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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 22:06

Je me dis à chaque fois que je ne vais pas rajouter une nouvelle couche sur Hadopi, le téléchargement, les majors et politiques qui ne comprennent rien à la situation... mais faut toujours qu'il y en ait un qui balance publiquement de telles énormités sur le sujet que je ne peux m'empêcher de réagir, à mon modeste niveau. Il semblait pourtant que toutes les bêtises aient été dites sur le problème, mais avec Christophe Lameignère, président du SNEP (Syndicat National de l'Edition Phonographique) et PDG de Sony Music France, on monte encore d'un cran... Ecoutez ses propos, c'est consternant (et le mot est faible) :




Pire encore, selon Metro, il aurait ajouté : « Ces gens-là, ils auraient vendu du beurre aux allemands pendant la guerre ! »...

Toujours la même histoire... un homme de pouvoir qui ne comprend rien, mais alors vraiment rien du tout à ces problèmes qui sont pourtant au coeur de son métier depuis une dizaine d'années, et la ramène malgré tout dans les médias. Il serait bon, cher Christophe, de vous expliquer certaines choses évidentes... ne me remerciez pas, c'est cadeau, mais si vous pouvez inviter vos petits copains (Pascal Nègre et les autres) à lire cette petite remise à niveau, ce serait parfait.

1. Qui est ce fameux "pirate" ?
A vous entendre, Christophe, les gens qui téléchargent et s'expriment sur le net contre Hadopi sont des "petits voleurs mesquins", collabos et qui n'ont jamais rien fait pour la création. On en a entendu des conneries, on s'en est pris plein la gueule depuis 10 ans par des patrons de maisons de disques, artistes, qui nous stigmatisent sans jamais nous écouter vraiment... mais là, on touche le fond.

Le saviez-vous ? On trouve de tout chez les millions de gens qui téléchargent, ces "pirates" comme vous les appelez :  

- Des gens qui estiment que la musique (enfin, ce qu'elle est devenue suite aux politiques hyper-commerciales des maisons de disques), ça n'a pas une grande valeur, c'est un truc qu'on écoute comme ça, de temps en temps, c'est sympa, mais ça vaut pas le coup de dépenser 15/20 euros pour un album, il y a  des choses plus essentielles.

- Des pauvres. Et en particulier des jeunes, des étudiants. Un âge où l'on est souvent passionné par la musique, et, en même temps, on dispose d'un budget très restreint. Quand on a à peine de quoi payer sa bouffe et son loyer, l'achat de CD n'est pas prioritaire... mais ce n'est pas une raison pour ne plus écouter de musique, ne plus se tenir au courant des dernières sorties ou se contenter des merdes qui passent à la radio. 

- Des passionnés de musique. Qui achètent beaucoup d'albums, qui ont une discothèque bien remplie, mais ont toujours besoin de découvrir de nouvelles choses, et rien ne vaut le téléchargement "illégal" pour cela. On ne va tout de même pas payer 10 euros en téléchargement légal un album en mp3 que l'on pourrait acheter "en vrai" par la suite.  

- Des acheteurs occasionnels. Qui aiment bien télécharger avant, pour s'assurer que tel disque va vraiment leur plaire, et l'achètent si c'est le cas.

- Des cons (y en a partout, donc forcément chez les "pirates"... paraît même qu'il y en aurait dans l'industrie du disque, si, j'vous assure, des gens dont le métier a été bouleversé par un nouveau média qu'ils n'ont même pas pris la peine de comprendre). 

- Des accros. Qui ne peuvent pas attendre 6 mois que la nouvelle saison de leur série favorite soit enfin diffusée en France (si elle l'est), ni quasiment un an (parfois plus) pour l'avoir en DVD et la voir en VO. Ce n'est pas pour autant qu'ils sont des "voleurs", c'est juste que les politiques de programmation, de distribution, sont parfois tellement lamentables et hasardeuses qu'ils vont au plus simple. Et il y a aussi les accros qui ne peuvent s'empêcher d'écouter un album trois mois avant la sortie officielle, s'il se trouve sur le net.

- Des ados. Qui se faisaient des copies de copies de copies de K7 dans les années 80, des copies de CD dans les années 90, et maintenant se font des copies de mp3. Rien de nouveau. A la limite, ceux de cette décennie ont plus de "circonstances atténuantes", car la musique n'a plus un poids aussi important dans leur "culture", mieux vaut se payer tel mobile, telle paire de basket ou tel dernier jeu vidéo à la mode... nous, on avait quasiment que la musique, et pourtant, on la copiait massivement.

- Des gens sympas, ouverts, tolérants, généreux, intelligents. Parce que comme les cons, il y en a partout. Mais en moins grande quantité, je vous l'accorde. Et je vous accorde aussi qu'il y en a sans doute quelques-uns dans l'industrie du disque. Il est juste dommage que ce ne soit jamais eux qu'on laisse s'exprimer dans les médias, mais toujours des types obtus qui ne comprennent pas la situation.

- Des musiciens et des artistes. Non pas les grosses stars que l'on entend pleurnicher dans les médias depuis l'arrivée de Napster, mais les "petits", des musiciens qui, par passion, ont pris le risque de se lancer dans cette voie, ont à côté un job mal payé qui leur permet juste de survivre (ou quelques maigres contrats)... ce sont des fanas de musiques, qui ne peuvent bien entendu se payer tous les albums qui les intéressent, et téléchargent "illégalement".    

- Des idéalistes. L'industrie du disque les a tellement révolté qu'ils ont choisi de ne plus rien acheter. Parmi eux, on trouve notamment ceux qui ne se tournent plus que vers les "musiques libres" ou les artistes indépendants.  
 
Bien sûr, il existe sûrement dans le lot  de "lâches voleurs mesquins et collabos qui n'ont jamais rien apporté à la création"... mais qu'est-ce qui vous permet de stigmatiser ainsi tous les gens qui téléchargent et ont le malheur de s'exprimer sur le net contre Hadopi ? Vous avez commandé une étude statistique sur les comportements et la personnalité des "pirates" ? Parce que les seules qui ont été faites montrent que les gens qui téléchargent le plus sont en général les plus gros acheteurs de "produits culturels" (je déteste cette expression... particulièrement, Christophe, pour la majorité des productions qui viennent de chez vous, Sony... car je vois bien le produit, mais je ne vois pas la culture). 
Je n'ai listé que quelques exemples, mais il y en aurait beaucoup d'autres. Autant dans les pratiques, les raisons qui poussent à télécharger, que dans le regard porté sur le problème. Cela va du modéré, qui souhaite vraiment qu'on puisse trouver une solution qui ne lèse ni les artistes, ni le public, au radical, qui veut foutre en l'air l'industrie du disque. Pour ma part, je suis un "radical modéré"... j'aimerais que l'on trouve une solution qui convienne aux artistes et au public, tout en démolissant l'industrie du disque...   

2. Dénonciation, totalitarisme, boycott et collabos.

C'était bien tenté, Christophe, mais complètement loupé. Vous avez essayé de retourner un discours que l'on retrouve parfois chez les internautes, celui de "résister face aux majors qui monopolisent le marché et ont une politique scandaleuse "... sauf que très rares sont ceux qui, comme vous, touchent le point Godwin et en viennent à comparer les majors aux nazis. Complètement loupé, car faut pas déconner... qui a le pouvoir dans cette histoire ? Ce sont bien vous et vos petits camarades défenseurs d'Hadopi, que l'on entend s'exprimer très majoritairement dans les gros médias, pas les modestes internautes, dont les avis sur la question via les blogs, forums,sites spécialisés touchent infiniment moins de monde que le journal télé de TF1... vous savez, le média le plus puissant de France, celui ou un salarié qui a osé envoyer une lettre "personnelle" à son député pour lui expliquer pourquoi Hadopi était une mauvaise loi s'est retrouvé
viré pour cela
Si les mots des internautes sont parfois durs, s'ils en appellent au boycott, c'est parce qu'ils n'ont plus que ça. Depuis le début, on se fout de leur avis ; gouvernement, majors et artistes "embedded" vont main dans la main sans se soucier de toutes les nuances que ces "pirates" peuvent apporter sur les raisons du téléchargement, de la crise du disque etc... 
Quant à faire "l'outing", comme vous dîtes, de députés qui ont voté pour... je ne vois pas où est le problème. Les députés sont nos représentants, ils nous doivent des comptes, et c'est la moindre des choses qu'ils assument publiquement leurs votes. Ce n'est pas de la dénonciation, c'est de l'information. Les gens doivent savoir pour quoi votent leurs députés. Car des députés qui voteraient tous en secret les lois, sans avoir à rendre de comptes, ce serait, pour le coup, assez peu démocratique.
Je ne vois pas non plus ce qui vous scandalise tant dans le boycott d'artistes pro-Hadopi (d'ailleurs, vous mentez effrontément en prétendant que tous les artistes sont pro-Hadopi, plusieurs se sont exprimés contre). L'industrie du disque et les artistes se sont largement enrichis en jouant sur le "culte de la personnalité" (là, je vous arrête tout de suite, ne partez pas dans un autre délire Godwinien, il n'y a aucune allusion au culte de la personnalité nazi ou stalinien, c'est bien pour cela que je l'ai mis entre guillemets, ne mélangeons pas tout)... ils ne vendent pas seulement leur art (un album, un film) mais aussi une "personnalité". En créant ce lien particulier avec le public, ils touchent plus de monde, et plus durablement... normal qu'il y ait un revers de la médaille et que certains veulent les boycotter lorsqu'ils les déçoivent ou les irritent par leurs prises de positions.     

3. Pourquoi l'anonymat sur le net ?

Il semble, mon petit Christophe, que cela vous énerve particulièrement. Ces "lâches internautes" qui fustigent artistes, producteurs et députés cachés derrière leur ordinateur... tout d'abord, la technologie a évolué - mais les pontes de l'industrie du disque n'y comprendront jamais rien -  et sachez que l'on peut maintenant insulter les artistes sur son iphone dans un bar, dans le train, à la plage, chez des amis, etc... Mais bon, ce n'est qu'un point de détail (là encore, ne voyez pas de référence douteuse).

Puisqu'il faut tout vous expliquer, allons-y sur ce qui semblait pourtant aussi évident, l'anonymat sur le net. 
Contrairement à ce que racontent certains, avant Hadopi, internet n'était pas une zone de non-droit, et le téléchargement illégal pouvait être durement sanctionné par la loi. Certains internautes en ont d'ailleurs fait les frais. Les gens ne sont pas complètement stupides, ils ne vont pas prendre le risque de déclarer sur le net "je m'appelle Michael Dupont, j'habite rue du maréchal Foch à Bordeaux, et je télécharge comme un malade".
Vous ne comprenez pas que des gens s'expriment de manière anonyme ? Il n'y a rien de plus simple et logique. Contrairement aux artistes et producteurs, la grande majorité d'entre-nous sommes des gens qui n'ont aucune existence "médiatique", publique. On ne vend rien, on n'a rien à gagner à s'exposer de la sorte, mais beaucoup à perdre. N'importe qui pourrait tout savoir de nos opinions politiques, religieuses en tapant notre nom sur google et en lisant ce qu'on a dit sur tel ou tel sujet dans tel forum, et ça pourrait nous être très dommageable (exemple simple : on postule pour un job, et le type chez qui on a posé notre candidature ne va pas nous prendre parce qu'il n'a pas aimé ce qu'on a dit sur tel fait politique). De toute façon, nous ne venons pas sur le net pour mettre en valeur notre nom et notre identité (à part certains sur cette vaste fumisterie qu'est Facebook), mais nos opinions. Les gens ne traînent pas sur ce blog, par exemple, pour lire une "personnalité", mais des avis, des opinions. Que je m'appelle Gustave Thénardier, Gérard Tarantino, Gene Tierney ou Guillaume Tell, tout le monde s'en tape, ça n'a pas le moindre début d'importance, seul compte ce que j'exprime, pas mon nom. Idem pour tous ceux qui combattent Hadopi sur le net. Mais n'en déduisez pas bêtement que nous n'avons pas de "courage" et que nous restons planqués. La plupart d'entre-nous sommes tout à fait prêts, si ça peut faire avancer les choses, à débattre publiquement avec vous, Pascal Nègre et les artistes pro-Hadopi, on serait ravis d'être entendus. Et même seul contre vous tous, ça ne poserait aucun problème, vu la minceur de vos arguments et votre méconnaissance du net et du téléchargement. Je suis certain qu'une bonne partie de ces gens que vous traitez de lâches et de voleurs sont prêts à en faire autant... 

Enfin, le meilleur moyen pour éviter d'être confronté à la virulence de certains propos d'internautes est simplissime... il suffit d'arrêter de les stigmatiser comme l'industrie et les politiques le font depuis le début, et, surtout, d'arrêter de raconter n'importe quoi.

Sans rapport - quoique - mais l'article est si remarquable que je ne peux faire autrement que vous inciter à aller le lire :
554 Haute fidélité : Mono Vs Stereo (The Beatles : Revolution (mono)) 

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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 16:26
                                             
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Liars - They threw us all in a trench and stuck a monument on top vs Sonic Youth - Murray Street

(mon choix :
They threw us all... après de longues hésitations)


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Gravenhurst - Fires in distant buildings vs Wilco – A Ghost is Born

(Fires in distant buildings

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Dizzee Rascal - Boy in da Corner vs Outkast - Stankonia 

(Dizzee Rascal)


Groupe 1 :







1. Queens of the Stone Age – Songs for the deaf
2. Arcade Fire - Funeral 
3. The Strokes - Is This It 
4. The White Stripes - Elephant  

The Strokes - Is this it? vs The White Stripes - Elephant 11-10     
Queens of the Stone Age – Songs for the deaf  vs  Arcade Fire - Funeral 13-8
Queens of the Stone Age – Songs for the deaf  vs The Strokes - Is This It 14-5
Arcade Fire - Funeral vs The White Stripes - Elephant  9-7
Arcade Fire - Funeral vs The Strokes - Is This It 10-7

Groupe 2 :








1. Radiohead - Kid A
2. Elliott Smith - Figure 8
3. The Libertines - Up The Bracket 
4. PJ Harvey - Stories from the City, Stories from the Sea 

Radiohead - Kid A vs The Libertines - Up the Bracket  19-4
Elliott Smith - Figure 8 vs PJ Harvey - Stories from the City, Stories from the Sea 12-11
Radiohead - Kid A   vs  Elliott Smith - Figure 8  11-2
The Libertines - Up The Bracket vs PJ Harvey - Stories from the City, Stories from the Sea 7-5
Elliott Smith - Figure 8  vs The Libertines - Up The Bracket 10-4
                               


Précédemment :

Outkast - Stankonia vs The Streets - A Grand Don't Come for Free 7-3

Sufjan Stevens – Illinois vs Antony and the Johnsons - I am a bird now  11-0

Tom Waits - Alice vs Bob Dylan - Love and Theft 5-5

Nick Cave - No More Shall We Part vs Johnny Cash - American IV : The Man Comes Around 8-6

Franz Ferdinand - Franz Ferdinand vs Arctic Monkeys – Whatever people say I am, That's what I'm not  13-6

Dizzee Rascal - Boy in da Corner vs Clipse - Hell hath no Fury 6-0     

The Notwist - Neon Golden vs Sonic Youth - Rather ripped 7-6
          

PJ Harvey - Uh Huh Her vs The Kills - Keep on your Mean Side  8-5 

El-P - Fantastic Damage vs cLOUDDEAD - Ten  4-2

Radiohead - Hail to the Thief  vs Radiohead - Amnesiac  12-7

Cannibal Ox - The Cold Vein vs cLOUDDEAD - cLOUDDEAD 5-3

The Coral - The Coral vs Blur - Think Tank 9-1

Beth Gibbons & Rustin Man - Out Of Season vs Andrew Bird - The mysterious production of eggs 10-0

Akron/Family - Love is Simple vs The Angels of Light - We are him 4-2

Godspeed You Black Emperor! - Lift your Skinny Fists like Antennas to Heaven vs TV on the Radio - Return to Cookie Mountain 13-2

Amon Tobin - Supermodified vs Boards Of Canada - Geogaddi 6-5



Liste des albums de la décennie

N'oubliez pas de me noter en gras vos choix d'albums, afin de faciliter les comptes...

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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 19:52
"La musique, ça ne s'explique pas, ça parle directement à nos émotions, nos sensations, notre coeur". Voilà bien un des avis les plus répandus sur la musique. Mais surtout une vision romantique dépassée. Car les émotions et sensations ne sont pas déconnectées de la raison. L'opposition "raison/émotion" (que l'on retrouve dans l'opposition classique/romantique) n'est plus acceptable, on sait bien que l'un va avec l'avec autre. Même sans être féru de psychanalyse, on ne peut nier que l'émotion a sa "raison", sa logique, on n'est pas touché ou ému sans "raisons". Par exemple... contrairement à ce que dit le vieux cliché, l'amour n'est pas aveugle. Si vous êtes beau, intelligent, sympathique, drôle, prévenant et riche, vous aurez beaucoup plus de chances de susciter l'amour que si vous êtes moche, con, désagréable, sinistre et pauvre. J'enfonce une énorme porte ouverte, mais c'est pour briser la plus petite, tenace, qui voudrait nous faire croire qu'émotion et raison sont distincts et se confrontent, et que la musique pourrait parler à l'une sans parler à l'autre. Les émotions ne viennent pas de nulle part, ne sont pas figées, mais évoluent de manière... "rationnelle". Vous pouvez, sans trop l'expliquer, vous sentir bien avec une personne, mais selon ses comportements au fur et à mesure de votre relation, vos émotions fluctueront. Bien souvent de manière extrêmement logique : plus elle se montrera désagréable avec vous, moins vous l'aimerez. C'est aussi bête que cela (à part pour quelques masos, mais c'est une autre histoire... qui s'explique aussi par la raison).
L'amour n'est pas que de "l'émotion pure", et il n'y a aucune raison de considérer que l'art le soit. Nous sommes faits de raison et d'émotion, qui ne sont pas deux parties inconciliables, mais plutôt des ingrédients qui se mélangent et constituent l'alchimie de l'être humain.

Même si vous n'êtes qu'un auditeur "occasionnel" de musique, qui se laisse juste emporter par telle ou telle chanson sans chercher à vous l'expliquer ni la comprendre "intellectuellement"... votre raison intervient dans l'écoute, dans le rapport que vous créez à la musique. Tout comme elle intervient - un niveau plus ou moins conscient - dans nos émotions. 

Considérer que la musique serait avant tout de l'émotion, ce n'est qu'un point de vue, qui s'inscrit dans un contexte socio-historique particulier et nous vient du romantisme. Dans l'antiquité grecque comme au Moyen Age, la dimension scientifique de la musique était fondamentale (voir, par exemple, La musique au Moyen Age). La première expérience de physique importante... est une expérience acoustique et musicale, que l'on doit à Pythagore. En étudiant la vibration de cordes (certains pensent qu'il a commencé avec l'étude du poids des marteaux en fonction du son qu'ils produisaient), il en a déduit les bases de ce que sera l'acoustique, et a théorisé les intervalles, les "hauteurs de sons", en leur donnant une assise scientifique. Pour les grecs, comme au Moyen Age (et même encore chez Bach), la musique, c'est "l'art des nombres"... Musique, mathématiques et métaphysique sont liés, l'harmonie des nombres (mathématiques) s'exprime dans la musique et reflète l'harmonie du monde, la perfection divine et cosmique. Cette vision de la musique dans la Grèce antique est toujours la règle au Moyen Age, où la musique ne fait pas partie du "trivium", les arts du langage (dialectique, rhétorique, grammaire), mais du quadrivium : mathématiques, géométrie, musique, astronomie. La musique a donc plus à voir à cette époque avec les maths et la géométrie qu'avec la poésie ou la peinture. Mais la fin du Moyen Age n'est pas pour autant la fin de cette vision "scientifique" de la musique. On connaît l'importance du nombre dans la musique de Bach, qui relie elle aussi le nombre au divin par la musique. Un autre des plus célèbres compositeurs du XVIII° siècle, Jean-Philippe Rameau, se considérait autant comme théoricien que musicien, il a écrit des ouvrages de référence sur l'acoustique, et appliquait ses théories à sa musique. Bien sûr, on ne découvre pas subitement au XIX°, avec les romantiques, que la musique est aussi de "l'émotion"... mais l'émotion n'était pas le critère au coeur de la musique, celui qui la justifiait ou l'expliquait. En réaction contre les romantiques (ou par besoin de trouver de nouvelles voies), les compositeurs du XX° vont revenir à une musique plus "scientifique", objective, et cela du sérialisme dodécaphonique de Schönberg à la musique spectrale des années 70 (musique basée sur l'étude de l'acoustique et du "spectre sonore"), mais aussi chez Xenakis et bien d'autres. 

La musique qui ne serait que de l'émotion et n'aurait rien à voir avec le rationnel, c'est un concept qui ne peut que faire sourire les musiciens. Car lorsque l'on apprend la musique, on se rend vite compte que tonalités, gammes, accords, tempo ; tout cela n'a rien à voir avec le hasard ou juste l'inspiration, mais que la logique interne de la musique est très complexe et balisée. Même l'autodidacte qui gratouille sa guitare et vous dit "moi, tu 'ois, les gammes, la théorie, j'm'en tape, j'y connais rien, je fais juste ce qui me vient du plus profond, je laisse juste parler mes émotions"... regardez-le jouer, écoutez-le chanter, et si vous connaissez la théorie, vous verrez qu'il utilise des accords, tonalités et gammes bien précises qui se justifient rationnellement et scientifiquement. Par exemple - si vous n'avez jamais appris la théorie, vous pouvez sauter ce petit passage - dans une tonalité de Do, la structure harmonique sera construite autour d'accords de Do, Sol et Fa (comme chez Mozart, ou dans le blues... et toutes les musiques tonales), avec quelques accords de substitutions, des la mineur ou ré mineur pour varier de temps en temps, des modulations dans les tonalités voisines de Sol, Fa ou la mineur... bref, des rapports de quarte (Do-Fa) et quinte (Do-Sol) déterminants dans toute la construction de ce morceau qu'il croit "libre et inspiré" et qui nous ramènent... aux expériences acoustiques de Pythagore. Et les notes qu'il chantera sur ces accords seront dans la gamme de Do - avec des notes qui ne tomberont pas "par hasard" sur tel ou tel accord - et tout cela peut s'expliquer et se décortiquer de manière extrêmement précise, mathématique et physique. Bref, le type qui gratte une chanson sur guitare d'un air inspiré en prétendant que tout lui vient de ses plus profondes émotions, sans le savoir, il fait des maths et de la physique. De la plus anecdotique des chansons pop à la symphonie romantique la plus exaltée, derrière toute musique, on trouve des règles très précises et "scientifiques", et cela même lorsqu'elles semblent détournées. En voilà une idée d'un prochain article, expliquer les théories acoustiques de Pythagore et Rameau en s'appuyant sur une chanson de Britney Spears...

Faut-il connaître les lois de l'acoustique pour vraiment apprécier et saisir la musique ? Non, bien entendu, mais il faut savoir que derrière une chanson, une oeuvre musicale quelconque, il n'y a pas juste un "artiste inspiré" qui laisse libre cours à son imagination, mais des bases scientifiques très carrées et rationnelles. Et les musiciens qui croient s'en affranchir en ne les étudiant pas sont bien souvent ceux qui en sont le plus dépendants. Un musicien qui ne connaît pas l'harmonie aura tendance à reproduire les parcours harmoniques les plus usuels là où celui qui l'a étudiée trouvera d'autres voies, et saura comment intégrer de nouvelles dissonances (il y a bien sûr des exceptions).

Pourtant, il est évident que dans nos sociétés, l'émotion est devenue le critère déterminant lorsqu'il est question de musique. On se fout de savoir si un compositeur a bâti toute l'architecture d'une de ses oeuvres autour du nombre d'or (enfin, pas Lou et quelques irréductibles), ce qui compte, c'est d'abord l'émotion ressenti. Qu'on le déplore ou non, c'est un fait. Il est donc tout à fait normal que ce soit par l'émotion que l'on juge actuellement de la qualité d'une musique, que l'émotion soit un critère esthétique essentiel. Mais il faut distinguer l'émotion très "personnelle" que l'on peut ressentir au contact d'une musique ; une émotion... qui ne regarde que nous, et l'expression de l'émotion par un artiste. Les deux peuvent se rejoindre, lorsque, justement, on a développé un rapport esthétique à la musique. Pour bien comprendre la différence entre les deux, prenons un petit exemple :   

Imaginez une femme, invitée au restaurant par un homme dont elle est tombée amoureuse, attendant ce soir-là que celui-ci lui fasse sa déclaration... ce qu'il fait, mais en sautant sur la table, en arrachant sa chemise et en lui beuglant "Que je t'aime" devant toute la salle. Il peut le faire de la manière la plus sincère possible, penser exprimer au mieux son amour... et cette déclaration qui lui vient pourtant du fond du coeur a de fortes chances de créer l'effet inverse à celui escompté. Si l'on ne parlait que "d'émotion pure", les choses seraient simples : une femme et un homme qui s'aiment, un homme qui fait sa déclaration avec le plus grand enthousiasme, et la femme qui en est comblée, est encore plus amoureuse. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants, fin de l'histoire. Sauf qu'il ne s'agit pas que "d'émotion"... mais aussi de style. Ce qui compte n'est pas uniquement ce qu'on exprime ou ressent, mais la façon dont on l'exprime ou reçoit. Si c'est valable en amour, ça l'est d'autant plus en art et en musique.
Et comme l'esthète qui peut "fondre" devant telle sucrerie pop sans pour autant la considérer comme géniale, la femme dont il est ici question peut trouver "touchante" cette déclaration, mais elle se dira tout de même que ce type est peut-être plus lourdingue et barré que ce qu'elle croyait, et il y a des chances qu'elle remette en question sa relation avec cet homme.
Il n'est jamais question que d'émotion, mais aussi de style et d'intelligence émotionnelle, qui jouent sur notre ressenti. A partir d'une même expression toute simple ("je t'aime") et d'une même émotion, on peut susciter des ressentis très différents selon la manière dont on l'exprime, le cadre dans lequel on se trouve, le moment choisi, etc...

Imaginez, maintenant, un film d'action où le héros bodybuildé ne cesse de balancer "Je suis le plus fort, je vais tous vous écraser," cela au premier degré, chaque fois sur une musique pompeuse avec cuivres pétaradants... peu importe la virtuosité du metteur en scène, ce qui s'exprime est ridicule, et le film ne peut être qu'un navet. Même si l'on a envie de se détendre devant un gros blockbuster pas compliqué, on ne peut qu'être affligé par la bêtise et la puérilité des dialogues. 
C'est pour cela qu'on peut considérer que We Are the Champions de Queen... est une énorme daube. Peu importe que la mélodie soit "accrocheuse", ce qui se dit - même en faisait abstraction des paroles - c'est un truc aussi bêta, lourd et simpliste que les exemples précédents. Les musiciens romantiques, eux, savaient aller loin dans l'héroïsme et la puissance sans tomber dans l'emphase grossière. C'est toute la différence entre le grandiose et le grandiloquent, la grandeur et la boursouflure.
Autre exemple, punks vs néo-punks. Il est légitimement possible de dire que ces deux genres sont assez "crétins". La différence, c'est que chez les Sex Pistols, il y avait quelque chose - et cela n'est pas lié qu'à l'attitude, mais aussi à la musique - de vraiment sulfureux, dérangeant pour la société de l'époque, ainsi qu'un minimum d'ironie et de distance. Par contre, chez Blink machin et les autres, il ne reste plus que la crétinerie adolescente. 
C'est pour cette raison que le rock des années 50 n'est pas si ridicule et simpliste que certains ont pu le prétendre à l'époque... oui, il était simple, basique, mais il y avait aussi une certaine distance dans le fait de ne pas se prendre totalement au sérieux, une "coolitude" et une légèreté qui ont de quoi désamorcer les critiques.

En musique, on peut exprimer toutes les émotions... le problème, c'est de savoir comment les exprimer (et cela est valable pour tous les arts). Comme dans la vie, on peut, par exeemple, exprimer la joie de tas de manières différentes. Mais ce n'est pas tout d'être joyeux, encore faut-il que cette joie se manifeste avec un minimum d'intelligence, avec une compréhension de l'autre et de comment il va la recevoir. Si vous vous mettez à sauter dans tous les sens en embrassant le moindre passant et en lui criant "je t'aime !", vous aurez juste l'air d'un débile profond (à moins que vous vous trouviez dans une communauté hippie). Vous ne susciterez pas la joie, mais plutôt de l'embarras, des sarcasmes et de la consternation. Il en est de même en musique (et en art). 
L'une des grandes limites de la sociologie de la musique, à mon sens, c'est de négliger ce paramètre déterminant qu'est le facteur émotionnel. Lorsque deux personnes reprochent à une troisième d'écouter de la merde, ce n'est sûrement pas qu'une question de classe sociale, de codes et de bonnes références, mais surtout une attaque contre sa sensibilité. Nous avons tous été blessé ou ressenti, à un moment ou à un autre, ce sentiment de "honte" quand d'autres ont ironisé sur tel ou tel de nos goûts musicaux. Non pas parce qu'on nous renvoyait à notre classe sociale "inférieure", ça, on s'en fout pas mal, d'autant plus que depuis de nombreuses années, il est préférable de dire que l'on vient d'un milieu populaire plutôt que de l'élite (excepté dans quelques petits cercles aristocratiques ou de la très grande bourgeoisie... et encore)... le plus dérangeant, c'est l'impression qu'on nie la profondeur et la subtilité de notre sensibilité, que l'on est considéré comme un "bourrin" parce qu'on écouterait des musiques que d'autres jugent trop lourdingues, ou comme quelqu'un de mièvre parce qu'on aimerait des chansons trop mielleuses. C'est en quelque sorte la "justesse" de nos émotions qui est remise en cause lorsque l'on s'attaque à nos goûts musicaux. Nos goûts disent forcément quelque chose de nous, et si vos artistes favoris sont Queen, Bon Jovi, et votre chanson préférée l'atroce Final countdown d'Europe, on imaginera forcément que vous êtes quelqu'un aux émotions un peu "naïves" et primaires, contrairement à un plus subtil fan de Nick Drake, du Velvet et de Dylan. Bien entendu, il se peut que ce ne soit pas le cas, il doit bien exister quelques fans de Bon Jovi, Queen et Europe avec une sensibilité assez fine et une vraie "intelligence émotionnelle"... mais dans ce cas, vous ne pouvez aimer uniquement ce type de groupes, et vous comprendrez parfaitement, si, mettons, vous vous mettez à discuter musique avec une fille charmante que vous espérez séduire... qu'il est préférable d'éviter de commencer à lui parler de votre passion pour le hard FM, mais plutôt de Dylan, des Beatles, de Bowie ou de tout autre artiste plus subtil...
Pourquoi en revenir toujours à des jeux de séduction ? Car la musique est un art de la séduction (sans doute plus que les autres - particulièrement à notre époque - mais il est vrai que la séduction est au coeur de tout art)... et cela même dans le cas de musiques violentes, dissonantes, expérimentales. On y séduit en proposant quelque chose qui va véritablement "marquer" l'auditeur, et l'on cherche à séduire ceux qui... refusent de se laisser séduire par la mélasse sentimentalo-niaise diffusée à longueur de journée sur les radios commerciales.
Et comme dans tout jeu de séduction, l'autre ne peut interpréter vos émotions qu'à partir de la manière dont vous les exprimez. Ainsi, le rôle d'un critique musical, d'un "esthète", c'est aussi d'être un "passeur d'émotion", un filtre entre les artistes et les auditeurs, qui se donne pour but d'orienter vers des musiques où les émotions s'expriment de la manière la plus intéressante, subtile, convaincante... séduisante. Car il ne suffit pas à un album d'être original et accrocheur (après tout, certains albums de Queen le sont) pour être un grand album, le style (donc l'expression de l'émotion) est tout autant fondamental.
Le problème... c'est bien évidemment qu'il y a une bonne part de subjectif dans tout cela. Pour deux amateurs aussi exigeants l'un que l'autre, l'un pourra trouver telle chanson "mièvre", l'autre "magnifique". Mais c'est aussi pour cette raison que les débats sur la musique et nos goûts sont passionnants, parce qu'il n'y a pas une vérité scientifique qui s'impose à tous et ferme le débat, mais bien parce que tout est à construire et à réinventer en fonction des époques, du contexte, de nos conditionnements, de nos rapports aux émotions et à leur expression, qui sont eux-mêmes culturels. Ce ne sont donc pas qu'à des questions de contexte historico-social ou d'originalité que nous renvoie l'esthétique, mais aussi à notre manière de vivre, exprimer et communiquer nos émotions...       

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Esthétique et ressenti
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