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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 18:48

 1996

 

crash.jpgSinueuse, trouble, hypnotique et sombre. Sans doute les termes qui définissent le mieux la musique du Crash de Cronenberg. Jusque-là, rien d’exceptionnel, des musiques sinueuses, troubles, hypnotiques et sombres, il en existe d’autres… sauf que rarement musiques ne l’auront été à ce point.

 

Cette magnifique BO de Howard Shore se marie à la perfection avec l’atmosphère crépusculaire et ambiguë du film, et contribue d’ailleurs en bonne partie à l’imposer. L’adéquation entre la musique et l’image est ici exceptionnelle. Car plus qu’un film « sulfureux » (qui a fait couler beaucoup d’encre à l’époque), Crash est un film d’atmosphère. La collaboration de longue date entre les canadiens Cronenberg et Howard Shore (compositeur attitré de Cronenberg, qui a signé la musique de tous ses films depuis The Brood en 79, à l’exception de The Dead Zone) témoigne ici d’une parfaite alchimie.

 

Les procédés et intervalles musicaux identifiés comme les plus sombres - chromatismes, secondes mineures et tonalités exclusivement mineures, intervalles diminués / augmentés (il y a même un morceau qui s’appelle Triton : le nom de ce fameux intervalle de trois tons – une quarte augmentée ou quinte diminuée – interdit au Moyen Age et appelé à cette époque « Diabolus in Musica ») - sont omniprésents ici, et font de cette BO une des plus noires qui soit.

 

Sur le thème (tiré du roman de JG Ballard) de rescapés d’accidents de voiture qui, traumatisés, fétichisent et cherchent à revivre ces « crashs »  qui furent une des sensations les plus fortes de leur existence, on imagine ce qu’auraient fait des cinéastes et compositeurs lambdas… des accidents brusques et spectaculaires en pagaille, des courses de bagnoles, des ralentis sur des visages qui s’écrasent contre des pare-brise et des voitures qui partent en miettes… et comme musique d’accompagnement, des chocs de percussion, de violentes masses sonores, des violons grinçants… tout cela est très cinématographique, et le public en raffole. Mais on ne pouvait compter, heureusement, sur ce diable de Cronenberg pour traiter le sujet de manière si convenue. Au spectacle, aux chocs et aux cris, il privilégie l’ambiance, la psychologie et l’intimité. Ce qui l’intéresse, ce ne sont pas tant les « crashs » ou les chocs traumatiques, ni même la mécanique qui conduit à ce désir de revivre ces sensations ou le « comment s’en sortir »… non, c’est avant tout d’observer et faire oeuvre de cette forme de perversion diffuse (ces entrelacs insidieux de guitares à la base de toute la BO) qui touche les victimes de ces crashs. Ces accidents les ont symboliquement tués, ils errent comme des âmes vides et délabrées qui pensent « revivre » dans l’excitation un peu de cette dernière sensation forte. Un fascinant voyage cinématographique et musical dans la noirceur et le vide d’esprits bien plus dévastés par ces crashs que les corps.

Pas de grands moments de tension ou de puissance dans cette superbe musique hypnotique, nocturne et contemplative. Elle ne parle pas de crash, de choc ou d’excitation, mais propose un voyage envoûtant dans les limbes de l’âme humaine.

 

Les musiques sombres et hypnotiques, j’en suis un inconditionnel… mais quasiment toutes celles que je peux entendre (pas seulement dans les BO) souffrent la comparaison face à celle de Crash. Et j’ai beau être fana des musiques lynchiennes, ma musique de film favorite est bien celle-là (désolé, David & Angelo pour cette infidélité).

 

Howard Shore est "le" compositeur des musiques des films de Cronenberg… mais il a aussi cachetonné et fait la BO de quelques navets, comme Striptease ou Mrs. Doubtfire. Il a travaillé assez tôt avec Scorsese, dès 85 pour After Hours, puis dans les années 2000 avec Gangs of New York, Aviator ou les Infiltrés ; et avec David Fincher (Seven, Panic Room). A son actif, on compte aussi la BO d'Ed Wood (une des rares de Tim Burton qui ne soit pas de Danny Elfman, et c'est peut-être son meilleur film), du Silence des Agneaux… mais celle pour laquelle il est le plus connu est la musique du Seigneur des Anneaux… du Silence des Agneaux au Seigneur des Anneaux.

Aussi efficace dans son genre et bien foutue que puisse être la BO du Seigneur des Anneaux, elle est tout de même nettement moins originale, passionnante et fascinante que celle des films de Cronenberg et Crash en particulier. Dans un monde meilleur, c’est pour la BO de Crash que serait célébré Howard Shore, pas celle du Seigneur des Anneaux 

 

En attendant, si le noir ne vous fait pas peur, ne vous privez pas d’un tel voyage musical :

 

Howard Shore – BO Crash

 

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Published by G.T. - dans Cinema
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commentaires

Ska 06/09/2010 10:40



Las Vegas Parano, oui, c'est atroce. Parce que Gilliam transpose littéralement, parce que, d'emblée, le matériau est trop proche de son cinéma, parce que Johnny Depp peut -être, on le sait, aussi
bien génial que mauvais comme un cochon. Gilliam adaptant Thompson, c'est trop évident. Exactement, selon moi, comme Existenz ou Spider pour Cronenberg, ou tous les Burton depuis Sleepy Hollow.
Et de toutes façons, Gilliam n'a pas fait de bon film depuis The Fisher King (accordons lui le bénéfice du doute pour L'armée des 12 singes, mais sans Chris Marker, ce film ne serait pas grand
chose).


Crash est passionnant parce qu'il est justement structuré comme un film porno, parce qu'il ne fait pas semblant, parce que la greffe entre porno et SF y prend incroyablement bien, parce que toute
psychologie est d'emblée évacuée. J'avais écrit un très long truc sur le sujet pour une revue d'art sur ce sujet il y a quelques années. Et ce qui m'intéresse vraiment dans Le festin nu, c'est
que Cronenberg ne l'adapte pas : il emprunte à ce livre, certes, mais encore plus à d'autres bouquins de Burroughs. C'est une variation sur l'œuvre de Burroughs plus que l'adaptation d'un livre
en particulier (je ne suis par ailleurs pas très client de Burroughs...)


Et puis autant j'ai été agréablement supris par Eastern Promises, autant A History of Violence m'a déplu à cause de son ironie, de son côté bis qui séduit au début et agace ensuite (William Hurt,
catastrophique).


Quant aux Lois de l'atraction de Avary, G.T., moi, je l'aime beaucoup (mais pas American Psycho, c'est sûr...)



Thom 03/09/2010 12:04



Mes Cronenberg favoris sont évidemment les premiers, de Shivers à Videodrome inclus (même si ce dernier a mal vieilli), à l'exception de Fast Company (même s'il n'est pas si mauvais que certains
le prétendent). Mon préféré étant probablement le complètement timbré The Brood.


 


Cela dit je reconnais que je préfère nettement les derniers Cronenberg à certains de ses films des années 90/début 2000. AHOV et EP retrouvent une forme de cohérence esthétique qui avait
totalement disparue depuis (au moins Dead Zone).



diane cairn 03/09/2010 02:41



enfin ceci dit je ne peus m'empêcher de rapprocher A History of Violence de Kindergarten Cop


vas-t'en savoir...


J'aime bien les deux films, ils fonctionnent, ya du rythme mais rien qui me scotche


nan, martyrs, même un peu foiré sur la fin me parle plus et le new flesh de videodrome/the fly/the brood/scanners là ya matière, j'avoue les piercings/scarifications, perfomances ça a été mon
univers pendant un bon moment, là je cuisine et je jardine (mais j'ai la hache, la tronçonneuse, la pioche et la masse, en cas d'attaque de zombies of course)



diane cairn 03/09/2010 02:23



@GT


autant on trouve des livrets entier d'album rock et autres comme en classique avec toute la transcription autant les musiques de films faut se brosser pour trouver la partition écrite et
franchement j'aimerais volontiers voire l'écriture de shore, elfmann ou desplat



diane cairn 03/09/2010 02:19



yo Dahu quand je dis que ça tiens la route History of Violence c'est que le film fonctionne par contre pour du Cronenberg on repassera sinon A serbian film ? anyone ?



Dahu Clipperton 03/09/2010 00:15



Pfff, comment qu'y cherche le fight gratos, Thom !


D'ailleurs, je ne me suis jamais posé la question de l'adaptation, je ne sais même pas si je lirais le bouquin de Ballard un jour...


Par contre, Diane, si tu commences à défendre ce machin, là, A history of violence...


(nan mais là, dans le genre surestimé )


(je ne dis pas ça par goût du fight, non non^^)


(mais même Viggo Mortensen j'hésite à le sauver, là-dedans)



GT 03/09/2010 00:01



THOM : Ah non, pas toi... pas Crash... pas le Festin Nu... et pas Burroughs... :-)


C'est marrant, parce que pour moi, comme Ska, le Festin Nu et Crash sont vraiment des exemples d'adaptations vraiment intéressantes de livres... (j'avais lu le Festin Nu avant de voir
le film, mais j'ai lu Crash de Ballard après le film de Cronenberg).


Bon, pour Las Vegas Parano, je pourrais te donner un peu plus raison... et encore, je le trouve plutôt sympathique, ce film...


Pour moi, les exemples de très mauvaises adpatations de livres au cinéma, ce sont ceux de Bret Easton Ellis... j'ai trouvé American psycho et Les lois de l'attraction aussi mauvais sur grand
écran qu'ils étaient fascinants à lire. Tout ce qui faisait l'intérêt de ces bouquins... n'apparaissait pas dans les films...


Mais sinon, la pire adaptation de bouquin, ça doit sans doute être ce qu'a fait Houellebecq avec La Possibilité d'une île (je dis ça, mais j'ai pas vu le film...) 


 


DIANE C : Oui, j'ai déjà dû chercher des partitions de Crash il y a un moment, et je n'avais absolument rien trouvé...


 


(Sinon, j'aime bien eXistenZ et Spider...) 



diane cairn 02/09/2010 23:31



Thom, tu vas quand même pas me dire que tu préfère les foirages que sont existenz et spider ? Bon History of Violence et Eastern Promises tiennent la route mais the brood, scanners et videodrome
restent pour moi bien plus poisseux et intrigants. Pis bon ici le score est quand même top classe



Thom 02/09/2010 21:43



je ne savais plus lequel d'entre-nous (je me demandais si ce n'était pas toi... ou Christophe ? Arbobo ?) qui trouvait Crash surestimé


 


Oui, bonjour... on m'appelle ? :-)


 


Je trouve Crash monstrueusement surestimé (tout comme Ballard en tant qu'écrivain), mais cela dit ça peut encore faire un bon film de boules (aaaaaaah Deborah...), ce qui n'est pas le cas du
Festin Nu, encore plus surestimé (il est vrai que Burroughs est un auteur encore plus surestimé que Ballard). D'ailleurs le commentaire de Ska m'a mortifié tant pour moi, le Festin Nu est avec LV
Parano la paire d'exemples de tout ce qu'il ne faut pas faire dans une adaptation (voire des livres qu'il faudrait interdire d'adapter).


 


Sinon à part ça Cronenberg est mon cinéaste préféré. Je le précise car là, comme ça, à chaud, ça ne se voit pas des masses ^^



diane cairn 02/09/2010 20:20



par contre je cherche désèspérement les partitions de Shore ou autres mais ça évidemment c'est introuvable


ya une jolie progression ( à monter et descendre) japonisante avec du triton inside aussi tiens.


A A# D D# F



GT 02/09/2010 19:24



SKA : Ah, heureux de voir que tu considères aussi Crash comme le chef-d'oeuvre de Cronenberg... on a déjà dû en parler,
mais je ne savais plus lequel d'entre-nous (je me demandais si ce n'était pas toi... ou Christophe ? Arbobo ?) qui trouvait Crash surestimé... En fait, maintenant, je me souviens que tu avais des
réserves sur des Cronenberg plus récents, Spider, je crois (alors que je l'ai trouvé aussi très bon... comme presque tous les Cronenberg, d'ailleurs, à part quelques-uns parmi ses premiers,
et M. Butterfly qui m'avait légèrement ennuyé...)


 


PIETRO : Tu as raison, je parle beaucoup trop peu de Leonard Cohen, et je ne sais vraiment pas pourquoi... va falloir que
j'y remédie vite fait ! ^^


 


DIANE C : La quinte diminuée a en général un petit côté... "malsain". On la retrouve très souvent chez Sonic Youth, chez des
groupes de metal morbides (sans quinte diminuée, Slayer ne serait rien^^)... mais aussi, c'est vrai, elle est dans ce chromatisme de la gamme de blues, où elle sert de note de transition entre la
4te et la 5te... dans le blues, on ne s'éternise pas en général dessus, elle "passe" comme un feeling assez douloureux auquel on tente d'échapper, mais qui est là et bien là...


 



diane cairn 02/09/2010 17:15



je viens de me pencher sur le triton, c'est interessant cette petite bête là alors que la quarte et la quinte fonctionne nickel avec la note de depart hop tu decale hop tu fais mal. Ce qui est
interessant c'est le rapport avec la progression blues en I IV V et la presence de la note de quarte augmentée dans la gamme associée... cette histoire de crossroad commence à devenir
compréhensible.



Ska 02/09/2010 12:39



Je suis bien d'accord (moi aussi).


Et c'est incontestablement le plus grand Cronenberg, la quintescence de son art. Entre Le festin nu et Crash, il a démontré qu'adapter des chef-d'œuvres littéraires n'étaient pas vains dès lors
que l'on savait les maltraiter, éviter la littéralité pour privilégier l'esprit.


J'ai un très bon souvenir aussi de sa B.O., plus classique, pour La mouche.



Pietro 02/09/2010 02:08



A propos des musiques sombres, je m'étonne que Cohen ne soit pas plus à l'honneur sur ce blog. J'en suis fan.



diane cairn 01/09/2010 20:33



ça va te reste des doigts pour tabuler



GT 01/09/2010 20:00



SUNALEE et DIANE C : Merci pour les infos !


 


ARNO : et ça l'est !



Arno 01/09/2010 08:42



hum, ca a l'air bien intéressant tout ca... 



diane cairn 31/08/2010 19:28



dans un genre proche je te recommande les b.o. de Wolf Creek par François Têtaz, celle de Session 9 par Climax Golden Twins et celle de Love is the Devil par Ryuichi Sakamoto et... Videodrome of
course, bonne auto-mutilation



Sunalee 31/08/2010 18:32



Exotica, rien que pour la musique de Mychael Danna et le magnifique sound design de son acolyte Steve Munro.



GT 31/08/2010 15:29



DIANE C : En effet, suis-je bête... mais puisqu'avec DR. F on
parlait de musiques glaciales et froides, j'ai cru que le "f" manquait ici...


 


DAHU : Exotica d'Egoyan, ça fait partie de ces films que j'ai loupés alors que j'avais vraiment très envie de les voir... un de
ces jours, faudra vraiment que je mette la main dessus...



Dahu Clipperton 31/08/2010 15:21



C'est fou comme on peut être d'accord sur presque tout ces temps-ci


 


Le mot important est "presque" (non, je n'évoquerai pas Lorn, ni Pla...)


 


Koteas, il m'a tout spécialement marqué dans Exotica d'Atom Egoyan. Si tu ne l'as pas vu... ^^



diane cairn 31/08/2010 14:57



ben roide comme raide et qui exprime froide aussi par allusion mais bon c'est du vieux français je le concède



GT 31/08/2010 14:53



DAHU : C'est fou comme on peut être d'accord sur presque tout ces temps-ci^^


 


Crash est aussi pour moi le chef-d'oeuvre de Cronenberg (était-ce la peine de le préciser), les acteurs y sont en effet parfaits, et mention spéciale à Elias Koteas... d'ailleurs, c'est
marrant, juste après avoir écrit cet article, hier soir, je vais au ciné, je choisis The Killer Inside Me... et quelle bonne surprise de revoir Elias (à part ça, le film est un peu moyen...
pas mauvais, mais pas de quoi se relever la nuit...)


 


DIANE C : On ne pourrait mieux dire (si ce n'est que, pour ma part, j'aurais dis "froide" plutôt que "roide"^^) 



diane cairn 31/08/2010 12:03



Videodrome, Silence of the Lambs, Crash, Naked Lunch


La messe (noire) est dite


Le crissement de ses ongles metalliques le long de mes plaies beantes rythmaient l'eclats maladifs des neons tremblotants. La chair roide, fracturée épousait la calandre trépanée. Et je baignais
heureuse et libérée



Dahu Clipperton 31/08/2010 10:26



Pour moi, Crash est le chef d'oeuvre de Cronenberg (d'ailleurs, j'ai été à chaque fois plus ou moins déçu par ses films postérieurs, même si je ne les ai pas vus dans le bon ordre bien
sûr), et oui, la BO de Shore envoûte dès le générique, sa puissance "arachnéenne" (aucun rapport avec Le seigneur des anneaux^^) prend aux tripes dès le départ (il ouvre sur un titre
guitares / clarinette particulièrement fascinant). Mais bref, je suis vaaaaachement d'accord avec toi (y compris sur Ed Wood !) (et d'accord avec Dr F. aussi)


 


D'ailleurs, je ne suis pas du genre à mettre en avant les acteurs, mais il faut dire qu'ils sont tous très bons, Spader, Unger, Arquette, et puis aaaaaah, Elias Koteas dans le rôle du
photographe...



GT 31/08/2010 00:15



DR. F : Exact... froide, glaciale, métallique... comme ces individus morts à l'intérieur, devenus des
"machines absurdes", des "voitures sans conducteur", et ne pouvant plus retrouver d'émotions et donc d'humanité que dans la sensation forte du crash... 



dr frankNfurter 30/08/2010 22:55



Tu pourrais ajouter un adjectif: glacial.


Cette BO composée spécialement pour 7 guitares électriques, à vous glacer le sang