Il fait beau, il fait chaud, tout le monde a la tête aux vacances... et pendant ce temps-là, depuis quelques jours, s'accumulent insidieusement des lois ou projets visant à limiter la liberté du net. Loi Hadopi, contrôle et "notation" des blogs... quelques textes à lire absolument pour savoir à quoi s'attendre :
Hadopi a été jugée contraire aux droits de l'homme par le Parlement européen, mais le gouvernement s'en fout pas mal... après DADVSI, encore une loi inutile. On ne sait pas s'il faut en rire, sachant bien que ça ne changera rien (ceux qui veulent écouter/échanger/récupérer des albums gratuitement sur le net auront toujours une longueur d'avance), ou se scandaliser. Penser comme Sarkozy et les majors que la loi Hadopi permettra d'enrayer la crise de l'industrie du disque, faut vraiment être naïf. Encore une idée stupide, qui va coûter cher à l'état (explication dans l'article)... et dire que Fillon racontait il y a pas si longtemps que les caisses étaient vides...
Mais... ce n'est pas tout ! On apprend - et là, ça ne concerne pas seulement la France - que certains députés européens sont de plus en plus favorables à un projet de contrôle des blogs :
L'article se termine avec cette petite pointe d'ironie :
De là à penser que les blogueurs ont un peu trop milité pour le Non au traité de Lisbonne, contrairement à tous les autres médias (TV, radio, presse papier), et que cela gêne certains eurodéputés, il y a un pas que nous ne franchirons pas.
Là où nous sommes plus directement concernés (bon, pas les blogs musicaux, bien entendu, mais les blogueurs français traitant de l'actualité) :
Selon la ministre, cette commission « formulera des recommandations d'ordre déontologique, afin de garantir la protection des consommateurs et en particulier des enfants. Elle délivrera des labels de confiance ». La ministre n’a pas donné plus de détail sur cette institution dont le rôle va pourtant être fondamental.
En plus de définir souverainement ce qui est bon ou mauvais pour l’internaute, cette commission pourra en effet apposer des labels, des marques de confiance déontologique apposées au fer rouge sur les sites. On devine sans mal l’effet pervers puisqu’un site labélisé préférera appliquer à la lettre toute une série de règles déontologiques plutôt que de risquer la perte du label. Imagine-t-on les effets économiques ou médiatiques, si le site X ou Y perd du jour au lendemain sa précieuse étiquette ? Autant le dire, la mission et la composition de cette commission seront de toute première importance, tout comme sa position et sa porosité au regard du pouvoir central…
Ici encore, on ne sait pas trop s'il faut en rire ou se scandaliser. En rire, parce que tout ça est absurde : les gens qui fréquentent des blogs d'actualités ont généralement envie d'entendre un autre son de cloche que celui du pouvoir et des médias "officiels". Donc... un blog mal noté, c'est plutôt bon signe, cela prouve qu'il n'est pas inféodé au pouvoir, qu'on peut y trouver des infos censurés ailleurs. Les internautes ne sont pas des crétins (enfin, pas tous...), ils font des recoupements et ne prennent pas pour parole d'évangile ce qu'ils trouvent sur un blog.
Se scandaliser... parce que ce projet va à l'encontre - comme la loi Hadopi - de l'idéal de liberté et de démocratie du net. Il est tout de même étrange que des politiques qui se gargarisent du mot démocratie, qui trouvent formidable que tout le monde puisse voter... aient ce genre de projet. Comment peut-on trouver d'un côté "formidable'" que des gens qui ne connaissent rien à la politique, qui sont prêts à voter pour le premier démagogue venu, aient le droit d'agir réellement sur la politique du pays en glissant un bulletin dans l'urne, et de l'autre voir d'un mauvais oeil que chacun puisse donner son opinion librement ou traiter des infos comme il le souhaite ? On peut tous s'exprimer par les urnes, sans que vote d'un politologue compte plus que celui d'un type qui n'y connait rien, mais on trouve anormal que chacun commente à sa façon la politique ? De labeliser les blogs à décréter quelle info doit être relayée et quels points de vues doivent s'imposer, la frontière est mince...
Et pourquoi pas, tant qu'on y est, une "labellisation" des blogs musicaux par l'industrie du disque ? Une notation avec des points en moins chaque fois que l'on critique tel ou tel artiste, ou pire, que l'on ose mettre un lien vers une vidéo musicale ou une chanson dont on n'a pas les droits ? Mais qui voudrait voir son blog pollué par un logo "lu et approuvé par Pascal Nègre" ?
Si Sarkozy passe... sale temps pour les amateurs de musique.
Le candidat de TF1, on connait son "clientélisme", va bien évidemment favoriser la "sous-culture TF1" de son grand pote Martin Bouygues, d'autant plus qu'il sera le premier président de la France a se vanter de n'avoir que peu d'intérêt (voire pas du tout) pour la culture. Chirac était cultivé, mais a toujours eu un complexe (notamment par rapport à Mitterrand) et s'est déprécié sur ce terrain. Sarkozy, ce n'est pas seulement la droite "décomplexée", c'est aussi "l'inculture décomplexée".
Avec TF1 et Pascal Nègre qui le soutiennent activement, c'est toute une "idée" de la musique qui est derrière lui. La star academy, la musique commerciale hyper-marketée et creuse (triple pléonasme), la loi DADVSI (que Royal et Bayrou voulaient abroger)... DADVSI, parlons-en. C'est 3 ans de prison et 300 000 euros d'amende pour les internautes qui ont le malheur de ne pas aimer les musiques diffusées en masse par NRJ, TF1, France 2, M6, Skyrock, Fun radio & co, et qui ont besoin de télécharger pour découvrir facilement et sans se ruiner de nouvelles choses. Non seulement il sera plus dur d'avoir accès à la musique "non estampillée TF1", mais en plus cette loi va s'appliquer plus systématiquement.
Pourquoi n'a-t-on que peu entendu parler de procès contre les internautes ces derniers mois ? Parce que DADVSI est très impopulaire sur le web. Parce qu'elle a suscité beaucoup de polémiques... et il ne fallait pas faire de vagues avant le sacre de Sarkozy. Mais une fois élu, ce sera autre chose. Il aura les pleins pouvoirs, le souci de renvoyer l'ascenseur à Pascal Nègre et d'appliquer sa politique répressive et liberticide.
De la même manière, le projet de contrôle des blogs et du web de RDDV, impopulaire lui aussi et mis de côté pour la campagne, va pouvoir revenir en force.
Sale temps, donc, pour ceux qui aiment partager des musiques dont ils ne détiennent pas les droits sur les forums, blogs, web-radios, qui se font découvrir des oeuvres par des vidéos youtube, dailymotion... Ce système était encore toléré, il aurait continué à l'être avec Royal ou Bayrou, nul doute qu'il sera fortement remis en cause par Sarkozy, candidat de TF1, Pascal Nègre et des majors. Qui rappelleront à votre bon souvenir que pour écouter de la musique, il faut la payer !
Mais ne soyons pas trop négatifs. Il y aura au moins une chose qui s'améliorera et gagnera en intensité et subversion : le RAP ! Sarkozy a misé sur les peurs, est allé sur les terres de Le Pen en jouant sur le "diviser pour mieux régner", mettant dos à dos deux France, stigmatisant la jeunesse des banlieues qui se sent attaquée par ses provocations. Ils vont trouver une bien belle occasion de durcir leur discours, de se poser encore plus en victimes, de légitimer leur révolte. Ils seront critiqués durement par le gouvernement, ce sera l'escalade, entre provocations d'un côté, censure de l'autre, une partie de la jeunesse qui va y adhérer totalement par envie de rébellion dans une France réactionnaire où on ne leur parlera que de travail et valeurs morales. Le rock va prendre un coup de vieux, face au rap qui se posera comme le seul cri de révolte véritablement subversif et pertinent en France.
Mais, à tout prendre, je préfère encore entendre du mauvais rap dans une société où l'on prône la conciliation au rap plus efficace et urgent dans une société répressive et violente...
Je m'éloigne une nouvelle fois du sujet du blog... mais je suis tombé sur un article absolument édifiant, paru dans le monde, que tous les internautes et blogueurs se doivent de connaître. On a déjà la liberticide loi DADVSI, Donnedieu, si son copain Sarkozy passe, ne compte pas en rester là mais s'attaquer aux blogs... et ce n'est pas tout ! Ce texte, de Philippe Jeannet, est un peu long, mais il est trop important pour que je le coupe. Il serait dommage aussi de le lire en diagonale, il est indispensable de bien prendre conscience de ce que le gouvernement réserve au web . Et si vous connaissez des internautes de droite (paraît qu'il y en a...), n'hésitez surtout pas à leur faire lire :
Discrètement, en marge de la campagne, le gouvernement prépare un décret qui, s'il était appliqué, tuerait l'Internet "made in France". En effet, sous prétexte de surveiller au plus près les internautes, un décret d'application de la loi sur la confiance dans l'économie numérique du 21 juin 2004, exige que les éditeurs de sites, les hébergeurs, les opérateurs de téléphonie fixe et mobile et les fournisseurs d'accès à Internet, conservent toutes les traces des internautes et des abonnés au mobile, pour les délivrer à la police judiciaire ou à l'Etat, sur simple demande.
Au-delà du coût incroyable que cette conservation représenterait, cette mesure ne pourrait que déclencher une défiance immédiate des Français à l'égard de leur téléphone mobile ou fixe, comme à l'égard des acteurs français d'Internet, assassinant instantanément l'économie numérique française, pourtant décrite comme stratégique par nos chers candidats.
Le décret en préparation exprime le fantasme "Big Brother" : tout savoir sur tout et tous, même l'impossible. Selon ce texte, les opérateurs téléphoniques, les fournisseurs d'accès à Internet, les hébergeurs et les responsables de services en ligne (sites Web, blogs, etc.), devraient conserver pendant un an à leurs frais toutes les coordonnées et traces invisibles que laissent les utilisateurs lors d'un abonnement téléphonique ou à Internet, lors de leurs déplacements avec un téléphone allumé, lors de chaque appel ou de chaque connexion à Internet, de chaque diffusion ou consultation sur le Web d'un article, d'une photo, d'une vidéo, ou lors de chaque contribution à un blog.
En substance, devraient être conservés les mots de passe, "pseudos", codes d'accès confidentiels et autres identifiants, numéros de carte bancaire, détails de paiement, numéros de téléphone, adresses e-mail, adresses postales, le numéro de l'ordinateur ou du téléphone utilisé, le moyen d'accès à un réseau, les date et heure d'appel, de connexion et de chacune de leurs consultations ou contributions sur un site Internet.
A tant vouloir être exhaustif, le texte imposerait d'identifier quiconque, en France, aura mis en ligne, modifié ou supprimé une virgule dans son blog, un "chat", ou sur le Web. Techniquement, on peut, certes, tenter de savoir qui s'est connecté à un site et constater sur Internet ce qu'il diffuse à un instant donné.
Mais en cherchant à conserver la trace de la publication d'un contenu qui aura, par la suite, été retiré, le texte impose de facto de mémoriser systématiquement tout ce qui est mis en ligne, modifié et supprimé sur "l'Internet français". De l'avis unanime des spécialistes, c'est économiquement et techniquement impossible. Même les Etats-Unis de George W. Bush et leur "Patriot Act" post-11-Septembre n'ont jamais envisagé pareille conservation ou réglementation, qui soulèverait sans doute l'opinion publique américaine d'aujourd'hui, mais s'opère sans bruit en France.
Le coût, aussi bien pénal qu'économique, d'un tel dispositif serait colossal pour la France. En cas de résistance, ou juste de passivité, la sanction encourue est lourde : les fournisseurs d'accès à Internet ou les sites Internet français qui ne conserveraient pas toutes ces données seront passibles de 375 000 euros d'amende et leurs dirigeants, d'un an d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende, sans compter la fermeture de l'entreprise, l'interdiction d'exercer une activité commerciale, etc.
Lors d'une réunion organisée en catimini le 8 mars 2007 par les ministères de l'intérieur et des finances - le ministère de la justice jouait, une nouvelle fois, les absents -, certains professionnels ont fait valoir, notamment, que cette conservation leur coûterait très cher en stockage informatique et en moyens humains. De plusieurs dizaines de milliers à plusieurs millions d'euros par an de perte nette.
Pourtant, la plupart des sites Web, les Web radios, les blogs, la vidéo à la demande ou mobile, sont encore en quête d'un modèle économique pérenne. Déjà insécurisée par la complexité des enjeux de propriété intellectuelle, l'économie numérique de demain - celle du contenu et pas seulement de l'accès - serait encore fragilisée par une telle surenchère réglementaire franco-française.
En imposant aux entreprises françaises d'être des auxiliaires de justice ou des "indics", l'Etat fragilise tout un pan de l'économie de demain et de la démocratie d'aujourd'hui, en favorisant qui plus est, la domination déjà outrancière des grands acteurs internationaux de l'Internet, qui ne seront pas impactés à l'étranger. Jusqu'alors, seuls les fournisseurs français d'accès à l'Internet et hébergeurs étaient soumis à cette exigence et l'Etat, qui avait promis des compensations financières aux coûts induits par une surveillance des moindres faits et gestes de leurs clients, met tant de mauvaise grâce à s'acquitter des indemnités dues que certains d'entre eux ont renoncé à en réclamer le règlement, préférant envisager la délocalisation pure et simple de leurs activités...
Ces menaces proférées par quelques poids lourds de l'Internet en France font sourire Bercy, qui semble n'avoir pas encore compris qu'Internet est un réseau mondial dont de nombreux prestataires peuvent s'établir et payer leurs impôts presque où bon leur semble.
Il reste que la confusion des genres est totale. Toutes les données conservées seraient accessibles à la police administrative (RG, DST, etc.) comme à la police judiciaire, pendant un an. Les réquisitions administratives pour la "prévention du terrorisme" seraient également conservées un an dans des fichiers tenus par les ministères de l'intérieur et de la défense. Les réponses à ces mêmes réquisitions - nos traces, donc - seraient, pour leur part, conservées pendant trois ans supplémentaires et communicables à la police judiciaire.
Ainsi, des données récoltées sur la base de requêtes administratives initialement motivées par la prévention du terrorisme pourraient se retrouver dans le dossier d'un juge d'instruction en charge d'une affaire de droit à l'image, de diffamation ou de contrefaçon, par exemple, sans que les personnes mises en cause par des traces informatiques vieilles de 4 ans, puissent connaître - ni contester - l'origine ou la pertinence de ces données, ni le contexte dans lequel elles avaient été recueillies, en dehors de toute procédure judiciaire, sans magistrat ni contradictoire, quatre ans auparavant.
Ce projet de décret constitue donc une véritable menace de mort. Il est inquiétant pour trois raisons essentielles. D'abord, le coût. A vouloir faire conserver et restituer par les entreprises, sous peine d'investissements à perte, de prison et d'amendes, des traces qu'elles n'ont pas de raisons ou de possibilité d'avoir, la France créerait une distorsion de concurrence au détriment de sa propre économie numérique, pourtant motrice de notre croissance. Un internaute choisira plus aisément un site non surveillé qu'un site français pour s'informer, même s'il n'a rien à craindre de sa recherche.
Ensuite, la confusion entre le renseignement d'Etat et la justice, qui relègue la séparation des pouvoirs au rang de fiction juridique. Enfin, le risque qu'un tel dispositif ferait peser sur la régularité des procédures judiciaires au regard de notre procédure pénale. C'est-à-dire le risque de priver une politique de sécurité de toute efficacité.
Certes, le gouvernement consultera la CNIL, brandie en épouvantail par les ministères. Mais l'avis de celle-ci, même défavorable, sera dépourvu du moindre effet juridique depuis la refonte de la loi informatique et libertés intervenue en 2004. Certes, l'équilibre entre sécurité, croissance, libertés et efficacité est complexe. Au demeurant, aucune de ces valeurs ne s'illustre dans ce projet de décret, dont la rédaction est aujourd'hui laissée à un consensus entre technocrates et techniciens qui, quels que soient les résultats des échéances électorales, seront encore là demain.
Ce qui pourrait n'être qu'un décret illisible de plus est aujourd'hui une menace de mort pour le développement du numérique en France et pour tous les acteurs concernés de près ou de loin par celui-ci, de la presse aux blogueurs, en passant par la grande distribution, les opérateurs de téléphonie, les fournisseurs de logiciels, les fabricants d'ordinateurs, etc.
Sous prétexte de lutter contre la menace réelle du terrorisme, l'Etat français prend - comme aucun autre - le risque de tuer une part non négligeable de l'avenir du pays, sans aucun état d'âme et dans le silence assourdissant d'une campagne présidentielle omniprésente sur Internet, mais muette sur le développement de l'Internet.
Philippe Jannet est président du Groupement des éditeurs de sites en ligne (Geste).
Le Geste regroupe les principaux éditeurs de sites en ligne français, qu'il s'agisse de portails généralistes (Yahoo ! France, Google), d'organismes ou d'entreprises (INA, UFC Que choisir, Manpower, Comareg, France Télécom, Bouygues Télécom, etc.), ou encore de sites de chaînes de télévision (TF1, France télévision, M6, etc.), de radios (Radio France, Skyrock, RTL, RFI, etc.), d'agences (AFP), de journaux (Le Figaro, Les Echos, Libération, Le Monde, L'Equipe, Le Point, L'Express, Le Nouvel Observateur, Le Parisien et les journaux du groupe Hachette Filipacchi Multimedia, etc.).
Cela ne sera peut-être jamais appliqué... mais quand on additionne DADVSI, le projet de contrôle des blogs de RDDV et ça... pas de doute possible, la droite a l'ambition de limiter considérablement la liberté sur internet... qui risque de n'être bientôt plus que de l'histoire ancienne.
Rendez-vous aussi sur le blog de nyko, qui a mis en ligne un excellent documentaire sur Sarkozy, et donne le lien pour télécharger l'article de Marianne sur Sarkozy.