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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 13:48

Les meilleurs albums de 2008, classés d'après la moyenne des votes des blogs musicaux :









1. Portishead - Third   8,6






2. Shearwater - Rook 8






3. Kenny Segal - Ken Can Cook (8)








4. Emily Jane White - Dark Undercoat   7,8



5. Nick Cave & the bad seeds -
Dig, Lazarus, Dig !!! 7,7






6. The Black Angels - Directions to see a Ghost 7,6

7. Campbell/Lanegan - Sunday at Devil Dirt 7,5

8. Joan as Policewoman - To survive 7,4

9. Stephen Malkmus - Real Emotional Trash 7,3

10. Black Mountain - In the future  7,3

11. Secret Chiefs 3 - Xaphan The Book of Angels Vol.9 7,3 

      Spiritualized - Songs in A & E 7,3


13. The Black Keys - Attack & Release 7,25 

      Fleet Foxes - Fleet Foxes 7,25

15. The Last Shadow Puppets - The Age Of The Understatement 7,2

16. Nine Inch Nails - Ghosts I-IV  7,1

17. Erykah Badu - New Amerykah Part One 7,1

      Ez3kiel - Battlefield  7,1

19. Lizz Wright - The Orchard   7
      
      Rodolphe Burger - No Sport 7

     

                          6

21. The Raconteurs - Consolers of the Lonely 6,9
22. Al Green - Lay It Down 6,8
23. Alec Empire - The Golden Foretaste Of Heaven 6,7 

24. Richie Havens - Nobody Left To Crown 6,7
25. The Do - A Mouthful  6,6 
26. Sigur Ros - Med Sud I Eyrum Vid Spilum Endalaust 6,6
27. MGMT - Oracular Spectacular 6,6
28. Girls in Hawaii - Plan your Escape  6,6
29. The Mars Volta - The Bedlam In Goliath 6,5
30. Bob Mould - District Line  6,5
31. Adam Green - Sixes and Sevens 6,5
32. Man Man - Rabbit Habits 6,5
33. Why? - Alopecia 6,45
34. The Gutter Twins -  Saturnalia 6,4
35. Autechre - Quaristice 6,4
36. Tricky - Knowle West Boy  6,4

37. The Kills - Midnight Boom 6,3
38. Supergrass - Diamond Hoo Ha 6,3
39. Jamie Lidell - Jim 6,3
40. Xiu Xiu - Women as Lovers  6,3 
41. Duffy - Rockferry  6,25
42. Sun Kil Moon - April 6,25
43. dEUS - Vantage Point  6,2
44. Sons and Daughters - This Gift 6,2
45. The Roots - Rising Down 6,1 
46. Syd Matters - Ghost Days 5,9
47. Vampire Weekend - Vampire Weekend 5,7
48. Claire Diterzi - Tableau de Chasse 5,7
49. Snoop Dogg - Ego Trippin' 5,5
      Testament - The Formation of Damnation 5,5
51. Foals - Antidotes 5,4
      R.E.M. - Accelerate 5,4
53. Camille - Music Hole 5
54. Nada Surf - Lucky 5
55. The Ting Tings - We Started Nothing 4,9 
56. Coldplay - Viva la Vida or death 4,5
57. Morcheeba - Dive Deep 4,5
58. Matmos - Supreme Balloon 4,5
59. Gnarls Barkley - The Odd Couple  4,4
60. M83 - Saturdays = Youth 4,2 
61. Daniel Darc - Amours Suprêmes 4
62. Hercules and Love Affair - s/t 4

                      moins de 4 
 
63. Sébastien Tellier - Sexuality 3,9
64. Meshuggah - ObZen  3,8
65. Hot Chip - Made in the Dark 3,7
66. Radar Bros. - Auditorium 3,5
67. My Morning Jacket - Evil Urges 3,2
68. The Kooks - Konk  2,4

Une seule note pour l'instant :
The Magnetic Fields - Distortion 6
Caroline Herring - Lantana 6

Chroniques du Black Mountain chez
Klak, Systool, Eric et Thom


Les blogs qui participent au classement
(Si je vous ai oublié, signalez-le moi)

Systool  
Alternative Sound   
Le Golb     
7and7is  
Classe ou Crasse 
Guic'the old 
Lyle 
Le Chant de la Sirène
Le Bal des Vauriens 
Arbobo
Jazz, Blues & co    
Libellus
Rxqueen
Chroniknroll
Kamunke
Kill Me Sarah

Les insectes sont nos amis
Là où dort le chat noir...
Strategikon
Labosonic
Pop-Hits
Pyrox
Circus Circus
Tweek
Chtif
Zicdelanmil
Aymeric 
Christian
115th dream
Dr Franknfurter
The man of Rennes steals our Hearts
Mange Disque
Yosemitefolksinger
PlanetGong

Et bien entendu les habitués (Crafty, Anne, Olive...)

Les retardataires et les nouveaux peuvent noter tous les albums déjà classés, mais prière de mettre vos notes dans le dernier article du classement (donc celui-ci), pour faciliter mes comptes.
Pour voter, vous devez soit tenir un blog/site musical (et avoir un minimum d'exigence : fans de Céline Dion, Tokio Hotel, Calogero, passez votre chemin, de toute façon, vos albums favoris ne sont pas répertoriés), soit être un habitué du blog, dont j'ai souvent lu les commentaires et que je peux "identifier".
 

La page des notes précédentes se trouve
ici (elle n'a pas été remise à jours depuis un moment, je m'en occuperai plus tard... mais les notes des retardataires ont été comptabilisées) 


A noter cette semaine :

Look Daggers - Suffer in style (8)

Bonnie Prince Billy - Lie Down in the Light (7)

Beck - Modern Guilt (7)

Robots in Disguise - We're in the music biz (6)

Albert Hammond Jr. - Como Te Llama? (5)


A venir (sous réserve, ne les notez pas maintenant) :
Baby Charles - Baby Charles
Death Cab for Cutie - Narrow stairs
Laetitia Sheriff - Games Over 
Einstürzende Neubauten - The Jewels
NERD - Seeing Sounds


(pour avoir une idée des albums à venir, je mets de plus en plus fréquemment dans mon classement 2008 des liens vers les albums en écoute intégrale sur deezer et jiwa) 

Classement des Blogueurs 2007 (définitif)

Classement 2008 

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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 11:45
Specialty  -  1992 (1948-1950)




Un article un peu particulier, puisqu'il est une réponse à une des chroniques d'albums les plus débiles et consternantes qu'il m'ait été donné de lire sur le web (c'est dire). Graveyard Blues est mon album favori de John Lee Hooker... je pensais lui consacrer un article, en cette période où (allez savoir pourquoi), j'ai envie de m'attarder un peu plus sur la musique noire américaine... je tombe sur la page d'
amazon.com avec les avis des internautes et là... c'est le drame. Un stupéfiant concentré de conneries de la part d'un internaute qui a déposé 3 opinions sur ce disque (si vous voulez lire en détail, c'est ici, en bas de la page... de toute façon, je vais citer et reprendre ses erreurs...) Il ne s'agit pas simplement de l'avis subjectif d'un crétin genre "ce disk c tro d'la merde, c nulachié lol mdr", ce qui n'aurait aucun intérêt à commenter, mais d'un musicien qui argumente...

As a guitarist trained in classics, jazz, and pop standards, I find it incredible that anyone with any depth of musical knowledge can take John Lee Hooker seriously.

Voilà bien l'exemple type du musicien qui pense avoir tout compris à la musique... alors qu'il n'y comprend strictement rien. Les non-musiciens ont parfois des complexes face aux musiciens, pensant qu'ils n'ont pas la même légitimité pour parler de musique, que beaucoup de choses leur échappent... il n'y a pas de quoi. Bon nombre de musiciens ont des avis totalement biaisés sur la musique, confondent technique et musicalité, et prennent les leçons de leurs profs pour la vérité sur la musique. Leur prof les font travailler pour avoir un doigté, un son le plus "propre" et précis possible (ce qui est bien normal)... ils imaginent que la propreté du son est un critère de qualité déterminant. Plus ils avancent, plus ils travaillent sur des gammes et accords complexes... et imaginent que cette complexité est essentielle, complexité qui permettrait de distinguer les bons musiciens des mauvais. Parce qu'il a bien appris ses leçons, ses gammes, le solfège, le musicien dont il est ici question pense être en mesure de révéler (enfin!) la vérité sur ce John Lee Hooker bêtement encensé par des légions d'ignorants qui n'ont pas ses connaissances techniques... alors qu'il assène des arguments totalement à côté de la plaque...  

Over and over again on this CD, "Graveyard Blues," the listener is subjected to screeching, brash one chord idiocy totally devoid of melody, harmony and syncopation.     

Ceci ne prouve qu'une chose : il n'a pas le moindre petit début de compréhension de ce qu'est le blues. C'est à la fois théoriquement faux, et, surtout aussi stupide que de dire "le classique, c'est nul, y a pas de groove" ou "la musique tzigane n'a pas su s'adapter aux sons électros" ou encore "la musique africaine manque cruellement d'orchestre symphonique".
Car l'essence du blues, son âme, c'est justement cette sobriété, ce côté "roots", sans fioritures. Une musique qui n'est pas destinée à charmer l'auditeur avec de jolies mélodies tout plein, des orchestrations sirupeuses et des modulations raffinées, mais qui exprime à la perfection la condition de la population noire à la fin du XIX° et dans la première partie du XX°.
Elle est répétitive et "monotone" ? Tant mieux... c'est bien pour ça qu'elle est authentique. Elle retranscrit la réalité de la condition des noirs américains. Qui sortent à peine de l'esclavage, de ces tâches répétitives rythmées par les Work Songs, qui n'ont pas de véritables perspectives mais une existence misérable... et le blues, ça ne s'apprend pas dans les conservatoires, ça n'est pas la musique de privilégiés disposant des meilleures formations, d'instruments de qualité... juste de noirs miséreux qui n'ont pas de quoi se payer de cours, pas de quoi se payer un instrument potable, parfois même pas de quoi remplacer leurs vieilles cordes de guitares usées... mais tout ça ne les empêche pas de s'exprimer, et de le faire avec une justesse remarquable. Le blues, c'est une VRAIE musique populaire. Pas de la soupe pour endormir le peuple, mais une musique qui vient du peuple et manifeste sa réalité, ses frustrations, souffrances, espoirs, désespoirs... 

Chord changes are rare and , when they occur, are not remotely clean and often without regard to any semblance of tempo. Hooker's songs don't even have a discernible beat.

Là, on croit rêver... il ose donner des leçons de rythme à John Lee Hooker ? Et pourquoi pas des leçons de mélodies à Lennon/McCartney ? Des leçons d'orchestration à Wagner ou Mahler ?
Ce type a une sensibilité musicale de métronome. Car les libertés de tempo et placements rythmiques sur Graveyard Blues en particulier sont captivantes. N'importe qui ayant un minimum de sens du rythme sait faire la différence entre un musicien débutant qui n'arrive pas à bien se placer sur le rythme et un bluesman/jazzman qui joue avec le rythme et le tempo, sait se positionner toujours un peu à côté pour créer cette sensation de groove, de swing... dans le premier cas (le débutant), on a l'impression que "ça retombe", dans l'autre, au contraire, une sensation de flottement. Et, assurément, John Lee Hooker, comme tous les grands bluesmen et jazzmen, est dans cette deuxième catégorie. Son sens du groove (que ce soit dans le chant ou à la guitare) est exceptionnel. C'est bien pour cela qu'il est considéré comme un des plus grands bluesmen, si ce n'est le plus grand... Quiconque est vraiment sensible au blues ne peut être que fasciné par son "feeling". Si j'aime tant Graveyard Blues, ce n'est bien sûr pas pour les même raisons que j'aime les Beatles, je ne l'écoute pas pour y chercher des mélodies et orchestrations riches, mais plutôt ce groove qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.
C'est vrai qu'il y a pas mal de ruptures, suspensions, martèlements sur cet album... mais c'est aussi ça qui est passionnant et propre au blues, un mélange hypnotique très particulier d'intensité, de dureté et de monotonie.

The liberal rock stars who play three chords at eardrum piercing volume have somehow managed to make "legends" out of guitarists like Mr. Hooker who, at best, sounds like an unmusical juvenile who just began strumming the instrument for the first time.

Du niveau du cliché d'ignorants pour lesquels "Picasso, c'est laid, n'importe quel enfant pourrait dessiner aussi mal"... Quand on ne comprend rien à un genre, mieux vaut s'abstenir de balancer des jugements définitifs imbéciles. On ne joue pas du blues ou du rock comme on joue du classique. Les accords ne se plaquent pas de la même manière, sinon, ça donnerait du blues aseptisé, ce qui est contraire à l'esprit du blues. L'autre qui chante "Toute la musique que j'aime, elle vient du blues"... s'il y a une chose de sûre, c'est que toute la musique policée qu'il joue vient de tout (enfin, tout ce qu'il y a de pire), sauf du blues. Le "blues lisse pour chirurgien-dentiste" (expression que j'emprunte au Reverend Frost), ce n'est déjà plus vraiment du blues. Dans Graveyard Blues, au contraire, on est au coeur du blues. C'est rêche, tendu, roots, sans aucune intention de racoler ne serait-ce qu'un quart de seconde les chirurgiens-dentistes ... difficile de trouver un disque qui puisse mieux que celui-là incarner ce qu'est une "musique roots"... pas de piano, pas même de basse et batterie, juste deux guitares, la voix géniale de John Lee Hooker et un harmonica. 
(Désolé pour les quelques chirurgiens-dentistes qui aiment les musiques vraiment authentiques et roots...)

In truth, John Lee Hooker's new CD [il a été édité en 92, mais les enregistrements sont de 1948-50]
 is a waste of time and money, as well as being pretty hard on the ears of any true musician who realizes that Wes Montgomery, Django Reinhardt, and Andre Segovia are examples of genuinely talented guitarists.

Consternant... on peut parfaitement aimer les guitaristes qu'il cite et John Lee Hooker... il suffit tout simplement d'avoir un minimum d'ouverture et de ne pas chercher de manière bornée toujours la même chose dans la musique. Mais pour lui, les "vrais musiciens", ce sont sans doute des obsédés de technique incapables de voir plus loin que le bout de leur manche...

Rock and blues are the simplest, most repetitive, mind-numbing styles of guitar playing (C, F, G chords over and over and over....ad nauseum), which is the reason for their huge following among contemporary America's youth and unsophisticated listeners.  Somehow, liberals have tied together a well-intentioned desire to make up for past social and political injustices perpetrated against African Americans by positing an aesthetic and technical equivalency among all forms of art and creativity. Suddenly, every blues guitarist who ever lived is "brilliant." The truth is, nowadays, anyone who can play coarse three chord progressions on a guitar and sound constipated while vocalizing is hailed by the leftover junkies and their misguided offspring as "a great talent" or "a blues legend." 
This democratization of the arts has lowered the bar to abominable depths----including the ludicrous claims that just about anyone who ever recorded redundant, mindless Mississippi Delta blues is a "legend." 

Passons sur les présupposés idéologiques... une fois  encore, il montre qu'il n'y comprend absolument rien... s'il avait raison, il n'y aurait aucune hiérarchie, tous les musiciens blues et rock seraient également vénérés, mais ce n'est pas le cas. Le blues et le rock se basent sur d'autres éléments musicaux que l'harmonie, ce n'est pas simplement sur leurs suites d'accords qu'ils sont jugés. Tous les bluesmen du delta n'ont pas l'aura de John Lee Hooker... pour tous ceux qui ont une sensibilité qui leur permet de comprendre et ressentir l'âme du blues ; John Lee Hooker, Muddy Waters ou Robert Johnson ne sont pas équivalents à "n'importe quel bluesman".

As is the sad case with virtually everything nowadays, mediocre and just plain untalented performers are glorified because young people have no sense of history----thus, they have only the multitude of three-chord wonders of the past thirty years to use as barometers of talent and ability. 

Un de ses arguments les plus absurdes... car s'il y a bien quelqu'un qui n'a pas le sens de l'histoire, c'est lui. Le blues est une musique "historique" bien plus passionnante et légitime de ce point de vue que toutes les chansons "raffinées" de
Tin Pan Alley ou des comédies musicales à succès de Broadway dans la première partie du XX° siècle. De plus, lui qui oppose bêtement la virtuosité et la technique du jazz à la simplicité du blues devrait savoir que le jazz doit énormément au blues, et que les plus grands génies du jazz, les Charlie Parker, Coltrane ou Mingus n'ont cessé de revendiquer leur passion pour le blues, source d'inspiration majeure pour leur musique. Sans parler de Kind Of Blue de Miles Davis, pourtant l'exemple-même du chef-d'oeuvre jazz subtil, feutré, sophistiqué...     
 
Those who worship at the alters of conspicuously limited guitarists like John Lee Hooker and Robert Johnson haven't a clue as to the true meaning of musicality.  

Là, on touche le fond. La plus grosse connerie qui ait jamais été écrite sur John Lee Hooker et Robert Johnson. C'est comme si je disais "ceux qui se prosternent devant les Stooges, Stones et Sex Pistols n'ont rien compris au rock".
C'est toujours étonnant, ces gens (sur le net et ailleurs) qui donnent des leçons sur des sujets auxquels ils ne comprennent absolument rien. Car le vrai sens de "musicalité", ce n'est sûrement pas la virtuosité technique, mais le "feeling"... ce n'est pas de jouer 20 notes à la seconde, mais d'être capable, à partir de 2-3 notes, de faire passer quelque chose d'intéressant. Il y a des milliers de guitaristes et chanteurs disposant d'une technique irréprochable... dont tout le monde se fout et qui ne pourront jamais rivaliser avec John Lee Hooker ou Robert Johnson. Parce que chez ces deux là il y a, justement, une musicalité exceptionnelle. Ils font du blues, et cela mieux que quiconque.
Contrairement à ce que lui pense (et si je le relaie, c'est aussi parce qu'il est loin d'être le seul musicien à avoir une conception aussi ridicule de la musique), il est bien plus facile de devenir un excellent guitariste de studio qu'un John Lee Hooker ou un Robert Johnson. Dans un cas, suffit juste de travail et de persévérance, dans l'autre, faut être un véritable artiste. Quand on écoute John Lee Hooker, ce n'est pas le "produit d'une bonne école de musique" qu'on entend... ce n'est pas un musicien lambda qui récite sagement ses gammes, mais une histoire, un peuple, un individu qui s'expriment par la voix et le jeu d'un artiste hors du commun.
John Lee Hooker ne doit pas l'admiration qu'il a suscité et suscite toujours à une belle gueule, un look tendance, des ados qui aimeraient lui ressembler, des clips spectaculaires, des grands concerts pyrotechniques, un effet de mode, une omniprésence dans les pages people etc, etc... non, il ne la doit qu'à son talent.

Un dernier mot, puisque c'est d'actualité, sur la loi Hadopi adoptée... tous ces gens qu'on entend de nouveau nous bassiner avec "le téléchargement, c'est la mort des artistes et de la musique"... voilà de quoi faire se retourner dans leurs tombes les vieux bluesmen. Qui n'ont pas eu besoin de majors pour créer le blues et s'exprimer à travers lui. Alors que les majors ont bien su les exploiter, profiter de leur méconnaissance des contrats et s'enrichir sur leur dos. Les majors peuvent toujours disparaître, mais tant qu'un type, avec une guitare, sentira la profonde nécessité de s'exprimer, la musique a encore de très beaux (et longs) jours devant elle.

Enfin... ce Graveyard Blues n'est peut-être pas l'album le plus abordable pour un "novice", ce serait comme s'initier au rock avec Fun House (très bon choix, certes, mais pas le plus accessible).
Deux excellents albums de John Lee Hooker un peu plus abordables, tous les deux sont de 1960 et sont en écoute sur deezer :
John Lee Hooker - Travelin'
John Lee Hooker - That's my Story 
(Avec la section rythmique de Cannonball Adderley - Sam Jones à la basse, Louis Hayes à la batterie - sur That's my story, le blues peut être subtil sans être de la musique lisse pour chirurgien-dentiste)

Quant à Graveyard Blues... il est en écoute intégrale sur deezer :


Découvrez 1085440,



Si vous aimez John Lee Hooker, peu de risque d'être en manque, 69 de ses albums sont sur deezer (beaucoup de compilations, c'est vrai, et pas tous ses albums... mais c'est déjà pas mal). 

Un excellent site de référence sur John Lee Hooker :
Telia


John Lee Hooker (1917-2001) - Graveyard Blues

John Lee Hooker (vocals, guitar), Andrew Dunham (guitar), Eddie Burns (harmonica).


1. War Is over (Goodbye California)
2. Henry's Swing Club
3. Alberta - John Lee Hooker, Besman, Bernard
4. Hastings Street Boogie
5. Build Myself a Cave - John Lee Hooker, Besman, Bernard
6. Mamma Poppa Boogie
7. Graveyard Blues
8. Burning Hell
9. Sailing Blues
10. Black Cat Blues
11. Miss Sadie Mae
12. Canal Street Blues
13. Huckle up Baby
14. Goin' Down Highway 51
15. Sail On, Little Girl, Sail On - John Lee Hooker, Easton, Amos
16. Alberta, Pt. 2
17. My Baby's Got Something
18. Boogie Chillen, No. 2
19. 21 Boogie
20. Rollin' Blues
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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 23:01

24

24 (24 heures chrono)
Série américaine de Joel Surnow et Robert Cochran 2001 


A quelques jours de la très probable élection d'un noir à la présidence des Etats-Unis, difficile de ne pas penser avec ironie aux gauchistes rigides et chafouins qui pestaient contre 24. La considérer comme une série de droite faisant l'apologie de la torture, fallait ne pas l'avoir réellement vu, ou la regarder avec des oeillères idéologiques. Sans aller jusqu'à dire que 24 aura permis l'élection d'Obama, il est indéniable que la série a rendu crédible - et souhaitable - dans l'inconscient de nombreuses personnes l'élection d'un noir à la présidence.

Mais évacuons en premier lieu les critiques stupides sur la présupposée "apologie de la torture" dans 24
Le principe - novateur et génial - de la série est que tout se déroule en temps réel. 24 heures pour déjouer un complot terroriste... une série haletante, d'un suspense hallucinant... mais si tout devait y être fait dans les règles, on s'ennuierait ferme : un premier terroriste interpellé, un interrogatoire conventionnel qui ne le ferait pas craquer, le temps de lui trouver un avocat, de respecter les procédures, s'occuper de la paperasse, d'organiser un procès... tout serait fini, et le spectateur aurait décroché dès le deuxième épisode. Les interrogatoires musclés et quelques scènes de torture sont indispensables pour le bon fonctionnement de la série. Est-ce que ce dispositif légitime la torture ? Non. Ce n'est qu'une convention. Tout comme, dans un polar, les poursuites spectaculaires en bagnole. Pour arrêter un type impliqué dans un braquage, trafic de drogue, ou qui détient juste quelques informations, les flics enchaînent infractions sur infractions, roulent à toute allure sur les trottoirs, prennent les rues en contresens, tirent sans sembler se soucier des balles perdues, mettent la vie de centaines de personnes en danger... est-ce que ces films légitiment un comportement irresponsable et quasi-criminel des flics ? Non, bien sûr, ce ne sont que des procédés fictionnels qui permettent de faire monter la tension par des scènes spectaculaires. On a beau avoir été soumis des centaines de fois à ce type de scène en prenant fait et cause pour le héros, impossible d'imaginer que l'on puisse tolérer que la police, dans le réel, fasse de même. 
Si un agent secret, dans une fiction, ne peut plus soutirer des informations sans enfreindre la loi et sans violence... c'est la mort de la fiction...

Contrairement à ce que pensent certains qui ne l'ont sans doute jamais vraiment regardé, 24 n'est absolument pas une série de droite qui ferait le jeu des républicains et défendrait les valeurs de la société WASP (White Anglo-Saxon Protestant). Les préjugés sur 24 sont nombreux, à la hauteur de l'impact de la série, des préjugés idéologiques qui ne tiennent pas la route une seconde.   

Dès la première saison, un candidat noir qui devient président, ce n'est pas anodin ou anecdotique, mais  "politique". Un gros risque scénaristique, car le président est un personnage central de la série. Il est constamment en communication avec la cellule anti-terroriste, une bonne partie de l'action se déroule dans les coulisses du pouvoir, il est omniprésent et il fallait un président vraiment "crédible". D'autant plus que sa couleur n'est pas un événement en soi... le président est noir, et tout le monde dans la série trouve ça parfaitement naturel.

Dans les 6 saisons de 24, on a eu droit à 4 présidents : deux noirs, deux blancs :    
Le premier, David Palmer, est le plus important. Celui qui a tenu le plus longtemps en place (3 saisons), et son ombre continue à planer dans les quelques saisons suivantes, on ne cesse de le regretter (Jack Bauer le premier). Les suivants font pâle figure à côté de lui. C'était un président modèle, rassurant, sage, intelligent, juste, efficace... auquel Obama fait inévitablement penser : élégant, posé, modéré, instruit, diplomate, charismatique... pour les accros à 24, Obama, c'est le retour de David Palmer.
Le deuxième, blanc... à peine le temps de passer qu'il est victime d'un attentat et se fait remplacer...
Le troisième, blanc, est le pire. Un mélange de Nixon et Bush : calculateur, lâche, traître, prêt à s'associer avec des terroristes, tolérer des attentats pour justifier des guerres et s'emparer de ressources naturelles de pays qui n'ont rien demandé...
Le dernier, Wayne Palmer, est le frère de David. Modeste, il ne cesse de penser que son frère aurait fait mieux et que lui n'est pas à la hauteur... mais s'en tire pas si mal, et suscite plutôt la sympathie et la confiance. Le vice-président qui lui succèdera lorsqu'il sera blessé... est roublard, manipulateur, inquiétant... un blanc, encore une fois. 

Dans l'univers paranoïaque de 24, tous les politiques sont susceptibles d'être corrompus, et les seuls vraiment fiables, honnêtes et sympathiques ont été les deux présidents noirs. Les deux seuls qui ont un lien affectif et d'estime réciproque avec le héros (et donc le spectateur). Les deux seuls qui avaient une véritable "carrure présidentielle" (surtout David Palmer).
Est-ce suffisant pour faire élire Obama ? Sûrement pas... mais ça l'est pour ancrer profondément dans l'esprit et l'inconscient de millions d'américains une image positive, crédible et naturelle d'un président noir. Ce n'est pas un simple film de deux heures, mais une série qui s'est étalée sur de nombreuses années, des centaines d'heures (ou presque) à suivre un président noir et à le regretter dans les dernières saisons où l'on fait fréquemment référence à lui. 

Dennis Haysbert, l'acteur interprétant le rôle du président Palmer est d'ailleurs convaincu que son personnage a aidé Obama (CNN).




 

   



Si l'appartenance des différents présidents à un parti n'est jamais affichée, il apparaît assez clairement que David Palmer est plus démocrate que républicain (il n'était pas évident quand la série a été conçue d'imaginer un président noir, ça l'était encore moins d'imaginer un président noir républicain). Une sorte d'anti-Bush, dans le caractère (comme Obama), mais aussi la politique. Il n'y a pas d'axe du mal et d'axe du bien dans 24, pas de gentils américains d'un côté et de méchants terroristes islamistes de l'autre. David Palmer (comme son frère, plus tard) lutte contre les va-t-en-guerre qui le pousse à des représailles rapides après un attentat... il compte sur Jack Bauer pour dénouer la situation, trouver les vrais coupables, et refuse de se soumettre aux pressions l'incitant à en profiter pour attaquer un pays ennemi (comment ne pas penser à Obama, un des rares sénateurs ayant voté contre l'envoi de troupes en Irak). La guerre contre le terrorisme, dans 24, ne consiste pas à envahir le moindre pays susceptible d'accointances avec des réseaux terroristes, de démanteler des groupuscules d'illuminés... elle est surtout une guerre interne, les pires ennemis étant des politiciens corrompus et des industriels véreux. Non pas des politiciens gauchistes "traîtres", mais plutôt de parfaits capitalistes pro-américains prêts à déclencher des conflits pour les intérêts américains. En fin de compte, les ennemis sont plus souvent des Bush que des Saddam et autres Ben Laden.


Un des autres grands préjugés chez ceux qui n'ont que vaguement entendu parler de 24, c'est de la considérer comme une grosse série d'action spectaculaire avec un "super-héros" exemplaire.
Bien sûr, c'est une série bourrée d'action... mais aucune série d'action n'a jamais accordée une telle place à la politique, aux intrigues dans les coulisses du pouvoir. Une série véritablement complexe, adulte, peu manichéenne... avec des personnages assez décalés et réalistes. C'est une des constantes dans la série, les alliés de Jack Bauer à l'agence anti-terroriste sont loin de ressembler aux héros des Experts. Pas des mannequins cool et sexy - sûr que c'est hyper-crédible, des équipes de la police scientifique qui ont l'impression de sortir d'une pub pour l'Oréal - mais des physiques assez particuliers (Chloé, Edgar, Lynn McGill) et des personnages peu sociables, singuliers... à côté de Chloé (la plus étonnante), Edgar et Lynn, il y a eu Tony, Morris O'Brian, Mike Doyle... et Jack Bauer lui-même. Qui est une sorte d'anti-James Bond (enfin, le James Bond d'avant Daniel Craig, avant que l'influence justement de 24 ne rende has-been le personnage et l'oblige à se moderniser). Nerveux, tourmenté, limite asocial... et quasi-suicidaire. Hanté par son passé et l'événement tragique qui conclut la première saison, Bauer n'est pas un héros patriotique, solaire, plein de grands idéaux... il est blasé, parano (et même junkie dans une saison), c'est souvent plus pour David Palmer qu'il accepte de revenir aux affaires que par "amour de son pays". On en vient même à se demander s'il n'est pas finalement motivé par une forme d'instinct masochiste ou suicidaire tant, à chaque fois que plusieurs options s'offrent à lui, il se jette sur la plus risquée, dangereuse, et douloureuse. Néanmoins, il reste bien sûr le héros de la série et sauveur de l'Amérique (de "Bauer Jack" à Barack... il n'y a pas grand chose...). 
Celui qui incarne le héros américain de ce début de XXI° siècle n'est pas un américain pur souche bien comme il faut... Kiefer Sutherland aime l'alcool, trop sans doute (conduites en état d'ivresse, qui lui ont valu 48 heures de prison dernièrement) c'est un grand collectionneur de guitares (surtout la mythique Gibson Les Paul), il a eu un grand choc, à 12 ans, en découvrant Led Zeppelin et, fasciné par Jimmy Page, s'est mis à la guitare... il adore aussi les Beatles (particulièrement l'album blanc) et AC/DC (interview de Sutherland sur le site de Gibson, l'illustre marque ayant même créé un modèle en collaboration avec Kiefer Sutherland, la Gibson KS-336). Sutherland est aussi un membre actif du NDP, le parti démocrate canadien (New Democratic Party), plus à gauche que le parti démocrate américain... bref, celui qui incarne le grand héros américain de cette décennie est un canadien rock'n'roll de gauche (Sutherland n'est pas seulement l'acteur principal de 24, il en est aussi producteur).

24 est diffusé par la Fox, chaîne ultra-républicaine... qui semble aimer se tirer des balles dans le pied, puisqu'elle diffuse deux des séries américaines les plus subversives, 24 et les Simpson. Subversives, car il ne s'agit pas de séries plus ou moins trash réservées à un public averti, ou idéologiquement très marquées à gauche et n'attirant que des... gens de gauche. Car la subversion la plus efficace, ce n'est pas celle d'artistes confidentiels qui en font des tonnes dans la provoc' et ne s'adressent qu'à un public venu pour ça... mais plutôt celle capable de toucher une vaste audience. Les Simpson et 24 sont des chevaux de Troie dans le bastion républicain qu'est la Fox. Sous ses dehors de dessin animé humoristique, les Simpson ridiculise les valeurs de la chaîne, pendant que 24 aura fait le jeu des démocrates durant cette décennie, installant dans les esprits l'image positive d'un président noir et prenant un parti opposé à la politique de Bush. Il faut imaginer le républicain moyen, jubilant à l'idée de découvrir sur sa chaîne favorite une grande série spectaculaire où il est question de "botter le cul des terroristes"....
Premier choc : le président est noir... et remarquable... et personne ne trouve ça bizarre.
Deuxième choc : difficile de ne pas lire une sévère critique de l'administration Bush et des guerres en Irak et Afghanistan quand on lui montre d'un côté, les "bons" (Palmer et Bauer), qui font tout pour éviter la guerre et vont débusquer les coupables chez les industriels et politiciens américains plus que dans les pays arabes ; et de l'autre, les "mauvais", des hommes de pouvoir américain prêts à partir en guerre pour les intérêts du pays.
Troisième choc : Il y a quelques terroristes islamistes, certes... mais pas tant que ça pour une série sur le terrorisme post 9/11. De plus, les arabes sont souvent des victimes, certains étant injustement suspectés et maltraités par des racistes avant que l'on ne découvre le vrai coupable dans une famille blanche américaine standard.
Quatrième choc : Enfin un président blanc, mélange de Nixon et Bush... il est lâche, traître, calculateur, dépassé par les événements...

On attend que TF1 (qui pourtant, n'a jamais déclarée officiellement être partisane) diffuse une série aussi ambitieuse et critique sur la politique du gouvernement de droite en place, avec pour président de la France un noir ou maghrébin charismatique et compétent (sans que cela ne soit une "curiosité" mais une évidence sur laquelle on ne s'attarde pas...) On risque fort d'attendre longtemps...

Actualité oblige, je m'attarde sur la dimension visionnaire de 24 (imbattable de ce point de vue : une série sur le terrorisme conçue avant les attentats du 11 septembre, et qui a préfiguré - voire conditionné - le succès d'Obama). Mais l'essentiel reste tout de même que cette série révolutionnaire est d'une inventivité, d'une intelligence, d'une virtuosité et d'un suspense exceptionnels. Des Soprano à Californication en passant par Six Feet Under, Nip/Tuck, Lost ou The Shield, les séries américaines de cette décennie ont été particulièrement brillantes, audacieuses, adultes et fascinantes... mais, si toutes ont leurs qualités, aucune n'est à la fois aussi intense, addictive et intelligente que 24.    
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