forte qu’elle est exceptionnelle.

La France moisie a toujours détesté, pêle-mêle, les Allemands, les Anglais, les Juifs, les Arabes, les étrangers en général, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre, les femmes trop indépendantes ou qui pensent, les ouvriers non encadrés, et, finalement, la liberté sous toutes ses formes.

La France moisie, rappelez- vous, c’est la force tranquille des villages, la torpeur des provinces, la terre qui, elle, ne ment pas, le mariage conflictuel, mais nécessaire, du clocher et de l’école républicaine. C’est le national social ou le social national. Il y a eu la version familiale Vichy, la cellule Moscou-sur-Seine. On ne s’aime pas, mais on est ensemble. On est avare, soupçonneux, grincheux, mais, de temps en temps, La Marseillaise prend à la gorge, on agite le drapeau tricolore. On déteste son voisin comme soi-même, mais on le retrouve volontiers en masse pour des explosions unanimes sans lendemain.

[...]

Oui, finalement, ce XXe siècle a été très décevant, on a envie de l’oublier, d’en faire table rase. Pourquoi ne pas repartir des cathédrales, de Jeanne d’Arc, ou, à défaut, d’avant 1914, de Péguy ? A quoi bon les penseurs et les artistes qui ont tout compliqué comme à plaisir, Heidegger, Sartre, Joyce, Picasso, Stravinski, Genet, Giacometti, Céline ? La plupart se sont d’ailleurs honteusement trompés ou ont fait des oeuvres incompréhensibles, tandis que nous, les moisis, sans bruit, nous avons toujours eu raison sur le fond, c’est-à- dire la nature humaine. Il y a eu trop de bizarreries, de désordres intimes, de singularités. Revenons au bon sens, à la morale élémentaire, à la société policée, à la charité bien ordonnée commençant par soi-même. Serrons les rangs, le pays est en danger.

Le danger, vous le connaissez : il rôde, il est insaisissable, imprévisible, ludique. Son nom de code est 68, autrement dit Cohn-Bendit.

[...]

VIEILLE LITTÉRATURE

L’actuel ministre de l’intérieur est sympathique : il a frôlé la mort, il revient du royaume des ombres, c’est ” un miraculé de la République “, laquelle n’attendait pas cette onction d’un quasi au-delà. Mais dans ” ministre de l’intérieur “, il faut aujourd’hui entendre surtout ” intérieur “. C’est l’intériorité qui s’exprime, ses fantasmes, ses défenses, son vocabulaire spontané. Le ministre a des lectures. Il sait ce qu’est la ” vidéosphère ” de Régis Debray (où se déplace, avec une aisance impertinente, cet Ariel de Cohn-Bendit, qu’il prononce ” Bindit “).

Mais d’où vient, à propos des casseurs, le mot ” sauvageon ” ? De quel mauvais roman scout ? Soudain, c’est une vieille littérature qui s’exprime, une littérature qui n’aurait jamais enregistré l’existence de La Nausée ou d’ Ubu roi. Qui veut faire cultivé prend des risques. On n’entend pas non plus Voltaire dans cette voix-là. Comme quoi, on peut refuser du même geste les Lumières et les audaces créatrices du XXe siècle.

Ce n’est pas sa souveraineté nationale que la France moisie a perdue, mais sa souveraineté spirituelle. Elle a baissé la tête, elle s’est renfrognée, elle se sent coupable et veut à peine en convenir, elle n’aime pas l’innocence, la gratuité, l’improvisation ou le don des langues. Un Européen d’origine allemande vient la tourmenter ? C’est, ici, un écrivain européen d’origine française qui s’en félicite.

PHILIPPE SOLLERS POUR LE MONDE (repris dans L’Infini 65, au printemps 99, puis dans Eloge de l’infini, 2001, p. 714), pris ici

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