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27 avril 2007 5 27 /04 /avril /2007 14:22

Hip-Hop       1990 - Def Jam *****

Le point commun entre le be-bop, Steve Coleman, et Fear of a Black Planet de Public Enemy ? Rendre la musique plus "noire", voire même écarter le public blanc.

Le be-bop est la révolution esthétique la plus importante de l'histoire du jazz. Les noirs-américains des années 40, frustrés des constantes discriminations et inégalités sociales alors qu'ils envoient en masse les leurs mourir à la guerre "pour la patrie", commencent à affirmer clairement leur mécontentement. Ils revendiquent le droit au respect... et les jazzmen ne seront pas en reste. Il fallait en finir avec les big-bands swing, destinés à faire danser les blancs, car les musiciens jazz en ont assez de jouer les "faire-valoir". Ils vont abandonner ces grands effectifs, accélerer les tempos de telle sorte que cela devienne "indansable" pour les blancs, et complexifier considérablement leur musique, histoire de prouver qu'ils sont de grands musiciens dont l'art n'est pas un art "mineur".

  

Le jazz est devenu, depuis la fin de l'ère free-jazz, plus lisse, acceptable, taillé pour les "élites" blanches. Mais Steve Coleman, grand militant pour la cause noire, a une démarche qui rappelle par certains côtés celle du be-bop. Des emprunts au hip-hop (particulièrement sur un album dont j'ai déjà parlé, The way of the cipher), une musique intense, où le rythme et le groove sont mis à l'honneur. Mais un grove dense, sombre, rien à voir avec le groove putassier du r'n'b actuel. Il en est de même avec ce Fear of a Black Planet, sans doute l'album le plus "noir" et groove de Public Enemy, symbole vivant du rap engagé et contestataire. Très peu des quelques éléments rock présents dans leurs autres albums, des samples et lignes de basses hérités du funk (mais un funk souvent plus martial et tendu que festif), des sons qui fusent dans tous les sens, illustrant cette idée de "jungle urbaine" que l'on retrouvait dans certains orchestres de jazz... bref, leur musique est noire, et fière de l'être. Cette imparable machine à groover est aussi... particulièrement éreintante. Comme le bop - trop rapide et riche pour les blancs en quête de musiques agréables et divertissantes - Fear of a black planet est bien trop épuisant pour un auditeur lambda (c'est pourquoi je le prenais comme référence en parlant de l'excellent dernier album d'El-P). Sans concessions, cet album-manifeste ne chercher pas à rallier à sa cause le grand public, il s'adresse à tous ceux qui ont la rage au ventre et l'énergie suffisante pour ne pas décrocher, exténués, après quelques titres. Et ils sont nombreux, comme le prouvent la fascination qu'il suscite et sa place déterminante dans l'histoire des musiques populaires modernes (un Never Mind the Bollocks pour les noirs, en quelque sorte). Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est toujours d'actualité, la "peur d'une France colorée" s'étant massivement exprimée dans les urnes il y a quelques jours...

 

J'hésitais à placer la vidéo de l'incontournable Fight The Power, ce qui sera peut-être (malheureusement) plus pertinent après le 6 mai (néanmoins, vous pouvez la visionner ici). J'opte plutôt pour Burn Hollywood Burn, où Chuck D. (le leader de Public Enemy), est suivi par deux guests de luxe, Ice Cube et Big Daddy Kane :   

 

 

...
 
Public Enemy - Fear of a Black Planet

1. Contract On The World Love Jam
2. Brothers Gonna Work It Out
3. 911 is a Joke
4. Incident at 66.6 FM
5. Welcome To The Terrordome
6. Meet The G That Killed Me
7. Pollywanacraka
8. Anti-Nigger Machine
9. Burn Hollywood Burn
10. Power To The People
11. Who Stole The Soul
12. Fear Of A Black Planet
13. Revolutionary Generation
14. Can't Do Nuttin' For Ya Man
16. Leave This Off Your Fuckin Charts
17. B Side Wins Again
18. War At 33 1/3
19. Final Count Of The Collision Between Us And The Damned 
20. Fight The Power 


Autre chronique :


Public Enemy - How you Sell Soul to a Soulless People who sold their soul

 
 

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commentaires

Thierry 29/04/2007 13:25

Merci Christian, je préfère l'original quand même ! Mais très bonne réactivité ;-)

Christian 29/04/2007 12:37

Amoureux de Bill Withers hein... Tiens, écoute ça Thierry :
http://media.putfile.com/McEnroe---Im-Mad
 

Thierry 29/04/2007 12:10

Salut Christian et G.T., je n'ai jamais dit que je n'aimais pas le rap. J'ai par contre effectivement très peu de véritables affinités avec ce style. Cela ne m'empêche pas d'apprécier certains albums de The Roots, le 1er album de Snoop Doggy Dogg, les premiers Last Poets, ..., et j'ai effectivement beaucoup aimé l'aspect éreintant dont parle G.T. à propos de Public Enemy.
J'ai également été sensible à, comme je l'exprimais dans un commentaire précédent, au jeu de pistes des samples.
En fait, ayant un véritable "amour" pour James Brown, Bobby Womack, Bill Withers (et plus récemment pour le nouvel album d'Anthony Hamilton qui semble être une production modernisée du grand Bill), Sly & The Family Stone, George Clinton & toute sa tribu, je me retrouve un peu, dans ce rap à la Public Enemy.
Cette semaine, je réessaye d'écouter El-P et Dalek.
@++

Christian 29/04/2007 00:52

Bah là on revient au débat avec Thierry sur une autre chronique de G.T.. Et Nyko a en partie raison, les meilleurs actuellement sont peu médiatisés. Et comparé au rock, G.T. a peut-être raison (j'en sais rien en fait !).
Par contre bienvenu Thierry dans le monde merveilleux du rap ! Surpris quand même que tu aimes Public Enemy...

G.T. 29/04/2007 00:30

Je suis assez d'accord avec Christian, non pas sur Public Enemy, que je préfère aux groupes qu'il cite de la même époque (mais d'accord sur le Wu-tang Clan, Enter the 36 chambers est sans doute l'album de rap que j'ai le plus aimé et écouté), mais sur le fait que le rap n'est pas tombé si bas... et je dirais même plus que les grosses stars "mtv" du hip-hop, les 50 cent, Jay-Z et autres Snoop Dogg, je les trouve bien plus "écoutables" que les grosses stars du rock mainstream (je ne parle pas du rap français, qui me parle encore moins que le rock français...). D'accord aussi sur le message socio-politique, qui n'est sûrement pas obligatoire et n'est pas une condition sine qua non pour faire du "bon rap".
Je comprends ce que veut dire Nyko sur un certain "âge d'or", ou le rap pouvait être sans concessions et fédérateur... mais c'est comme pour le rock. Fin des années 60, on avait les Beatles, Led Zep, les Doors, Hendrix & co qui tenaient le haut de l'affiche... Maintenant, même les groupes indés encensés par la critique et qui ont le plus de succès, les Arcade Fire et Arctic Monkeys, sont non seulement moins innovants que les groupes des années 60 cités ci-dessus, mais aussi plus "confidentiels".     

nyko 29/04/2007 00:23

salut christianen fait quand je dis que le rap soit tombé si bas, je veux dire qu aujourd'hui tous les représenants de ce style qui sont considérés comme les + importants (Jay z, eminem, 50 cent) ne sont pas très intéressants (à mon avis en tout cas). il faut aller chercher dans l'underground pour dénicher des artistes passionnants comme ceux que tu cites ou d'autres (je suis donc d'accord avec toi quand tu dis qu'il y a toujours pleins de bonnes choses dans le rap aujourd'hui)Alors qu'à la fin des 80's et au début des 90's, la situation était différente et la plupart des meilleurs de cette époque étaient reconnues.

Christian 28/04/2007 23:09

Oui assurement un disque important et dense. Et Public Enemy a marqué son époque. Et pourtant j'aime pas tant que ça. J'ai toujours trouvé Public Enemy assez lourd.
Je crois que je préfère, à la même période, le rap des Natives Tongues (la Zulu Nation) des De La Soul, A Tribe Called Quest, Jungle Brothers, Queen Latifah, bien plus riche et raffiné. Que ce soit par la musique d'ailleurs que par les textes...
Pour l'efficacité et la puissance, qualités majeures de Public Enemy, je préfère tout autant aller les chercher du coté du Wu Tang Clan.
Et quelle idée Nyko que le rap soit tombé si bas ! Je le trouve toujours aussi passionnant. Bien sur, évacuons le fun radio / mcm tv... Mais beaucoup d'artistes nés du Project Blowed sont encore là (Awol One, Existereo, Busdriver, Radioinactive, Myka Nyne, Living Legends...), le G-rap se porte pas si mal (écoutez donc le dernier Devin The Dude), et G.T. a abondemant parlé ici des derniers El-P et Dalek...
Quand au message socio-politique, est-il si fondamental ? Ou obligatoire ?

SysTooL 28/04/2007 12:49

Quelle démarche de la part de ce groupe de hip hop comme on n'en fait plus :-)Malheureusement je connais encore assez mal PUBLIC!

nyko 28/04/2007 11:10

ah Public Enemy ! ce disque ainsi que "it take a nation..." et apocalypse 91" sont 3 grands classiques du rap. c'était une époque ou le message était encore important dans le hip hop, loin du bling bling. et surtout, ces 3 disques sont ambitieux, exigeants et pas du tout commercial. ce qui ne les a pas empêché d'en vendre des tonnes.qu'est il arrivé au rap pour sombré si bas maintenant ? qui a dit l'argent ?même si il ya encore pleins de bon disques de rap aujourd'hui, rares sont ceux qui allient message socio politique et production unique. Le fait que la plupart des rappeurs soient aujourd'hui en solo et s'interchangent les producteurs contribuent à ca je pense.heureusement il y a toujours El P, Dalek, MF Doom, Mos Def, Edan, The Roots, le label Anticon...

Thierry 28/04/2007 08:21

Tout à fait, G.T.
j'ai hésité entre progressistes et pro-graisseux. j'ai finalement opté pour la voie de la sagesse !
 

G.T. 28/04/2007 01:20

Bien vu, cette idée de "jeu de pistes" dans les samples, ça part effectivement dans de très nombreuses directions, ce qui en fait un album véritablement riche, mais en aucun cas "lisse et raffiné". Fear of a black planet épuise, par sa densité et sa formidable intensité, là où Fear of a blank Planet endort...
Mais qu'on aime ou qu'on n'aime pas, on ne peut passer à côté de cet album essentiel... alors que le dernier Porcupine Tree, son existence ne bouleversera jamais rien...

Thierry 28/04/2007 01:11

Salut G.T, je n'avais jamais écouté cet album avant la fin de la semaine dernière. Comme tu le sais, je ne suis pas fan de rap. Je me suis décidé après la lecture de ton commentaire sur Porcupine Tree où tu comparais les deux albums très proches par leurs titres.
Et tu avais bien raison ! Les rappeurs avaint bien plus de chose à dire que les progressistes. Y a pas photo !
J'ai même beaucoup aimé. Côté samples, j'ai eu l'impression que c'était un véritable jeu de pistes. Il faudra que je réécoute + attentivement.
@++