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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 14:44

En musique comme en politique, le noir aura été la couleur de l'année. Couleur de l'espoir en politique, mais essentiellement du désespoir pour les groupes rock et folk qui la revendiquent...











Name in black

Depuis quelques temps, c'est l'inflation dans les noms en "Black" ou "Dark". Et trois des albums rock les plus remarqués cette année auront été :

The Black Keys -
Attack & Release 
The Black Angels -
Directions to see a Ghost 
Black Mountain - In the future

Si on leur ajoute le très kinksien Casting Shadows des Black Hollies, on tient là 4 albums particulièrement influencés par les années 60/70, le psychédélisme et/ou le blues-rock 60's. Certains leur préfèreront des groupes plus hype dont le regard est moins tourné vers le passé (comme Partie Traumatic, le premier album plutôt fun et festif des... Black Kids), mais on ne peut contester la maîtrise de ces quatre-là... les Black Mountain et Black Hollies sont les plus "rétro", le Black Angels le plus original.

Pourtant, aussi réussis soient les albums de ces "named in black", la vraie perle de l'année, dans le genre rock psyché, c'est le Fuzz Against Junk, Netti Netti...

Dans le style expérimental/post-rock, deux albums à ne pas manquer :

The Nebulous Dreams de Kiss The Anus of a Black Cat... certes, il y a le "black" de rigueur... mais ça n'en reste pas moins un nom de groupe très original et surprenant... et un album qui ne l'est pas moins.

Requiem, de The (Fallen) Black Deer. Un des albums qui m'aura le plus fasciné cette année. Du post-rock très sombre et hypnotique, tout à fait remarquable dans le genre.  

Toujours dans les noms de groupe en "black", notons le "best-of" de Black Tape For A Blue Girl, A Retrospective ; Black Milk, dont l'album est un des meilleurs albums rap de l'année, et Black Affair en électro (pas forcément génial, mais écoutable...) 

Dans un registre plus pop, j'ai beaucoup aimé l'album de Jim Noir (Jim Noir), bien plus fin et intéressant que le MGMT...
Et n'oublions pas que l'année 2008 est aussi celle du retour du plus grand groupe rock français, Noir Désir, retour discret avec deux titres moyens, on attend des choses un peu plus conséquentes par la suite...

Cette année, il ne manquait plus que Black Rebel Motorcycle Club, Black Heart Procession et Black Dice... 
 
Quand c'est pas "black", c'est "dark"... normal, l'année de The Dark Knight...

Dans la catégorie "nom de groupes abscons", mention spéciale à Dark Captain Light Captain... qui a sorti un bel album indie-pop, Miracle Kicker. Oubliez la grosse machine Coldplay, Dark Captain Light captain est bien plus subtil dans le genre... Si vous préférez la pop plus speedée et psyché, ne loupez pas le très recommandable 2 de Darker my Love (les mauvaises langues diraient "du Kula Shaker en bien") pas forcément mon truc, mais un des albums de l'année pour Lyle, et je peux le comprendre...  Plus à mon goût, Dark Lotus et son
The Opaque Brotherhood aura été une des meilleures surprises hip-hop de l'année...
Enfin, des petits malins ont bien compris que "Black" et "Dark" sont les grandes tendances actuelles dans les noms de groupe, et l'exploitent à fond... comme Dark Dark Dark  (The Snow Magic)... non, il ne s'agit pas de black metal, mais de folk... on attend pour l'année prochaine des "Black Black Black Black", des "Black Dark Black" "Kiss the Dark Anus of a Black Cat"et autres "Black Dark Captain Dark Light"...

Idem dans les noms d'albums...  

Original Darkness de Christina Carter aura été une de mes plus belles découvertes cette année. Dans un même style folk dépressif (mais en moins original), le Dark Undercoat d'Emily Jane White a obtenu un franc succès chez les blogueurs. Pas du tout été convaincu par Made in The Dark de Hot Chip, album qui a pourtant eu droit à de nombreuses critiques élogieuses cette année...

Deux LP qui valent qu'on y jette une oreille :
Atomic Neon - Darkenia (une consolation pour ceux qui attendaient avec impatience le dernier Cure... tant on jurerait entendre les Cure, mais dans une meilleure période que l'actuelle) 
Xavier Rudd - Dark Shades of blue (un vrai bon album rock, assez diversifié et efficace)

Deux EP :
Cat Power - Dark end of the street
Piano Magic - Dark Horses

Deux albums de pop délicate :

When Your Blackening Shows de Our Broken Garden (si vous aimez la pop éthérée, lente et mélancolique, précipitez-vous sur ce très bel album). 
Black Forest (tra la la) des Pale Young Gentlemen

Enfin : Sunlight To Blue... Blue To Blackness... album essentiellement instrumental, pas mauvais mais pas indispensable non plus des vétérans The Durutti Column, toujours présents et dont on parle toujours très peu... contrairement à AC/DC de retour avec un Black Ice très marketé, et surproduit à mon goût (de toute façon, AC/DC, depuis la mort de Bon Scott...)

Back in Black  

2008 aura surtout été l'année du grand retour de Portishead... on ne les attendait plus, on finissait par se dire "depuis le temps, le trip-hop est passé de mode, ils n'auraient jamais dû attendre si longemps, ils vont avoir l'air con avec leur trip-hop d'une autre époque..." mais non, ils reviennent avec la grande claque de l'année, un album d'une noirceur étonnante et radicale... le chef-d'oeuvre de l'année aura été noir, très noir. 
(chronique de Third)

"Portishead 10 - Guns n'Roses 0" : Cette année, les deux plus célèbres arlésiennes musicales des 15 dernières décennies ont enfin vu le jour. A ma droite, des artistes, Portishead, qui se réinventent et osent des choix esthétiques forts, à ma gauche, un "vieux" rockeur, Axl Rose qui a perdu l'urgence et le côté rêche de ses débuts (donc le rock'n'roll) pour se lancer dans une grosse production pyrotechnique, lisse et pompière. Portishead vainqueur par KO, donc.   


Nick Cave, "l'homme en noir" (depuis que Johnny Cash est parti, le titre revient au grand Nick), est toujours aussi prolifique... ce qui ne l'empêche pas de sortir d'excellents albums, comme ce très accrocheur et rock'n'roll Dig, Lazarus, Dig!!!, deuxième de mes albums de l'année derrière l'intouchable Third

Deux de mes artistes favoris de la décennie, Greg Weeks et Matt Elliott, ont sorti un album cette année... et comme à chaque fois, je n'ai pas été déçu. Des orfèvres dans le genre folk sombre et mélancolique... Howling Songs de Matt Elliott clôt sa "trilogie des songs" avec son album le plus noir et tourmenté, quant à Greg Weeks, non content de sortir un très bel album, a aussi produit un autre des meilleurs albums folk de l'année, celui de Fern Knight
Dans un registre moins sombre et plus "classique", je n'oublie pas le magnifique Sunday at Devil Dirt de Campbell/Lanegan... à consommer sans modération. 

En électro/trip-hop, juste après Portishead, mention spéciale à deux très bons albums électro-dark, Anne Clark, de retour, et Olga Kouklaki, une de mes découvertes de l'année.
  
En hard/metal, comme chaque année... rien. Si ce n'est le très efficace et rageur The Chemistry of Common Life de Fucked Up et, pour revenir aux noms en black The Black Post Society de Prurient, que je conseille vivement aux amateurs de musiques extrêmes. Plus original et moins lourdaud que les productions metal habituelles... mais à déconseiller aux oreilles sensibles.


Black Music

L'année rap n'aura pas été exceptionnelle. Beaucoup moins que l'année précédente avec ses El-P, Dälek, Public Enemy, Wu-Tang Clan, Dizzee Rascal.
Heureusement qu'il y a eu les très bons albums de Look Daggers, Kenny Segal et Dark Lotus pour apporter un peu de sang neuf, sinon, on aurait vraiment pas eu grand chose de réjouissant à se mettre dans les oreilles. Les RZA et GZA ont sorti des albums tout à fait écoutables, mais un peu décevants - forcément - comparés à leurs chefs-d'oeuvre.
Chez les grosses pointures du hip-hop, le Snoop Dogg est assez anecdotique, le Nas pas terrible, le 50 cent sans surprise... le pire étant le Kanye West. Qui n'a rien compris - si ce n'est au business - puisqu'il choisit de blanchir sa musique en se vautrant dans la pop mielleuse.
Les deux qui s'en sortent le mieux, dans le genre grosse production hip-hop, sont sans doute le Black Milk, puissant, et Lil'Wayne, cool, malin et légèrement barré.
Rising Down de The Roots a divisé... pas moi, qui l'ai trouvé - malgré quelques titres un peu moyens - vraiment très bon. Avec ce qui est le meilleur titre rap de l'année, à mon sens, l'imparable 75 Bars (Black's reconstruction), dans la playlist ci-dessous.

Deux albums soul ont eu un certain succès, le Duffy et le Rapahael Saadiq. Des albums bien foutus, c'est incontestable, mais trop propres, trop lisses... trop blancs. Mieux vaut se tourner vers les excellents disques de Baby Charles et Erykah Badu, qui, elles, font du vrai soul/funk intense (Baby Charles, surtout) et groovy (les deux).

Deux magnifiques albums de musique africaine, aussi, de Toumani Diabate (le plus traditionnel) et Rokia Traoré... il y en a sûrement eu d'autres, mais j'en ai écouté assez peu et ce sont les deux qui m'ont vraiment marqué.  

Pour terminer, parce qu'il n'est pas question non plus de tout voir en noir... un mot sur 3 albums de rock anglais qui m'ont vraiment enthousiasmé. Je suis toujours assez méfiant sur ce type de groupes, mais les Rascals, Foals et Last Shadow Puppets sont de grandes réussites dans leur genre, loin des Kooks et autres Kaiser Chiefs...
Deux sublimes albums pour les amateurs de musiques raffinées et très subtiles, le jazzy The dreamer de Jose James, et l'orientalisant Lucifer : Book of Angels vol.10 de Bar Kokhba. Ils ne sont pas dans mon "top 20", parce que je ne les mélange pas à ce qui est pop/rock/folk/rap/électro, sinon, ils seraient sans doute dans mes 5 albums favoris de l'année...
Ma dernière découverte de l'année : Villainaire de The Dead Science... formidable album de rock indie original, riche, inquiétant, fascinant, je le recommande très vivement.


Je vous laisse avec cette petite (il manque beaucoup de choses sur deezer, comme les Black Angels, The (Fallen) Black Deer...) "black playlist", de 10 titres, noms de groupes ou d'albums en black, pas tous forcément indiqués pour un réveillon festif (quoique...), mais les meilleurs de ces noms en black. Excellente année à tous !

Black Playlist



Découvrez The Roots!




Les meilleurs titres de 2008

Les Bilans de Nyko,
 Ska, Arbobo et Guic'

Mon classement des meilleurs albums 2008

Bilan 2007
Bilan 2006
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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 11:02

Je me souviens des Inrockuptibles... je me souviens de ce journal découvert courant des années 90 chez une amie, de ce journal qui se démarquait vraiment de tout ce qu'on pouvait lire sur le rock. Des articles de fond, des groupes dont on entendait parler nulle part ailleurs (sauf chez Lenoir), une exigence esthétique et littéraire... mais tout ça, comme on a pu le constater depuis de nombreuses années, c'est de l'histoire ancienne.
Je n'oublie pas ce qu'ils m'ont apporté et m'ont fait découvrir (pas seulement en musique, d'ailleurs), et c'est pourquoi je ne pratique d'habitude qu'assez peu ce qui est un des sports favoris de la blogosphère rock : taper sur les inrocks (à force de racoler, les inrocks se trouvent maintenant pris entre deux feux : d'un côté, les rockeurs bourrins qui ont de toute façon toujours détesté leur élitisme ; de l'autre, les déçus, qui ne retrouvent plus l'exigence des débuts). Mais je n'oublie pas non plus pourquoi j'ai arrêté de les acheter depuis un bon moment déjà... la parfaite illustration en est leur classement des albums 2008. Le MGMT est, pour eux, l'album de l'année, alors que Third n'est que 7°... dans l'absolu, rien qui ne mérite qu'on s'acharne, ni même qu'on y accorde de l'importance. Sauf que c'est à mon sens particulièrement révélateur de tout ce qu'on peut reprocher actuellement aux Inrockuptibles.
Il ne s'agit pas d'un classement individuel, témoin des goûts d'une personne (après tout, on peut ne pas être sensible à Portishead et aimer la pop à la MGMT), mais de celui d'un journal, reflet de sa ligne éditoriale. Et force est de constater que la ligne éditoriale des inrocks est actuellement à l'opposé de celle de ses débuts. Ils revendiquaient une véritable esthétique : rejet de la superficialité, le fond est privilégié... maintenant, un seul mot d'ordre : la hype. Ils n'ont pas évolué avec l'époque... ils se sont fait bouffer par elle. A moins qu'elle ne révèle tout simplement ce à quoi ils aspiraient secrètement...

Il y a une dizaine d'année, je croisais de temps en temps une petite bande de gothiques/fans de rock indé... cheveux longs et fins, tous de noirs vêtus... ils se retrouvaient les samedis soir dans un bar PMU où passaient les pires tubes des années 80. Au début, plus ou moins par dérision, ils venaient y chanter, danser et se saouler... puis ce qui était une manière de "s'encanailler" est devenu une habitude. Ils ne pouvaient plus s'éclater autrement. Chaque fois que je rentrais chez moi et passais devant le bar, ils y étaient, sans faute, à chanter "les démons de Minuit" et autres "Boys boys boys"... Sans doute qu'au fond, leur attirance pour le gothique/rock indé n'était que de la pose, leur vraie nature était celle de gros bourrins.

Depuis quelques années, quand je lis les inrockuptibles, j'ai l'impression d'y voir cette petite bande... qui a finalement trouvé sa voie dans le fun et lâche chaque jour un peu plus de l'intransigeance de sa jeunesse. Sous le vieux pardessus noir du fan de rock indé de base se cachait un T-shirt "I love Britney"... et si sa coiffure était en bataille, c'est juste parce qu'il n'avait pas de fric pour se se payer une super-coupe fashion...

Les 4 premiers groupes de leur top, ce ne sont que des nouveautés symboles de la hype 2008 : MGMT, Fleet Foxes, Vampire Weekend, Santogold (maigre consolation : il reste le cinéma... le magnifique Two Lovers comme film de l'année, c'est tout de même bien plus classe que MGMT "album de l'année"). Je n'ai pas du tout été emballé par le Fleet Foxes, mais ça se défend... s'ils en avaient fait leur album de l'année, je n'aurais sans doute jamais ressenti le besoin d'écrire cet article.  

Il y a bien quelques anciens, plus loin... des anciens qui étaient auparavant parmi les icones des inrocks, comme Nick Cave. Ils reconnaissent que c'est du très bon Nick Cave... mais voilà, même un très bon Nick Cave se trouve maintenant loin derrière des conneries hype qui seront oubliées dans quelques mois (quand elles ne le sont pas déjà...)   

Les quelques années précédentes, les inrocks avaient déjà coutume de privilégier dans leur classement les nouveautés plutôt que les artistes importants lorsqu'ils sortaient de grands albums... le classement des lecteurs rétablissaient l'équilibre, eux plébiscitaient les Radiohead ou autres PJ Harvey... et ils avaient raison, Radiohead et PJ Harvey restent des références incontournables, là où bon nombre des groupes mis en avant par la rédaction ont été plus ou moins oubliés. Ce n'étaient que des feux de paille. Mais à force de valoriser la hype, les inrocks ont contaminé une partie de leurs lecteurs... MGMT est maintenant aussi premier pour les lecteurs, Portishead 3°.  

MGMT plutôt que Portishead, ce n'est pas seulement une question de hype, c'est aussi le symbole du rejet progressif chez les inrocks de la profondeur, de la noirceur, de l'exigence, pour toujours plus de fun, de flashy et de pop...  Ils n'ont plus grand chose de rock, d'ailleurs, mais "les inpopucktibles", ça sonne moyen, sinon, ils auraient changé leur nom... 

Portishead est même derrière... Kanye West. Qui vient de nous sortir son album le plus "pop pour la ménagère". Tant qu'à mettre Kanye West, ils auraient pu mettre aussi Madonna, dont le dernier album est aussi racoleur, mais finalement bien plus efficace. Seulement, Madonna, ça leur aurait valu trop de critiques... Mais le pire n'est pas là... le pire est qu'ils osent dire du dernier Kanye West : Le quatrième album du producteur et rappeur de Chicago est une oeuvre majeure qui se ressource dans la pop synthétique des 80’s pour mieux révolutionner les années 2000.        
Le Portishead est pourtant bien plus novateur que le Kanye West, mais bon, plus difficile à chantonner sous la douche et moins indiqué pour une soirée de jeunes cadres sup' branchés.... alors on préfère Kanye West chez les inrocks.

Il y a là aussi une vraie prise de position esthétique de leur part... le Kanye West est pour eux - et de loin - le meilleur album rap de l'année, et la proposition la plus excitante et convaincante dans le genre. Mais que propose Kanye West dans ce 808s & Heartbreak ? De virer le rap... parce qu'il n'y a pas grand chose de vraiment rap dans cet album, c'est de la pop à la Justin Timberlake (en moins funky...), tout est chanté... exit le flow qui est la base du rap, on lui préfère les "jolies mélodies accrocheuses"... Si je veux bien admettre que l'album - comme le MGMT - est sympa et plaisant quand on a envie de facilité pop, il n'est pas défendable du strict point de vue esthétique. Car ce que nous dit l'album - si tant est qu'on veuille le considérer comme "révolutionnaire" - c'est que l'avenir du rap n'est pas dans l'exigence ou l'étrangeté de l'abstract hip-hop ni dans le respect de ce qui fait la force du genre (urgence, groove imparable, expression de la rue), mais dans la pop mielleuse et gentillette.
S'ils aiment tant que ça le rap "grand public", ils auraient au moins pu préférer à Kanye West le Lil'Wayne... très accessible, mais plus malin, distancié, cool et original. Au lieu de virer le flow, lui le renouvelle (ou, du moins, lui apporte une touche très personnelle)...

Dans le même ordre d'idées, ils ont adoré Santogold... et rien sur l'excellent London Zoo de The Bug. Qui est à Santogold ce que la vodka pure est au coca light. Un album jubilatoire, festif, mais d'une puissance et d'une hargne radicalement opposées au très lisse et dispensable album de Santogold. London Zoo est sans doute trop intense pour les frêles oreilles de la rédaction des inrocks... au moins Santogold, comme Kanye West, comme MGMT, ça ne dérange personne... sauf les passionnés de musique pour lesquels exigence, esthétique et profondeur ne sont pas des tares. 

Un dernier top of the flops de l'année, hors-compétition, pour les inrocks et leur top albums 2008, ça s'imposait, il me semble... d'autant plus que les inrocks ont fini par tomber dans ce qu'ils ont si souvent reproché aux artistes par le passé : faire passer la facilité avant le style...

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 14:42






1. Valse avec Bachir - Ari Folman
2. Bons Baisers de Bruges - Martin McDonagh
3. Into the Wild - Sean Penn
4. Two Lovers - James Gray
5. There Will be Blood - Paul Thomas Anderson
6. The Dark Knight - Chris Nolan
7. Mesrine : L'instinct de Mort - JF Richet
8. Mesrine - L'ennemi Public - JF Richet
9. No Country for Old Men - Joel & Ethan Coen
10. Vicky Cristina Barcelona - Woody Allen

Très bons films :

Mensonges d'Etat - Ridley Scott
Gomorra - Matteo Garrone
Sweeney Todd - Tim Burton
3h10 pour Yuma - James Mangold
Wall-E - Andrew Stanton
Cloverfield - Matt Reeves
Phénomènes - M. Night Shyamalan
Eldorado - Bouli Lanners
Appaloosa - Ed Harris 

Pas des chefs-d'oeuvre, mais de bons films, plaisants et très recommandables :

Be Kind, rewind - Michel Gondry
Quantum of solace - Marc Forster
Crimes à Oxford - Alex de la Iglesia
Il Divo - Paolo Sorrentino
Iron Man - Jon Favreau
The Mist - Frank Darabont
Le prix de la loyauté - Gavin O'Connor
Rec. - Paco Plaza, Jaume Balagueró
Le jour où la terre s'arrêta - Scott Derickson

Bien, malgré quelques réserves :

Au bout de la Nuit - David Ayer
A bord du Darjeeling Limited - Wes Anderson
Burn After Reading - Joel & Ethan Coen
Diary of the Dead - George A. Romero
Vantage Point - Pete Travis
Secret Defense - Philippe Haim
Mirrors - Alexandre Aja
Seuls Two - Eric Judor, Ramzy Bedia

Pas terribles :

Mongol
La Vegas 21
10 000

Grosse daube :

X-Files Régénération
(Mais pourquoi diable suis-je allé voir ça ?)


Chaque année, on nous sort les "chiffres du cinéma", avec les millions de recettes ou d'entrées de chacun... pour moi, il n'y a qu'un chiffre à retenir cette année, le chiffre 2.  

Mesrine. Et les 2 m'ont enthousiasmé. Cassel est parfait dans le rôle (plus que parfait, même...) et la réalisation de Richet est impeccable.

2 films des Frères Coen. Quelques bons moments dans la comédie Burn after Reading, qui se laisse voir, qui est même parfois très drôle... mais pas du niveau du remarquable No Country for Old Men. Coen - Richet... 2 réalisateurs qui ont sorti 2 films la même année... pas banal.  

2, comme le magnifique Two Lovers. 2° film en 2 ans de James Gray avec Joaquin Phoenix dans le rôle principal. 

2, comme Seuls Two... fallait vraiment que ce soit la fête du cinéma pour que j'aille voir ce genre de comédie... et finalement, j'ai été plutôt agréablement surpris. Pas d'une grande finesse, c'est très régressif, mais il y a des idées et le film fonctionne plutôt bien. Suffisamment rare dans cette zone sinistrée que sont les grosses comédies françaises pour être signalé, et même salué. Pas vu Bienvenue chez les Ch'tis, et ça m'étonnerait qu'il me fasse mentir sur le sujet...   

2 films d'animation totalement opposés... si ce n'est qu'ils sont deux chefs-d'oeuvre dans leur genre. En allant voir Wall-E, je ne m'imaginais pas qu'un film d'animation pour enfants puisse être aussi subtil et intelligent... mais le vrai choc de l'année, pour moi, reste le génial Valse avec Bachir, dont j'ai déjà parlé
ici

2 genres qui ne m'intéressent généralement pas : les films d'animation Pixar/Disney et les comédies musicales. Pourtant, j'ai trouvé Wall-E bluffant et captivant, et j'ai beaucoup aimé Sweeney Todd.... alors que je ne supporte pas les films où les acteurs se mettent à chanter. Mais dans l'univers de Tim Burton, ça marche à merveille. Et le couple infernal Johnny Depp/ Helena Bonham Carter est formidable. 

2 westerns. On imagine depuis longtemps que le genre est mort et enterré... et pourtant, il se rappelle parfois à notre bon souvenir, avec 2 westerns cette année, et 2 très bons. 3h10 pour Yuma est le plus "traditionnel", le plus épique, Appaloosa est un peu plus sec et distancié... mais les deux arrivent parfaitement à moderniser et faire revivre le genre sans le trahir. 

2 films sous forme de quêtes initiatiques qui aiment les grands espaces : le magnifique Into The Wild, et le plus inattendu Eldorado, beau road-movie... dans une Belgique sublimée. 

2 excellents films qui ont pour théâtre la Belgique : Bons Baisers de Bruges et Eldorado.    

2 polars où il est question de corruption chez les flics : Au bout de la Nuit et Le Prix de la Loyauté. Keanu Reeves campe un flic assez atypique (et antipathique) dans le premier... malheureusement, la fin est plus convenue. Le Prix de la Loyauté débute, lui, de manière conventionnelle, mais gagne beaucoup en épaisseur au fur et à mesure, et s'impose comme un vrai bon film de genre (particulièrement sombre et désespéré).
 
2 polars avec Colin Farrell. Le prix de la Loyauté, donc, et l'excellent Bons Baisers de Bruges. Dans le premier, c'est un flic, dans le second un gangster... un gangster sympathique et attachant, un flic plutôt mauvais.

2 films avec Russell Crowe. Comme Farrell, il est sympathique en hors-la-loi (3h10 pour Yuma), et antipathique lorsqu'il est censé faire régner l'ordre (Mensonges d'Etat). 

2 films poético-foutraques avec dans chacun 2 doux-dingues un peu paumés : Eldorado et Be Kind, Rewind.

2 très bons films de genre dont Christian Bale est le héros. The Dark Knight et 3h10 pour Yuma. Il s'en sort bien, avec deux des meilleurs films qu'on ait vu depuis longtemps dans leurs genres respectifs... mais dans les deux, son personnage se fait voler la vedette par un "méchant charismatique". Russell Crowe, dans 3h10 pour Yuma, et Heath Ledger dans The Dark Knight.

2 méchants dans The Dark Knight... "double-face" (décidément...) et, bien sûr, le Joker. Enfin un personnage de "méchant" vraiment fascinant dans ce type de film souvent trop puérils. Certes, c'est un film spectaculaire où il est question d'un type qui se balade en costume de chauve-souris... mais ce très sombre Dark Knight est plus adulte que les autres films du genre. Et il le doit en partie à ses "méchants"... qui ne sont pas de ces grotesques et fatiguants criminels bourré de super-pouvoirs et d'armes hi-tec... non, ce sont des sentiments  humains qui les rendent si flippants et dangereux, le sentiment d'injustice et la vengeance pour l'un, la volonté de chaos et la folie suicidaire pour l'autre.

2 célèbres franchises du cinéma à grand spectacle qui sont pour la première fois de vraies suites. Jusque-là, les James Bond et Batman se succédaient sans grand souci de cohérence, ce qui n'est maintenant - à l'ère des séries - plus le cas, et c'est tant mieux. Pour continuer dans les 2, on a donc enfin eu un "James Bond 2" et un "Batman 2". Les James Bond et Batman, ça n'a jamais été trop mon truc (les Batman de Tim Burton ne sont vraiment pas ce que je préfère de lui)... mais depuis Batman Begins et Casino Royale, je les trouve bien plus intéressants et regardables. 

2 très bons films adaptés de comics, pourtant tous deux très éloignés : The Dark Knight et Iron Man. Le premier a une noirceur, une densité et une gravité peu commune, le deuxième, au lieu de nous infliger une énième fois un de ces pénibles preux chevaliers au grand coeur, a pour héros un business-man totalement superficiel, arrogant, sarcastique, play-boy, interprété par l'excellent Robert Downey Jr.   

2 films avec Gwyneth Paltrow, et deux films radicalement opposés : l'intimiste Two Lovers et le spectaculaire Iron Man. Dans l'un Gwyneth aime son patron en secret, dans l'autre, elle sort avec son patron et elle est aimée en secret... à part ça, peu de liens entre ces deux films, très bons dans leur genre (et même beaucoup plus dans le cas de Two Lovers).  

2 femmes : une blonde et une brune. Dans deux films : Two Lovers et Vicky Christina Barcelona. Bien sûr, une blonde légère et sexy, et une brune plus sage et réservée... du strict point de vue capillaire, ces deux films sont sans surprise... heureusement, pour le reste, ils sont très subtils et réussis. Si leur thème (un homme entre deux femmes) est proche, leur traitement est opposé. Le crépusculaire (parler d'un film de James Gray sans prononcer le mot "crépusculaire" devient un vrai tour de force), mélancolique et hivernal Two Lovers face au pétillant, ensoleillé et "champagne" Vicky Christina Barcelona. Et le film "juif new-yorkais" des deux n'est pas le Woody Allen...  

2 excellents films avec Javier Bardem. No Country For Old Men (là, par contre, une vraie surprise du strict point de vue capillaire...) et Vicky Christina Barcelona

2 films avec Amalric...  figure pourtant  du cinéma d'auteur, il se retrouve dans les deux grands succès de l'Automne, Mesrine et Quantum of Solace.

2 films SF écolos qui sont à mon sens bien meilleurs que ce que laissent entendre les critiques : Phénomènes et Le Jour où la terre s'arrêta. Pas des chefs-d'oeuvre impérissables, sans doute, mais deux films pas si simplistes, plutôt adultes, et qui fonctionnent bien.

2 films où il est question de renoncement à la technologie et de retour à la nature : Into The Wild et Le Jour où la Terre s'arrêta.

2 fresques historico-légendaires, Mongol, et l'anachronique 10000. Tout à fait dispensables.

2 acteurs qui ont crevé l'écran. Heath Ledger, jubilatoire en Joker, et Vincent Cassel, impressionnant en Mesrine (là, je triche, il y en a au moins un 3° qui fait le poids à côté : Daniel Day Lewis dans There Will be Blood)

2 films d'espionnage traitant du terrorisme au Moyen Orient. L'américain (Mensonges d'Etat) est nettement plus prenant, intense, et mieux réalisé que le français (Secret Défense), même si ce dernier n'est pas si mal non plus. 

2 comme les doubles des miroirs de... Mirrors. Auquel on peut préférer, dans le genre épouvante, Rec., The Mist et Cloverfield.

2 grands films qui ont de l'ampleur, du souffle, de l'intelligence et qu'il fallait impérativement voir sur grand écran, pas sur une télé (et encore moins sur un écran de pc) : There will be Blood et Into The Wild

2 de mes morceaux favoris et 2 morceaux que tout oppose réunis dans le chef-d'oeuvre de l'année : Valse avec Bachir.
This is Not A Love Song de PIL et l'Andantino de la Sonate D 959 de Schubert. 

2 bonnes résolutions pour l'année cinéma à venir :
1. Continuer à voir beaucoup de films en salle (ça, c'est facile, rien ne remplace le grand écran...)
2. Revenir un peu plus aux films indépendants, d'auteurs, non-américains... mais ça, c'est plus dur. Dans les années 90, je n'allais voir que des films indépendants et films d'auteurs... pourtant, depuis quelques années, je vois bien que j'ai tendance à privilégier de plus grosses productions... qui correspondent sans doute à un besoin d'évasion plus important. 2 autres raisons à cela : les "grosses productions" sont de bien meilleure qualité actuellement qu'elles ne l'étaient dans les années 80-90, et le cinéma, quand on y va souvent en couple, c'est pas donné... Prendre le risque de payer 16 euros pour un film roumain dont on ne sait pas trop s'il va s'avérer particulièrement subtil et intelligent ou mortellement glauque et ennuyeux... faut le faire... et c'est compliqué lorsqu'on n'habite pas Paris, le temps qu'on se décide à le voir, le film est déjà sorti de l'affiche.     


Chronique de
Valse avec Bachir.

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