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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 19:40


SHUTTER-ISLAND.jpgIl ne faut jamais se fier aux bandes-annonces... à voir celle de Shutter Island, on imagine que ce nouveau Scorsese est un thriller assez conventionnel, avec un flic enfermé à tort dans une prison angoissante dont il va tenter de s'enfuir (à moins d'avoir lu le bouquin de Lehane avant, ce qui n'était pas mon cas)... Bref, un polar d'action, sorte de "Prison Break" qui se déroulerait dans les années 50 sur une île hostile... mais ce film est - heureusement - bien plus complexe et tordu que cela. Etonnant, d'ailleurs, qu'il ait un tel succès (1 million d'entrées en une semaine en France, un démarrage de blockbuster pour un film qui en est loin). Il y a sans doute un malentendu autour de Shutter Island...  que beaucoup imaginent efficace et trépidant, alors qu'il est bien plus pervers, labyrinthique et cérébral. Tant pis pour la petite bande de types placés à côté de moi qui, dans la grande salle bondée du cinéma, un samedi soir, s'attendaient à une grosse machine... et que j'entendais soupirer régulièrement (surtout pendant les étranges scènes de visions). Il y a même dans ce Scorsese un côté lynchien... dès les premières minutes, avec le visage inquiétant de cette femme folle qui sourit à DiCaprio, puis dans ces visions qui décontenancent le spectateur, et ne se comprennent véritablement qu'à la fin... Un film cérébral au point qu'il se permet des scènes et effets a priori loupés (une tirade trop emphatique, des rires déplacés, visions trop appuyées) qui trouvent une justification pertinente lors du dénouement.

Autre malentendu, quelques critiques qui reprochent à Scorsese, depuis, Gangs of New York, de faire des films plus hollywoodiens que "personnels" comme en témoignerait encore Shutter Island. Ce qui revient en général à limiter les thèmes et environnements scorsesiens aux italo-américains, à la mafia et aux gangsters... alors que le cinéma de Scorsese est bien plus riche que cela. Pas de mafieux dans Shutter Island, mais il n'en reste pas moins du pur Scorsese, par les thèmes du trouble de l'identité, de la paranoïa et de la folie, du basculement, et de la rédemption.
On parle peu, il me semble, de la question du trouble de l'identité chez Scorsese, alors qu'elle est au coeur de la plupart de ses films. C'est bien entendu le cas de Travis Bickle, héros de son chef-d'oeuvre, Taxi Driver, mais aussi du personnage (toujours joué par De Niro) qui, dans le visionnaire The King of Comedy (La Valse des Pantins), vit dans un monde télévisuel imaginaire et va jusqu'à séquestrer un présentateur pour qu'on lui accorde son quart d'heure de célébrité... c'est Jack La Motta (Raging Bull) qui sombre dans la paranoïa, comme, plus tard, le héros d'After Hours, ce sont aussi ces "Infiltrés"... ceux du film du même nom, évidemment, qui ne savent plus trop s'ils sont flics ou gangsters, mais aussi DiCaprio, dans Gangs of New York, qui intègre le gang de celui dont il veut la mort, ou encore DiCaprio incarnant, dans Aviator, un Howard Hughes tout-puissant qui finit détruit par ses troubles obsessionnels compulsifs... c'est Nicolas Cage, dans A Tombeaux Ouverts, ambulancier qui perd pied avec la réalité, hanté par les fantômes de ceux qu'il n'a pu sauver... et même "son" Jésus, dans La Dernière Tentation du Christ, pris entre le réel et le mystique. Ray Liotta dans Les Affranchis ou De Niro dans Casino ne souffrent pas, a priori, de troubles de la personnalité... mais ils sont aussi tiraillés entre deux mondes, deux situations extrêmes. L'un (Liotta dans Les Affranchis), qui rêve depuis tout petit de devenir un gangster, qui fait tout pour s'intégrer (s'infiltrer) dans le milieu, milieu qui devient sa famille, et famille dont il devra se séparer brutalement... l'autre (De Niro dans Casino), coincé entre son désir de respectabilité et de tranquillité, et ses origines mafieuses.
Le héros scorsesien, en règle générale, est un névrosé qui investit un monde qui n'est pas le sien, un monde en général violent, qui fera vaciller son identité. Ce qui le rapproche, d'ailleurs, du "héros" lynchien (même si, chez Lynch, c'est le plus souvent toute la réalité qui se met à vaciller). C'est, d'ailleurs, un peu le même processus dans Les Nerfs à Vif... mais inversé : un psychopathe qui joue les citoyens honorables pour parvenir à ses fins monstrueuses. Et ces thématiques autour de la folie et de l'identité vacillante se déploient à l'extrême dans Shutter Island... que l'on peut aussi voir comme une mise en abîme d'un cinéaste qui, s'il ne signe pas ici son film le plus radical d'un point de vue esthétique, le fait de ce point de vue thématique. A force de creuser ces questions, on finit par ne plus distinguer la fiction de la réalité.. Quand tu contemples le fond de l'abîme...

Une fois que l'on a dit de Shutter Island qu'il était bien du "vrai Scorsese", qu'en est-il de la qualité du film ? C'est, à mon sens, un très bon Scorsese... pas le meilleur (en même temps, faire mieux que Taxi Driver, ça relèverait du miracle), mais un film fort, captivant si l'on accepte le voyage dans ce monde oppressant, et noir, très noir. L'adéquation entre l'univers mental dans lequel évoluent les personnages et celui, "réel", dans lequel ils se retrouvent - une nature hostile, violente, froide et tourmentée - est parfaite. Il est vrai que l'on peut être décontenancé par certaines scènes qui ne prennent véritablement sens qu'à la fin, mais c'est aussi ce qui en fait un film cérébral : une fois sorti de la salle, il faut se le repasser mentalement pour l'apprécier à sa juste valeur et comprendre certains parti-pris pour le moins déroutants... et même y retourner, ce que je vais faire d'ici-peu (ne serait-ce que parce que je n'ai malheureusement pas pu le voir en VO).

Les deux films de ce début d'année que je vous recommande vivement ne sont pas "glamour" pour un sou... non pas que j'ai l'habitude de conseiller des films glamour, mais ces deux-là sont particulièrement éloignés de tout clinquant : Shutter Island, donc, et l'excellent A serious Man des frères Coen.

(Et prière de ne pas spoiler dans les commentaires, que vous ayez vu le film ou lu le roman... je serais curieux de voir ce que pense du film quelqu'un - au hasard, Thom - qui a lu et adoré le roman)

Shutter Island de Martin Scorsese

Scénario de Laeta Kalogridis d'après l'oeuvre de Dennis Lehane
Avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Michelle Williams, Max Von Sydow    

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Published by G.T. - dans Cinema
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commentaires

GT 11/01/2011 21:22



DR. F : Je dois être un grand naïf, alors^^ Parce que le dénouement, même si j'y ai pensé à certains moments, je n'étais pas du
tout sûr que ça se termine de cette façon...  


 



dr frankNfurter 11/01/2011 10:56



Vu ce WE, comme la BA annonçait le machin, un film prévisible en tout cas une grosse impression de déjà-vu... faut vraiment être naïf pour pas voir venir le dénouement final (et pis en cours de
route, on se dit "non, ils ne vont pas nous faire ça, c'est d'une originalité proche du zéro aujourd'hui... et bah si!!!).


Alors de la part de Scorsese, c'est bien réalisé dans son ensemble, mais alors que de lourdeurs... rho les passages oniriques... help!!!


 


Bref, vu et oublié.



GT 18/07/2010 15:51



VINCENT : Je ne vois pas trop quoi ajouter, puisque je suis d'accord avec toi... on a bien vu le même film ! :-)



Vincent 18/07/2010 00:02



[SPOILER]


 


Je viens (enfin) de regarder Shutter Island... Et c'est marrent, parce que je me suis dit exactement la même chose que toi sur la scène du cimetière. Cette espèce d'emphase oui, avec le lieu,
dans cet espace glauque et cliché d'une tombe dans un cimetière...et puis cette tirade d'un coup, comme si effectivement l'acteur jouait dans une mauvaise série... et à la fin, au paroxysme, la
porte qui s'ouvre dans une grande bourasque, et la voiture...! Le type, qui avait l'air sympa, a maintenant un faciès patibulaire et surtout, surtout, cette réplique : "They're always gonna find
us".


On voit vraiment que Daniels est le héros ici... Il sort ensuite sans poncho imperméable (forcément, c'est pas très rock), à grand renfort de "We're getting out, you and me ! Come on !!"


C'est marrant aussi parce que j'ai fait une pause un peu plus loins pour aller boire un truc et je me suis dit, tout fier de mon sens critique, ah ouais, il nous prend un peu pour des cons quand
même... C'est sympa, après tout ça fait quand même peur quand tu es dedans, les éléments déchainés, la nuit d'une manière générale... Mais enfin, il se plante un peu : soit les coutures sont
invisibles, on est entièrement dedans, le moyen d'expression est aussi valable que l'émotion qui en est à la base ; soit les coutures sont devant nos yeux, surexposées, à la Ionesco.


Mais à la fin, j'avoue que je me suis juste senti manipulé par Scorcese... Enfin, dans le bon sens du terme, s'il en existe un. Il jouait avec mon intellect... Et effectivement, ce qui est
étonnant c'est son succès... A croire qu'il y a plusieurs niveaux de lectures ? Parce que cette scène, pour emphatique qu'elle soit, est tout de même tout à fait valable est convaincante si on la
compare à un épisode de Plus belle la Vie...Donc...?


Sinon, sur le thème su dénouement et de son manque de surprise, je te rejoindrai GT : l'enjeu ici n'est pas de surprendre, mais bien de foutre le bordel dans nos têtes. Et bien sûr, on s'en doute
depuis un bout de temps. Mais pourtant ce que dit le 2nde Rachel dans la caverne est tellement juste... Lorsque l'on est classifié comme fou, s'il y a un complot c'est fini... Et moi je trouve
que la dualité est bien exprimée dans Shutter Island, entre la vue de Daniels et celle des médecins... En tout cas à la consommation première du film. D'un côté, un monde négatif, où tout est
ligué contre une personne, mais pas seulement, et qui parait plausible jusqu'à ce que... L'autre vue prévale : Daniels, en plein déni, s'héroise constemment. Et là, il suffit de réfléchir
quelques minutes pour que tout se qui paraissait après tout possible s'écroule, ridicule...


Non vraiment j'ai trouvé ça pas mal. C'est ça le problème quand on connait l'intrigue !



Graph'Pix 16/05/2010 15:10



Bonjour,


L'annuaire d'over-blog m'a fait connaître votre blog. J'aime bien ce que vous faites, je suis graphiste, développeur et webdesigner en freelance. N'hésitez pas à visiter mon site : http://www.graphpix.com 


Mon portfolio se trouve à l'adresse suivante : http://www.dorianmongel.fr


Graphiquement vôtre,


Graph'Pix, Graphiste freelance



G.T. 30/03/2010 18:50



PILE et SKA : Là, je suis entre les deux... puisque j'adore Casino, et je trouve ce Shutter Island vraiment très
bon...


Quant à la scène "nauséabonde" dans les camps de Dachau... personnellement, je ne l'ai pas trouvé si "choquante" ou nauséabonde que cela... de toute façon, ce qui est réellement
nauséabond, c'est Dachau... après, on peut toujours discuter et débattre sur "comment le filmer"... et même penser que se poser ce type de questions et porter un regard
esthétique sur "comment le montrer dans un film" et "filmer les camps de la mort avec bon goût", c'est, quelque part, un peu nauséabond... et là, on reviendra sur la
fameuse déclaration d'Adorno : l'art, après Auschwitz, n'est qu'un tas d'ordures... Bref, sur ce coup-là, je suis plutôt d'accord avec SKA contre ce "cinéphiliquement correct"...



Ska 30/03/2010 17:58



Bien sûr qu'elles ne sont pas du meilleur goût mais le recours systématique au repoussoir Kapo a tendance à devenir une sorte de cliché, un lieu commun du "cinéphiliquement correct". C'était
surtout ça.



Pile 30/03/2010 16:04



Tu ne trouves pas que les scènes de Shutter Island se déroulant dans les camps de Dachau sont nauséabondes?



Ska 30/03/2010 14:43


Je sais, je sais - inutile de commenter ce qui précède et qui était totalement gratuit - car nous savons tous que comparer Casino au Parrain c'est à peu près aussi stérile que citer "le
-fameux-travelling-de-Kapo"  à propos de Shutter Island... ;-)


Ska 30/03/2010 14:38


Casino, c'est pas un peu le Leader Price des Parrains de Coppola ?


Ska 30/03/2010 14:36


D'ailleurs, nous ne sommes pas d'accord non plus sur Shutter Island, son meilleur film depuis... bah... Le temps de l'innocence, tiens ! (mais juste parce que No Direction Home ne compte
pas)...



Ska 30/03/2010 14:28


Pile, alors quoi, on ne peut plus rigoler ?

Parce que la grandiloquence, la prétention, l'esprit de sérieux et la vanité de Casino valent bien qu'on lui tape gentiment dessus...

Par ailleurs, rassure-toi, j'ai vu Le temps de l'innocence, en un temps où je croyais encore un peu en Scorsese. J'ai même lu Edith Wharton. Bon souvenir du film, c'est vrai. Comme quoi,
Scorsese, quand il ne joue pas au super-auteur en sur-régime (le problème, pour moi, de Casino ou de Bring out the Dead) et qu'il met sa virtuosité en sourdine (ce qui ne veut pas
dire - loin de là ! - qu'elle s'absente) est capable du meilleur.


Pile 30/03/2010 13:50


Ska,

Ne confondrais-tu pas personnages mafieux - donc pas forcément subtiles - et subtilité de Scorsese, dans la direction d'acteur (ta réaction en est le parfait exemple, mais as-tu vu, par exemple, le
Temps de l'Innocence?), dans les thèmes (on peut voir toutes sortes d'allégories possibles dans Casino: l'argent, le pouvoir...), dans le montage (Schoonmaker) et les plans, dans l'insertion de la
musique?


arbobo 30/03/2010 11:44


"Parce que Casino est à la subtilité et à la nuance ce que Vladimir Cosma est à Georges Delerue..."

j'adore quand tu te lâches, ska ^^
tu es le mec gentil le plus méchant que je connaisse :o)


Ska 30/03/2010 10:58


Casino, c'est le film avec les robes de Sharon Stone, c'est ça ?


Ska 30/03/2010 10:57


Parce que Casino est à la subtilité et à la nuance ce que Vladimir Cosma est à Georges Delerue...


Ska 30/03/2010 10:56


Scorsese, subtil ?
Quand ça ?!  


Ska 30/03/2010 10:55


Casino, c'est la grande surface clinquante qui recycle, malgré la date de péremption, le De Niro en soldes de Cape Fear, non ?


Pile 30/03/2010 09:37


J'ai vu le film l'autre jour...

Quand je vois que ce grand cinéaste cinéphile qu'est Scorsese cite Tourneur comme référence... Les films de Tourneur sont tout le contraire  de ce pudding numérique surfilmé (musique
insistante, travelling, figurants à la pelle, tous les acteurs en font des tonnes à commencer par Kingsley) qu'est Shutter Island.

Que dire des scènes de shoah qu'il conceptualise et qu'il filme avec complaisance (cet insupportable travelling sur les camps de Dachau)? Pire que Kapo?

N'importe quel tâcheron hollywoodien aurait pu signer ce film. Alors certes comme vous l'avez dit G.T., Scorsese a très bien conscience (encore heureux!) de tous ces défauts et les explique dans le
twist final. Cela ne rend pas le film plus réussi - que les Nerfs à Vif pour rester chez Scorsese.

Il est bien loin le temps où Scorsese faisait référence de manière subtile au Mépris par le biais de la musique de Delerue dans Casino. Si vous avez été déçu par Shutter Island, regardez ce
chef-d'oeuvre qu'est Casino - le dernier grand Scorsese selon moi - ou aller voir le Polanski autrement plus subtile et réussi.

Bref grosse déception.


G.T. 11/03/2010 23:38


SKA, THOM et ARBOBO : Bien que De Palma soit, des 3 italo-américains des 70's, celui qui m'a le moins marqué, je suis
plutôt du côté de SKA sur ce coup-là... même si De Palma est inégal, même s'il y a des trucs qu'on peut trouver kitchs, grossiers, voire creux... ses bons côtés l'emportent pour
moi. 
J'aime aussi beaucoup Snake Eyes... et un ami m'avait d'ailleurs permis de le voir d'une manière à laquelle je n'avais pas pensé, dans le jeu sur les couleurs, très fouillé et intéressant chez
De Palma...   


Ska 11/03/2010 15:23


D'ailleurs, Arbobo, tu critiques les personnages, leur vacuité, mais le cinéma de De Palma est de toutes façons éminemment théorique, pas du tout psychologique (exceptions notables : Outrages,
L'impasse). Les personnages sont des clichés, des instruments au service de deux choses : la forme et la réminiscence cinématographique.
C'est sans doute la limite de De Palma. C'est aussi ce qui en fait le plus ludique des cinéastes hollywoodiens.


Un livre passionnant sur De Palma, l'une des meilleures analyses que j'ai pu lire sur un auteur : http://livre.fnac.com/a2054642/Luc-Lagier-Brian-de-Palma?Fr=20&To=0&Ra=-1&from=202&mid=1335634
et encore mieux celui que le même auteur a consacré au seul Mission Impossible (c'est le livre déterminant sur De Palma, vraiment !) : http://livre.fnac.com/a837050/Luc-Lagier-Visions-fantastiques?Fr=20&To=0&Ra=-1&from=202&mid=2054642


Ska 11/03/2010 15:13


G.T. : Mean Streets, il faudrait que je le revoie (mais bon, il ne m'a pas laissé un souvenir impérissable). Mais sur les influences de la Nouvelle Vague en l'occurence, De Palma, là encore,
en a fait son miel dès ses tout premiers films, bien avant Mean Streets (Hi Mom, Greetings, films au demeurant vraiment pas extraordinaires...)
Quant à Scarface, j'aime beaucoup, mais ce n'est pas l'un de mes préférés (peut-être Pacino en fait-il trop, peut-être est-ce le propos du film - la mythologie du gangster - qui me tient un peu à
distance). Alors que L'impasse, que l'on compare trop hâtivement à Scarface, tient plus du mélodrame et est peut-être l'un des seuls films de De Palma - avec Outrages, à la même période - où il y a
une volonté de filmer des êtres de chair et de sentiments.


Arbobo : Sur De Palma, il est impossible de discuter. :-) Quand on n'aime pas, on n'aime pas. Ceci dit, je te rejoins sur Femme Fatale, sommet de vacuité, où ce qui fonctionnait avec
L'esprit de Caïn (point de vue ironique, post-post maniérisme) tourne à vide et lasse... Globalement, d'ailleurs, ses films les plus récents sont soit mauvais (Femme Fatale, Mission to Mars), soit
simplement décevants (Le dahlia noir, Redacted). De Palma est passionnant dans son dialogue avec ses modèles (Hitchcock essentiellement) à condition, bien sûr que l'on accepte que les modèles
soient souillés (ce qui rend Obsession et Blow Out passionnants, ainsi que Pulsions et Body Double dans une moindre mesure). Là où Scorsese serait plutôt un classique, un cinéaste respectueux de
ses aînés, De Palma est le sale gosse qui entend, prétention superbe, aller plus loin encore. Quitte à se vautrer dans le mauvais goût certes. Il y a chez De Palma une trivialité, une vulgarité
dans les effets que l'on peut détester, je l'entends bien. Mais sa virtuosité - contrairement à celle de Scorsese qui tient plus de l'"épate" - est le principe même, le cœur de son cinéma. La
virtuosité de De Palma (le choix du plan séquence de 15 mn au début de Snake Eyes par exemple) fait toujours sens. Presque chaque film de De Palma ne parlant que de Cinéma et de point de vue (pour
cela le mésestimé Snake Eyes - à ne pas confondre avec celui de Ferrarra - est l'un de ses chef-d'œuvres). Quant à la comparaison avec Argento, si elle est évidente, tant ces deux cinéastes n'ont
cessé d'interroger le point de vue, la question de la perception d'une image/d'un son à la suite du Blow Up d'Antonioni (la comparaison entre Les frissons de l'angoisse, Blow Out et le Conversation
secrète de Coppola - tiens, le revoilà ! - est à cet égard éclairante et fructueuse), elle achoppe sur le milieu des années 80, quand Argento commence à s'écrouler et que De Palma n'a pas encore
réalisé certains de ses films les plus stimulants.


Preuve de la supériorité de l'un sur l'autre, on part de Shutter Island et on finit par parler de De Palma (allez, je le reconnais, c'est un peu de ma faute).


Thom 11/03/2010 14:49


j'espère que la comparaison ne paraîtra pas trop saugrenue

Carrément pas. Je ne peux m'empêcher de les associer, moi aussi (et c'est presque toujours au détriment de De Palma...)


Massalia 11/03/2010 14:28


Vu mercredi soir. Je l'ai trouvé bien fade ce film en comparaison à "White Lightnin". Je n'avais pas lu le bouquin est effectivement après 5 mn on se doute que la fin n'est
pas conventionnelle. Au final je n'ai pas trouvé le film passionnant et avec un énorme goût de déjà vu. Mais bon si je n'avais pas vu White 3 ou 4 jours avant je n'aurai peut-être pas eu ce
sentiment.


arbobo 11/03/2010 14:20


bon, c'est facile :-)

déjà de palma c'est moche, voire mochasse (c'est pire), il y a des esthétiques qui trahissent leur époque sans trop en patir, comme chez Argento par exemple, chez de palma on dirait que de
l'esthétique de l'époque il ne retient que le plus superficiel, que ce qui vieillira mal.

(ça vous va comme début?)

ensuite ses histoires sont du recyclage vain, vain comme vaniteux, on sent bien que sous ce vide il y a de la prétention mais on se demande comment un type peut confondre avec autant de constance
abstraction et vacuité.
l'abstraction au cinéma, j'en suis friand, mais là je cale.

(là ça commence à vous chauffer, ska, GT, mais ne frappez pas votre écran, ça coûte très cher à réparer et li ne vous a rien fait ^^)

les personnages sont sans épaisseur, et quand ils sont censés avoir une psychologie c'est à se pisser dessus de rire tellement le filmage les ridiculise (ah cette scène de paralysie et d'effroi
causée par la claustrophobie, c'est mon plus grand fou rire de cinéma),

ok, Phantom a truc intéressant, très bd, très graphique, c'est un peu un comics, un prélude aux Watchmen (la bd, pas le film), et ses polars sont honnètes (Mission impossible, the
untouchables).
Mais pour moi ce qui symbolise de palma c'est à la fois blow out, que je trouve filmé avec le spieds, et femme fatale, illustration parfaite d'un film qui n'existe pas, qui n'est qu'une suite de
bonnes lumières jamais reliées apr le moindre gramme de sens.

j'ai pitié de vos nerfs alors j'arrête là ^^
en résumé tout de même : pour moi de palma fait des ratages complets là où argento réussit à toucher quelque chose de juste. j'espère que la comparaison ne paraîtra pas trop saugrenue :-)


G.T. 11/03/2010 13:08


SYSTOOL : Oui, je l'ai lu, je vais voir s'il se joue encore par chez moi...

SKA : Même pas Scarface ? Alors qu'il y a Mission impossible ? Là aussi, c'est pas banal^^

Et Mean Streets, pour Scorsese ? Tout de même un film qui aura marqué l'histoire du cinéma, qui a apporté un souffle nouveau dans l'histoire du cinéma américain (influencé par la Nouvelle
Vague française, certes, mais il a su en sortir quelque chose d'inédit). Toi qui trouve De Palma plus inventif, innovant... tu devrais pourtant reconnaître que Mean Streets a apporté
quelque chose de vraiment original, même s'il n'est pas le plus connu des films de Scorsese...    

THOM : J'hésite à t'emboîter le pas et lancer ARBOBO... un bon
fight, je suis toujours pour, en même temps, j'aime beaucoup - malgré ses imperfections - De Palma, et je ne sais pas si j'ai envie de lire une flopée d'horreurs sur ses films
:-)  


Ska 11/03/2010 10:36


De Palma en 7 titres incontournables (choix subjectif mais ô combien sincère) : Phantom of the Paradise - Blow Out - Obsession - Furie - Mission : Impossible - Outrages - Snake Eyes -
L'impasse

Scorsese en 1 titre incontournable : Taxi Driver

;-)


SysTooL 11/03/2010 09:19


Tu trouveras ma chronique d'A SINGLE MAN, si ça peut t'inspirer...

SysT


Thom 11/03/2010 09:15


Moi De Palma j'ai jamais vraiment compris... même ses grands films je leur trouve un côté... laid, kitsch, mauvais je ne sais pas (ah si ! y en a qui sont affreusement mauvais, genre Body Double).
Je dis ça, c'est surtout pour lancer Arbobo ^^


arbobo 11/03/2010 00:10


me la,cez pas sur de palma, je peux être intarissable, mais ça ne devrait pas trop vous plaire ^^


G.T. 10/03/2010 21:17


BENJAMIN F : Je viens de vérifier et oui, je l'ai bien reçu... je vais y répondre au plus vite.


Benjamin F 10/03/2010 20:41


Au fait GT et Ska, je vous ai envoyé un mail, vous l'avez bien reçu ? Il a pas fini dans vos spams ? :)


G.T. 09/03/2010 23:49


SKA et ARBOBO : C'est vrai que De palma est très inégal... un peu trop à mon goût... non seulement dans sa filmographie, mais aussi
à l'intérieur de ses propres films, où il alterne le très bon et le moins bon, le génial et le trivial... Sauf Blow Out et Scarface, parfaits de bout en bout... et j'aime beaucoup
L'Esprit de Caïn et Pulsions, notamment...
Scorsese, Coppola, De Palma, Cimino... certes, mais, dans les réalisateurs italo-américains des 70's, vous oubliez l'immmmense Sly Stallone ! (ok, je sors...)

SYST : Je n'ai pas vu A Single Man, qui ne me disait pas grand chose a priori... mais je vais y prêter attention, s'il est toujours
en salle par chez moi...


SysTooL 09/03/2010 18:45


Je me réjouis de le voir et c'est le suivant sur ma liste...

Troubles identitaires et rédemption sont en effet les thèmes récurrents de Scorsese, cela ne m'étonne pas qu'on les retrouve dans ce SHUTTER ISLAND dont je n'ai pas non plus lu l'original de D.
Lehane... tant pis! Je commencerai par le film!

A Serious Man et Shutter Island? Ouais, OK! Je rajouterais A SINGLE MAN!

SysT


Ska 09/03/2010 14:36


Disons que l'on peut trouver De Palma mauvais, c'est sûr... Mais c'est aussi le plus grand des formalistes, un génie post-moderne. À la différence d'un Scorsese qui imite mais ne transcende guère,
c'est quelqu'un qui dépasse ses influences, tord les figures imposées, en fait jaillir, par ses excès, autre chose, de tout aussi passionnant... On peut le détester, on peut ne pas aimer ce qu'il a
fait à Hitchcock ou à Antonioni. C'est vrai. Mais c'est des trois celui pour qui la réflexion sur le cinéma est le plus poussée, dialoguant parfois avec l'art contemporain. C'est un vrai moderne.
Le seul des trois. Et le fait qu'il divise, qu'il alterne grands films et ratages, est plutôt bon signe...
Quant à Coppola, c'est, pour moi, celui qui a réalisé d'incontestables chefs d'œuvres, bien plus nettement que Scorsese en tout cas : Conversation secrète, Le Parrain 2, Rusty James.
J'en oubliais un, Cimino, qui fut immense sur ses trois premiers films seulement (Le canardeur, Voyage au bout de l'enfer et Heaven's Gate) : car le problème de Scorsese, quand il fait Gangs of NY,
c'est qu'après Heaven's Gate (version intégrale de 3h40 of course), son épopée sur la construction de l'Amérique ressemble à un pet de mouche...


arbobo 09/03/2010 14:17


"Trouver que Scorsese est le moins bon des 3 italo-américains des 70's, c'est pas banal^^ "

pourtant je suis pas loin d'être du même avis, sauf que pour moi de palma est carrément mauvais.
ça nous laisse avec certains Scorcese des débuts (mean streets, taxi driver), et Coppola (du moins pour ceux que je connais, de Dementia 13 à Tetro en passant par Cotton club)

mais bon, ce sont devenus des mythes, des poussah d'hollywood, alors je m'incline ^^


G.T. 09/03/2010 14:03


GUILHEM : Ah oui, merci de l'indiquer, je change le lien... en même temps, ce lien schizophrénique vers Thom qui ramenait ici,
c'est assez dans l'esprit du film^^

THOM : C'est un peu ce que je craignais, quand on a lu le livre (ce qui n'est donc pas mon cas, mais après avoir lu ta critique et
ce que tu en dis-là, je n'ai qu'une envie, m'y plonger...), il y a des ficelles qui paraissent forcément plus grossières dans le film... Mais ton avis et celui de SKA résument bien, je pense, les deux manières d'approcher ce film après avoir lu le bouquin, on peut être déçu que ce soit, forcément, amené de
manière moins subtile, comme heureux de retrouver les personnages et l'ambiance... Car, justement, je ne suis pas d'accord avec toi sur l'ambiance, là, je suis plutôt de l'avis de
SKA, j'ai vraiment été captivé par l'atmosphère du film, ces décors et cette nature tourmentée...

La musique qui tue l'intro... c'est vrai qu'elle est surprenante, qu'on a l'impression que dès le début, "c'est trop", mais, bizarrement... ça m'a plu. Parce qu'il y a dans cette
musique un petit quelque chose qui n'est pas typique des musiques angoissantes dans les films de Série B qui utilisent ce type d'effet appuyé... Pour moi, cette
musique résonnait de manière plus "étrange" que bêtement surlignée ou cherchant à faire flipper le spectateur... 

[SPOIL :
Quant à la fin, lorsqu'on n'a pas lu le livre... pour ma part, je ne l'ai pas devinée très tôt, seulement lorsque cette hypothèse devient envisagée... et si les spectateurs ne sursautent pas,
c'est parce qu'elle ne devient pas plausible subitement comme un "retournement spectaculaire", mais s'immisce petit à petit dans le dernier tiers du film, où l'on ne sait plus trop sur quel
pied danser... et c'est aussi ça, que j'ai beaucoup aimé dans le film, on hésite un moment entre les deux interprétations... et le film, même s'il semble pencher vers l'une, laisse
tout de même la possibilité de croire à l'autre... En fait, la scène qui m'a le plus "dérangé" dans le film, c'est (plus que la musique qui tue l'intro ou les visions appuyées) celle
dans la crypte du cimetière... où Ruffalo (excellent, on est au moins tous d'accord là-dessus), à ce moment, en fait trop... musique emphatique, caméra qui tourne autour de DiCaprio
comme si on lui apprenait quelque chose de vertigineux, et tirade surjouée de Ruffalo, comme s'il en faisait trop pour "forcer" le spectateur à y croire, comme s'il n'y croyait pas lui-même et
avait besoin de se convaincre... ce qui prend véritablement sens avec la fin... et, ce qui est assez balèze, quelle que soit l'interprétation que l'on ait... FIN DU SPOIL]

SKA : Trouver que Scorsese est le moins bon des 3 italo-américains des 70's, c'est pas banal^^ Je ne suis bien sûr pas du tout
d'accord avec toi là-dessus (même si j'aime beaucoup les deux autres), et je ne vois pas de boursouflure dans Casino, qui est pour moi un film somptueux... Par contre, je comprends qu'on
puisse la voir dans Gangs of New York... même si, contrairement à pas mal de fans de Scorsese, je ne déteste pas ce film... On sera au moins d'accord sur After Hours, vraiment pas si
mal que ça... Mais bon, je ne suis de toute façon pas le mieux placé pour avoir un avis vraiment "critique" sur Scorsese, j'adore son cinéma, même ses oeuvres dites "mineures"
(et même les Nerfs à Vif, que j'ai plutôt bien aimé... mais faudrait que je le revoie)... (faut dire aussi que je n'ai pas vu Shine A Light -apparemment j'ai bien fait^^ - parce que je n'ai
jamais été un grand fan des Stones) 
Comme pour Lynch, Cronenberg et Kubrick, je suis comme un poisson dans l'eau dans les films de Scorsese... suffit de me foutre derrière l'une de leurs oeuvres - même celles
considérées comme les moins réussis - et je suis heureux :-)  

RXQUEEN : J'aime aussi beaucoup Bringing out the Dead... ce qui n'a d'ailleurs rien de surprenant vu ce que je viens de
dire ci-dessus^^

BENJAMIN F : :-) (en même temps, la cravate moche peut aussi se justifier avec la fin^^) 


 



Benjamin F 09/03/2010 13:34



Un film où l'acteur principal porte une cravate aussi moche, ça devrait pas être permis...



rxqueen 09/03/2010 13:15


Travaillant dans le secteur de la psychiatrie, ayant dévoré et adoré le livre...Il est vrai que dés le début du film j'ai été capable d'analyser les regards, les nons-dits, les comportements ...qui
prendront tout leur sens à la fin pour le public non averti! Je n'ai pas été spécialement déçue par le film car Scorsese a quand bien respecté le livre. Bien sûr, je partage l'avis de Thom quant à
certaines lourdeurs, la construction linéaire et le manque d'atmosphère anxiogène, si présente et pesante dans le livre...Mais je trouve qu'il s'en sort pas trop mal. Difficile d'illustrer certains
passages. Lynch aurait probablement fait mieux mais cela aurait donné un truc complètement branque et surtout pas bankable! :)
A vrai dire, je trouve le film assez brouillon comparé à la précision du livre, ce qui pourrait destabiliser un certain public non initié. Mais qu'importe cela reste pour moi un bon Scorsese mais
sans doute pas son meilleur.

Ps: "Bringing out the dead" fait partie de mes films préférés :)


Thom 09/03/2010 12:03


Au passage quel excellent acteur que ce Ruffalo ! On parle beaucoup de la soi-disant mue de DiCaprio, "soi-disant" parce qu'il a toujours été bien plus que le minet de Titanic (tout ceux qui ont vu
ses films antérieurs le savent bien, même tout jeune il avait un potentiel extraordinaire)... mais la mue de Ruffalo ces dernières années est bien plus spectaculaire, il a vraiment gagné une
ampleur et une profondeur impressionnantes...


Ska 09/03/2010 11:53


"Bien sûr, la fin (laborieuse explication) passe sans doute moins bien à l'écran qu'à l'écrit, mais c'est difficile d'en parler sans déflorer le film."

Nos lecteurs auront rectifié d'eux-mêmes...


Ska 09/03/2010 11:51


Très intéressant, G.T., ce que tu écris sur l'identité du héros scorsesien...

Ayant aussi adoré le livre, je suis assez d'accord avec Thom...
Reste que le film ne m'a pas vraiment déçu car - dans la limite d'un moyen d'expression qui est différent - je le trouve extrêmement fidèle au livre. Ainsi, j'y ai retrouvé la même atmosphère, j'ai
été bluffé par les décors, bref ce qui fait une bonne part de la qualité du roman de Lehane. En fait, j'étais assez conscient - avant de voir le film - que le penchant baroque de Scorsese (qui
n'est pas fan de Michael Powell pour rien) - pourrait s'y exprimer de manière intéressante, que le matériau de départ était fait pour lui. Lui qui est, bien plus qu'un super-auteur (comme on veut
trop souvent nous le faire croire), un cinéaste que je trouve finalement plus à l'aise dans la commande ou dans les projets mineurs (After Hours par exemple). Des trois grands cinéastes
italo-américains des années 70 (avec De Palma et Coppola donc), j'ai toujours tenu Scorsese pour le moins bon. Il n'y a pas de génie dans son cinéma. Il n'y a guère que Taxi Driver pour me mettre
d'accord avec ses fans (certainement pas Raging Bull et encore moins Casino...). Du coup, Shutter Island est une très bonne surprise.
Bien sûr, la fin (laborieuse explication) passe sans doute moins bien à l'écrit qu'à l'écran, mais c'est difficile d'en parler sans déflorer le film.
J'aime bien quand même la petite touche qu'apporte Scorsese sur la toute dernière réplique de Di Caprio, absente du roman et qui donne une indication intéressante là où le livre restait sur une
forme d'indécision - à la limite, à ce moment seulement, il y a une sorte de trahison (constructive) de la part de Scorsese. C'est infime, mais je trouve assez passionnant cette manière de "signer"
l'adaptation par un petit détail qui n'est en fait pas du tout anodin...
C'est vrai aussi, comme le dit Thom, que le personnage de Chuck est moins développé que dans le livre, mais Ruffalo est tellement bon qu'il sauve quand même les meubles...
Là où je serais moins d'accord avec Thom c'est quand il parle de la finesse et de la subtilité habituelle de Scorsese. Car je vois, depuis Casino (inclus), tout le contraire dans son cinéma : de la
boursouflure, de l'excès, une volonté d'épate et une incapacité manifeste à tenir ses acteurs (De Niro, Nicholson, Cage ou Day-Lewis sont, pour moi, insupportables de cabotinage dans Casino/Les
nerfs à vifs, Les infiltrés, A tombeau ouvert et Gangs of NY). Scorsese me touche beaucoup plus désormais quand il fait un documentaires sur Dylan (avec un angle, pour le coup, typiquement
scorsesien) ou quand il parle des films italiens ou américains qui l'ont nourri (deux beaux documentaires disponibles en dvd sur sa cinéphilie).
Et n'oublions pas l'atroce Shine a Light avec les Rolling Stones, un des pires concerts filmés jamais vu à l'écran. Un artefact de live. Du cinéma de mort-vivant. Le degré zéro de la musique et de
sa mise en scène...
Pour toutes ces raisons-là, Shutter Island est quand même une excellente nouvelle...



Thom 09/03/2010 09:56


Je ne dirais pas que le dénouement justifie les lourdeurs. Il justifie les clichés, mais pas certains parti-pris de mise en scène un peu lourdingues.

Je vais te répondre même si je n'aime pas trop faire des comparatifs films/livres - je préfère prendre les films pour eux-mêmes... quoique, là, pas forcément, car j'ai justement eu un peu
l'impression de voir les coutures.

Donc tout d'abord, mon premier grief qui n'a rien à voir avec le bouquin, c'est que j'ai trouvé qu'on était assez loin du grand Scorcese. Le vrai peut-être. Mais même à côté de The Departed ou
Bringing Out the Dead, qui ne sont pas des chefs-d'oeuvres, je trouve Shutter Island un peu en-deça. J'ai vraiment vu des lourdeurs auxquelles Scorcese ne m'avait pas habitués, notamment
l'utilisation usante et envahissante de la musique, ces BOUM BOUM qui tuent totalement l'intro du film, ces beats martiaux... on se serait cru dans une série B. d'horreur bas de gamme (ou une
parodie, car il y a dans ce film un parti près très comics - musique, couleurs, démesure de certaines interprétations, celles des médecins surtout - qui m'a un peu surpris, car très loin du parti
pris crépusculaire de Lehane)... comme quoi tu peux coller des morceaux de John Adams, John Cage, Eno et Lonnie Johnson, si tu les utilises n'importe comment les plus grands ne t'apporteront
rien).

Dans le comparatif, mon principal reproche fait à Scorcese s'inscrit dans cette ligne-là : je trouve qu'il pratique du début à la fin un surlignage qui m’a beaucoup irrité, loin de la finesse, de
la subtilité de Lehane… ou de la finesse et de la subtilité à laquelle Scorcese lui-même est habitué (car quand même, pour du Scorcese, soit donc le plus grand cinéaste vivant, c’est quand même
assez mineur). Je me suis même demandé si le spectateur n’ayant pas lu le livre ne pouvait pas deviner assez facilement la fin, beaucoup moins finement amenée que dans le roman, qui est vraiment
une machine incroyable de complexité, d'intelligence et de machiavélisme, avec un souci du détail et une minutie bien supérieures aux quelques indices exploités de Scorcese (qui en a supprimé pas
mal d'ailleurs, mais cela peut se comprendre). Dans le livre où on est tellement embarqué, tellement "à fond dedans"… que le fin mot de l'histoire est un coup de massue qui laisse totalement
pantois... je n’ai vu personne tressaillir de surprise dans la salle et je n'en suis, pour tout dire, pas vraiment surpris. Il faut dire que pour moi, Shutter Island the Movie, qui se regarde avec
plaisir au demeurant, a un cruel défaut : il manque totalement d'atmosphère. Je ne sais pas si tu l'as lu, mais si tel n'est pas le cas il faut vraiment savoir que le roman de Lehane est un des
trucs les plus anxiogènes qu'on ait jamais écrit ces dix dernières années, un récit terrifiant même quand il ne se passe rie, poisseux, malsain... sauvé in extremis par les discussions de comptoir
parfois hilarantes des deux flics protagonistes (discussions humanisant beaucoup le personnage de Chuck et qui sont, hélas, totalement absentes du film, il est d'autant plus étonnant que la
prestation de Mark Ruffalo soit si bonne alors que son personnage - qui dans la version papier fait jeu égal avec Daniels - a été réduit au rang de faire-valoir de DiCaprio). Plus que ma petite
critique de merde, il faudrait d'ailleurs plutôt citer l'excellent papier que Gaëlle avait consacré au livre il y a quelques années maintenant.

Deux autres exemples de surlignage pour moi : dans le bouquin, tout ce tient et la construction est celle que Lehane affectionne le plus, celle d'une spirale. Ici, Scorcese - mais ce n'est sûrement
pas sa faute, pas facile de condenser tout ça - construit son récit de manière beaucoup plus linéaire, au point d'être à mon sens un peu artificiel dans le passage de la première à la seconde
partie (en somme : de l'intrigue sur R à l'intrigue sur A) ; alors que dans le livre tout est lié et les pièces avancent simultanément. Cela embrouille beaucoup plus, évidemment, le spectateur, pas
d'enchaînement de figures imposées ou de péripéties mais une histoire dans l'histoire qui finit par supplanter la première histoire. Ainsi les séquences oniriques par exemple, dans le livre,
sont-elles beaucoup plus diffuses et sporadiques, elles prennent moins de place et intriguent beaucoup plus sans pour autant donner l'impression d'être essentielles (ce qui fait en revanche peu de
doute dans le film).

Ah et puis au fait : dans le livre, les séquences oniriques sont filmées par David Lynch, et je te jure qu'on voit la différence !

Bon, c'était un film sympa et agréable, quand même, mais je l'ai trouvé un peu superficiel dans le fond comme dans la forme...


Guilhem 09/03/2010 09:52


J'aime bien le lien pour Thom qui mène ici. :p
Sinon je n'ai pas encore vu Shutter Island mais il est en haut de ma liste des film à voir. Et cet article et sa très bonne analyse sur Scorcese me conforte dans ce choix.


Nicolas 09/03/2010 06:00


 

Bonjour,


Je suis venu sur votre blog via l'annuaire d'over-blog. Ce que vous faites est pas mal


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