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Classements d'albums

29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 00:10

Après avoir appris les bases dans les précédents Guides du Rockeur, un petit lexique pour les débutants, qui leur permettra de mieux saisir ce qui se cache derrière les termes utilisés par les rock-critics et fans de rock.

Ce qu'il faut comprendre derrière les termes suivants :

Chef-d'oeuvre : Bon album

Daube : Album non écouté, mais dont la pochette et/ou la dégaine du groupe ne laissent présager rien de bon.

Album étonnant : Album qui laisse perplexe par son grand n'importe quoi. Marche aussi avec "fascinant".

Album de la maturité : Terme utilisé par les critiques pour ne pas dire trop de mal de l'album soporifique d'un groupe dont ils sont fans, ou d'un groupe qui a acheté des pages de pub dans leur journal.  

Album homogène : Rien d'excitant, tous les titres sont aussi mornes les uns que les autres. Le terme "album de la maturité" étant devenu trop cliché pour tenter de dire du bien d'un album mortellement ennuyeux, préférer "album homogène".

Album indispensable : A ce jour, 52531 albums ont été qualifiés "d'indispensables". Bizarrement, tout le monde arrive à s'en dispenser...

Album qui se mérite : Chiant les 30 premières écoutes, mais supportable ensuite...

Double-album : 1. Boursouflure pachydermique  
                          2. Fourre-tout.

Album solo : 1. Compilation de titres que le groupe a trouvé trop mauvais, mais dont un membre du groupe s'est dit qu'il serait dommage de gâcher...
                     2. Caprice de rock-star

Double-album solo : 1. L'auteur ne veut vraiment rien gâcher, pas même les pires fonds de tiroir.
                                  2. Immense caprice de rock-star à l'ego monstrueux

Side-project : Petit caprice confidentiel

Solo : Si le chanteur est le leader : remplissage pour permettre au chanteur de souffler un peu.
          Si le guitariste est le leader : démonstration interminable et vaine pour montrer qui est le boss.

Duels de guitare : Caprice de guitaristes qui n'amuse qu'eux

Backstage : Lieu de rencontre convivial et en-dehors des lois pour musiciens, dealers, et groupies en chaleur.

Album tribute : Massacre en règle des chansons d'un artiste par des groupes moins bons que lui. Encore plus inutile qu'un best-of.

Album prometteur : Ne perdez pas votre temps, attendez le suivant...

"Le" chef-d'oeuvre de... : Le seul bon album d'un artiste (par ex, on ne dit pas "LE chef-d'oeuvre des Beatles", ni de Led Zeppelin, Bowie etc... parce qu'ils n'ont pas sorti qu'un seul album vraiment réussi). Bref, oubliez les autres albums de cet artiste.

Mélodique : Niais

Pop : Niais

Pop rafraîchissante : Vraiment très niais

Sexy : Putassier

Girlie : Putassier et vraiment très niais

Délicat : Maniéré

Monstrueux : Monstrueux

Génial : Sympa

Génialissime : Très sympa

Hypnotique : L'usage de stupéfiants est vivement recommandé pendant l'écoute, afin de ne pas décrocher au bout de 30 secondes...

Contemplatif, planant, ethéré : cf. Hypnotique

Guitares abrasives : Son de guitare pourri.

Lisse : Son qui manque de guitares abrasives

Edition collector : Attrape-couillon

Bonus track : Morceau médiocre présenté comme un "plus produit"

Ghost track : Morceau honteux présenté comme un trésor caché...

Rock intemporel : Vieux rock

Funky : Terme employé dans le rock par des petits blancs qui désignent ainsi toute chanson dont le rythme n'est pas trop balourd, plombant ni binaire. (ex : Franz Ferdinand, c'est funky !)

Groovy : idem

Efficace : Bourrin

Viril : idem

Puissant : Pompeux et bourrin

Surpuissant : Surpompeux et surbourrin

Hardcore : Surbourrin

Chanteur d'une classe folle : Chanteur qui ne hurle pas et n'est pas allergique au port de la chemise et du veston (ex : Morrissey, contre-ex : Lemmy) 

Old-school : Ringard

Vintage : idem

Cotonneux : Soporifique 

Baroque : Kitsch

Pop bigarrée : Kitschissime

Vendre son âme : Signer chez une major

Groupe commercial : Groupe qui a vendu son âme

La sensation du moment : Feu de paille. Dans 6 mois, plus personne ne s'en souviendra...

Remasteriser : Virer les aspérités qui faisaient le charme de l'album original

Téléchargement : Revanche du public qui, après s'être fait baiser pendant des décennies par l'industrie du disque, la baise à son tour...

Groupe de rock avant-gardiste : Groupe qui utilise avec 50 ans de retard les techniques de la musique savante. 

Groupe de légende : Groupe qui a su ne pas trop déplaire au public avec 2-3 titres accrocheurs, et ne pas trop déplaire aux critiques avec 2-3 idées musicales pas trop ridicules. 

Groupe de merde : Groupe vu à la télé

Groupe de sous-merdes : Groupe vu en prime time à la télé 

Groupe séminal : Groupe incapable d'écrire la moindre bonne compo et de toucher le public rock de l'époque, mais qui a trouvé un son qui fera école.

Groupe fondateur : Groupe qui a apporté un nouveau look (ça marche aussi avec "groupe révolutionnaire").

Groupe grand public : Groupe dont le nom dit vaguement quelque chose à au moins 0,003%  de la population mondiale.

Groupe culte : Groupe dont le chanteur, pas très malin, s'est tué à force d'excès rock'n'roll avant même de connaître le succès et de pouvoir en profiter vraiment. Ce qui est aussi con que de se bourrer la gueule à la kro avant d'ouvrir un champagne millésimé. Mais bon, c'est "rock'n'roll"...

Groupe cultissime : Groupe dont le leader s'est suicidé après avoir écouté sa première démo. 

Vétérans : Vieux groupe de rock décati et pathétique. 

Le grand retour de... : 1. Chanteur has-been dont tout le monde se contrefout, sauf quelques vieux rock-critics qui en font des tonnes pour qu'on prête attention au nouvel album d'une des idoles de leur jeunesse.
                          2. Chanteur qui n'avait pas sorti d'albums depuis au moins... 2 ans.

Du rock, du vrai : Aucune originalité, aucune mélodie... juste 4 bourrins qui gueulent et jouent à fond la caisse.


Personnages :

Bassiste : Musicien qui veut profiter du mode vie rock'n'roll sans passer des heures à bosser d'un instrument ou composer, et, surtout, qui ne veut pas qu'on l'emmerde quand il sort de chez lui. 

Chanteur : Mec qui ne veut pas s'emmerder à apprendre à jouer d'un instrument, mais veut profiter pleinement du mode de vie rock'n'roll en étant reconnu lorsqu'il sort de chez lui.

Roadie : Bourrin incapable de composer, de jouer correctement d'un instrument et qui se contente juste de grapiller quelques miettes du "rock'n'roll way of life".

Batteur : Roadie qui a réussi

Producteur : Mec qui ne veut pas s'emmerder à composer, jouer d'un instrument, partir en tournée, mais simplement récolter la plus grosse part du gâteau.

Claviériste rock : Fils de grand-bourgeois dont les parents - lorsqu'il leur a demandé une guitare pour jouer du rock - ont préféré lui offrir un piano.

Guitariste : Musicien rock qui veut être en haut de l'affiche, se taper un maximum de groupies et trouve que chanteur, ça fait un peu chochotte... mais ne se rend pas compte que c'est le chanteur qui attire tous les regards des filles, et que seuls des guitaristes boutonneux le regardent avec envie s'exciter sur son manche...

Violoniste : Copine du leader, qu'il a imposé au grand dam de tout le groupe... 

Groupie : Fille pas très futée qui pense qu'après 7 heures de voyage, 2 heures de concert, et 1 shoot d'héro le soir, la rock-star sur laquelle elle a porté son son dévolu va lui faire vivre la plus belle des nuits d'amour.


Enfin :

"Nouveaux Beatles" : Expression utilisée régulièrement par la presse pour survendre un groupe capable de pondre une ou deux mélodies pas dégueu... à ce jour, on compte prés de 11734 nouveaux Beatles.

"Nouveaux Stones" : Groupe incapable de pondre une bonne mélodie, mais qui a la bonne attitude rock'n'roll.

"Nouveau Jim Morrison" : Encore un qui ne fera pas long feu...

"Nouveau Ian Curtis" : Il est foutu...

"Nouveau Bono" : On est foutu...


Contributions externes :

Album Solo = masturbation dans la sexualité de couple (KMS)

1er album : Album prometteur
2° album : Album de la confirmation (Guic)
Album de la maturité : 3° album, à l'odeur de carne périmée (Guic et Dr. F)

Morceau complexe : 3 morceaux mis les uns à la suite des autres pour n'en faire qu'un (Franz Schubert)

Groupe de scène : à voir bourré exclusivement, si possible autant que le groupe incapable de jouer dans le tempo (Arbobo)

Album de producteur : chacun croyant que l'autre s'occupait des réglages pendant l'enregistrement, on entend principalement le larsen créé par le grille-pain apporté pourr le manger du petit-dej de 14h45. (Arbobo)
 
Session : margarine sonore remplaçant à peu de frais une interview qu'on n'a pas envie de donner et un clip qu'on n'a pas les moyens de se payer. (Arbobo)

 En complément : Parlez-vous le rock-critic, chez Guic'


1. Guide du rockeur
2. Guide du rockeur 2.0
3. Guide du rock pour les filles
4. Lexique
5. Traductions 

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 09:40
J'ai un peu tardé à lancer cette "radio 2009"... la faute à deezer, qui manquait cruellement de bons albums parmi les nouveautés.
Le principe est simple : tout au long de l'année, chaque fois que je tombe sur un excellent morceau, je l'intègre à la radio (s'il est disponible et ne s'arrête pas au bout de 30 secondes). 






Radio 2008

Les albums de 2009
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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 00:46

Gran Torino - Clint Eastwood            2009



Je ne comptais pas forcément parler de Gran Torino, qui a un beau succès public et critique et n'a pas besoin que j'y aille aussi de mes louanges... mais voilà, via le blog de Ska, je suis tombé sur un article des inrocks qui m'a consterné. Que l'on n'aime pas le film, qu'on lui trouve des défauts, pourquoi pas... encore faudrait-il que l'attaque soit justifiée et pas de la pure mauvaise foi comme c'est le cas dans l'
article de Jean-Baptiste Morain.
Si vous n'avez pas vu le film, je vous déconseille d'aller lire cet article où Morain dévoile la fin... ni le mien, car même si je ne dis rien du dénouement et ne reprends pas le passage de Morain le concernant, je livre pas mal d'éléments qu'il est préférable de découvrir dans le film. Parce qu'il faut aller voir ce film magnifique, peut-être même le meilleur de Clint Eastwood (et je ne dis pas ça juste parce que le titre du film a de très belles initiales...)

Morain dit :  Il n’est pas du tout évident que le metteur en scène Eastwood traite mieux les voisins asiatiques de Kowalski que ce dernier ne le fait au début du film. Il suffit de regarder les rares scènes où Eastwood acteur n’apparaît pas pour se rendre compte qu’elles sont faiblardes, assez mal filmées, sans rythme et surtout mal jouées [ce n'est pas du tout mon avis, je les ai trouvées très justes]. Dans les scènes qu’il partage avec certains d’entre eux, on constate tout de suite qu’Eastwood le cabotin a bien pris la peine de choisir des acteurs qui n’aient pas son talent naturel, sa présence.  

Tout d'abord... des acteurs qui aient le talent naturel et la présence de Clint Eastwood, qui soient capables de crever l'écran autant que lui... on pourrait attendre longtemps avant d'en trouver. Il aurait fallu demander à De Niro de jouer le rôle d'un ado asiatique ? D'autant plus que pour que le film fonctionne, cet ado doit manquer d'assurance, être introverti, un peu paumé... De Niro aurait pu le faire, sans doute, mais bizarrement, Eastwood a préféré donner le rôle d'un ado asiatique... à un ado asiatique. Quant au personnage de Sue, plus volontaire et dynamique, elle tient parfaitement tête à Eastwood...

Procès d'intention ridicule de Morain, qui veut nous faire croire qu'Eastwood, lorsqu'il fait son casting, a une chose en tête : que les acteurs soient suffisamment ternes pour ne pas lui voler la vedette. Qui sait, peut-être est-ce le cas ? Mais, à mon avis, Morain n'en sait pas plus que n'importe qui d'autre sur ce qui se passe dans la tête d'Eastwood au moment où il choisit ses acteurs...

Voir derrière cela un "racisme" d'Eastwood est particulièrement absurde, car les personnages blancs du film... ne lui volent pas plus la vedette.

 

Quant aux scènes qui montrent ses voisin[s] [ils n'ont personne pour relire les articles aux inrocks ?] Hmong préparer de la nourriture, elles noient tous les personnages en dehors du héros. Pas de réelle individualité : il y a Eastwood l’Américain d’un côté, les « bridés » de l’autre. Ou l’un parmi les autres.

 

On se trouve ici dans une communauté très soudée, normal qu'il y ait cette impression d'un collectif plutôt qu'une somme d'individualités... faire l'inverse aurait été stupide. Et si Eastwood n'est pas "noyé", c'est là aussi parfaitement justifié - en plus d'être inévitable - il fait tâche dans cette communauté, il est l'étranger... Morain ne l'a peut-être pas compris, mais le film n'a jamais prétendu être un documentaire sur la communauté Hmong, ce n'est pas le sujet.

Tous les jaunes se ressemblent, c’est bien connu, et c’est comme cela qu’Eastwood les filme.

Affligeant. Morain n'a pas dû rester longtemps dans la salle... il y a les "jaunes" voyous, le "jaune" introverti et touchant, la jolie jeune fille dont il est amoureux, la grand-mère râleuse, les ados (très différents de leurs parents), le "chaman", Sue, le Dr Chang... dans Gran Torino, "tous les jaunes ne se ressemblent pas", loin de là. Et si, dans la réception, Eastwood ne s'attarde pas sur chacun d'eux... c'est tout simplement parce que son personnage ne le fait pas, il n'est pas du genre à chercher à créer des liens avec chaque personne qu'il rencontre... ce que dit Morain est d'autant plus indéfendable que les blancs sont encore moins bien traités... Dans la réception des Hmong, Kowalski fait preuve d'un minimum de curiosité, alors que dans celle où sa famille et ses amis sont réunis, il râle, ne discute et ne regarde personne...  
D'ailleurs, s'il y a bien un "double" d'Eastwood dans le film, un personnage qui lui ressemble... c'est la grand-mère Hmong. Tous les jaunes ne se ressemblent pas, il y en a même qui sont plus proches de Kowalski que n'importe quel membre de sa propre famille.

Ensuite, il faut préciser que les Hmong du film ne sont pas des Chinois, mais des Laotiens, une ethnie qui a lutté du côté des Américains pendant la guerre du Vietnam après l’avoir fait du côté des Français pendant la guerre d’Indochine, et qui ont dû pour cela soit se cacher dans la jungle, soit se réfugier aux Etats-Unis. Dire donc que Kowalski met de l’eau dans son vin, qu’il se rédime et qu’il choisit l’intérêt de ses voisins étrangers contre celui de ses enfants n’est pas juste. Il accepte ces asiatiques quand il s’aperçoit qu’ils sont de son côté, qu’ils ont combattu du même côté que lui, et qu’il l’ont éprouvé dans leur chair. Ils ne sont pas autres. Ils sont « ses bons Chinois », comme on dit que tout antisémite a « son bon juif » ou son « bon arabe » - l’exception qui confirme la règle. 

Faux, et assez malsain comme analyse. Faux, parce que le personnage de Kowalski ne se met pas à les aider lorsqu'il apprend que les Hmong étaient du côté des américains pendant la guerre, il le fait - alors que rien ne l'y oblige - lorsqu'il aperçoit de sa voiture Sue entourée de voyous (on peut toujours supposer que la première fois où il leur vient en aide, c'est juste pour protéger sa pelouse).
Contrairement à ce que dit Morain, dont l'article à charge est bourré de procès d'intentions, que les Hmong aient aidé les américains est un élément qui vient bousculer et ridiculiser les préjugés racistes de Kowalski... qui aurait préféré voir dans tous les asiatiques des "ennemis".
Reprocher à Eastwood (le réalisateur) de penser que "tous les jaunes sont pareils" et que de "bons chinois" seraient à sortir du lot parce qu'ils ont aidé les américains... on croit rêver face à tant de mauvaise foi. Dans l'essentiel des films américains, dès qu'on voit un asiatique, soit il fait du karaté, soit il est derrière son écran d'ordinateur... pas de karaté ni d'ordinateurs ici. S'il y a bien un réalisateur américain qui, ces dernières années, a donné une place de choix aux asiatiques dans ses films, c'est Eastwood avec Gran Torino et le superbe Lettres d'Iwo Jima. Est-ce que Morain à entendu parler de Lettres d'Iwo Jima ? Eastwood a réalisé un film comme on n'en voit jamais aux EU, un film de guerre qui se situe uniquement dans le camp des "ennemis des américains", où tous les acteurs sont japonais, et où l'on parle japonais du début à la fin (ce qui est très casse-gueule aux EU, d'autres réalisateurs, s'ils avaient eu le courage et l'ouverture d'esprit pour faire un tel film, auraient au moins choisi de les faire parler anglais). Il y a tellement de réalisateurs de gauche à Hollywood... sans parler de la France... mais aucun n'a jamais su rendre un tel hommage aux "ennemis".   

Pour Eastwood, le danger vient des fils, jamais des pères. Les fils sont intéressés, idiots, gros et laids, ne pensent qu’à la respectabilité, là où les pères ne seraient que minceur, loyauté et responsabilité. Comme si, comme tout bon égocentrique qui se respecte, Eastwood ne supportait pas que les fils puissent un jour prendre sa place. 

Si les fils de Kowalski sont ainsi dans Gran Torino... c'est tout ce qu'il y a de plus logique. Face à un père aussi dur, irascible, froid, droit dans ses bottes, intransigeant, les fils ne pouvaient que prendre le chemin inverse. On imagine bien à quel point leur enfance a dû être difficile avec un père pareil, et on comprend parfaitement qu'ils aient cherché le confort d'une petite vie tranquille. Kowalski lui-même reconnaît qu'il a été un mauvais père.
Quant à Kyle Eastwood, le fils de Clint... il a joué, jeune, dans les films de son père, ce père qui lui a transmis sa passion du jazz au point tel qu'il en est devenu musicien... et son père fait, encore une fois dans Gran Torino, appel à lui pour ses B.O.   

 

Alors pourquoi crie-t-on au génie devant un film qui clame que tous les Le Pen du monde peuvent connaître la rédemption ? 

Un "Le Pen" ? Alors toute femme qui parlerait de fraternité serait une "Royal" ? Tout homme préoccupé par le sort de la planète serait un "Mamère" ? Mouais...

Et si l'on crie au génie devant ce film, c'est peut-être parce que tout le monde ne regarde pas un film uniquement avec de petites oeillères idéologiques, et peut se rendre compte que ce film est magistral, émouvant, intelligent, sensible, drôle, juste, fort, humain et parfaitement raconté...

(Gran Torino est un film qui met de bout en bout les rieurs de son côté et leur permet d’exprimer sans remords ni conséquence leur racisme larvé)

Ridicule. Après tous ces procès d'intention faits à Eastwood, voilà qu'il s'attaque aux spectateurs et prétend décrypter ce qu'il se passe derrière les rires. Mais les choses sont bien plus subtiles que cela, lorsqu'on est capable de mettre de côté ses dogmes idéologiques. Les vannes racistes "désamorcent", elles ont - entre Kowalski et le coiffeur italien ou le chef de chantier irlandais - un caractère totalement inoffensif, le rire est même ce qui leur permet de communiquer, de vider de leur potentiel agressif leurs préjugés racistes. Lorsqu'un italien et un polonais sont capables de se chambrer sur leurs origines sans haine et sans se foutre sur la gueule, lorsque ça n'est plus qu'un jeu, l'essentiel du travail d'ouverture à l'autre est déjà fait. Ce ne sont pas les vannes racistes en elles-mêmes qui sont drôles, c'est de voir ces types se balancer des horreurs alors qu'au fond, ils se respectent et s'apprécient.
Quant aux insultes d'Eastwood contre les Hmong... on ne rit pas là encore forcément par "racisme larvé", mais surtout parce que le personnage est drôle, parce qu'au cinéma, un incorrigible vieux bougon qui râle contre tout, qui ose s'adresser de manière aussi cassante à ses interlocuteurs, c'est drôle... on rit à ces insultes comme on rit lorsqu'il envoie balader les membres de sa propre famille... Alors peut-être que certains "rieurs racistes" ont pu se dire pendant le film "ah ah ah, qu'est-ce qu'il leur envoie à ces sales chinetoques..." mais on ne peut rien y faire, ça va à l'encontre du propos du film, et faut être dans un "politiquement correct" extrémiste pour voir le mal dans ce film qui est une ode à la tolérance et à l'ouverture aux autres communautés. Si on va par là, faudrait aussi taper sur le moindre film où un noir se fait descendre, parce qu'un raciste dans la salle pourrait toujours se dire "bien fait pour ta gueule, sale négro"... 

Voilà où mène l'absurdité du politiquement correct extrémiste... si on suivait la logique de Morain et des obsédés du politiquement correct, le film qu'Eastwood aurait dû faire (en partant de l'idée d'un vieux raciste qui va au fur et à mesure apprendre à connaître et apprécier des asiatiques qui s'installent près de chez lui) serait le suivant :
Un vieil homme dont la femme vient de mourir... ses fils sont tous super-cool, histoire de ne pas laisser penser qu'il y ait une "haine des fils"... des asiatiques viennent s'installer près de chez de lui... pas question qu'il sorte des vannes racistes, cela pourrait amuser des fachos dans la salle, mais faut bien montrer qu'il a des préjugés racistes... donc, les quelques fois où il balancera des insultes, son visage se déformera de manière hideuse, avec des violons flippants à la Psychose en fond pour qu'il n'y ait pas la moindre ambiguïté. Pas de "petite fiotte" et d'injures homophobes non plus... le film manque d'ailleurs de gays, il faudrait ajouter un personnage de gay sympathique et pas caricatural...
Lorsque Kowalski sera invité à une fête de la communauté Hmong, elle devra durer près de 35 minutes, il faut qu'il s'intéresse à chacun des personnages... par exemple, Sue les présentera tous à Eastwood... elle ne se contentera pas de donner leur nom et leur profession (sinon, on pourrait imaginer que les individus se réduisent à cela), ils viendront chacun raconter leur histoire et parler de leurs désirs, de leurs rêves, leurs souffrances... 
Le jeune Tao se fait emmerder par des voyous... attention, pas de manichéisme, il ne faut surtout pas laisser à penser que ces voyous le sont parce qu'ils sont naturellement mauvais, mais montrer avec de fréquents flashbacks que leurs tendances délinquantes sont le fruit d'un malaise social, de la pauvreté, de la misère, de leur enfance difficile etc...
Pas question non plus que Kowalski aide trop les asiatiques, ce serait faire croire qu'ils ont besoin des blancs... il ne sera que spectateur, les Hmong se débrouilleront très bien sans lui, et c'est même Sue qui règlera leur compte aux voyous... Kowalski se fera violer par le gang de chinois, et elle ira leur faire la peau, pour montrer qu'une fille peut bien être la "femme de la situation". Penser aussi à prendre des acteurs asiatiques d'1,90 mètres, on ne doit pas avoir l'impression qu'ils sont petits à côté du grand Clint, faut qu'ils lui parlent "d'égal à égal".
Et c'est quoi, ces codes macho, l'obsession pour la bagnole qu'est la Gran Torino, le bricolage, le chantier comme premier job... la transmission du vieux au jeune se fait de manière beaucoup trop phallocratique. Kowalski lui présentera un ami qui tient un institut de beauté, après tout, un homme peut très bien y bosser... plutôt que le bricolage, Kowalski commencera par lui enseigner l'épilation du torse, l'utilisation de crèmes de jour... 
Quant à l'objet du désir et de la transmission, plutôt qu'une bagnole, choisir un téléviseur plasma Samsung ps58a676... ce beau film totalement politiquement correct s'appellera donc Samsung ps58a676.

C'est tout de même un comble de trouver, face à un film déjà très "bien pensant" (puisqu'il est question de montrer que rien n'est jamais perdu, qu'un vieux raciste peut apprendre à s'ouvrir aux autres et revoir ses préjugés), des extrémistes du politiquement correct pour lesquels ce n'est toujours pas assez.

Ce que ne dit pas Morain et qui est bien plus intéressant dans Gran Torino, est cette idée capable de déranger autant les racistes que les adeptes du politiquement correct : les vieux réacs, en fin de compte, sont bien plus proches idéologiquement de bon nombre d'immigrés que de leur propre famille. Une réalité dont on parle assez peu... mais, de manière un peu caricaturale pour un vieux réac, entre son petit-fils, jeune homme "moderne" qui ne veut pas se salir les mains dans un boulot épuisant, qui pense que les couples gays devraient pouvoir se marier et adopter comme les autres, qui a intégré une certaine "indifférenciation des sexes" et pense que l'éducation des enfants et tâches ménagères sont autant le rôle des hommes etc... et un immigré attaché à des valeurs traditionnelles et principes rigides, il est évident que le vieux réac est bien plus proche de l'immigré que de son propre "sang".

Dans GranTorino, Kowalski sent bien qu'il n'a rien à "transmettre" à sa petite-fille pourrie-gâtée, le mur qui existe entre elle et lui est bien plus infranchissable que la barrière qui le sépare de la communauté Hmong...

Pour terminer sur les dernières énormités de Morain : qu’on pardonne tout à Eastwood parce qu’on aime l’aimer (c’est effectivement un grand cinéaste) et parce qu’en France on n’aime pas autant d’Américains que cela (il y a Obama, certes, mais c’est très récent). On peut légitimement se poser la question : est-ce qu'on aimerait autant le film d’Eastwood s'il était français ? Ne lui pardonne-t-on pas tout (son idéologie de beau pépé égotiste) sous prétexte qu'il est américain, et donc naturellement réactionnaire ? Clint Eastwood nous donne bonne conscience. 


- Je me tiens à l'entière disposition de Morain pour lui filer une centaine d'exemples d'américains qu'on aime plutôt bien en France, de Dylan à George Clooney en passant par Scorsese, Tarantino, Woody Allen, Sean Penn, Bret Easton Ellis, Al Pacino... que ce soient dans les films, séries, la musique, la littérature... on les apprécie tout de même pas mal. Il devrait le savoir, il officie dans un magazine où se dit beaucoup de bien de nombreux artistes américains...
- On aimerait Eastwood parce qu'il représente l'américain réac' ? J'ai une explication bien plus simple : on aime Eastwood parce qu'il est un grand réalisateur et un grand acteur. De plus, il a beau être républicain dans un milieu très démocrate, c'est un personnage bien plus complexe que ne le pense Morain, capable de menacer Michael Moore pour avoir piégé Charlton Heston d'un côté, militant anti-chasse, opposé aux armes à feu et fervent écolo de l'autre. Ces quatre dernières années, Eastwood a réalisé un film qui démonte l'héroïsme (Mémoires de nos Pères), un film en japonais qui relate la guerre du point de vue des adversaires des américains (Lettres d'Iwo Jima), un film où un vieux raciste va s'ouvrir aux autres et apprendre la tolérance (Gran Torino)... et le sujet de son prochain film, prévu aussi pour cette année (il est décidément très prolifique) sera... la fin de l'Apartheid (The Human Factor). Je ne vois pas de réalisateurs français ou américains de gauche qui aient, dans de grands films, autant mis à mal les valeurs réactionnaires bushistes et les préjugés racistes qu'Eastwood ces derniers temps...

L'article de Ska : Du "vigilante"... (Gran Torino vs The Watchmen)

L'article de Dr. F : Gran Torino / The Wrestler vs Death Wish 3/ Rocky

 

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