Après avoir bien appris les fondamentaux exposés dans Le Guide du Rockeur (à lire avant cet article), vous voilà paré à vous lancer dans le monde merveilleux du web-rock. Là encore, pas question de faire n’importe quoi…
Pour s’intégrer dans le milieu rock, il est indispensable de bien saisir cette notion fondamentale : la base du rock, c’est un mélange de « révolte » et de « cool ». D’un côté : révolte, sauvagerie, défoulement, intensité, insoumission. De l’autre : humour, dérision, sang-froid, postures, capacité d’adaptation, désinvolture, mauvaise foi assumée. Etre rock’n’roll demande un subtil mélange des deux.
Si vous êtes juste cool, sans une once de révolte, et trouvez qu’après tout, c’est pas grave si la variétoche et les daubes commerciales prennent toute la place dans les médias, que si TF1 plait à tant de gens, c’est que ça ne doit pas être si mauvais, qu’il faut laisser sa chance à Sarkozy et ne pas le critiquer sur tout… vous n’êtes pas du tout rock’n’roll. Idem si vous n’êtes que « révolte », sans coolitude… un militant écolo-LCR radical et rigide qui ne fume pas parce qu’il ne veut pas financer les sinistres multinationales du tabac, qui ne boit pas parce qu’il faut garder les idées claires en permanence et qui se sacrifie pour l’idéal révolutionnaire… ce n’est pas plus rock’n’roll. Un fou-furieux fan de Black Metal qui sacrifie des chiens en hurlant des incantations sataniques avec le plus grand sérieux non plus. Lui, c’est juste un malade (ou un con, ou les deux).
Ce mélange de cool et de révolte, c’est tyiquement américain… le héros traditionnel des films hollywoodiens, des westerns et polars, le type un peu marginal, qui ne respecte pas les règles, mais sait rester « cool » en toutes circonstances (l’origine, c’est le flegme anglais). Poursuivi par une vingtaine de types armés jusqu’aux dents, il trouvera toujours une vanne à balancer… Interrogé par un psychopathe, il ne résistera pas à répondre par quelques bons mots qui auront le don de faire exploser de fureur son bourreau qui le martèlera de coups. Mais le plaisir d’une bonne vanne, pour le héros américain, vaut bien une machoire arrachée. C’est Clint Eastwood, Steve McQueen, Richard Widmark, Bruce Willis, Robert Mitchum, Harrison Ford…
Le rock, surtout, vient de la musique noire américaine… et a perpétué cette tradition de mélange de « cool » et de « révolte » qui la définit : du blues au hip-hop en passant par le jazz, la soul et le funk….
Maintenant, venons-en au fait… comment débarquer sur le net ?
Premier choix crucial : le pseudo. L’idéal, c’est un truc qui claque. Et, si possible, qui puisse contenir une bonne référence rock’n’roll, sans faire trop prétentieux non plus. Si vous êtes un grand fan de Bowie… évitez « David Bowie ». Il est assez ridicule de prendre le nom d’une rock-star, vous passerez à la fois pour un fan sans personnalité, et un type ultra-prétentieux. Le pire, ce sont les noms impossibles à porter des "mythes" du rock (Sid Vicious, Jim Morrison, Hendrix, Elvis…). A la limite, le surnom d’une rock-star… « Thinwhiteduke » ou « Ziggy », pour rester chez Bowie… mais le mieux, c’est de croiser deux références « Ziggypop », par exemple, ou, surtout, de jouer sur le décalage : Big Black Duke.
Les principaux types de pseudos à éviter :
- Les noms de rock-stars et de groupes.
- Les noms satanico-metalleux grotesques, genre Lucifer666, Dark Morgoroth etc… vous ferez peut-être flipper 2-3 vieux curés de campagnes, mais vous serez la risée de tous les internautes. Sachant qu’il y a très peu de chances de croiser de vieux curés de campagnes sur des forums et blogs rock, vous serez donc la risée de tous.
- Les références à l’héroïc-fantasy, à Star Wars, Matrix, aux super-héros… s’agit pas de passer pour un geek… vous commencez à vous intéresser au rock, vous souhaitez quitter les forums jeux-video pour les blogs rock… n’importez surtout pas votre pseudo... Aragorn, Gandalf, Skywalker, Darth Vader, Neo, Morpheus et autres Batman sont à proscrire. La règle est simple : « Batman, non, Bateman, oui » (Patrick Bateman étant le héros psychopathe de l’illustre et sulfureux « American Psycho » de Bret Easton Ellis, roman incontournable dans la culture rock).
- On peut se contenter de son prénom… sauf s’il est daté : Maurice, Albert, Monique, Henriette, Firmin, Fernand, c’est pas très rock’n’roll. Idem pour les prénoms composés « aristos » et les prénoms ridicules (cf. Pierre Desproges : « Un seul de ces prénoms n’est pas ridicule, lequel ? a) Bernard-Henri b) Jean-Edern c) Pierre d) Rika)
- La provoc' et la subversion, c’est rock’n’roll, mais il y a des limites… prendre comme pseudo Adolf H., Ben Laden, Marc Dutroux, ça pourrait bien n’amuser que vous. Ne tombez pas trop bas non plus dans la vulgarité : immondégueli, jenculetamere, analfistfuck… puéril et pas très classe…
Etre « rock’n’roll », c’est savoir être arrogant, mais avec suffisamment de dérision et de coolitude pour ne pas tomber dans le pompeux prétentieux. Privilégiez des pseudos marrants et décalés (MichelSardou), qui claquent (Klak), ou avec une bonne référence (Kill me Sarah).
Ces principes sont les mêmes lorsque vous déciderez de monter votre propre blog et de lui trouver un titre… oubliez les noms pompeux, débiles et naïfs style « best of rock », « rock’n’roll 4 ever », « rock will never die », ou « art-rock »… mal placé pour donner des conseils sur les noms de blog, je vais m’abstenir…
Les références internet du rockeur 2.0
Vous n’êtes pas stupide et dépassé par la technologie, vous arrivez à vous démerder un minimum… mais vous n’êtes pas un nerd non plus. Vous êtes modernes, dans le coup, pas un vieux rockeur bêta complètement à la masse sur le web…
On ne dit pas « Il est où, le site de Rock’n’folk ? » mais « Pitchfork ? Bof… c’est devenu un peu trop mainstream à mon goût… »
Vous connaissez les bons sites pour découvrir, télécharger, vous utilisez deezer, jiwa, imeem pour vos playlists et pour écouter des nouveautés (forcément des nouveautés, tout le reste, vous connaissez par cœur)...
On ne dit pas « c’est quoi deezer ? » mais « j’ai importé des mp3 sur deezer – parce qu’ils n’ont pas grand-chose de bien – mais ça fait buguer mon player… quelqu’un sait quoi faire dans ce cas ? »
Vous continuez à acheter des disques – parce que la musique, c’est sacrée, et parce qu’il y a toujours un certain fétichisme chez les rockeurs – mais vous téléchargez aussi illégalement des tas d’albums. Normal, vous êtes rock’n’roll, vous ne craignez pas d’enfreindre les lois, et il est hors de question d’aller dans le sens d’un des pires ennemis du rockeur : les majors.
C’est l’occasion de faire le point sur tout ce qui est rédhibitoire pour le rockeur moderne…
Les pires ennemis du rockeur :
1. Sarkozy
2. Pascal Nègre
3. L’UMP
4. Les Majors (et donc encore Pascal Nègre)
5. La star academy (et donc encore Pascal Nègre)
6. TF1
7. Michel Sardou (pas le blogueur, hein…)
8. Johnny Halliday
9. Carla Bruni
10. Céline Dion
11. Obispo
12. Jean-Pierre Pernaut
Quels sont les sites et blogs qu’il faut connaître ? Difficile à dire, car il y en a trop… et il y en a aucun… à chacun d’avoir ses « réseaux », ses bons plans pour télécharger ; un fana de rock ne les livre pas plus qu’on dévoile ses bons coins à champignons (hallucinogènes, ça va de soi).
Comment écrire sur les forums et dans la blogosphère rock ?
Règle de base : pas de messages qui commencent par « Bonjour, » et se terminent par « cordialement », ni de vouvoiements (les « merci » sont à utiliser avec la plus grande parcimonie)… peu importe que vous débarquiez pour la première fois sur tel blog ou forum, quand on est rock’n’roll, on est cool et on est partout chez soi. On ne s’excuse pas, on ne rentre pas par la petite porte, on n’est pas impressionné… votre blog-rock n’existe que depuis 3 mois, vous n’avez eu qu’une poignée de visiteurs et deux commentaires seulement (dont un de votre copine expliquant qu’on lui a coupé le téléphone et qu’elle n’a pas pu vous laisser un message pour annuler le ciné ce soir parce qu’elle a une gastro), peu importe… si vous vous retrouvez sur un blog de référence, ne montrez surtout pas que vous êtes impressionné, que vous vous sentez « tout petit »… non, quel que soit votre interlocuteur - même si vous êtes sur le myspace de votre idole – laissez un commentaire où vous lui parlez d’égal à égal.
Par exemple… vous désirez laisser un message sur le myspace de Dylan… n’écrivez surtout pas « Monsieur Dylan, c’est avec une émotion exceptionnelle que je vous écris, vous êtes tout pour moi, vous êtes une légende, le plus grand songwriter du XX° siècle, j’essaye, modestement, de reprendre vos chansons sur ma guitare… mais je me sens tellement ridicule à côté de votre génie. Si vous pouvez juste me laisser un petit mot pour montrer que vous m’avez lu, je serais le plus heureux des hommes. Votre fan n°1 », écrivez plutot « Hey, Bob ! Jamais tu passes en tournée du côté de Narbonne ? Parce que Paris, c’est un peu trop loin pour moi… comme ça, je pourrais venir te voir backstage que tu me dédicaces le vieux vinyle de Blonde on Blonde de mon grand-père (nan, j’déconne, c’est le mien) »
Je caricature… mais il faut là aussi trouver le juste milieu, il y a des extrêmes dans lesquels ne pas tomber lorsque vous écrivez sur les blogs et forums :
- L’excès de poses pseudo-rock’n’roll : « Hé, Man, tu piges que dalle au rock. Tes groupes de tafouines anglaises, on s’en branle. Moi, quand tu traînais dans les jupes de ta môman, je chourrais mon premier perf'. La zone, la défonce, la taule, les nuits passées avec 3 filles dont tu ne te souviens d’aucune le lendemain, tout ça, j’connais par cœur, alors fuck you, espèce de petit bourge… et tu m’as gonflé avec tes conneries, j’en ai fait tomber ma kro sur mes ‘tiags… »
- Pas de langage SMS non plus, sous peine de passer pour un gamin (On ne dit pas « le Velvet, c tro d’la bal, j’kif ma ras mortel ken jlécoute, loool ! »). Le rock, c’est peut-être à la base une musique pour ados… elle n’en reste pas moins trop sérieuse pour leur laisser. Si on demandait aux ados quel est le plus grand groupe rock de l’histoire, ils seraient capables de vous citer Muse, ces cons. Les gamins ont des goûts de chiotte...
- Etre un fana de rock, ce n’est pas être un gros abruti bourrin et inculte, loin de là… il s’agit donc de savoir écrire avec un minimum de style… sans en faire trop. Si vous écrivez remarquablement bien, n’hésitez pas à disséminer quelques petites fautes, histoire de prouver que vous n’étiez pas un premier de la classe, et que vous écrivez d’un seul jet sans perdre de temps à vous relire… et quand on tape sur le clavier avec une bière à la main, une clope dans l’autre, forcément, il y a des incidents techniques.
On ne dit pas « je suis vraiment désolé pour cette grosse faute que j’ai laissé passer dans mon commentaire, toutes mes excuses » mais « merde ! j’ai renversé ma bière sur le clavier »
On ne dit pas « tous les groupes dont tu parles sur ton blog, c’est que de la merde, c’est nul à chier et t’es un gros con », ni même « Ton blog est vraiment très bien, mais, excuse-moi de te dire ça, après tout, ce n’est que mon avis qui ne vaut pas grand-chose, je trouve tout de même un peu que ça manque de bons groupes… ceci-dit, tout est relatif, je conçois parfaitement que ce qui est un bon groupe pour moi puisse être un mauvais pour toi, tous les goûts sont dans la nature et personne ne détient la vérité » mais on essaye de tourner ça avec humour et une légère pointe d’arrogance « pas mal, ton blog, manque plus que tu parles de bonne musique… »
Savoir se réinventer
Sur le net, personne ne sait vraiment qui vous êtes… aucune raison, donc, de ne pas se réinventer.
Le type qui vous écrit : « Hé, Man, tu piges que dalle au rock. Tes groupes de tafouines anglaises, on s’en branle. Moi, quand tu trainais dans les jupes de ta môman, je chourrais mon premier perf'. La zone, la défonce, la taule, les nuits passées avec 3 filles dont tu ne te souviens d’aucune le lendemain, tout ça, j’connais par cœur, alors fuck you, espèce de petit bourge… et tu m’as gonflé avec tes conneries, j’en ai fait tomber ma kro sur mes 'tiags… »
Si ça se trouve, en vrai, c’est lui :
Vous êtes un nerd binoclard, maigrichon, asthmatique, puceau, qui vit toujours chez papa-maman (un nerd, quoi…) rien ne vous empêche de vous faire passer pour un dur en cuir qui a connu tous les excès rock’n’roll. D'ailleurs, sur les forums, derrière les avatars suivants :



Avatars auxquels on associe l’internaute, se trouve bien souvent ça :

Et parfois même ça :

La culture rock :
Avant, lorsque deux fanas de rock se rencontraient, difficile de tricher sur leurs connaissances. Quand l’un demandait « t’as écouté tel groupe ? », c’était du pile ou face si on en avait jamais entendu parler. Soit on risquait de passer pour un inculte, soit on risquait - ce qui est pire - de balancer une énormité en se fiant bêtement au nom du groupe. Par exemple : « Massive Attack ? bien sûr que j’connais... mais bon, pas mon truc, j’suis pas trop metal » « Joy Division ? De la bonne power-pop… carrée, joyeuse… ça vole pas très haut, mais c’est plutôt frais et entraînant. Je les mets de temps en temps le matin pour bien commencer la journée ».
Maintenant, tout ça, c’est fini… grâce aux blogs, à Wikipedia, youtube, deezer, jiwa & co, on peut non seulement en quelques clicks avoir toute la bio du groupe, mais aussi l’écouter et en lire des analyses. On vous pose une question sur un groupe dont vous n’avez jamais entendu parler de votre vie (par exemple, Mazzy Star), 20 minutes après, une fois quelques chansons écoutées en lisant leur bio, vous répondez d’un air un peu blasé : « Mouais, j’ai découvert ça il y a longtemps, dans les 90’s, j’aimais bien la voix traînante et sensuelle d’Hope Sandoval et les atmosphères lynchiennes du groupe… dommage qu’ils n’aient fait que 3 albums ». Même quand on ne connaît pas… on connaît. Passer pour un inculte, faut vraiment le vouloir…
Le net, c’est de la communication différée, vous avez tout votre temps pour répondre sur les blogs et forums, donc tout le temps nécessaire pour faire comme si vous n’avez jamais rien loupé. Normal, vous êtes guidé par un instinct rock’n’roll très sûr qui a fait qu’à 10 ans, vous aimiez les Clash, à 12 vous avez découvert les Stooges et le Velvet, à 15, vous écoutiez déjà Dylan, Beefheart, Sonic Youth, Tom Waits et Nick Cave. Sans jamais passer par les cases U2, Dire Straits, Téléphone, Indochine et Queen...
S'il est possible de se réinventer, attention tout de même à ne jamais donner l'impression de forcer sa nature, de ne pas être à sa place et de n'avoir strictement rien compris au rock... le syndrome Raffarin. Deux petites vidéos de 30 secondes pour l'illustrer, deux vidéos où Raffarin touche au comble du ridicule en imaginant avoir quoi que ce soit de rock'n'roll... à croire que le mot "consternant" a été inventé exprès pour lui :
Raffarin 1
Raffarin 2
A suivre... (pas Raffarin, mais le prochain article du Guide du rockeur...)
1. Guide du rockeur
2. Guide du rockeur 2.0
3. Guide du rock pour les filles
4. Lexique
5. Traductions

Vous pouvez toujours chercher, dans l'histoire du rock de ces 20 dernières années, vous trouverez peu d'albums aussi influents, marquants et convaincants que Daydream Nation.
La jeunesse blanche américaine se foutait pas mal de la musique des noirs... elle commence à y prêter une oreille plus attentive quand c'est un blanc qui la reprend, et devient carrément hystérique quand, en plus, ce blanc est jeune, beau et sexy. Bref, on ne connait pas de genre musical qui ait débuté de façon aussi grotesque. Mais le pire est à venir...
Le rock, c'était déjà un peu mollasson, on n'y trouvait pas la puissance et l'originalité du classique, pas plus que le groove fin et sensuel du jazz ou l'authenticité du blues... avec Dylan, ça devient carrément soporifique. Surtout quand il nous inflige Blonde on Blonde, premier double-album de l'histoire du rock... comme si se taper une chanson de Dylan n'était pas déjà suffisamment chiant. Il fallait vraiment que la jeunesse de l'époque ait abusé d'herbes diverses pour supporter un truc pareil. Des jeunes trop flasques pour changer le disque, qui de toute façon correspondait bien à leur apathie.
Tout d'abord avec le bucolico-soporifique Rubber Soul... puis, un des albums les plus mal nommés de l'histoire du rock : Revolver. On a beau chercher, pas de trace de Revolver dans cette compil bébête de tubes pop. Si ce n'est qu'on a une irrépressible envie de se flinguer après avoir entendu à la suite :
Il faut reconnaître une chose à Sgt Pepper, c'est que la pochette annonce la couleur. Avant, le rock n'était qu'un truc débile d'une affligeante pauvreté musicale pour ados couillons, mais en voulant "s'enrichir" il deviendra exactement ce qu'on voit sur la pochette : un grand fourre-tout absurde, kitschissime, une musique de foire et de cirque jouée par des clowns qui se prennent pour des artistes. Un concept idiot, des arrangements pompeux, où, comme chez Clayderman, se mélangeront classique et pop... Dylan avait fait fort dans le ridicule, avec ce mélange contre-nature de poésie et de rock d'un ennui mortel... les Beatles ne sont pas en reste avec leur fusion kitsch "classico-pop-rock".
L'argument le plus idiot qu'on ait jamais trouvé pour justifier cet album d'une incroyable médiocrité, c'est qu'il aurait poussé des tas de jeunes - tout aussi médiocres - à fonder leur propre groupe. C'est sûr qu'en entendant un truc aussi laid et chiant, tout le monde se dit "je peux en faire autant". Ce qui rejoint l'apologie, dans le rock, du "do it yourself", qu'on retrouvera chez les punks. Il faut vraiment que les rockeurs n'aient pas le moindre petit début de sens esthétique pour considérer qu'une musique que n'importe quel crétin peut faire soit honorable. L'art, justement, c'est l'exception. Etre artiste, ce n'est pas un choix que l'on fait parce que c'est "cool", parce que c'est facile, mais parce qu'on est habité par une "vision", par quelque chose d'exceptionnel. Etre artiste, c'est un sacerdoce, cela demande la plus grande exigence, c'est aller le plus loin et le plus haut... ce n'est pas de nous endormir avec des berceuses d'une indépassable niaiserie telles Sunday Morning, Femme Fatale ou I'll be your mirror, à faire passer les Beatles pour un groupe de rockeurs enragés. Ni des chansonnettes aussi vilaines que There She Goes Again, ou de pathétiques impros bruitistes à la European Son. Ce dernier, d'ailleurs, est un des titres les plus cons de l'histoire du rock. Preuve que le Velvet n'avait absolument pas les moyens de son immense prétention.... sans doute se sont-ils dit : "le jazz, c'est chouette, ce sont des musiciens capables d'improviser... mais nous, on peut en faire autant !" Ils se lancent et... c'est le drame. Les lourdauds du Velvet réalisent que l'impro en musique, ça ne... s'improvise pas (elle est facile, mais beaucoup moins que European Son). Les jazzmen ont une véritable oreille musicale, d'excellentes connaissances théoriques, ce qui leur permet d'enchaîner des suites d'accords d'une grande richesse et se déplacer agilement et avec finesse sur les modulations les plus complexes. Pas les bourrins du Velvet, qui réalisent trop tard leur erreur, impossible de changer d'accord, de construire une mélodie... ils restent bloqués et nous emmerdent pendant plus de 7 mn sur le même matériau musical, qui n'avait déjà pas d'intérêt à la base. Et c'est là qu'il faut voir l'origine d'un des pires courants du rock, le post-rock. Le post-rock, c'est comme le prog-rock, c'est aussi prétentieux et boursouflé, sauf que c'est joué par des dépressifs qui ne savent pas jouer ni chanter, écoutés par d'autres dépressifs qui n'ont pas d'oreilles.
Avec Tommy, dont le film qui en sera tiré saura parfaitement reproduire toute la laideur et la bêtise du rock, du kitsch hystérique d'une abyssale crétinerie, avec une histoire que même Max Pecas aurait trouvé trop grossière : un gamin qui devient sourd, muet et aveugle... et sera sauvé par le... flipper ! Il devient une star du flipper... et fonde une nouvelle religion ! Qui dit mieux ?
J'en viendrais presque à oublier le pire groupe de rock de toute l'histoire, les Stones, bien sûr. Qui symbolisent tout ce qu'il y a de plus détestable dans le rock : des petits bourgeois blancs opportunistes qui se prennent pour des bluesmen et jouent les durs. Il n'y a que les boutonneux fanas de rock qui puissent y croire et trouver quoi que ce soit de dangereux chez les Rolling Stones. Leur manager leur expliquera en gros "Vous ne savez pas jouer ? Vous n'avez pas la moindre inspiration musicale ? Pas grave... j'ai pas d'idées non plus, suffit de faire la même chose que vos prédécesseurs : piller les bluesmen noirs, comme l'ont fait l'industrie du disque blanche puis les rockeurs des 50's avant vous. Vous ne savez pas comment vous distinguer ? Mick, t'as qu'à faire le clown sur scène, tu fais la moue, tu fais la poule, tu te déhanches comme une gonzesse... les gens sont tellement cons qu'ils trouveront ça "cool". Vous êtes laids ? Suffit de jouer aux "bad boys", ça collera, et y a un créneau à prendre pour vous distinguer des Beatles"
J'aurais bien aimé parler du pathétique Neil Young, idole de tout ce que la terre compte de neurasthéniques crasseux (Kurt Cobain reprendra le...hum, "flambeau")... mais là aussi,
Mais tout ça, encore, c'est rien... en 77, on nous refait encore le coup du rock "brut et sauvage", avec les punks. Sur l'échelle de la connerie adolescente, qui descend pourtant très très bas, je ne sais pas si on peut aller plus profond que les mouvements hippies, punks et grunge. Dans tous les cas, c'est l'éloge de la crasse, de la médiocrité et des comportements moutonniers. Et tout ça n'a fait qu'empirer. Les hippies étaient crades et très cons, mais ils avaient au moins - aussi farfelus soient-il - un idéal. Même plus d'idéal chez les punks. Remplacé par une rage "bête et méchante". Dans le grunge, plus rien, pas d'idéal, pas même de rage... on est juste très crade et très con.
Puisqu'il est aussi question de variétoche... un mot sur les Smiths. Une musique qui réussit (terme assez peu pertinent dans leur cas) à être aussi variétoche que lourdingue. Le comble, là encore, c'est que les fans de rock... trouvent ça léger et raffiné ! On croit rêver. Mais bon, rien d'étonnant : mélodies, rythmes, harmonie sont des notions qui parlent peu au fan de rock. Il n'a pas d'oreille, entend juste un vague "son d'ensemble", et juge avec les yeux. Il voit une bande de blancs-becs précieux, qui jouent en son clair et sans dissonances... et voilà, il nomme ça du "rock raffiné". Alors qu'il n'y a pas plus lourd ! Des mélodies d'une naïveté à faire passer celles des Beatles pour du Schubert, et des rythmes sans le moindre groove. Il n'y a d'ailleurs guère que dans le metal et l'indus qu'on peut trouver aussi peu de groove. Vous avez déjà vu danser des gens sur les Smiths ? Je vous le recommande, crise de fou rire assurée.