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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 09:07
Dans l'excellent Do Androids Dream of Electric Sheep (devenu Blade Runner au cinéma), Philip K. Dick a une idée futuriste à la foi géniale et terrifiante : les "orgues d'humeur" ("Mood organ"). Une idée qui m'a profondément marqué ; plus de 10 ans après l'avoir lu, j'y repense souvent. Ce Mood Organ permet de programmer des émotions que l'on souhaite ressentir à tel ou tel moment. Mélancolie, joie, peine, colère... on sélectionne le programme, et on se fait un petit "shoot" de telle ou telle émotion, selon la situation et nos envies. Idée qui m'a marqué, car je trouvais qu'au fond, elle pourrait être une excellente définition de ce qu'est la musique. Surtout dans nos sociétés modernes, où l'on a tous à disposition une impressionnante quantité de musiques diverses et variées, comprenant tous les types d'émotions auxquelles on souhaite se "shooter".

Cette idée me trottait dans la tête depuis un moment, je viens de la finaliser et vous la propose : tous ceux qui désirent participer choisiront un type d'humeur et tenteront de la suggérer au mieux via une playlist.

Par la musique, nous cherchons tous à vivre de nombreuses émotions, pénétrer celles qui peuvent nous faire défaut à certains moments (un peu de rock sauvage et speedé quand on se trouve vaseux, des musiques plus apaisées pour se calmer etc...), ou s'imprégner de celles qui nous touchent particulièrement, de vibrations auxquelles on est naturellement plus sensibles. Si l'on peut aimer toutes sortes de musiques, il y a toujours quelques émotions qu'on recherche plus fréquemment en musique, qui nous sont plus familières et nous "obsèdent".
Vous devrez donc choisir une émotion qui vous tient à coeur ; et tel un chimiste- artiste-chef-cuisinier, chercher à la concocter avec le plus grand soin par une playlist. "Spécialisés" dans cette émotion, à vous d'en trouver les meilleurs ingrédients musicaux, de choisir si vous préférez en décliner différentes saveurs ou créer l'ambiance la plus cohérente possible (un mélange des deux est encore mieux).

Une seule émotion par personne... j'en entends dire "mouais, ça va vite se finir, il y en a pas tant que ça : la joie, la tristesse, la colère..." Non ! Car il s'agit d'émotions et d'atmosphères, et il existe des tas de variations, subtilités, alliages et mélanges de saveurs. Violent, ce n'est pas tout à fait la même chose que brutal... idem pour joyeux et festif... ou triste et douloureux... De plus, il existe des tas de combinaisons possibles. Par exemple : Ethéré et mélancolique... ou si un internaute a déjà choisi "puissant", que vous souhaitiez prendre, vous pouvez toujours opter pour "puissant et rageur" ; "puissant et lyrique"... ou "puissant, lyrique et rageur", etc... 
Vous avez donc la possibilité soit de prendre une émotion/atmosphère vaste (triste, gaie etc...) ou très précise (triste + éthéré + lyrique + subtil).
Par contre, interdiction :
1. De se référer au texte. Si le texte et la musique sont en phase, tant mieux (ce n'est en rien obligatoire), mais le but est de créer une atmosphère par la musique seulement. On trouve souvent sur les blogs des playlists marrantes avec des chansons qui ont en commun de parler de tel ou tel sujet, de contenir tel mot dans leur titre... rien de ça ici. 
2. D'utiliser des termes musicaux pour définir votre playlist... pas de "mélodique", "funky", "bluesy", "rock", "dansant", "dissonant", "atonal" etc...

Quelques exemples des termes que vous pouvez utiliser (et combiner) : lumineux, sombre, apaisé, triste, furieux, lyrique, tendre, intense, envoûtant, délicat, raffiné, puissant, hypnotique, léger, cool, violent, lourd, hystérique, doux, sensuel, bucolique, décadent, malsain, éthéré, insouciant, sexy, arrogant, foutraque, mystique, épique, nerveux, exalté etc, etc...
Bon, je sais que certains petits malins au fond de la classe (Thom et Jdm, si vous pensez que je ne vous vois pas...) sont déjà en train d'imaginer des combinaisons improbables du genre "Léger, puissant, tendre, lourd et malsain"... pourquoi pas... mais va falloir assurer... car il ne s'agit pas de combiner des morceaux qui représentent chacuns une des "émotions" (par exemple un titre "léger", puis un "puissant, puis un "tendre" etc...), mais TOUTES les chansons doivent refléter la combinaison d'émotions dont il est question, chacunes à leur manière. Trouver une dizaine de chansons qui soient à la fois légères, puissantes, tendres, lourdes et malsaines... bonne chance ! 

J'ai déjà fait ma playlist (je la mettrai en écoute dans une semaine)... qui s'intitulera "Dark & Cool". Pourquoi ces titres en anglais, "Mood organ Playlist", "Dark & Cool" ? Parce que je compte bien (mais dans un bon moment, d'ici un an peut-être), la soumettre à des blogs musicaux anglophones (je vous ai parlé de mon projet de devenir "maître du monde de la blogosphère?"), car les émotions/atmosphères sont universelles, et j'aimerai faire participer d'éminents blogueurs étrangers. Universelles... d'ailleurs, j'ai bien pensé à l'appeler
Universal Moody Playlist, mais UMP, j'sais pas trop pourquoi, je suis pas fan... alors que MOP, ça permettra à Thom de lancer l'été prochain un top of the flops of the mops... Ceci-dit, si vous avez d'autres idées que "Mood Organ Playlist", je veux bien les entendre. J'aime ce titre pour la référence à K.Dick, mais il est un peu obscur, peut-être... 

Pour l'instant, vous pouvez très bien choisir de donner un titre en français à votre playlist, j'ajouterai plus tard la traduction entre parenthèse dans la page les répertoriant... si je me lance vraiment dans une collaboration avec des blogs étrangers, ce qui n'est pas encore certain...

Quel est le but ?
Créer une page sur laquelle il y aura le plus grand nombre d'humeurs possibles, avec pour chacune le lien vers l'article de votre blog, article où vous aurez mis la playlist (avec deezer, de préférence, il semble que imeem ne permette pas d'écouter à chacun les titres plus de 3 fois...) Ainsi, comme sur une sorte "d'orgue d'humeur" k.dickien, tout le monde pourra accéder via cette page à tel type d'émotion/atmosphère dans laquelle il souhaite se plonger par la musique. Les chefs-cuisiniers ont leur spécialité... il en sera de même ici, chaque playlist concernant telle ou telle émotion/atmosphère sera construite par un "spécialiste" qui saura vous dénicher les meilleurs titres du genre. 
(Emotion/atmosphère... on pourrait appeler ça une émosphère, mais certains risqueraient d'y voir un regroupement de fans d'emo)
Vous aurez ainsi l'illustre honneur de représenter une émotion par la musique, de porter haut ses couleurs, d'en être le gardien et le messager (j'en fais pas un peu trop, là, non ?) L'avantage des sites du type deezer est qu'ils permettent de modifier facilement les titres de la playlist, modifications prises instantanément en compte sur votre page. Votre playlist pourra évoluer en fonction de découvertes futures. Mais elle doit être la plus "parfaite" possible lors de sa première mise en ligne, c'est celle-là que la plupart écouteront.

Bien entendu, les habitués qui n'ont pas de blog (Crafty, je suis sûr que tu voudras t'y mettre... enfin, j'espère, et tous les autres sont les bienvenus !) peuvent aussi participer, il leur suffit de concocter leur playlist sur deezer, de m'envoyer en commentaire le code "embedded" de la playlist, et je consacrerai un article à chacun. Rien de plus simple... 
Par contre, je me réserve le droit de ne pas répertorier sur la page des liens ceux qui ont des goûts de chiotte. Je ne serai pas difficile (même le métal et le prog seront autorisés, c'est dire !), mais il y a des limites... si un blogueur qui, tombé ici par hasard, sélectionne des Hélène Ségara, Lorie, Jenifer, Sardou, C. Jérome & co pour sa playlist, aucune chance que je l'intègre. A moins qu'il choisisse comme thème "médiocrité & laideur"...
Il est recommandé de ne pas se limiter à un seul genre musical... tout simplement pour ne pas braquer ceux qui n'aiment pas. Le rock est assez vaste, il est suffisant, mais essayez de ne pas réduire votre playlist à du death-metal, sous-genre d'un sous-genre du rock...
D'un autre côté, ne cherchez surtout pas à intégrer des titres d'un genre musical que vous connaissez mal... vous devez être spécialiste à la fois de "l'humeur", mais aussi des musiques que vous proposerez. Si vous ne connaissez rien au rap, ne vous forcez pas à mettre un titre qui est peut-être vaguement dans "l'atmosphère" recherchée, mais pas idéal dans le genre. Les chansons de votre playlist seront à la fois des morceaux qui vous touchent particulièrement et que vous estimez être les meilleurs représentants de l'humeur choisie. Un mélange de subjectivité et d'objectivité, donc.  

Le problème des playlists sur les blogs, c'est qu'on les écoute rarement... mais là, il va falloir faire un effort. Parce que le but n'est pas d'écrire simplement en commentaires "chouette, y a tel titre, j'aime bien...", mais de vraiment vous plonger dans l'ambiance d'une playlist, pour ensuite dire au blogueur si vous avez trouvé qu'il a bien illustré l'émotion choisie, quel titre de la playlist vous semble le mieux la refléter, proposer d'autres titres ou dire tout ce que vous voudrez, bien sûr...
Pas plus de 15 titres, sinon, personne ne l'écoutera en entier. Je me suis arraché les cheveux pour réduire la mienne à 15, mais il est possible de compléter avec une 2° playlist, une playlist "alternative", qu'écouteront ceux qui en redemandent. Et pas plus de 2-3 chansons du même artiste dans la playlist "officielle".

En résumé :

1. Pensez à une émotion/atmosphère/humeur qui vous tient particulièrement à coeur. Ensuite, il vous faut me la soumettre.

2. . Les premiers arrivés seront les premiers servis ! Pour cela, rien de plus facile, il suffit de "poser une option" en premier dans les commentaires ci-dessous sur telle ou telle émotion/atmosphère. Lisez bien les commentaires qui vous précèdent, histoire de voir si quelqu'un n'a pas déjà "réservé" l'émotion que vous souhaitiez mettre en musique. Si c'est le cas, essayez de trouver autre chose, ou une petite variation. Il existe une multitude d'émotions/atmosphères/humeurs et combinaisons possibles, chacun trouvera forcément son bonheur...
 
3. Après, vous avez tout le temps nécessaire pour construire votre playlist. Pas de précipitation, il n'y a pas de dates limites.

4. La semaine prochaine, je mettrai ma playlist en écoute, comme exemple, avec quelques précisions... une semaine après, je commencerai à répertorier les vôtres. Une fois votre playlist mise en écoute sur votre blog (pas avant deux semaines donc, et essayez de ne pas vous court-circuiter, si vous voyez qu'une nouvelle playlist vient d'être ajoutée, attendez 2-3 jours minimum avant de publier la vôtre) envoyez-moi le lien vers la page dans les commentaires de cet article.

5. Je créerai une page (module "page" en haut du blog, sous l'index) répertoriant au fur et à mesure toutes vos playlists, avec le type d'humeur correspondant. Ce sera notre "orgue d'humeur k.dickien", facile d'accès et, je l'espère, le plus riche possible...

A vous de jouer ! 
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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 10:11
Public Image Ltd. - This Is Not A Love Song (1983)

















C'est tout de même assez honteux d'avoir un article sur
Daho en tête de son blog, même si c'est pour le descendre... donc il me fallait trouver autre chose rapidement. Pas besoin d'aller chercher loin... puisqu'il était question dans l'article précédent de pop synthétique du début des années 80, voilà un groupe autrement plus passionnant et important que l'ennuyeux Daho (ce qui n'est pas difficile, ceci-dit) : Public Image Limited. Que le chef-d'oeuvre Valse avec Bachir a rappelé à mon bon souvenir en utilisant judicieusement cette excellente chanson qu'est This Is not a Love Song. Un des meilleurs tubes des 80's à mon sens.

Après ses différents avec McLaren, "Johnny Rotten" redevient John Lydon et fonde Public Image Ltd. Ils sont rares, dans le rock, à avoir été leader de deux groupes qui ont, chacun à leur manière, apporté quelque chose de vraiment nouveau au rock. C'est le cas de Lydon, avec les Sex Pistols et Public Image Ltd. Bien entendu, on retient surtout les Sex Pistols, une des plus grosses déflagrations que le rock ait connu, mais PIL a aussi de solides arguments. Lydon revient à ses "premières amours", Can, Captain Beefheart, Van der Graaf Generator (ce qui ne plaisait pas à Mc Laren lorsqu'il en a fait le chanteur des Sex Pistols), qu'il modernise avec un son qui aura une grande influence et propose (surtout dans les premiers albums de PiL) une musique hallucinée, expérimentale, morbide, hypnotique, dissonante... avec quelques tubes "pop" plus abordables, comme ce jouissif This Is Not A Love Song
Lydon est à l'origine du punk avec les Sex Pistols, il l'est aussi du post-punk, du trip-hop (l'influence de PiL est indéniable chez Massive Attack, surtout sur Mezzanine) et de l'électro-rock avec P.i.L... rien que ça... mais pas seulement. Lydon est aussi au coeur du premier crossover rap-rock de l'histoire. On pense souvent que c'est Walk This Way d'Aerosmith-Run DMC, mais deux ans avant, en 1984, Timezone (
Afrika Bambaataa + Bill Laswell + John Lydon) a sorti le fondateur World Destruction :

Timezone - World destruction



Les clips n'ont en général pas grand intérêt... ce n'est pas le cas de This Is Not A Love Song, à voir absolument. Parce qu'il en dit beaucoup sur Lydon, un des personnages les plus fascinants de l'histoire du rock (je disais dans l'article précédent que Daho était l'anti-Bowie et l'anti-Morrison, il est tout autant l'anti-Lydon... bref, l'anti-tout ce qui peut être rock'n'roll). Car si le rock est un genre de "sales gosses", Lydon n'a pas grand chose à envier à
Morrison de ce point de vue. Dans ce clip, Lydon nargue tout le monde. Autant les "puristes" du punk que la "bonne société". Puristes punks qui ont dû être horrifiés de voir leur ex-idole, celui qui a si bien (avec son pote Sid Vicious) incarné le rock sauvage, furieux, crade, violent, révolté... ici en costard, dans sa belle voiture de collection avec chauffeur ; s'amuser, sourire, danser en chantant un tube pop. Le tout dans un cadre à l'opposé de l'esprit punk : pas de ruelles sordides, pas de salle de concert grouillant de jeunes débraillés et défoncés... non, un beau ciel bleu, une journée ensoleillée, une ville propre et calme avec ses grands buildings. 

Mais de l'autre côté, l'ex-ennemi public n°1, celui qui représentait la décadence, la rébellion, celui qui faisait trembler l'Angleterre... invente, avant les rappeurs le clip "maintenant, je suis parmi vous et je vous emmerde". Le genre de clip devenu classique dans le rap, où des mecs venant de banlieues étalent leurs richesses (le fameux bling-bling) avec arrogance, pour signifier "vous me craigniez... je fais dorénavant partie de votre monde, je compte bien en profiter et je ne vais pas faire profil bas".  
Mais Lydon les a devancé... il se fout de nous et de tout, cabotine (imite d'ailleurs le petit salut salut de la reine quand elle est dans sa voiture) ; toujours aussi sale gosse, mais un sale gosse qui n'a plus besoin de se cacher derrière un accoutrement cradingue pour emmerder le monde. Il y a quelque chose du Alex d'Orange Mécanique ouvrant grand la bouche, à la fin du film, avec ironie, provocation et malice pour qu'on le nourrisse... c'est Alex qui en fin de compte profite de ceux qui pensent le récupérer. 
Dans ce clip, Lydon nous dit clairement "je suis toujours là, le monde est à moi, je fais ce que je veux, allez vous faire foutre". Bref, la vraie rock'n'roll attitude. Terme on ne peut plus vidé de son sens dans notre pays grotesque où on l'applique à Johnny Hallyday... mais le VRP d'Optic 2000 peut bien se balader avec son kit pseudo rock'n'roll "Harley + voix virile + cuir + jeans + guitares", il sera toujours 1000 fois moins rock que Lydon en costard chantant un excellent tube pop avec sa voix haut perchée. 

Public Image Limited - This Is Not A Love Song :

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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 12:30
Etienne Daho - Pop Satori (1986)







          Thom a eu une idée géniale avec son topoftheflopofthemachin, idée qui nous vaut une flopée d'articles hilarants, et de grande qualité. Seulement... l'exercice de style de mauvaise foi a aussi ses limites. On en viendrait presque à oublier l'essentiel. Le véritable ennemi. Qui n'est bien entendu pas plus le Velvet que Zappa, les Beatles que les Sex Pistols, Led Zep que Massive Attack, etc, etc... non, le véritable ennemi, c'est la variétoche. 

Quant à la mauvaise foi... c'est drôle, c'est rock'n'roll... sauf qu'à force de second degré, tout le monde félicite tout le monde, et applaudit même quand il voit son artiste favori descendu en flèche. Rien n'est pris totalement au sérieux, ce concours se déroule dans la joie, la bonne humeur, les clins d'oeil, les postures et les exercices de style. Et quand certains sont vraiment sérieux et n'en rajoutent pas, on imagine qu'il s'agit encore de second degré.
Pas de ça ici, cet article est garanti 0% mauvaise foi. Pas de posture, pas d'exagération, pas de "tiens, je vais me faire untel, ça va être marrant", pas de clin d'oeil... ce n'est en rien un exercice de style. Je ne cherche pas à descendre Daho à tout prix, à forcer le trait, je me contente de dire avec la plus grande sincérité possible ce qu'il m'évoque, et m'a toujours évoqué. 

Certains me diront... Etienne Daho ? Bof... tu ne t'attaques pas à un intouchable... peut-être, mais :
1. C'est le but de cette chronique. Tant qu'à dire du mal, autant le dire de quelqu'un qu'on déteste vraiment.
2. Etienne Daho est tout de même encensé par les inrocks, il est plutôt bien considéré chez toute une frange des français amateurs de rock, j'en ai souvent lu du bien sur de nombreux blogs rock de qualité, par
d'éminents blogueurs dont personne n'oserait dire qu'ils ont aucun goût.

Je disais un peu plus haut que le véritable ennemi était la variétoche... mais il y a pire. Pire que la variétoche qui dit son nom, c'est la variétoche insidieuse qui tente de se faire passer pour autre chose. Que l'on tente de nous vendre comme plus "respectable". Alors qu'elle n'est QUE de la variétoche. Le cas Daho.

Pourquoi Pop Satori en particulier ? Cela aurait pu être n'importe quel autre de ses albums... de toute façon, je n'en ai - jusqu'à aujourd'hui - jamais écouté un seul. Je ne connais que ses singles, auxquels, malheureusement, on ne peut échapper quand on vit en France. Et à l'écoute de Pop Satori (merci deezer... enfin, "merci", c'est façon de parler...), je vois que je n'ai rien raté. Les singles ne sont pas chez lui les morceaux les plus accessibles au sein d'albums plus riches et profonds, ce sont juste les morceaux les plus "accrocheurs", les autres étant totalement insipides.
Pop Satori, donc, car c'est l'album qui l'a vraiment fait remarquer, "l'album de la consécration" comme on dit... et parce que cette époque, je l'ai vécu... j'étais en plein dedans. J'avais 12-13 ans, je passais une bonne partie de mon temps à écouter la radio, j'adorais les sonorités électro-synthétiques, les mélodies pop, j'étais fana de Depeche Mode... bref, a priori, Etienne Daho et sa pop synthétique auraient pu me plaire. Mais non. Quand les tubes de Pop Satori ont débarqué, j'ai détesté. Je trouvais ça horriblement con et mièvre. Et pourtant, j'étais pas difficile, je me laissais souvent séduire par de gros tubes pop racoleurs. Des morceaux de A-Ha, Madonna, Kim Wilde, Fake et autres conneries commerciales des 80's. Mais Daho, impossible, je trouvais ça beaucoup trop niais, pire encore que ceux que je viens de citer.

Comprendre pourquoi des gens aux goûts musicaux plutôt exigeants apprécient Daho, voilà une question qui me taraude. J'ai une hypothèse... le rejet de la variétoche, c'est une chose qu'ont en commun la plupart des passionnés de musique, qu'ils aiment le classique, le rock, le jazz, la soul, le folk, le blues... Pour des raisons esthétiques, mais aussi de "classes". Sardou, Hélène Ségara, Calogero, Christophe Maé, Nicole Croisille, Pagny, Gilbert Montagné, Bruel, Michel Berger... mieux vaut cacher que vous écoutez ces daubes si vous vous retrouvez en compagnie de mélomanes. A moins de tenir à vous placez au centre d'un dîner de cons (je recycle une discussion avec Kfigaro dans de précédents commentaires). Daho, c'est pas tout à fait la même chose. Pas vraiment pour des raisons musicales, mais des raisons d'image. Parce qu'il a la "carte", collaborations avec des gens du milieu et les références qui vont bien (Velvet, Syd Barrett), qui lui permettent de faire croire à certains fans de rock qu'il est des leurs ("mais si, Daho, c'est bien, il a collaboré avec Marquis de Sade, Daniel Darc...") Raisonnement absurde, Frédéric François peut toujours collaborer avec Tom Waits, être super-pote avec Thom Yorke... ça ne fera pas de sa musique autre chose que de la guimauve varièt. Mais pour certains, ce sont des choses qui "légitiment" un artiste, aussi mauvais soit-il.
Daho nous dit "je suis de votre milieu"... et a réussi à cultiver une image sympa, le type timide et discret, qui s'excuse d'être-là (et il fait bien...) Le "bon copain" qui n'en fait pas trop, ce qu"illuste sa voix... une voix mollassonne, pas une voix varièt' qui en fait des tonnes. Daho, c'est l'anti-Jim Morrison... strictement rien de dangereux, d'imprévisible, de sauvage, d'excessif, de provocant, d'arrogant, d'exalté... rien de rock'n'roll, donc. 
Revendiquer un artiste, ce n'est pas seulement aimer sa musique, c'est aussi chercher à "dire" quelque chose de nous, s'approprier une image, et créer un lien affectif symbolique. Aimer Daho est donc acceptable de ce point de vue... on signifie "il existe une part dahoesque en moi, un type humble et sympa, gentiment mélancolique, touchant, mais avec une certaine distinction". A mon sens, ce qui se cache surtout derrière ça, c'est un penchant un peu honteux pour la varièt'... Daho permet à certains d'écouter des trucs aussi couillons que les nullités variétoches, mais avec la sensation de ne pas être ridicules, pas comme si l'on avouait être fana de Sheila ou Sardou. Seulement, à l'époque, je ne connaissais pas plus le Velvet que Syd Barrett (on ne risquait pas de les entendre en radio), je ne lisais pas de magazines de rock, personne pour me dire "qui a la carte et qui ne l'a pas", donc j'écoutais la musique... avec mes oreilles. Sans m'intéresser le moins du monde au CV de l'artiste. Et ce que me disaient mon cerveau et mes oreilles lorsque j'écoutais la radio était :
- D'un côté, les vrais bons groupes, qui apportent quelque chose de nouveau, une certaine profondeur même dans leurs singles, mes deux favoris : Depeche Mode et Cure.
- Ensuite, les groupes sympathiques et pop : Talk Talk (avant Spirit of Eden), Duran Duran (ah, cette mode de noms avec deux fois le même mot...), Bronski Beat... pas du grand art, mais ça se laissait écouter.
- Puis les "sucreries pop", des groupes/artistes que j'aimais pas vraiment, que je trouvais (déjà) beaucoup trop commerciaux et racoleurs, mais voilà, j'étais jeune, difficile de résister à certains de leurs refrains entêtants : A-Ha, Madonna, Michael Jackson... voire même Indochine.
- Enfin, les trucs vraiment honteux, la variétoche fadasse et pop bébête : Kylie Minogue, Rick Astley, Débuts de Soirée, Lio, Elsa, Partenaire Particulier, Jean-Pierre Mader... et, bien sûr, Etienne Daho.

Apprendre, plus tard, que Daho aimait le Velvet et Syd Barrett, ce n'est sûrement pas une circonstance atténuante, mais bien une circonstance aggravante. Car il n'a même pas l'excuse du type qui fait de la variétoche pourrave parce qu'il a baigné dedans et parce que c'est sa culture.

Il faudra qu'on m'explique un jour en quoi la musique de Daho des années 80 serait "respectable", et Jeanne Mas kitsch et ringarde. La principale différence que je vois entre les deux... c'est qu'il y a plus de souffle, de dramatisme et d'intensité chez Jeanne Mas. Des mélodies pop taillées pour le grand public dans les deux cas, les plus naïves et niaises étant à mon sens celles de Daho. A 13 ans, avec un peu de bonne volonté, je pouvais écouter quand ils passaient en radio Johnny Johnny ou Sauvez-moi... mais pas Daho, je changeais de station, j'avais tout de même mes limites dans la pop débile. 


Pour certains, Daho en 85, c'est l'équivalent de la "nouvelle scène française" bobo-soporifique pour trentenaires mous des années 2000. Ce n'est même pas ça. Souchon et Voulzy, de toute façon, tenaient déjà ce rôle-là dans les années 80. Non, Daho, était en plein dans l'air du temps, un air nauséabond, un des pires moments de l'histoire de la musique pop : le milieu des années 80, en France. Le règne du Top 50, du vidéo-clip, des radios FM type NRJ, des tubes kleenex bêtas de pop synthétique, des compilations où les majors se tiraient la bourre pour mettre les titres les plus putassiers possibles. Plus c'était niais, plus il y avait de chance que ça marche... rien d'étonnant à ce que Pop Satori ait eu ce succès. Daho ne relevait pas le niveau, bien au contraire. Epaule Tattoo, Tombé pour la France, sur les compils françaises des années 80, avaient parfaitement leur place au côté de tous les tubes infâmes qui ont marqué ces années. Daho n'avait même pas l'air d'être au-dessus, rien de dérangeant ou novateur dans sa musique, c'était juste de la grosse variét' en tube.

La variété, c'est un genre bâtard, sans âme, sans personnalité, qui digère quelques nouveautés musicales "dans l'air du temps", pour les lisser, les rendre consensuelles. C'est une putain qui couche avec tout ce qui peut lui ramener du fric : le rock, le disco, puis la new-wave, le rock de nouveau quand il revient à la mode, l'électro, le r'n'b... Elle prend ce qui marche, vire les aspérités pour faire avaler une soupe sans saveurs au grand public.
Mais cette façon de coller à l'air du temps, de changer de style en fonction des modes, n'est-ce pas finalement ce que fait Bowie ? Bowie - Daho, même combat ? Sûrement pas... Quand Bowie, par exemple, se met à l'électro avec Outside, il n'intègre pas des sons électroniques polissés dans un cadre "chansons pop", il crée quelque chose de nouveau, sort un album véritablement complexe, foisonnant d'idées, bien plus exigeant et original que la majeure partie de l'électro-techno de l'époque. Jamais vous ne trouverez de morceaux aussi étonnants, singuliers, que A Small Plot of Land sur Pop Satori. Aucune comparaison possible non plus entre la mélodie incroyable de ce titre et les ritournelles faciles de Daho. Non, Daho est plutôt dans la même famille que Zazie. Qui prend quelques sonorités électro faciles, les rabote, et s'en sert pour habiller avec un semblant de modernité ses chansons varièt'. L'anti-Bowie, en plus d'être l'anti-Morrison.


Daho, donc, est à la new-wave ce que Zazie est à l'électro. Et ne me parlez pas des textes... je suis allé lire les paroles de Pop Satori (c'est dire si je pousse loin la conscience professionnelle) et... rien. C'est con, c'est creux, c'est ado. Le pire :
On s'ressemble, c'est fou c'qu'on ressent
Du moins c'est ce qu'il me semble, on s'ressemble
On est bien ensemble et quoiqu'on en pense
Etre ensemble en confidence est pure chance
On s'ressent, c'est à n'y rien comprendre
Tant on se ressemble, on s'ressent
Qui s'ressemble se rassemble, qui s'ressemble s'assemble
J'cherchais partout quelqu'un qui m'ressemble
On s'ressemble, c'est fou c'qu'on ressent
Du moins c'est ce qu'il nous semble, on s'ressemble


Revenons donc à la musique, même si elle ne propose rien de meilleur. Imaginer que Daho ait apporté quoi que ce soit aux sons synthétiques et à la pop de l'époque, faut ne pas avoir vécu ces années-là. Avant les premiers albums de Daho, il y avait déjà des tas de groupes employant synthés et boîtes à rythmes, de façon beaucoup plus intéressante. Et quand il sort Pop Satori... cela faisait déjà longtemps que les ondes FM étaient saturées de sons synthétiques. Tout le monde les utilisait, des groupes new-wave anglais aux pires produits marketings de l'industrie du disque. Qu'apporte Daho à ces sons ? Rien. J'ai écouté Pop Satori, il n'y a aucun moment où je me suis dit "tiens, là il y a un son, une instrumentation, une idée plutôt originale pour l'époque". Ce qu'il y fait, c'est la même chose que ce que faisaient déjà n'importe quel groupe du top 50 ces années-là. Bon, j'avoue ne pas avoir pu écouter les titres jusqu'au bout, tellement je les trouve crétins. Je me suis forcé, mais j'ai arrêté avant les 20-30 dernières secondes. Si ça se trouve, les 20 dernière secondes de chaque morceau sont hallucinantes d'inventivité, rattrapent ses chansons insipides... j'ai du mal à y croire... mais puisqu'il s'agit d'être ici 100% sincère, j'avoue que 4000 années d'horreur (morceau gentillet, qui porte mal son nom), est juste "écoutable", et je suis allé jusqu'à la dernière seconde. C'est bien le seul... 
Ecoutez (désolé de vous infliger ça, mais vous pouvez vous contenter du début) le mièvre Tombé pour la France de Daho, gros tube qui l'a popularisé... puis le déjà plus intéressant Smalltown Boy de Bronski Beat, sorti en 1984... Daho pompe pas mal d'éléments de l'instrumentation, et nous sort un "sous-Smalltown Boy" flasque, sans le lyrisme - remplacé par une petite mélodie nunuche. Pourtant, Bronski Beat, ce n'est pas le Velvet, ni même un des groupes les plus pointus de l'époque dans l'utilisation des sons synthétiques...  


Pour saisir ce qui différencie la bonne musique pop-rock de la varièt', c'est facile, suffit de comparer ce que faisaient Depeche Mode et Daho ces années-là. D'un côté, un groupe qui arrive à passer en radio, à toucher le public - de la pop, donc - mais qui invente, qui surprend, qui amène des éléments nouveaux. Des sons, harmonies, ambiances qu'on n'entendait pas chez les autres, qui ont même, sur pas mal de morceaux, de quoi rebuter le grand public. De l'autre, de la varièt'. Des sons passe-partout, rien qui dérange, rien qui dépasse, aucune profondeur. Des petites chansons dérisoires, kitsches et mièvres. Daho est à la new-wave ce que Téléphone est au punk, Indochine aux Cure, Johnny à Elvis... une énième preuve de la médiocrité française en matière de musiques pop. On copie mollement ce que font les étrangers en oubliant tout ce qui rend leur musique audacieuse.

Pop Satori sort le 1er avril 1986 (s'il faut considérer que l'album est une blague, elle est de très mauvais goût). Quelques semaines avant c'était Black Celebration de Depeche Mode... L'écart entre les deux est gigantesque. L'équivalent de ce qui peut séparer actuellement Radiohead et Raphaël...
Quand Daho sort Pop Satori, il ne pouvait donc connaître Black Celebration. Par contre, il aurait pu écouter Some Great Reward, de 1984. Et les précédents (sauf le premier, très mauvais, qui a horriblement mal vieilli avec ses nullités genre Just Can't Get Enough, aussi laide et niaise que du Daho...)   

Il aurait pu les écouter, ça l'aurait aidé à comprendre tout ce que l'électronique pouvait apporter à la pop, comprendre qu'on peut mêler expérimentation et chanson pop, comprendre comment construire des mélodies fines, accrocheuses et riches. En guise d'exemple... Epaule tattoo, le moins mollasson des titres de Pop Satori (qui n'en reste pas moins une des pires chansons varièt' que je conaisse) et If You want de Depeche Mode (1984). Chez ces derniers, des sons, harmonies, dissonances et breaks inhabituels, une vraie atmosphère, une gravité, une mélodie intéressante, de la profondeur, de la tension... c'est le jour et la nuit après Daho :


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Même plus envie de parler de Daho, tellement j'ai l'impression de perdre mon temps avec cette varièt' soporifique. Finissons donc par Depeche Mode, avec une playlist pour voir ce qu'étaient des artistes pop inventifs lorsqu'ils utilisent l'électronique. Je commence par Blasphemous Rumors (il y a plus d'idées sonores dans ce titre - dont il faut écouter attentivement l'instrumentation fascinante - que dans tout Pop Satori... ce qui n'est d'ailleurs pas difficile). Ensuite, retour en 82, pour aller chronologiquement de A Broken Frame à Black Celebration, évolution passionnante avec ici des titres vraiment marquants, "historiques", même (ce que ne sera jamais Daho, si ce n'est par un stupide malentendu), car les trouvailles sonores de Depeche Mode auront, elles, un véritable impact, sont un jalon essentiel entre la pop robotique de Kraftwerk et l'électro/electro-rock des années 90. Bien sûr, il y a des choses qui ont mal vieilli, mais c'est le cas de toute la pop électro de cette période, on en était encore aux débuts... et eux ont au moins le mérite d'avoir été des pionniers. Il faut imaginer ce que c'était, en 84-85, quand on allumait la radio ou regardait le top 50, et qu'au milieu de tous ces sons synthétiques interchangeables et propres sur eux passait un titre de Depeche Mode, avec leurs sonorités glaciales, métalliques, lourdes et sombres (sans parler de la voix exceptionnelle de Dave Gahan)... on sentait bien qu'on avait affaire à un groupe pas comme les autres. Un groupe qui pouvait toucher le public sans proposer de la bouillie tiédasse. Ce qui n'est pas le cas de l'autre rigolo avec ses bluettes indigentes pour synthés indigestes. 

Depeche Mode - 82-86 :

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