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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 16:26

Les mythes de l’artiste-démiurge - génial créateur d’univers qu’il va chercher au plus profond de lui - ou de l’artiste incompris - planant tel l’albatros de Baudelaire au dessus des hommes qui le comprennent pas - sont caractéristiques du romantisme. Mais si les études sur l’art ont depuis battu en brèche ces conceptions de l’artiste, elles restent encore très tenaces aujourd’hui chez une grande partie du public. Voilà pourquoi il est important d’expliquer, le plus simplement possible, pourquoi et comment une œuvre échappe à son auteur… 

 

 Si Mozart était né il y a une vingtaine d’années, il n’aurait jamais fait… du Mozart. Peut-être de la musique atonale, du rock, de la pop, de l’électro, du jazz… impossible de le savoir. La seule chose sûre et certaine, c’est qu’il n’aurait pas composé dans le « style classique » du XVIII°. C’est l’évidence même, mais il est fondamental de bien le saisir pour comprendre que, finalement, la part de l’artiste dans une œuvre est beaucoup moins grande qu’on peut l’imaginer. L’art n’est pas l’émanation pure et simple d’une personne, il est la rencontre entre un individu et un milieu (social et artistique). Transposez un même artiste dans un autre milieu, une autre culture, une autre époque (oui, je sais, l’expérience n’est pas évidente à réaliser), et ses œuvres seront totalement différentes. L’artiste est en fait beaucoup moins un démiurge qu’un réceptacle, il ne crée pas à partir de rien, mais dans un environnement donné.

 

Le sens de l’œuvre

Souvenez-vous, au lycée, lorsqu’on vous faisait travailler sur des poèmes ou romans… le cas typique, c’est celui du prof qui, sur quelques vers, va chercher des tas de références et sens divers devant des élèves qui se disent « c’est n’importe quoi, en écrivant ces deux vers, l’auteur n’a sans doute pas pensé à tout ça… » le problème, c’est que les profs expliquent rarement qu’en fait, ce qu’a vraiment voulu dire l’auteur… on s’en fout. J’exagère un peu, bien sûr que le sens qu’un auteur a voulu mettre dans son œuvre est important, mais il n’est pas tout. Si étudier une œuvre se bornait à tenter de retranscrire ce que l’auteur a exprimé artistiquement, ce serait d’un intérêt très limité. Que les auteurs expliquent en détail ce qu’ils ont voulu dire, et basta. Mais, heureusement, l’œuvre dépasse son créateur comme elle lui échappe. Elle comporte des éléments et significations dont il n’a pas conscience. Mieux, encore, il se peut même que le sens qu’un auteur a voulu donner à son œuvre ne soit pas le plus pertinent, et que des « étrangers » la cernent avec plus de justesse que le créateur.

 

Prenons un exemple tout bête : un réalisateur a pour ambition de faire un grand film d’amour. De l’écriture du scénario au dernier plan tourné, c’est l’idée directrice, ce qu’il a constamment en tête. Mais il ne s’est pas rendu compte que le « fond social » de son histoire est beaucoup plus marquant que l’histoire d’amour en elle-même. Il pourra toujours dire aux critiques « vous n’avez rien compris, ce n’est pas un film social mais une histoire d’amour… » c’est au final lui qui aura le moins bien compris son œuvre. Elle lui a « échappé »… Et s’il est possible (mais pas si courant non plus) que le sens de son œuvre puisse à ce point échapper à un créateur, il est presque inévitable que de nombreux détails le dépassent.

  

Le meilleur interprète (dans tous les sens du terme) d’une œuvre n’est pas toujours son créateur. Stravinsky est un musicien de génie, on pourrait penser que ses interprétations de ses propres compositions sont les « références absolues » en la matière. Eh bien… non. Elles ont beaucoup de qualités (et elles sont disponibles, pour un prix très intéressant, dans un coffret de 25 CD, soit dit en passant), mais Stravinsky n’est en général pas considéré comme le meilleur chef pour diriger ses œuvres. Non pas parce qu’il est un mauvais chef d’orchestre, mais parce que d’autres ont su en livrer des versions plus riches, fascinantes ou convaincantes que lui.   

L’art de l’interprétation, ce n’est pas plus chercher à être au plus près des intentions du compositeur que l’originalité à tout prix. Ce qui compte, c’est d’apporter un nouvel éclairage sur l’œuvre (un nouveau sens), voire de « l’améliorer » (par exemple, telle phrase mélodique qui va sonner mieux avec un léger crescendo que n’avait pas prévu l’auteur).

Autre cas, assez simple, qui parlera à tout le monde : les quelques reprises qui s’avèrent meilleures que les chansons originales (Johnny Cash en est le meilleur exemple).

 

 

Une œuvre n’appartient pas à son auteur

Techniquement et juridiquement, oui (enfin, les producteurs ont aussi des parts et des droits sur l’œuvre et, dans le cas de la peinture, celui qui achète un tableau en devient le propriétaire). Mais une fois que l’œuvre a été créée et qu’elle est soumise au public, elle appartient à ceux qui la reçoivent. Par « appartenir », je veux bien sûr dire que c’est le public qui se l’approprie, et ce comme il l’entend.

Pour qu’une œuvre existe, il faut 3 acteurs : le créateur, le média, le public. Le média est ici pris au sens large, et son importance est souvent négligée alors qu’il joue pour beaucoup dans la perception que l’on aura d’une œuvre. Selon que l’on découvre une chanson jouée en concert par l’artiste, reprise par un groupe, seul chez soi entre deux pubs sur deezer ou à la radio, sur une chaîne avec des enceintes de grande qualité, au casque, en soirée avec des potes, par un clip, sur un ipod etc… on n’en aura pas la même perception.

 

Parmi les arguments des « anti-téléchargement », on trouve le fameux « un artiste n’a pas forcément envie que l’on écoute ses musiques avec la qualité sonore médiocre du mp3 ». Mais l’artiste n’a pas son mot à dire sur la question. Il ne peut contrôler chaque utilisation qui est faite de son œuvre, à partir du moment où il la propose, le public en dispose comme il le souhaite. S’il voulait être cohérent et refuser que l’on écoute ses œuvres au format mp3, il faudrait qu’il interdise qu’elle passe en radio, puisque certains l’entendront sur un petit radio-réveil au son pourri…

 

Imaginons que Bono décide d’écrire la chanson la plus engagée qui soit. Une chanson virulente dans laquelle il crie haut et fort que la faim dans le monde, c’est nul. Cette chanson, il a passé 2 ans à l’écrire, il y a mis tout son cœur, toute sa révolte, et il voudrait que chacun l’écoute avec le même sérieux, et la plus grande attention. Sauf qu’une fois cette chanson livrée au public, il appartient à chacun de se l’approprier comme il l’entend. De l’écouter en s’empiffrant de sucreries. De la passer dans une soirée pendant que tout le monde discute de tout et de rien. De la mettre en boîte où une bande de traders s’éclateront à danser dessus après une rude journée à spéculer sur les matières premières des pays du tiers-monde…

 

Imaginons que Calogero en ait marre de chanter des conneries. Il se lance dans une « grande œuvre », une symphonie moderne, qu’il va mettre 10 ans à écrire en ne faisant plus que ça (et nos oreilles l’en remercient). Dix ans à peaufiner chaque petit détail, chaque note, à passer des nuits à se demander si, pour tel passage en contrepoint ou tel contrechant, il ne serait pas plus intéressant d’utiliser un hautbois plutôt qu’une clarinette, un xylophone plutôt qu’un clavecin, un sax alto plutôt qu’un sax soprano … 10 ans à tenter tous les alliages d’instruments possibles pour élaborer la plus belle texture sonore qui soit. Puis ce sera 5 ans de studio pour enregistrer son oeuvre avec la plus grande précision. Il pourrait estimer que le public se doit d’écouter cette œuvre dans les meilleures conditions possibles… mais le public fera comme bon lui semble. Si untel a envie de l’écouter sur sa chaîne de mauvaise qualité en passant l’aspirateur, c’est son droit. Si un Nicolas S. la convertit en mp3 pour l’écouter sur son ipod pendant qu’il fait son jogging, idem. Calogero aura peut-être effectué un incroyable travail formel, pensant véritablement son œuvre comme un « tout organique », chaque partie répondant aux autres de la manière la plus subtile imaginable… il ne pourra pas empêcher non plus un individu qui aime surtout le 2° thème, de passer en accéléré l’intro et le premier thème, puis de couper après le 2° thème pour se le mettre en boucle. Le compositeur propose, l’auditeur dispose.

Car l’auditeur, à son humble niveau est aussi un « créateur » de l’œuvre. Il la « recrée », lui donne un sens qui n’est pas forcément celui voulu par l’auteur ou, du moins, pas « exactement » le même. Une œuvre n’existe pas uniquement parce qu’elle a été créée, mais aussi parce qu’elle est diffusée et perçue. Les 3 sont indispensables, sans cela, il n’y a pas d’œuvre. Vous avez peut-être écrit la plus belle chanson qui soit sur votre guitare, si vous ne la diffusez pas, si vous ne l’avez fait écouter à personne… elle n’existe pas. Enfin, en dehors de votre esprit.

 

On n’a pas attendu le XIX° pour admirer et célébrer les grands artistes. Mais c’est le romantisme qui en a fait des demi-dieux. Des êtres prométhéens qui éclairaient l'humanité... La chanson populaire, elle, était beaucoup plus… « démocratique ». On savait rarement qui était l’auteur de telle ou telle chanson, elle appartenait à tout le monde…

Mais au XX°, la musique « populaire » est devenu aussi – voire plus – aristocratique que la musique des génies du classique. Non pas aristocratique parce qu’elle se destinerait à une élite d’initiés, mais dans le rapport du créateur-interprète au public. Des stars idolâtrées qui débarquent sur de grandes scènes devant un parterre de fans hystériques soumis et conquis.   

On connaît tous les fameuses phrases démagos des artistes, du genre « merci, public, je ne serais rien sans vous ». Phrase débile s’il en est, car que veut dire ce « rien » ? Sans son public, il serait un « anonyme » comme nous ? C’est donc de cette manière qu’il perçoit les anonymes qui constituent son public, des « riens » ? Une star qui me sort un truc pareil en concert, je lui balance à la gueule ce qui me tombe sous la main… bordel, on ne paie pas 40 euros sa place de concert pour se faire traiter de « rien » par un putain de millionnaire.  Non, il serait beaucoup plus juste de dire « mes œuvres ne seraient rien sans vous ». Car les œuvres ont autant besoin d’un créateur que d’un public, de gens capables de se les approprier, les « recréer », les comprendre avec leur propre sensibilité.

Une bonne œuvre musicale ne nécessite pas qu’un « bon » compositeur, mais aussi de « bons » auditeurs. Si, dans 50 ans, tout le monde n’avait plus que de la merde dans les oreilles, avec Claude François considéré comme la « référence absolue », la plus haute expression du génie musical humain, sans plus personne pour s’intéresser à Beethoven ou Coltrane… les œuvres de ces deux géants de la musique « n’existeraient plus »…  Mais fort heureusement, il existe toujours une partie du public à qui ces œuvres continuent de « parler », ce qui est dû autant à leur génie qu’à la capacité de mélomanes actuels à continuer de s’approprier ces œuvres, quitte à les réinvestir de nouveaux sens…

 

Pour toutes ces raisons, il ne faut jamais perdre de vue que le créateur n'est qu'un maillon dans la chaîne de l'oeuvre. Maillon essentiel s'il en est, puisqu'il est à la base, mais il reste malgré tout un maillon... Et si le public, comme les artistes, en avaient pleinement conscience, les rapports entre eux seraient sans doute plus sains...  

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Published by G.T. - dans Classique
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commentaires

shox nz 02/12/2010 05:02



 







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GT 29/11/2010 15:12



A. : Je suis en bonne partie d'accord avec ce que tu dis sur le "réceptacle"... j'ai écrit que l'artiste était "moins un démiurge
qu'un réceptacle", ce qui signifie qu'il y a plus de choses, dans son oeuvre, qui viennent de "l'extérieur" que de "l'intérieur". Mais, évidemment, l'artiste n'est pas qu'une éponge qui
absorbe un environnement pour le recracher tel quel, loin de là... mais je comprends que ça ait pu être mal interprété...


 


Sinon, j'aime aussi beaucoup ce que tu cites de Valéry, sur la fécondité herméneutique... qui revient en quelque sorte à ce "champ de possibles" de l'oeuvre. plus une oeuvre a un
champ de possibles vaste, ouvert, plus elle est fascinante... (enfin, en général, on pourrait aussi citer quelques contre-exemples...)



A. 29/11/2010 11:23




Très bon article bien que cette notion de receptacle me semble assez fausse.


la part de l’artiste dans une œuvre est beaucoup moins grande qu’on peut l’imaginer. L’artiste est en fait beaucoup moins un démiurge qu’un réceptacle, il ne
crée pas à partir de rien, mais dans un environnement donné.


Humm tu grossis un peu trop le trait à mon avis. Bien sûr qu’un artiste est influencé par les fameux 3M (milieu, moment, mode) mais il ne faut pas tomber dans le
piège non plus en disant que l’inspiration est simple abandon aux associations de l’inconscient. Au final, cela revient au même de dire que l’artiste tire son inspiration des dieux ou d’un
environnement donné (c’est à mon tour de grossir le trait). Dans les deux cas, l’artiste est relayé à un simple rôle d’agents de transmission.


A vrai dire, je ne pense pas que tu voulais dire cela mais ce mot réceptacle me gêne énormément. Il laisse sous-entendre que l’artiste est passif face à
l’environnement.


Or je pense que c’est un peu plus complexe que cela. Certes l’artiste est influencé par un certain environnement, mais il serait plus juste de dire qu’un artiste est
l’architecte de ce contexte, il n’en est pas la proie. On appréhende l'environnement tel que nous le percevons, tel qu'il se présente à notre conscience. Si bien que c'est cette perception de
l'environnement opérée par la conscience qui va influencer l'artiste dans son processus de création. L'artiste est donc en interaction avec l'environnement, il a une relation
« dynamique » avec l’environnement, il n’est pas simple réceptacle. Il se crée une représentation du monde. En fait, je « constitue le monde » et le « monde me
constitue ».


Sinon je suis complètement d’accord sur les multiples sens d’une œuvre. On pourrait même aller plus loin, je crois que c’était Valéry qui associait la beauté d’une œuvre à la fécondité
herméneutique. Plus une œuvre est riche (belle), plus elle féconde l’esprit donc plus on trouve des sens différents. Au contraire, plus une œuvre est pauvre moins l’esprit peut se l’accaparer
personnellement et moins on retrouve de sens variés.


Après l’association faite avec appartenance et appropriation me semble assez hasardeuse. L’appartenance fait, il me semble, référence a une notion de possession alors que l’appropriation renvoie
plutôt à reprendre quelque chose à son compte (rendre propre). Une fois que l’œuvre a été créé, elle devient, de fait, autonome, elle n’appartient pas à son créateur ni à ses lecteurs ou ses
spectateurs, mais chacun se l’approprie. Valéry résume ca très bien : « Il n’y a pas de vrai sens d’un texte. Pas d’autorité de l’auteur. Quoi qu’il ait voulu dire, il a écrit ce qu’il a
écrit. Une fois publié, un texte est comme un appareil dont chacun peut se servir à sa guise et selon ses moyens : il n’est pas sûr que le constructeur en use mieux qu’un autre ».


 






GT 27/11/2010 00:45



ARBOBO : Tout à fait d'accord... quant au "bon public", je comprends que ça te gêne, et c'est aussi relatif... en tout cas
j'attends avec impatience cet article épuisant ! :-)


 


ROMAIN : je sais, je sais...



Romain 26/11/2010 19:45



mec, t'es trop long.



arbobo 26/11/2010 18:03



je suis partagé sur ce que tu appelles "bon" public,


mais j'adhère à ce que tu dis sur la révolution technique, d'aillerus c'est un peu la raison pour laquelle j'utilises si peu la fonction "aléatoire", j'aime quand un album tient debout en tant
que tel, et la lecture aléatoire détruit l'édifice.


dans ce processus l'auditeur n'est pas toujours actif, par exemple le mode aléatoire, mais aussi les radios, par leur programmation ou parce qu'elles coupent les extrémités des titres,
introduisent eds jingles, la pub ou le cinéma/tv en n'utilisant que des extraits...


même en achetant une compilaiton ou en assistant à un récital, on "subit" une transformation de l'oeuvre, sa sélection-réduction à des extraits choisis.


Des études ont été menées, des textes écrits, sur le rapport à l'écoute, certains morceaux influencent notre humeur, auquel cas là encore on subit, mais à l'inverse on choisit aussi de mettre ce
disque parce qu'il colle à cette humeur précise à un instant T, envie de danser, de pleurer, de réfléchir, de baiser


quand on compose une playlist aussi on a un rapport actif qui transforme l'oeuvre en l'insérant dans un contexte "unique" de notre cru (passer du Clash dans une sélection politisée, ou dans une
autre dancefloor, c'est pas la ^meme chose, et on n'entend pas la ^meem chose).


sur ce que tu dis de l'oeuvre qui n'appartient pas à son créateur, tout dépend ce qu'on définit comme "appartenir".


Un passage de la thèse publiée de Sandrine Darsel (thèse de philo, vous êtes prévenus), et qui a aussi été publié à part en article, définit la musique. Elle expose les différentes définitions
que les philosophes ont donné de la création artistique. Chez Platon aussi l'oeuvre n'appartient pas à son cré"ateur, car il n'a fait que capter, donner une forme audible à un public, à une
musique déjà là, dans l'absolu, pour lui toutes les oeuvres existent "déjà" et ne demandent qu'à être écrites ou jouées par un humain, qui n'aura guère eu qu'un rôle de passeur, de concrétisation
d'une forme présente dans l'universel.


je n'entre pas dans la réflexion si pertinente de darsel sur les artefact, elles feront l'objet d'un article épuisant (à écrire, mais j'esmère qu'il le sera moins à lire) que j'ai en préparation
;o)



GT 26/11/2010 16:27



(en fait je suis allé un peu vite en besogne dans mon précédent commentaire... la distinction à faire n'est pas entre "appropriation" et "mécompréhension", puisque la mécompréhension est une
forme d'appropriation, mais entre une appropriation pertinente, qui rentre dans un "champ de possibles" de l'oeuvre, et une appropriaton erronée, qui trahit l'oeuvre, la mécompréhension...) 



GT 26/11/2010 16:12



SPIROID : OK, et je comprends en effet que le terme de "réceptacle" puisse gêner... mais bon, je considère qu'à tous les niveaux,
les humains sont plus des "réceptacles" que des individus libres de leurs choix... par là, je veux dire que ce que nous sommes et nous faisons est essentiellement déterminé par notre milieu,
notre éducation, les situations auxquelles nous avons été confrontées etc... bref, nous sommes tous en majeure partie "conditionnés"... et les artistes n'échappent pas à la règle, ce
qu'ils créent est le produit de tout un tas de paramètres qu'ils ne contrôlent et ne décident pas en totalité...


 


SIMON : Je ne pense pas que cela amène à des considérations métaphysiques, au contraire, c'est le milieu, l'environnement
qui va déterminer en grande partie la nature d'une oeuvre, pas une énergie divine ou cosmique qui imprégnerait l'artiste...


Un truc m'a vraiment fait bondir... c'est l'article de Françoise Hardy que tu as mis en lien... putain, mais de qui se moque-t-elle ? La femme de Dutronc, le type dont la notoriété est en
bonne partie dûe à son image de dandy-glandeur vient nous expliquer que les artistes "ne comptent pas leurs heures et ne mangent pas à heures fixes"... on rêve. Si la vie d'artiste
qu'elle mène est si pénible et laborieuse qu'elle le dit, personne ne la force à continuer ! On embauche dans les supermarchés, qu'elle postule pour un job de caissière où là,
elle trouvera enfin un métier de "privilégié", où l'on fait 35 heures et l'on mange à heures fixes...


Bien sûr qu'être un artiste demande du travail, personne ne le conteste, mais qu'elle n'essaie pas de nous faire croire que des gens comme elle et Dutronc sont des stakhanovistes de la chanson,
qui ont passé une vie de souffrance et d'effort pour l'amour de l'art, c'est parfaitement ridicule...


 


THOM : Tout à fait d'accord... bon, sur la question du téléchargement, je ne veux bien entendu pas dire par "une oeuvre
appartient aussi au public" qu'un artiste ne doit pas être rémunéré pour elle et que toute la société puisse se partager les royalties :-)


 


Sinon, ce que tu dis m'amène aussi à un point important, que je n'ai pas abordé, la différence entre "l'appropriation" d'une oeuvre par le destinataire et la "mécompréhension" de
l'oeuvre. Il y a un "champ de possibles", mais il a ses limites, en dehors de ce champ, on trouve des interprétations qui ne tiennent pas... Le cas des punks en est un bon exemple
: interpréter les brassards avec la svastika des punks comme des signes d'adhésion à l'idéologie nazi est une mécompréhension... c'est là aussi où la place du destinataire est
essentielle, ce n'est pas aux néo-nazis que s'adresse ce brassard, mais à la bonne société anglaise que l'on veut choquer.


Tu parles de More, et ça me fait penser à un auteur que j'aime beaucoup Machiavel... dont les théories n'ont rien de... machiavélique. C'est plutôt de "l'humanisme pragmatique"... 


 


Autre exemple, comme il en a existé : un rélisateur veut faire un film qui "dénonce" la violence. Mais ce film devient un film "culte" pour tout un tas de délinquants divers, qui se
reconnaissent dans les voyous du film et veulent leur ressembler. Est-ce que une "mécompréhension" ou une "appropriation" ? tout dépend du film. Si le réalisateur a trop "stylisé"
la violence, l'a rendue fascinante, et a fait des criminels du film des personnages assez charismatiques, il n'y a pas de mécompréhension de la part du public, puisque le film lui donne
vraiment matière à s'identifier au héros violent... maintenant, si le film est vraiment sordide, les criminels totalement antipathiques, la violence filmée de façon brute, repoussante,
glauque, ou sans aucune complaisance, là, il y a mécompréhension de ceux qui y voient une apologie de la criminalité, c'est plutôt la perversion de certains qui les amène à percevoir cette
violence comme attrayante...


 


Enfin, pour reprendre l'exemple de la chanson de Bono contre la faim dans le monde... si c'est un morceau pop-rock rythmé, entraînant et séduisant, que certains dansent dessus en boîte en faisant
couler le champagne à flot n'est pas de la "mécompréhension", car ils ne font que se laisser porter par ce que la musique suggère... mais bon, la frontière entre mécompréhension et
appropriation reste assez mince... Pour faire simple, ce qui est important, ce n'est pas ce qu'a voulu dire le compositeur, mais ce que "dit" l'oeuvre... elle peut avoir des sens
multiples (son champ de possibles), des interprétations diverses qui ont chacune leur pertinence, mais elle ne peut dire non plus tout et n'importe quoi... Comme considérer que Reign in
Blood est une célébration de la joie, de la paix et de l'amour dans le monde (oui, j'aime les exemples extrêmes...)   


 


XAVIER : merci !     



Xavier 26/11/2010 14:42



très intéressant, avec en plus des touches d'humour.... bravo



Thom 26/11/2010 07:57



Très bon article, qui prend à contre-pied pas mal d'idées reçues très répandues sur le Net (la "mort de l'auteur" a beau être une théorie "à la mode", la connerie que je lis le plus souvent
demeure "Ouais, je crois que tu extrapoles, ça me rappelle quand le prof m'expliquait que Flaubert avait dit ceci au cela"...). Je ne serais pas aussi catégorique sur l'idée de réceptacle, du
moins je dirais que c'est à des degrés très variables selon les artistes. D'ailleurs, parmi les choses qui "échappent", beaucoup (sinon l'écrasante majorité) se situent quand même à la marge.
Mais bien entendu, c'est vrai. Je suis toujours surpris, quand je vais rencontrer un artiste pour un portrait, de constater que tant de ces gens talentueux n'ont par exemple, bien souvent, aucune
conscience de leurs propres obsessions, des récurrences dans leurs travaux, etc. Et puis bien sûr, il y a les cas où l'oeuvre échappe totalement, soit qu'elle est comprise autrement, soit que son
image finit par se brouiller dans l'imaginaire collectif. Cela donne souvent des exemples amusants. Pour moi, les deux plus fameux sont : Thomas More, dont l'Utopia est régulièrement présenté par
ceux qui ne l'ont pas lu (c'est-à-dire la plupart des journalistes) comme une espèce de manifeste pré-hippie, alors que c'est une satire corrosive et très sombre, bien loin de ce que l'on entend
aujourd'hui par le terme "utopie" ; plus drôle, une anecdote que je n'ai découverte que récemment dans un bouquin où Daniel Darc racontait, mi-amusé mi contrit, qu'il avait écrit "Chercher le
garçon" en cut-up et n'avait jamais pensé, pas même une seconde, au côté crypto-gay de son texte (d'autant plus drôle que beaucoup de gens crurent longtemps qu'il était gay, ce qui n'était pas du
tous le cas). Il avouait d'ailleurs rétrospectivement être lui-même assez étonné de ne pas y avoir pensé tant c'était évident.


 


Sur la seconde partie, celle de l'appropriation par recepteur, il est certain que le sujet est glissant, et que tu retombes très bien sur tes pieds ; cela dit, ce n'est pas non plus un thème
nouveau, Rousseau en parlait déjà au XVIIIe, dans la fameuse conclusion au Livre IV des Confessions. Celle-là même qui, en cours, faisait bailler les mecs qui aujourd'hui te ressortent
inlassablement l'exemple du prof qui fait dire n'importe quoi à un texte. Mais la vérité, c'est qu'effectivement, on peut souvent faire dire n'importe quoi à un texte. Il suffit de prendre un
auteur comme Houellebecq : on peut d'un article à l'autre en faire le parangon du libéralisme ou au contraire son ange exterminateur (je prends évidemment un exemple extrême). Ce qui est délicat
avec le sujet de l'appropriation par le récepteur... c'est que, tout comme pour esthétique/ressenti, c'est une question d'équilibre. Le récepteur a quasiment tous les droits, soit. Pour autant,
ce n'est pas nécessairement souhaitable qu'il comprenne exactement l'inverse de ce que l'artiste essaie de lui dire. Je pense par exemple à tous ces groupes punks ou pro-punks qui étaient vénérés
par les néo-nazis pour des raisons assez facilement identifiables, mais qui n'étaient pas pour autant de leur fait (et qui n'enlevaient rien au fait qu'eux ne cherchaient absolument pas la
compagnie des néo-nazis).


 


Concernant la manière dont tu recolles aux débats sur le téléchargement (ringard, c'est tellement 2008, comme sujet ^^), c'est à la fois bien vu et pas tout à fait exact, revendiquer ton droit à
la rémunération n'est pas exactement comme de considérer que ton oeuvre t'appartient en premier lieu (de toute façon et comme tu le rappelles, chez ces esclaves des majors leur oeuvre appartient
en premier lieu au label, et ils s'en rappellent subitement le jour où ils veulent en changer). En revanche, je te suis complètement sur le "merci public" et la sur-sacrilisation du chanteur
populaire. De toute façon, considérer qu'il y a toi d'un côté, et le public de l'autre, c'est déjà te mettre au-dessus de lui et être dans la pure démagogie en feignant une proximité de façade (à
l'inverse, lire le texte de Françoise Hardy fait sourire, la voici exactement dans la position inverse, "je suis comme vous, je travaille, je dois gagner ma vie"... là, on n'est plus dans la
problématique des artistes, mais dans celle des pipoles, qui ne sont "comme nous" que quand ça les arrange).



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Il est certain qu'une oeuvre quelle qu'elle soit est rarement créée ex-nihilo mais essayer de le démontrer, je ne suis pas sûr que ce soit le bon angle d'attaque.
Ca risque de partir très vite dans des considérations métaphysiques excessives.


A la rigueur, ça pourrait être intéressant avec, à titre d'exemple, certains fans de Johnny Hallyday qui, faute d'avoir jamais entendu autre chose, pensent peut-être que c'est lui-même qui a
inventé la rythmique basique de blues de "Toute la musique que j'aime", en quel cas on comprendrait mieux leur adoration pour ce chanteur lol.


On pourrait dire que la "possession" d'une oeuvre par son auteur se résume à pouvoir en revendiquer la paternité et a être protêgé contre le plagiat.


C'est vrai que depuis que les débats pro et anti téléchargement ont fait leur apparîtion, les notions d'auteur, d'oeuvre et surtout de "droit d'auteur" sont terriblement galvaudées.


Sarkozy sur le piratage:


"Quand un créateur crée une chanson, une musique, un film, un livre, il est protégé, ça lui appartient. Il doit être respecté, et on ne le vole pas. Comme quand on va au supermarché, on ne vole
pas."


Où est la limite entre une création musicale, littéraire ou audiovisuelle, qui est par essence immatérielle, et le support qui la contient ?


S'il y a des artistes qui pensent vraiment comme ça, je leur suggère de se reconvertir dans la conception de plats cuisinés surgelés. Voilà un art où ils pourront enfin avoir la garantie de
toucher quelque chose à chaque fois que quelqu'un consomme leurs créations ! lol


Il y a aussi ceux, comme Françoise Hardy, pour qui une création artistique se définit comme un "travail" au sens le plus terre-à-terre du terme:


http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/chanson/20090428/12229/loi-hadopi-francoise-hardy-repond-a-vos-critiques-0


"Que ceux que la gratuité ne choque pas, commencent par montrer l'exemple en renonçant à toute rétribution pour le travail qu'ils font. C'est exactement ce qu'ils exigent implicitement des
artistes."


Conclusion: un compositeur qui crée de la musique ou un plombier qui répare une chaudière, c'est pareil ?


 


Et enfin, il y en a qui font des comparaisons encore plus audacieuses ! MDR


http://www.ina.fr/video/PUB2586231042/jambon-madrange-liane-foly.fr.html


 


 


 



Spiroid 25/11/2010 22:31



Oui j'avais bien compris, c'est pour ça que je dis que tu évites tous ces écueils. Le terme de réceptacle me gêne même si tu l'utilises de façon plus intéressante, et c'est bien parce que tu ne
souscris pas à la théorie de la mort de l'auteur que j'ai trouvé ton article finalement intéressant.



GT 25/11/2010 22:18



SPIROID : Il n'y a aucun sous-entendu mystique ou romantique lorsque je parle de "réceptacle", c'est pourtant clair, je
parle de l'environnement de l'artiste, de son milieu social et artistique... c'est ça qui l'influence, le détermine, pas une sorte "d'énergie artisitique cosmique" qui l'illuminerait...


Quant à la "mort de l'auteur"... je n'y souscris pas, je ne place pas le destinataire au dessus, et pense toujours que l'auteur est bien entendu l'élement le plus important de la
chaîne...  



Spiroid 25/11/2010 20:37



Tu es assez habile. Car tu te lances dans une des théories les plus fumeuses qui soient, et pourtant très à la mode, cette d'idée de la mort de l'auteur, que le destinataire recrée l'oeuvre et
tout ça... Mais tu évites toujours l'enlisement. On passe vraiment très près parfois, comme avec cet idée de l'artiste réceptacle (de quoi ? de l'art comme essence immatérielle que seuls quelques
élus peuvent retranscrire ? très très romantique tout ça). Mais je trouve que tu traite le sujet en restant juste suffisamment à la surface pour que les implications de ton propos ne soient pas
ridicules. Je te félicite, au début j'ai soupiré, et à la fin je me suis dit que finalement c'était intéressant.