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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 08:45

Des tubes efficaces et intéressants, il n'y en a pas des masses. Efficaces, oui (si l'on n'est pas rebuté par leur niaiserie), mais intéressants, c'est beaucoup plus rare. Voilà pourquoi Prayin' de Plan B mérite bien que l'on s'y attarde...

 

Plan B - Prayin'

 

 

Une chanson dans la lignée des bons tubes soul ou, de manière plus générale, des bons tubes de musiques afro-américaines. Un mélange d'exaltation et de tristesse, de joie et de souffrance, de fête et de mélancolie. Une rythmique énergique en diable, et un chant qui tient à la fois de l'exaltation et de la lamentation. Un morceau qui donne autant l'impression d'exprimer une souffrance que d'inciter à la fête et la danse. Une façon de "transcender'" la souffrance...

 

En écoutant ce morceau je pensais à... Haydn. Qui, à partir d'un tout petit motif mélodico-rythmique, peut vous faire un mouvement de symphonie. Ici, tout est dans le I'm Prayin'.

 

De I'm à Pray, on monte (la plupart du temps dans le morceau) avec un intervalle important (un saut de sixte, comme par hasard, ou de quarte), puis on redescend d'un demi-ton sur le "in". Un saut important, parce que c'est une invocation... on fait appel à Dieu, et, forcément, il faut monter haut pour espérer se faire entendre. Puis une descente d'un demi-ton, parce que le demi-ton est un intervalle plutôt "douloureux" (ces descentes par demi-tons, chez Bach, que l'on interprète comme figurant l'imperfection de l'homme face à Dieu, sa détresse). Tout est déjà dans ce simple motif... il ne s'agit pas d'une prière sereine, recueillie, où l'on monterait progressivement de tons en tons, mais d'un appel à l'aide. On monte vers Dieu lui pour l'implorer de mettre fin à nos souffrances, mais on redescend tout de suite parce qu'il y a de la honte, de la culpabilité, du désespoir.

Ce simple mouvement sur deux notes, on le retrouve, sur une durée plus étendue, dans la suite d'accords du morceau. On monte sur le deuxième, puis on redescend dans les 3° et 4° mesures. Même mouvement dans les différentes phrases mélodiques du chant... sauf à la fin des couplets et des phrases du refrain, avec cette nouvelle montée sur une note (sur my head, par exemple)... une montée qui n'a rien de glorieuse, héroïque, volontaire, mais qui sonne toujours comme un appel à l'aide désespéré. On monte pour implorer Dieu, mais on redescend très vite et plus longuement, accablé par le poids de la souffrance, pour terminer, dans un dernier souffle sur un appel à l'aide.

 

Exaltation et culpabilité.

 

La grille harmonique a aussi des choses à nous dire. Désolé pour les explications un peu techniques, vous pouvez les survoler pour vous concentrer sur l'interprétation.

La suite d'accords, qui reste identique tout au long du morceau, est :

G Bm Bm/F# F#.

(F# pour le refrain, qui devient F#m pendant les couplets) 

On est en si mineur (Bm), ce qui donne les degrés : VI I I/V V (on débute sur le VI° degré, on est en mineur, pas étonnant que ce morceau me plaise tant). 

Normalement, un morceau commence toujours sur le premier degré (ou alors, sur un V ou un IV en anacrouse, pour mener tout de suite sur le premier degré). Mais sur Prayin', le premier degré, l'accord fondamental, est en retard (le VI a deux notes communes avec le premier degré - les notes si et ré en si mineur, qui font partie de l'accord de Sol majeur comme de celui de si mineur - il lui sert ici de "substitution").

Après ce premier degré "en retard"... on a un nouveau retard. Qu'est-ce qu'un retard en musique ? Lorsque vous changez d'accord, vous gardez une note (ou deux...) du précédent, puis vous les résolvez plus tard. Un retard crée une certaine tension, une attente, on a envie que cette note qui traîne puisse se résoudre sur la note du nouvel accord (même si l'on ne connaît rien à l'harmonie, c'est l'impression que l'on ressent à l'écoute). Ce nouveau retard se fait avec le changement de la note de basse, on passe sur le Fa #, on pense ainsi que l'on va, naturellement, sur le V° degré... sauf qu'on garde les notes de l'accord du premier degré. Avec le si du si mineur qui se résoud sur la note la# de l'accord de F# (ou la de F#m).

1ere mesure : VI° degré.

2° mesure : le Ier degré, en retard, arrive enfin.

3° mesure : la basse passe sur le fa#, mais le si et le ré de l'accord précédent traînent.

4° mesure : on résoud, V° degré. 

Et on fait tourner tout ça en boucle. Pour entendre ces changements d'accords si vous n'y connaissez rien, c'est facile, les accords sont plaqués une fois chacun au tout début du morceau (deux fois de suite). 

 

La rythmique, impacable, énergique, "avance" constamment... comme une course effrénée, une fuite pour échapper à la souffrance, la transcender... mais l'harmonie, elle, est sans cesse en retard... c'est cette culpabilité que l'on traîne, comme un boulet, cette culpabilité qui nous freine...

 

Une dualité intéressante, que l'on retrouve aussi dans le passage aux cuivres, pendant le refrain. Les ensembles de cuivres, traditionnellement, ça sert à faire du bruit. Particulièrement dans la soul : des cuivres nerveux, puissants, "pétaradants" (pas seulement dans la soul, lorsqu'on parle de cuivres, en musique, on leur associe presque systématiquement le terme "pétaradant")... et on utilise des cordes lorsqu'il s'agit de faire passer de la douceur, de la mélancolie etc... Ici, les cuivres parviennent à faire les deux. Ils ont ce son "pétaradant", mais jouent en même temps particulièrement sur les retards, la descente, avec des notes tenues, liées, loin des riffs et motifs secs, saccadés, dynamiques tels qu'on les retrouve le plus souvent aux cuivres dans la musique soul.  

 

Et cette dualité... est déjà en germe dans le motif de base. Deux intervalles opposés : l'un monte sur par un grand intervalle, l'autre descend sur le plus petit intervalle (demi-ton). Exaltation et lamentation/culpabilité.

 

 

Ah, et une petite chose anecdotique, pour conclure... cette chanson digne des meilleurs tubes soul et si proche de l'esprit des musiques noires américaines est l'oeuvre d'un anglais, blanc...

 

 

L'album (plutôt bon, très efficace, mais un peu inégal à mon goût à cause de quelques morceaux plus mielleux), est en écoute sur deezer :  Plan B - The Defamation of Strickland Banks

Sur musicme

Plan B (Ben Drew) sur wikipedia

The Defamation of Strickland Banks sur wikipedia

 

 

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commentaires

Vincent 20/06/2010 14:58



Hmm...Aujourd'hui, peut-être... Mais pour rester sur ton site, regarde Hound Dog ou n'importe quel n°1 des Beatles, ils sont bien des tubes, et n'en gardent pas moins une dimension
esthétique essentielle...



GT 19/06/2010 19:22



DC : Pourtant, j'ai dû le voir plusieurs fois quand j'étais gamin, Rabbi Jacob... mais de là à me souvenir des
dialogues...


 


SUNALEE et DC : Je vois qu'on s'amuse comme des petits fous^^


 


VINCENT : Qu'un titre "tubesque" ait cette qualité et permette ce type d'interprétation, pour moi, ça relève tout de même de
l'exception...


 



Vincent 18/06/2010 22:57



En fait j'ai tenté de laisser le temps à Prayin' pour me décider... Mais je n'accroche pas plus que ça. Enfin, si c'est sympa, mais je la verrai plus entrer dans une rubrique "song of the day"
que "chanson d'exception", au côté de "Day is Done", de "Moanin' "...


 


A ta décharge, c'est vrai que Muse y est aussi.



Miss Sunalee 18/06/2010 14:42



et moi je passe mon temps à essayer de deviner de quel film ça vient ! (Le père Noël est une ordure et Breakfast club sont deux classiques !)



diane cairn 18/06/2010 14:28



Ah moi c'est le contraire, j'ai un stock de dialogues de films que j'utilise en permanence dans la vie courante qu'on peut dire que ma tête est un vrai dépotoir filmique et semantique



Vincent 17/06/2010 22:56



Enfin, c'est Rabbi Jacob GT. Tss tss. On est loin de Lynch...



GT 17/06/2010 22:35



DIANE CAIRN : Héhéhé, ils ont des Rolls Blanches, les noirs ! Quel film G.T. ?


J'avoue que je n'en sais rien... en même temps, je suis nul en citations tirées de films (bon, si tu me dis "You're talkin" to me ?", je vois, mais les autres...)


(en tout cas, m'étonnerait que ça vienne d'un film de Lynch, je m'en souviendrais... sauf si c'est Dune... mais je ne vois pas trop comment on pourrait placer "ils ont des Rolls blanches,
les noirs", dans Dune^^)


 


THIERRY, PACIFER et ARNO : Tant pis, alors, ce sera pour une prochaine^^


 


EL-F : Contrairement à beaucoup par ici, je le trouve assez impressionnant cet album de Janelle Monae...



arno 17/06/2010 15:27



oufti les gros caractères... désolé... je me fais un peu remarqué aujourd'hui...



Arno 17/06/2010 15:26



Oui, c'est vrai que c'est formaté pour être un tube... mais en même temps, je donne pas 2 mois de durée de vie à cette chanson pour ceux qui l'aime... (et je la trouve sympa aussi) ... la
descente est souvent rapide et douloureuse avec ce genre de cam... 


 


Pour la Janelle... bof bof ... ca cherche aussi à faire un tube mais non... en plus la pochette sur you tube est pas terrible... enfet j'aime pas du tout (voila, c'est dit)



Thierry 17/06/2010 01:20



Je ne supporte ni Plan B ni Janelle. Désolé



El Funcionario 17/06/2010 00:20



Ouais ouais c'est pas mal... Mais dans le genre, écoutez ça, bon sang! http://www.youtube.com/watch?v=m0hVwiyMEm4 c'est cadeau :)



Pacifer 16/06/2010 22:30



Sinon, dans le genre pourri, on a le même artiste, mais cette fois en featuring avec Chase & Status... ( Pieces et End credits je crois ), je pense que c'est surement à cause de cela que je
deteste Plan B, mais bon... ( c'est très objectif en effet )



diane cairn 16/06/2010 17:23



Héhéhé, ils ont des Rolls Blanches, les noirs !


Quel film G.T. ?



GT 16/06/2010 15:49



NICOLAS : Bien vu ! (et ça m'apprendra à me contenter de ne pas vérifier sur tout le morceau...) En effet, pendant le
couplet, sur le V, il descend sur un la, pas un la#, donc c'est bien un accord de F#m...   


 


DAHU et DIANE CAIRN : Oui, c'est vrai que c'est très produit, qu'il y a un "gros son"... ce qui lui donne aussi ce côté tubesque,
et tant mieux si ça permet au grand public d'apprécier ce morceau, nettement meilleur que les tubes habituels qu'on lui inflige... mais bon, c'est vrai que sur tout l'album, le côté un
peu trop "lissé" est dommage... 


(DAHU : Après avoir écouté plusieurs fois l'album - et j'avais déjà entendu d'autres choses de lui auparavant - il me
semblait tellement évident qu'il était noir, avec une voix pareille, que j'en aurais mis main à couper... j'ai du coup aussi halluciné quand j'ai vu, il y a 2-3
jours, qu'il est blanc...)



diane cairn 16/06/2010 14:08



album plaisant, pour une fois le melange soul/rap/rnb me paraît écoutable et c'est pas gagné mais bon c'est pas l'album du siècle et comme le souligne dahu trop produit, lisse mais c'est souvent
le cas avec ce genre de musique, c'est le jeux



Dahu Clipperton 16/06/2010 13:50



Très intéressants, ces articles qui permettent de comprendre le "mouvement" (pas dans le sens symphonique, bien sûr^^) des titres dont tu parles, au-delà de leur évidence apparente. Je ne
commente guère ce genre d'articles (comme ceux sur l'harmonie) vu que je suis une bille intégrale en matière de théorie musicale et que je n'ai pas du tout l'oreille formée à distinguer les
intervalles, les gammes (ce qui n'empêche pas de les ressentir et d'en saisir, fût-ce partiellement, le "sens") (je résume à la hache), mais c'est un vrai plaisir de les lire


 


Belle chanson, quelque peu surproduite à mon goût, le son est un poil trop "gros", chargé (c'est le grand bain, les cuivres, les cordes, les synthés, si on n'y prend garde on peut boire la
tasse^^). Mais j'irai jeter une oreille à l'album, c'est sûr (et je suis assez stupéfait que ce soit un blanc qui chante ainsi).



Nicolas 16/06/2010 13:36



Bonjour,


intéressant votre article, à relire. Mais attention dans la grille harmonique, j'ai l'impression à l'écoute, et avec ma guitare que l'accord de Fa# est parfois mineure et parfois majeure. Ça à
l'air d'être quelque chose du style mineure sur couplet et majeur sur refrain.