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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 16:59

D’ordinaire, je publie mon bilan musical de l’année précédente bien plus tôt. Mais là, j’ai particulièrement traîné… parce que je ne vois pas grand-chose à dire d’autre que ce que j’ai déjà écrit il y a deux ans dans « Pas de style pour les années 2000 ». Ce qui continue de me frapper, c’est encore et toujours l’absence d’un nouveau style marquant dans les musiques populaires, un style capable de fédérer et fasciner une partie de la jeunesse, un style qui incarne les désirs de liberté et de révolte de cette génération. Faut dire que si la seule chose qui pousse la jeunesse à descendre dans la rue est de défendre sa retraite, on est mal barré. La jeunesse occidentale, s’entend, pas celle des pays arabes, qui se trouve dans une situation autrement plus difficile.

 

Est-ce à dire que la jeunesse occidentale n’a plus de grands motifs de révolte, se satisfait de l’avenir qu’on lui destine, du fonctionnement de la société, de ses dirigeants et de la liberté qu’on lui accorde ? J’ai un peu de mal à y croire… Ma « théorie » est plutôt que cette longue absence de nouveau courant dans la musique populaire est la résultante de trois phénomènes : 

 

1.      Les conséquences de la « révolution internet ». Pour l’expliquer de la manière la plus simple – et caricaturale – possible : prenons un jeune du début des années 90. Il entend chaque semaine de la soupe à la radio et à la télé, puis, un jour, tombe sur Smells like teen Spirit de Nirvana / ou sur un type cool de son lycée aux cheveux longs, à la chemise de bûcheron et au T-shirt déchiré, il veut en être, écoute ces groupes qui lui semblent exprimer son propre malaise, se met à jouer aussi cette musique et alimente ce courant grunge, comme des millions d’autres jeunes de sa génération à travers le monde. Prenons maintenant un jeune de la fin des années 2000. Lui aussi, il subit la soupe diffusée par la télé et la radio. Mais il dispose d’un outil génial : internet. Il peut allègrement piocher lui-même une multitude de musiques (pas forcément par le téléchargement illégal, il y a largement eu de quoi faire entre myspace, youtube, les sites d’artistes et maintenant le streaming légal). Il est moins focalisé sur le dernier courant à la mode, car il a de quoi écouter en quelques clicks le meilleur de l’électro, du rock, rap, metal, folk etc… de ces 50 dernières années. Il a aussi moins besoin de suivre le mouvement rebelle en vogue pour avoir l’impression d’appartenir à cette jeunesse en révolte, le web lui permet très simplement de trouver une petite communauté de gens avec lesquels il se sentira au mieux. Fans de rap US, de rap  hardcore, de techno, de metal, de black metal, de rock 70’s etc… chacun son petit clan. Idem pour les musiciens. Ils ont accès à une telle diversité de styles, de musiques de toutes les époques, que chacun peut faire sa petite cuisine, en mêlant comme il l’entend ses diverses influences – et il trouvera toujours de petites communautés qui pourront être disposées à apprécier ses compos - plutôt que de suivre le groupe qui marche. D’une certaine manière, cette « richesse » a pour conséquence un apauvrissement dans l’advention de nouveaux styles.

 

        Pour être encore plus simple : avant, la jeunesse avait besoin de « s’inventer » pour se sentir représentée, maintenant, elle n’a qu’à piocher…

 

2.      Le postmodernisme. L’esthétique postmoderne existe depuis un moment en art et dans la musique savante… en quoi consiste le postmodernisme au juste ? Abolition des hiérarchies entre un « grand art » et un « art populaire », refus de la modernité à tout prix, mélange d’éléments anciens et nouveaux, d’éléments de cultures très différentes, éclectisme etc… D’un certain point de vue, le rock est postmoderne depuis longtemps, en particulier depuis les Beatles. Mais il me semble que c’est vraiment depuis le début des années 2000 que le milieu du rock et des musiques poulaires actuelles a véritablement intégré l’idéologie postmoderne. Emergence d’une pop « décomplexée », recyclage à gogo, mélange des genres et, surtout, on hiérarchise beaucoup moins. Pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est une plus grande tolérance, un plus grand éclectisme, le pire, c’est une certaine mollesse : le « tout se vaut ma bonne dame ». Du coup, on a l’impression de se retrouver face à des groupes qui nous disent « On a fait notre petite tambouille dans notre coin, en mélangeant nos multiples influences, si ça vous plaît tant mieux, sinon, tant pis, chacun ses goûts » mais plus « Avant nous, le rock, c’était chiant, on arrive avec un nouveau son qui va vous balancer une grande claque ».  

        

3.      Une « génération désenchantée », comme le disait Alain Finkielkraut (ou Mylène Farmer, j’ai bizarrement tendance à les confondre…) L’idéalisme hippie, penser que l’on peut changer le monde en se laissant pousser les cheveux, en prenant du LSD et en grattant sa guitare, tout ça, c’est loin. Le mot d’ordre de la jeunesse semble être moins « Poussez-vous de là qu’on s’y mette, et qu’on change cette société triste et rigide », mais « Laissez-nous une petite place s’il vous plaît, on veut juste vivre une vie décente et trouver un boulot acceptable». Ce n’est là peut-être qu’une impression, mais je sens moins de radicalisme dans la jeunesse occidentale. Plus de cynisme, et moins d’envie de foutre en l’air le système.

 

 

Tout cela se retrouve aussi d’une autre manière dans deux des genres qui ont le mieux porté la révolte de la jeunesse ces 30 dernières années : le rock et le rap… qui m’ont semblé un peu mollasson cette année. Pas de « tuerie », de « bombe », d’albums qui soit à la fois fédérateur, puissant, brut et accrocheur.

 

Pour autant, tout cela n’empêche pas la bonne musique de continuer à exister… chacun aura sûrement pu trouver cette année de quoi contenter ses oreilles. Processions de Daniel Bjarnason aura été ma grande claque de l’année, je le conseille plutôt à des oreilles averties, mais il y en a pour tous les goûts, les albums envoûtants de Land of Kush, Teeth of the Sea ou Third Eye Fondation, cette petite merveille de folk hivernal et vaporeux qu’est le Fursaxa, le groovy et dépaysant Earthology des Whitefield Brothers, les sombres et tourmentés Swans, Mugstar, Univers Zéro et Ufomammut, la soul-pop riche et agréable de Janelle Monaé, les décapants Daughters… 2010 n’aura pas été une mauvaise année pour la musique, mais juste une nouvelle année de transition.    

 

 

Classement des albums de 2010

 



Sur le même sujet :

 

Pas de style pour les années 2000

 

Arbobo : Son vintage, revival : l'avenir est derrière nous ? 

 

 

Bilans des années précédentes :



2009, It was a very groove year
Bilan 2008 : Black is the colour
Bilan 2007 : Pirater plus pour écouter plus
2006 : La Revanche des Vieux

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Published by G.T. - dans Divers
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commentaires

GT 07/03/2011 00:00



CRAFTY : C'est vrai que le pire, c'est bien cette absence de révolte, de désir de bouleverser l'ordre établi... les nouveaux
styles musicaux n'en sont en général que l'expression, la conséquence, même s'ils sont aussi un catalyseur et participent de cette révolte.



Crafty 06/03/2011 14:37



Putain ça fait mal au cul de me dire que les gens de mon âge n'aient pas plus de motifs d'indignation que la retraite (qui n'est que l'arbre cachant la forêt d'un problème autrement plus
abyssal). En fait ça me révolte plus que l'absence de style des années 00s même, ce qui n'est pas rien !


Mais avec le brainwashing TV, radio, presse écrite, ça m'étonne que moyennement. Vaut mieux aller acheter le dernier iPhone et le dernier accessoire de la Wii qu'acheter des livres et voyager.


 



GT 24/02/2011 20:51



TOFTAKY : C'est pas bête, je n'y avais pas du tout pensé... je ne crois pas pour autant que c'est la cause principale, mais
sans doute que ça doit jouer...



Toftaky 22/02/2011 17:19



Bonjour, juste un petit mot pour défendre la jeunesse occidentale. Puisque tu fais référence à la jeunesse arabe, il y a à mon sens une explication à ce déficit de rebellion, le nombre.
Démographiquement, la jeunesse occidentale actuelle pèse beaucoup moins que dans les 60's et 70's. Ce qui fit la force du rock résidait dans le déchainement d'un jeunesse arrivée au sommet de sa
puissance démographique entre 1945 et 1975. Or ce qui arrive dans les pays arabes est peut être le résultat d'une démographie galopante. Je me pose la question ?



GT 13/02/2011 23:33



DIANE C : désolé, jai oublié de te répondre... même réponse que pour ARNO, en fait :-)



GT 13/02/2011 23:31



LTF : Non, aucune raison de te flageller, ce que tu dis est assez vrai ^^


Mais il ne faut pas négliger - j'insiste beaucoup là dessus - que le rock (ou le rap) ce n'est pas uniquement du "bruit et de la fureur", mais aussi une musique "populaire", une musique qui doit
accrocher, proposer de bons morceaux. Si Sonic Youth n'était que de la dissonance, tout le monde s'en foutrait, à part quelques adeptes de musiques radicales. Mais Sonic Youth a marqué le rock
aussi parce que leurs chansons tiennent la route, sont capables d'accrcoher l'auditeur. Même chose pour les Pistols, les Who, Elvis ou Chuck Berry.


La dissonance pour la dissonance, ça n'a pas grand intérêt... Ce qui fait l'intensité d'un morceau, ce n'est pas seulement le fait de jouer toujours plus vite et plus fort, il faut que le morceau
fonctionne, qu'on propose quelque chose qui frappe l'auditeur. Il y a des milliers de groupes de metal qui jouent plus vite et plus fort que Slayer, mais ils n'atteignent pourtant pas
l'intensité d'un Reign in Blood.


Un morceau, un album qui fait l'effet d'une "bombe", qui scotche l'auditeur, peut le faire sans chercher à utiliser des moyens toujours plus extrêmes. Le rap en est un bon exemple. Quand
Public Enemy a débarqué (ce n'est pas le premier groupe de rap, mais ils ont apporté au genre une puissance nouvelle), il existait déjà des tas de musiques
plus "violentes", comme le thrash... et pourtant, des jeunes des années 80 qui écoutaient du thrash considéraient - comme leurs propres parents pour lesquels le metal n'était
qu'une musique de sauvages - que le rap n'était même pas de la musique, que c'était juste du bruit... "Y a même pas de mélodies, ils jouent même pas eux-mêmes d'instruments,
c'est n'importe quoi..." Bref, chez certains de ces adeptes de musiques extrêmes, beaucoup avaient un petit côté réac, en fin de compte, avec une définition limitée de ce que devait être la
musique. Avesc le rap, on a donc une musique moins violente que d'autres à l'époque, mais ça ne l'a pas empêché d'être particulièrement dérangeante, déstabilisante, marquante et
innovante. Bref, pas besoin d'aller encore plus loin dans la "violence pure", il suffit - plus facile à dire qu'à faire - de trouver de nouvelles manières de composer, un nouveau
son, si c'est audacieux, pertinent, et capable de susciter un minimum d'intérêt...  


 


ARNO : --)


(désolé, j'ai pas trouvé mieux comme répartie... mes dernères capacités de réflexion pour la soirée ont été utilisées dans la réponse précédente^^)


 


 



Arno 13/02/2011 17:20



Y'a plus de jeunesse... 



LTF 13/02/2011 13:04



@ GT : Ton point de vue sur le punk est tout à fait intéressant et juste. Le punk a effectivement repoussé les limites du "rock" des pionniers (au niveau sonore et de l'énergie, surtout chez les
Pistols) pour le rendre inécoutable pour les bons pères de famille fans de Elvis and co. Et pose la question (pour moi en tout cas) de jusqu'où on peut repousser les limites en terme de "bruit"
et de provoc' en rock et expliquer d'une certaine façon l'essouflement du rock dans les années 2000.


Si l'on remonte le temps (j'espère ne pas dire de connerie) on voit qu'effectivement les pionniers (Elvis, Little Richard, Jerry Lee Lewis) ont choqué par leur attitude scénique, leur énergie (et
le fait que les blancs se mettent à jouer de la musique noire), le rock Anglais a pris la suite en jouant encore plus fort et plus énergique et en évoquant la drogue (les Who, Hendrix, Led Zep,
Black Sab les Doors, le Velvet, etc.), que les punks allaient encore plus loin dans la provoc et l'aspect bruitiste, les groupes de hardcore ont "blanchi" leur musique et l'ont radicalisé, pareil
pour les groupes de hard/heavy anglais des années 80 (Judas et Motörhead avaient ouvert la marche un peu avant, puis Maiden and co) avec différents styles et groupes encore plus agressifs (Slayer
et Metallica pour le thrash, le Death, le Grindcore, le Black Metal and co). Pareil chez les groupes de rock indé noise qui joué avec le faux, les dissonances et les larsens (Sonic Youth, Pixies,
The Bloody Valentine). Et bien entendu dans tous ces mouvements "extrêmes", des courants plus accessibles se créent en réaction (la pop, le hardcore mélodique, death mélodique, etc.).


Et on peut se demander si dans le rock, toutes les limites n'ont finalement pas été dépassés et si on peut franchir un cap en intensité, créer une véritable rupture avec les groupes qui ont
précédé sans aller dans le mur. En tant que fan de metal (plus années 70/80 que les courants modernes d'ailleurs), j'ai du mal à voir le pas en avant réalisé depuis Slayer (Reign In
Blood évidemment), les groupes de black, death and co ont actuellement un meilleur son, une production qu'un Slayer (bon il y a des exceptions dans le true black et le fameux son tondeuse à
gazon sur fond de hurlements sadico-anals mais bon...) mais ils n'ont pas autant d'intensité, de force dans le discours. Parce que l'intensité n'est pas qu'une question de tout à fond et de
bourriner comme un porc avec un son de malade, mais aussi de maitrise et de gestion des temps forts. D'ailleurs Slayer a adopté une démarche différente sur les albums qui ont suivi (beaucoup plus
lents et "ambiancés") parce qu'ils savaient qu'ils ne pourraient pas faire plus.


Je connais beaucoup moins le rap que le rock, mais apparemment il est apparu et a explosé au moment où le rock ne correspondait plus aux critères d'intensité que recherchaient les jeunes. Je
trouve le texte Without Me d'Eminem assez drôle et éloquant à ce niveau là :


Little Hellions, kids feelin rebellious
Embarrassed their parents still listen to Elvis
They start feelin like prisoners helpless
'til someone comes along on a mission and yells BITCH!!!
A visionary, vision of scary
Could start a revolution, pollutin the airwaves
A rebel, so just let me revel and bask
in the fact that I got everyone kissin my ass {*smak*
And it's a disaster, such a catastrophe
for you to see so damn much of my ass; you asked for me?
Well I'm back, na-na-na-na-na-na-na-na-na-na
{*bzzt* Fix your bent antenna tune it in and then I'm gonna
enter in, endin up under your skin like a splinter
The center of attention, back for the winter
I'm interesting, the best thing since wrestling
Infesting in your kid's ears and nesting
{*bzzt* Testing, attention please
Feel the tension, soon as someone mentions me
Here's my ten cents, my two cents is free
A nuisance, who sent? You sent for me?


Un texte qui me déjà celui de Chuck Berry sur Roll Over Beethoven, l'envie de rejeter le classique ringardisé pour faire sa propre musique :


You know, my temperature's risin'
The jukebox's blowin' a fuse.
My heart's beatin' rhythm
And my soul keeps a-singin' the blues.
Roll Over Beethoven and tell Tschaikowsky the news.


Et le clin d'oeil d'AC/DC évidemment sur Let There Be Rock :


in the beginning
back in nineteen fifty five
man didn't know 'bout a rock 'n' roll show
an all that jive
the white man had the schmaltz
the black man had the blues
no one knew what they was gonna do
but Tschaivosky had the news, he said
let there be light
and there was light
let there be sound
there was sound
let there be drums
and there was drums
let there be guitar
there was guitar
let there be rock and roll


Et d'après ce que tu en dis, le rap connait aussi un coup de frein stylistique. Peut être que eux aussi ont été au bout de ce qu'ils pouvaient faire et que finalement seuls les groupes les plus
softs parviennent à sortir du lot (Kanye West cartonne pas mal en fleurtant allégrement avec la pop et son petit dernier cartonne pas mal apparemment).


Bref, le rock (au sens large) est-il un style toujours artistiquement "vivant" ou va-t-il connaitre le même destin que le blues, c'est à dire que des personnes qui essaient de refaire vivre
l'héritage des grands ? Si oui, qui va prendre sa place ?


Voilà j'ai fini, j'espère ne pas avoir dit trop de conneries, sinon j'irai me flageller de ce pas avec des orties fraiches.



arbobo 13/02/2011 00:25



l'esprit plutôt que la lettre, hein :-)



diane cairn 12/02/2011 18:29



c'est bien bien ce sentiment de tout à été fait qui m'a fait quitter mon groupe il y a 15 ans que j'ai vendu ma guitare et me suis mise à l'electronica puis au musique du monde puis de film,
c'est bien pour ça que je suis monomaniaque et que la musique de wolf creek ou de history of violence tourne en boucle dans mon casque au côté d'ensemble de gamelan oude shomyo enfin le besoin de
révolte et de nouveauté s'est déplacé il ne s'exprime plus au travers d'un style mais dans la recherche effrenée de nouveauté en allant toujours plus dans les sonorités étranges, c'est mon côté
extrémiste maso qui parle là, se faire violence de plus en plus en musique en s'infligeant des musiques difficiles d'accès mais qui à force nous ouvre les oreilles, l'urgence, le besoin primaire
d'appartenance au groupe et le rejet c'est très adolescent sauf pour moi qui ne supporte pas les clans ... bon j'ai rendez-vous chez le psy le 24 on en reparle ;-)



GT 12/02/2011 17:31



ARBOBO : Je n'ai même pas cette excuse, ce n'est que le mois suivant que j'ai été coupé du net... et dommage d'avoir loupé cet
article, très bon (je l'ai mis en lien), j'aurais eu pas mal de choses à dire (et je serais vraiment allé dans ton sens, parce que tu t'es retrouvé un peu isolé...)


 


C'est marrant que tu parles de Schoenberg dans l'article, parce que c'est ce que j'ai failli répondre hier à Vince et LTF. J'en ai déjà parlé, il y a un moment dans un article que je
lui ai consacré, parce qu'il est un des cas les plus intéressants sur la question. S'il a révolutionné la musique, s'il est devenu le plus grand novateur du XX° (enfin, certains diraient que
c'est Webern, mais Webern était tout de même l'élève de Schoenberg) ce n'est pas par "rejet" de ce qui s'est fait avant lui, mais bien parce qu'il vénérait les grands compositeurs de l'histoire.
Et il a bien compris que ce qui distingue les plus grands artistes des autres, c'est le fait d'apporter quelque chose de véritablement nouveau.


 


A son époque, la plupart des compositeurs germaniques font du Wagner. Et si Schoenberg va se lancer dans quelque chose de totalement différent, ce n'est pas par rejet de Wagner, bien au
contraire (Wagner était un de ses grands modèles), mais parce que dans la lignée d'un novateur tel que Wagner, il lui fallait aussi révolutionner l'écriture musicale (et son système
dodécaphonique, même s'il marque une rupture considérable avec la musique tonale, est tout de même dans la lignée du chromatisme wagnérien). Schoenberg a peut-être une écriture et une
esthétique plus éloignées de Wagner que celles des compositeurs qui le singeaient, mais au fond, lui est vraiment "digne de Wagner". Comme de Bach, Mozart, Beethoven ou Mahler, autres
grands génies qu'il affectionnait particulièrement (il y a aussi Brahms, qui a tout de même été moins novateur que ceux-là...)


 


Si l'on transposait ça au cas du rock, un groupe "digne des Beatles", ce serait moins un groupe de 2010 dont la musique - aussi plaisante et bien foutue soit-elle
- sonne un peu comme celle des Beatles, mais un groupe qui parviendrait à être populaire, à faire des chansons qui accrochent le public, tout en innovant et en osant des choses que
personne n'a encore fait. D'une certaine manière - et toutes proportions gardées - s'il fallait parler d'un groupe "digne des Beatles" ces 15 dernières années, ce ne serait sûrement pas un de ces
nombreux groupes qui sont dans le revival 60's, mais bien de Radiohead. Ceux qui approchent le plus à mon sens cet idéal de chansons originales, riches, inventives, mais capables aussi par
leurs mélodies de séduire le public (bon, pas un public aussi vaste que celui des Beatles, mais c'est tout de même un groupe qui n'est pas uniquement écouté par les lecteurs de
pitchfork^^)...      


 


On pourrait en revenir à la fameuse distinction, qui reste tout de même bien ancré dans l'art occidental, entre l'artiste et l'artisan. Etre "digne de tel artiste", ce n'est pas faire une musique
qui sonne comme la sienne... Dans la musique populaire occidentale, il y a bien sûr quelques cas particuliers, comme le blues, où la notion d'authenticité, de fidélité à la tradition est
essentielle. Mais ce n'est pas le cas de la pop ou du rock (sinon, on aurait fait pendant 50 ans du rock à la Chuck Berry).


On entend souvent dire, dans ce type de discussions : le mouvement punk n'est au fond qu'une forme de revival du rock 50's. Ce avec quoi je ne suis pas du tout d'accord. Bien sûr qu'on
retrouve dans le punk des éléments propres au rock 50's, l'urgence, la nervosité sur 3 accords avec couplet-refrain... Mais de tous les parents qui ont écouté et aimé Elvis, Jerry Lee
Lewis ou Eddie Cochran dans leur jeunesse, je suis certain  que lorsque leur gamin s'est mis à écouter les Pistols dans les années 70, la plupart ne se sont pas dit "c'est
chouette, on dirait le rock de mes jeunes années", mais plutôt "c'est quoi cette musique de sauvages ? C'est moche, violent, de mon temps, on écoutait de la bonne musique". Alors
que les parents qui écoutaient de l'électro-pop dans leur enfance dans les 80's, quand leurs gamin, dans les années 2000, écoutent tous ces groupes revival 80's ne se disent sûrement pas la même
chose, ils peuvent beaucoup plus facilement retrouver leurs repères... bref, l'absence de nouveau style, c'est aussi l'absence d'une musique qui, comme l'ont fait le jazz, le rock, le
rock psyché des 60's, le hard, le funk, le glam 70's, le punk, le rap, le metal, la techno, le grunge, a d'abord été la musique d'une génération, un style qui ne pouvait être
totalement compris par l'ancienne, pour laquelle, c'était souvent de la "musique de sauvages / de dégénérés"...


 


CAFARDAGES : Merci !  



arbobo 12/02/2011 12:49



c'était peut-être paru durant ta longue éclipse forcée, GT ^^


http://www.arbobo.fr/son-vintage-revival-lavenir-est-il-derriere-nous/


 



cafardages 12/02/2011 11:12



bien analysé ! heureusement qu'il reste la musique !



GT 12/02/2011 02:24



VINCE : Ne t'inquiète pas, il n'y a aucune "censure" ici, c'est juste que ton commentaire n'apparaissait pas, il était "blanc" et
faisait buguer tous les commentaires. Je n'avais pas d'autre moyen que de le supprimer, et je n'ai pu sauver le texte puisqu'aucun texte n'apparaissait...


 


Sinon, je n'ai jamais réduit l'art à une contestation des acquis, ce serait absurde, mais l'art occidental tel qu'il s'est développé ces derniers siècles a en règle générale
évolué et créé de nouveaux courants en s'opposant au précédent (ce qui ne veut pas dire qu'il rejette tout ce qui a été fait avant, loin de là). C'est comme ça que l'art a avancé en
occident ces derniers siècles, jusqu'au postmodernisme...


 


LTF : Bien sûr qu'il y a toujours un "héritage", et qu'un groupe n'arrive jamais en disant que TOUT ce qui s'est fait avant lui
est à jeter. Mais il y a au moins en général le rejet du courant précédent, ou le rejet de la musique "dominante" du moment. Mais on a beaucoup moins cette impression actuellement, on a
l'impression que tout le monde aime à peu près tout et que chacun fait sa petite cuisine - plus ou moins bien - dans son coin.


 


ARBOBO : Ce n'est pas exactement ce que j'entendais par "piocher"... je ne pensais pas à des jeunes comme Anne qui sont, en
effet, plutôt des exceptions, avec une très grande culture rock à 16 ans... Plutôt à des jeunes qui ont accès, même superficiellement, sans s'y plonger à fond, à des tas de styles
différents. Mettons qu'on soit en 89, et que tu sois fan de thrash metal... le rap us de Public Enemy ou NWA pourrait peut-être t'intéresser, mais voilà, quand t'as un peu de thunes, tu
préfères tout de même t'acheter une nouveauté en thrash que n'importe quel album de rap. Maintenant, un jeune fan de metal qui a un minimum de curiosité pour le rap,
en quelques clicks, il a à disposition énormément de choses. L'exemple est un peu simpliste, pour le dire autrement, avant, être "sectaire" en musique, c'était la voie la plus simple :
tu aimes tel style, tu achètes les disques de ce style, et les partages avec ceux de tes potes qui ont les mêmes goûts... maintenant, pour être sectaire, faut vraiment le vouloir, faut
être limite monomaniaque tant il est simple d'écouter de tout.


 


(J'ai dû louper ton article sur le manque d'innovation des groupes occidentaux, si tu peux, merci de me filer le lien... bon, c'est vrai que je pourrais le chercher moi-même... ce que je ferais
d'ailleurs demain, si ça se trouve, j'en ai loupé d'autres^^)    



arbobo 12/02/2011 00:36



cela dit, il y a quelques mois je dénonçais dans un article le manque d'innovation des groupes occidentaux, y'a un lien avec le tien visiblement



arbobo 12/02/2011 00:34



"avant, la jeunesse avait besoin de « s’inventer » pour se sentir représentée, maintenant, elle n’a qu’à piocher…"


a priori, oui, sauf que pour piocher, il faut avoir des repères, qui ne viennent pas en un jour. Je dirais que cette phrase
s'applique difficilement avant 20 ans, voire 25, c'est même plutôt à nous qu'elle s'applique, comment crois-tu que je parviens à chroniquer le 4e album d'un groupe, dont j'ignorais totu une
semaine avant, tout en tenant compte de l'ensemble de sa discographie?


 


évidemment il a les ovni, la jeune Anne qui nous a fait l'honneur à une époque de venir ici-même, et elle a sacrément du goût cette
gamine, mais des comme elle y'en a pas de masses.


ça joue sans doute ce que tu dis, mais autant que tu le crois? j'en doute énormément



LTF 12/02/2011 00:29



Je suis pas trop d'accord avec vous sur ce coup là. Le rock c'est aussi un héritage et des artistes qui veulent faire "comme" leurs idoles. Les Ramones et les Sex Pistols vénéraient les piliers
du rock 'n roll et voulaient retrouver cette "vibration" et cette urgence, qu'ils ne trouvaient plus dans les groupes rock de l'époque (Pink Floyd, Grateful Dead, Led Zep, etc.). Pareil pour
AC/DC et les groupes de blues, etc.


Le rock est (ou était) une musique de rejet effectivement mais aussi de passage de témoin. Ca me choque pas plus que ça que des jeunes aient des T-Shirt AC/DC ou Ramones, à partir du moment où ce
n'est pas juste pour faire comme le grand frère (feraient mieux mettre un Lady Gaga ou Black Eyed Peas pour la provoc les cons ahahah).


A moins que vous ne vouliez dire que maintenant la consensualité actuelle fait que les jeunes se sentent obligés de tout aimer. Ce qui n'est pas complètement faux.


Cependant, la presse rock à polo lacoste (Inrocks and co) a pas mal contribué à ce phénomène je trouve. Va sur un forum rock en disant que tu trouves que le Velvet est une immense escroquerie et
tu te feras massacrer avant de pouvoir placer un "De toute façon tout le monde sait que le meilleur groupe du monde c'est Poison". Bref; s'il faut tuer absolument tuer le père, le simple fait de
vénérer certains rockeurs et de les considérer comme "intouchables" est une contradiction évidente.



Vince 11/02/2011 23:59



"mais aussi en art de manière générale"


 


Ouais, c'est de la démago ça ! Comme si l'art se réduisait à une contestation des acquis. C'est clairement négliger tout art confucianiste entre autre, ainsi que des tonnes de trucs grecs,
romains, moyen-âgeux... je ne me prend même pas la tête à développer, je ne crois pas que ça soit nécessaire pour montrer que cette généralisation n'est pas reçevable. Sinon, tu me censure ? J'ai
commenté tout à l'heure mais ça n'apparait pas...



GT 11/02/2011 23:37



LYLE : Très juste... et je suis entièrement d'accord sur le gamin de 12 ans avec des badges AC/DC ou Ramones, je trouve aussi
ça pathétique... plus encore que s'il avait des badges de groupes de rock bêtas pour ados du moment... le pire, c'est le gamin qui va au concert d'AC/DC avec son père, les deux avec le
même T-shirt AC/DC... c'est la mort du rock, une fois de plus^^ 


 


Dans le rock en particulier (mais aussi en art de manière générale), faut "tuer le père", pas aller main dans la main avec lui au concert...



lyle 11/02/2011 20:35



Oui, tu as sans doute raison.


 


Maintenant moi ce qui me choque le plus, c'est que de nos jours, un jeune qui rentre en rock (oui, on rentre en rock comme on entre en religion) est ouvert à tout, il ne se révolte
plus contre rien, il écoute non seulement les groupes de son frère (la base en fait !), mais aussi ceux de son père (beuraakkk !) ou de son grand-père (euaaargghhh !) sans aucune différence (voir
des gamins de 12 ans avec des badges Ramones ou AC/DC m'écoeure quelque part). A tord ou a raison (on pourrait dire surtout à tord sauf que finalement...) tous les grands clashs musicaux se sont
fait en opposition à quelque chose, en particulier à des groupes de la génération d'avant devenus haïssables. Maintenant tout se vaut, on écoute les Pistols et les Floyds, les Ramones et Crosby
& Co... Sans révolte contre l'ordre établi, rien ne bouge...