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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 20:15

Coltrane - Blue Train   elvis-presley-copie-1 Chostakovitch - symphonie 11

 

 

 

Passer du bilan musical 2013 au bilan de l’année 1957, ce n’est pas seulement faire un grand écart dans le temps, mais aussi dans la qualité des musiques et des artistes proposés. Je veux bien admettre que l’on n’a pas encore la distance nécessaire pour juger du meilleur de la musique de l’année qui vient de s’écouler, je veux bien admettre qu’il existe sûrement d’excellents artistes méconnus dont j'ai loupé le dernier album… mais ça n’explique pas tout. Jugez plutôt de la densité de musiciens d’exception ayant sorti un album (ou créé une œuvre) en 1957 :  

Coltrane, Miles Davis, Chostakovitch, Johnny Cash, Mingus, Stockhausen, Thelonious Monk, Ella Fitzgerald, Elvis, Chuck Berry, Little Richard, Billie Holiday, Sun Ra, Gene Vincent, Astor Piazzolla, Frank Sinatra, Pierre Boulez, Moondog, Sarah Vaughan, Coleman Hawkins, Art Blakey, Bernard Herrmann, Max Roach, Eddie Cochran, Chet Baker, j’en passe et des meilleurs…

Actuellement, à l’aide d’une simple connexion internet, tout le monde peut avoir accès facilement et gratuitement à quasiment tout ce qui sort ; mais il faut du temps et des recherches pour arriver à dénicher de vraies perles. En 1957, il n’y avait qu’à se baisser pour en trouver…

Les jazzmen sont particulièrement prolifiques, Coltrane vient de se faire virer, début 1957, du quintette de Miles Davis pour excès de drogues, mais contrairement au cliché de la rock-star qui s’autodétruit dans la came et ne peut plus rien produire de bon pendant des années, lui enregistre des albums à la pelle cette année-là, et des bons.

Coltrane, Miles Davis, Mingus, Monk. Quatre des plus grands jazzmen de l’histoire. Et chacun sortira plus de 4 albums cette année-là (sous leur nom et/ou en collaboration). C’est-à-dire que sur la seule année 1957, ces génies du jazz sortiront chacun plus d’albums que - au hasard - Daft Punk depuis leurs débuts, il y a 17 ans. Et quelques notes de chacune de ces légendes du jazz valent toujours plus que l’intégrale Daft Punk…

Lors de mes bilans 1955 et 1956, je m’étais particulièrement focalisé sur le rock. Normal, il vient de débouler, en trombe, c’est le phénomène musical du moment. Mais il ne faut pas enterrer le jazz pour autant, il excite certes moins les foules (même s’il était bien sûr plus beaucoup plus populaire dans les années 50 qu’il ne l’est maintenant), mais il reste au sommet en terme de qualité. La catégorie « Jazz » de mon classement 1957 saura vous en convaincre, une liste de noms si prestigieux laisse rêveur :

Les albums jazz de 1957 :

1. Yusef Lateef - Jazz Moods (9,5)

2. Charles Mingus - The Clown (9)

3. John Coltrane - Blue Train (9)

4. John Coltrane - Dakar (9)  

5. Ella Fitzgerald - Sings the Duke Ellington's Songbook (9)

6. Coleman Hawkins - The Hawk Flies High (9)

7. Miles Davis - Ascenseur pour l'Echafaud (BO) (9) 

8. Art Pepper - Art Pepper meets the Rythm Section (8,5)

9. Thelonious Monk - Monk's Music (8,5)

10. Horace Silver - The Stylings of Silver (8,5)

 

Thelonious Monk - Thelonious Himself (8,5) 

Gerry Mulligan & Thelonious Monk - Mulligan meets Monk (8,5)

Moondog - The Story of Moondog (8,5)

Sarah Vaughan - No Count Sarah (8,5)

Johnny Griffin - A Blowin' Session (8,5)

Eydie Gormé – I’ll take Romance (8,5)

Anita O'Day - Pick Yourself Up (8,5)

Miles Davis -'Round About Midnight (8,5)

Herb Ellis - Nothing But the Blues (8,5)

Sun Ra - Super-Sonic Jazz (8,5)

Art Blakey - Drum Suite (8,5)

Yusef Lateef - Prayer to the East (8,5)

Julie London - About the Blues (8,5)

Kenny Dorham - Jazz Contrasts (8,5) 

Billie Holiday - Songs for Distingué Lovers (8) 

Julie London - Make Love to Me (8)

John Coltrane - Coltrane (8)

Sarah Vaughan - Swingin' Easy (8)  

Charles Mingus - Mingus Three (8)

Max Roach - Jazz in 3/4 Time (8)

Miles Davis - Miles Ahead (7,5)    

Abbey Lincoln - That's Him (7,5) 

Ben Webster - Soulville (7,5) 

Chet Baker & Art Pepper - Playboys (7,5)

Frank Sinatra - A Swingin' Affair (7,5)

Sonny Rollins - Way out West (7) 

Jackie Gleason & His Orchestra - Velvet Brass (6) 

 

 

1957, c’est aussi la sortie du premier album de Johnny Cash. La rencontre entre un certain John Lennon et un certain Paul McCartney. Une des BO les plus marquantes de l’histoire du cinéma, l’improvisation de Miles Davis pour le film de Louis Malle Ascenseur pour l’échafaud. La première à Broadway de ce qui deviendra la plus célèbre comédie musicale : West Side Story. La sortie de l’incontournable Great Balls of Fire de Jerry Lee Lewis, et de Rock and Roll Music de Chuck Berry. Et si 1956 était l’année Elvis, 1957 est… encore l’année Elvis. Ses singles vont dominer les charts, All Shook Up sera 8 semaines en tête, Teddy Bear et Jailhouse Rock 7 semaines chacun (et 3 semaines pour Too Much). Derrière eux, on trouve Love Letters in the Sand de Pat Boone 5 semaines en tête, qui vient faire l‘intérim, fin mai - juin, entre All Shook Up et Teddy Bear.

Il est assez amusant de constater que les 3 jeunes blancs qui vont marquer la musique populaire de l’année sont de parfaites incarnations de 3 figures caractéristiques (et très différentes les unes des autres), de la jeunesse américaine (ou occidentale) :

Pat-Boone.jpg

Pat Boone, c’est le « gendre idéal », le boy-scout, la parfaite alternative à ces rockeurs dévergondés qui choquent la bonne société. Très croyant, il refuse de jouer à Las Vegas comme dans tout endroit où sont vendus des alcools forts, n’accepte aucun contact physique avec une femme autre que la sienne (ce qui limite ses rôles dans les films), et ne comprend pas ces rockeurs qui se roulent par terre, lui qui considère le claquement de doigt amplement suffisant pour s’exprimer.

 Buddy-Holly.jpg 

Buddy Holly. Une tête de nerd comme on n’en fait plus. Buddy, comme son prénom – ou plutôt surnom – l’indique, c’est le bon copain, le type sympa et inoffensif (comme sa musique, ai-je envie de dire, moi qui n’ai jamais vraiment aimé ses chansons).

elvis-presley.jpg 

Elvis Presley. Le rebelle cool et sexy. Plus « bad guy » que les deux autres, mais au charisme indépassable. L’objet de tous les fantasmes.

En résumé, Pat Boone, c’est l’homme que toutes les bonnes mères de famille rêvent de voir épouser leur fille, Elvis, celui dont toutes les filles rêvent, et Buddy, celui avec lequel elles finiront par passer leur vie… enfin, pas le vrai Buddy Holly, hein, lui est mort deux ans plus tard dans un accident d’avion.

S’il y a un morceau de rock à retenir de 1957, plus encore que Great Balls of Fire de Jerry Lee Lewis, c’est sûrement Jailhouse Rock. Elvis avait scandalisé l’Amérique avec ses déhanchements suggestifs sur Hound Dog l’année précédente (voir mon article : Hound Dog), il est dorénavant interdit de le filmer sous la ceinture à la télévision, mais il ne s’est pas assagi en 1957, contrairement à ce que pourrait laisser penser son album Loving You… Avec Jailhouse Rock, il balance un des plus illustres brûlots de l’histoire du rock :

 

A côté de Jailhouse Rock, un titre rock de 1957 moins connu, mais que j’aime particulièrement et vous recommande vivement :

Chuck Berry – Downbound Train

 

Quant à l’album rock de l’année, ce n’est pas celui d’Elvis, mais l’incandescent Gene Vincent & His Blue Caps :

Gene Vincent - Gene Vincent & The Blue Caps

Une des curiosités de l’année, dans cette Amérique qui, malgré le succès du rock, reste très puritaine est le sulfureux My Pussy Belongs to Daddy. Ecoutez les paroles, ça vaut le détour (la pochette est pas mal non plus, spéciale dédicace à Christophe) :

My-Pussy-belongs-to-daddy.jpg

 

Les Hits de l’année aux USA :

Elvis Presley – All Shook up (8 semaines en tête des charts)

Elvis Presley – Teddy Bear (7 semaines)

Elvis Presley – Jailhouse Rock (7 semaines)

Pat Boone – Love Letters in the Sand (5 semaines)

Tab Hunter – Young Love (4 semaines)

Elvis Presley – Too Much (3 semaines)

Debbie Reynolds – Tammy (3 semaines)

Jimmie Rodgers – Honeycomb (2 semaines)

Sam Cooke – You send me (2 semaines)

Pat Boone – April Love (2 semaines)

Buddy Holly & the Crockets – That’ll be the Day (1 semaine)

Paul Anka – Diana (1 semaine)

The Everly Brothers – Wake up little Susie (1 semaine)

Buddy Knox – Party Doll (1 semaine)

Perry Como – Round and Round (1 semaine)

 

Les charts R’n’B

The Coasters -  Searchin' (12 semaines)

Fats Domino - Blue Monday (8 semaines)

Fats Domino - I'm Walkin' (6 semaines)

Sam Cooke - You Send Me (6 semaines)

Chuck Berry - School Day (5 semaines)

Elvis Presley - Jailhouse Rock (5 semaines)

Elvis Presley - All Shook Up (4 semaines)

The Bobbettes - Mr. Lee (4 semaines)

Ivory Joe Hunter - Since I Met You Baby (3 semaines)

Mickey and Sylvia - Love Is Strange (2 semaines)

Little Richard - Lucille (2 semaines)

Chuck Willis - C.C. Rider (2 semaines)

Nat "King" Cole -  Send For Me (2 semaines)

Jimmie Rodgers  - Honeycomb (2 semaines)

Bobby "Blue" Bland -  Further Up the Road (2 semaines)

Jerry Lee Lewis - Whole Lotta Shakin' Going On (2 semaines)

Paul Anka - Diana (2 semaines)

Elvis Presley - (Let Me Be Your) Teddy Bear (1 semaine)

Larry Williams - Short Fat Fannie (1 semaine)

LaVern Baker - Jim Dandy (1 semaine)

The Coasters - Young Blood (1 semaine)

Clyde McPhatter -  Long Lonely Nights (1 semaine)

The Everly Brothers - Wake Up Little Susie (1 semaine)

 

En 1957, l’Amérique domine outrageusement les débats musicaux. Entre le jazz, pour le prestige, et le rock qui déferle sur la planète, elle ne laisse que des miettes aux autres. Mais s’il y a un domaine musical où les américains n’ont jamais excellé, c’est le classique. Leurs rivaux historiques que sont les russes goûtent peu au jazz et encore moins au rock jugé « immoral et décadent », ils n’ont finalement pas tant à envier la musique américaine, avec ce qui est pour moi LE chef-d’œuvre de l’année, la 11° Symphonie de Chostakovitch. Ainsi que les débuts d’un compositeur très prometteur (mais qui est resté ensuite bien trop méconnu, alors qu’il est pour moi un des tous meilleurs compositeurs de la seconde moitié du XX°), Alfred Schnittke dont la Symphonie n° 0, et plus encore le Concerto pour violon n°1 sont deux des œuvres les plus fascinantes de l’année :  

Dmitri Chostakovich - Symphonie n°11

Alfred Schnittke - Concerto pour Violon n°1

Alfred Schnittke - Symphonie n°0

Dmitri Chostakovich - Concerto pour Piano n°2 

 

1957, c’est aussi l’année du lancement du premier satellite dans l’espace. Les russes frappent un grand coup avec Spoutnik 1 le 4 octobre, et Spoutnik 2 le 3 novembre. Les débuts de la conquête de l’espace, et des débuts traumatisants pour les américains. Non seulement les russes les ont devancé d’un point de vue technologique, mais s’ils sont capables d’envoyer des satellites dans l’espace, cela signifie qu’ils sont aussi capables d’envoyer des missiles nucléaires sur les Etats-Unis… Les chansons américaines à succès des années 50 ont beau sembler particulièrement légères, joyeuses et insouciantes, il ne faut pas négliger pour autant que nous en sommes en pleine « guerre froide », avec son lot d’angoisses et de paranoïas…

 

Pas moins de 3 playlists en guise d’illustration… une première avec les tubes de l’année, une 2° avec les morceaux que je considère comme les tous meilleurs de 1957, ou une 3°, pour les gourmands, qui comporte les morceaux de la 2° playlist + une cinquantaine d’autres (excellents) titres. De quoi se plonger pendant de longues heures dans cette très bonne année pour la musique qu’a été 1957… 

Playlist "les tubes de 1957"

 

 

Ma sélection "le meilleur de 1957"

 

 

Sélection "le meilleur de 1957", version longue

 

 

 

Précédemment dans les bilans musicaux :

1955 en musique

1956, l'année Elvis   

 

1957 sur Music Lodge :

 

Chostakovitch - Symphonie n°11

Eydie Gormé - The Gentleman is a Dope

Les albums de 1957

 

A lire sur wikipedia :

1957 en musique 

L'année 1957

 

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 22:22

elvis-presley.jpg1955 a été l'année de "l'explosion" du rock, 1956 sera celle d'Elvis.

 

Avec le premier tube rock de l'histoire, Rock around the Clock, Bill Haley fut la première star du rock. Mais lui qui donnait plutôt l'impression d'être un "sympathique père de famille" devra laisser rapidement son trône à Elvis. La jeunesse (Elvis a 20 ans en 1955), la voix, le physique, le charisme, la gestuelle et la danse... sur tous ce points, Haley ne pouvait rivaliser avec Elvis... ni lui, ni personne d'autre. Mais plus que la relève de Bill Haley (qui malgré tout, continuera à avoir un certain succès), c'est au fond la relève de James Dean que prend Elvis. 

 

Fin 1955, James Dean meurt à 23 ans dans le tragique accident de voiture que l'on sait. Il était l'incarnation de la "jeunesse rebelle", et c'est Elvis qui reprendra le flambeau, haut la main (même si, bien entendu, la mort précoce de James Dean contribuera à alimenter plus encore sa légende). James Dean - Elvis Presley, deux des figures les plus importantes du XX° siècle, deux "mythes fondateurs" pour une jeunesse qui s'émancipe et va bouleverser la culture. Elvis, c'est LA "rock star", le modèle pour tous ceux qui suivront... Tous les garçons rêvaient de devenir Elvis, toutes les filles en étaient folles, et les parents le regardaient d'un mauvais oeil. Car Elvis, n'a pas apporté seulement au rock un physique et une voix, mais aussi une odeur de souffre. Il n'est certes pas subversif comme le sera un Jim Morrison (le rock a toujours à l'époque un côté "fun et bon enfant"), mais il choquera l'Amérique puritaine, en particulier par sa manière suggestive de bouger, que l'on pensait réservée aux noirs... Voir le "scandale" qui a suivi la diffusion de Hound Dog à la télévision, que j'ai commenté plus en détail ici.             

 

Maintenant... place aux chiffres :

  

Aux Etats-Unis, sur les 52 semaines de l'année, Elvis a été N°1 des ventes de singles durant près de la moitié (23 semaines). Le rock reste une musique de singles, mais ses deux albums (Elvis et Elvis Presley... on s'emmerdait pas pour les titres) resteront en tout 15 semaines n°1 des ventes. Comme pour Rock around the Clock l'année précédente, c'est pendant les beaux jours que le rock "explose", puisque c'est à partir de fin avril que les albums et singles d'Elvis commencent à truster les premières places des charts.

 

Les n°1 de 1956 aux EU, classés par nombre de semaines en tête des charts :

 

Elvis Presley - Don't be Cruel / Hound Dog (7 semaines n°1)

Elvis Presley - Heartbreak Hotel (6)

Dean Martin - Memories are made of This (6)

Les Baxter - The Poor People of Paris (6)

Elvis Presley - Love me Tender (5)

Guy Mitchell - Singing the blues (5)

Gogi Grant - Wayward Wind (5)

Elvis Presley - Don't be Cruel (4)

Kay Starr - Rock and Roll Waltz (4)

Platters - My Prayer (2)
Elvis Presley - I want you, I need you, I love you

Perry Como - Hot Diggity

Elvis est le seul artiste à avoir plusieurs singles à la première place des charts en 1956... et il en cumule même 5 ! Il est aussi le seul rockeur en tête des charts cette année, et parvient même à placer un single 6 semaines n°1 du classement R&B (la "ségrégation musicale" : publics blancs et noirs avaient chacun leurs classements), ce qui est peu banal pour un blanc :  

 

Charts R&B

 

Bill Doggett - Honky Tonk (Parts 1 & 2) (13 semaines n°1)

The Platters - The Great Pretenders (11)

Fats Domino - Blueberry Hill (11)

Fats Domino - I'm in Love Again (9)

Little Richard - Long Tall Sally (8)

Elvis Presley - Don't be Cruel / Hound Dog (6)

Little Willie John - Fever (5)

Frankie Lymon And The Teenagers - Why do Fools Fall in Love (5)

Tennesse Ernie Ford - Sixteen Tons (4)

Shirley and Lee - Let the Good Times Roll (3)
Little Richard - Rip it Up (2) 
The Platters - My Prayer (2)

Ray Charles - Drown in my Own Tears (2)
The El Dorados - At My Front Door (1)
Clyde McPhatter - Treasure of Love (1) 

L'Angleterre, elle n'est pas encore totalement rock'n'roll. Il y a bien eu en début d'année le Rock Around the Clock de Bill Haley qui, 5 mois après les EU, devient n°1 en Angleterre 3 semaines en décembre 1955, et encore 5 semaines début 1956... mais les autres grands tubes de l'époque sont plutôt dans un genre crooner / comédies musicales :  

 

Singles n°1 en Angleterre

 

Johnnie Ray - Just Walkin' in the Rain (7)

Doris Day - Whatever Will Be, Will Be (6)

Ronnie Hilton - No other love (6)

Pat Boone - I'll be Home (5)

Bill Haley & The Comets - Rock Around The Clock (5)

Dean Martin - Memories are made of This (4)

Frankie Laine - A Woman in Love (4)

Anne Shelton - Lay Down your Arms (4)

Teenagers - Why do Fools fall in Love ? (3)

Winifred Atwell - The Poor People of Paris (3)

Dream Weavers - It's almost Tomorrow (3)
Kay Starr - Rock and Roll Waltz
 

 

La tornade Elvis commence juste à frapper l'Angleterre... il faudra attendre Juin 1957 pour qu'il atteigne la première place des charts anglais, avec All Shook Up, mais à la fin de l'année 56, les lecteurs du NME le placent tout de même 2° personnalité musicale de l'année, derrière... Bill Haley. Elvis renverse tout sur son passage aux Etats-Unis, avant de conquérir le monde... il n'est pas seulement la première grande star du rock, il est et restera la "plus grande star du rock". Celui par lequel tout a vraiment commencé. Des pop-stars, on tentera d'en fabriquer à la pelle, par la suite, et avec de gros moyens... des rockeurs charismatiques, il y en a eu beaucoup d'autres après Elvis. Mais il est LE phénomène à partir duquel tout le reste découlera...

 

 

Un mot sur les albums, et quelques écoutes pour terminer :

 

Les albums n°1 aux EU en 1956

 

Soundtrack - Oklahoma (12 semaines)

Harry Belafonte - Calypso (11)

Elvis Presley - Elvis Presley (10)

Original Cast - My Fair Lady (8)

Harry Belafonte - Belafonte (6)

Elvis Presley - Elvis (5)

Original Cast - The King & I  (1)

Carmen Cavallaro / Soundtrack - The Eddie Duchin Story (1)

 

Albums qui peuvent se diviser en trois : les BO, très populaires (pas moins de 4 BO en tête des charts), Harry Belafonte et Elvis (2 albums chacun). 

 

Le but de ces bilans est avant tout de faire sentir la "musique d'une époque", la bande-son de l'année, ce pourquoi je mets en évidence les n°1 des charts. Mais, bien entendu, cela ne reflète pas le meilleur de l'époque... que vous trouverez bien plus dans les albums de 1956 que je vous recommande :

 

Charles Mingus - Pithecantropus Erectus

Elvis Presley - Elvis Presley

Lennie Tristano - Lennie Tristano  

Glenn Gould / Bach - Goldberg Variations
Moondog - More Moondog 
Relaxin' with the Miles Davis Quintet
Bill Haley & the Comets - Rock'n'Roll Stage Show

Sony Rollins - Saxophone Colossus

Horace Silver - Six Pieces of Silver 

Thelonious Monk - Brilliant Corners  

   

Pour écouter les n°1 (anglais et américains) de l'époque, je vous ai fait une playlist complète, suivie d'une autre où j'ai viré les quelques tubes que je trouvais trop mauvais :

 

Playlists 1956

 

Une autre playlist, composée, elle, des meilleurs morceaux de l'année à mon sens... donc pas forcément des n°1 :

 

Best-of 1956

 

Avec Elvis - évidemment - mais aussi Mingus, Chuck Berry, Little Richard, Moondog, Monk, Gene Vincent, Sinatra, Miles Davis... 

 

A lire en complément :

 

Elvis Presley - Hound Dog

1955 en musique

 

Voir aussi la très bonne initiative de Boeb'is : Les musiques du monde en carte 

 

 

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 16:42

Chers lecteurs, aujourd'hui, c'est à un moment d'histoire que je vous convie (eh oui, carrément). Un des plus importants de l'histoire du rock... si ce n'est le plus important. Un acte fondateur pour tout le rock qui a suivi. 

Le 5 juin 1956, Elvis est invité au Milton Berle Show. Ce n'est pas la première fois que l'on voit du rock à la télé, ni la première apparition d'Elvis. Cela fait 6 semaines qu'il est n°1 des charts américains avec son single Heartbreak Hotel et 7 semaines avec son premier album. Mais c'est la première fois qu'il va interpréter à la télé son nouveau single, Hound Dog. Plus de 40 millions d'américains sont devant leur poste pour voir le phénomène du moment... et ils ne vont pas être déçus. Fascinés ou scandalisés, oui, mais sûrement pas insensibles au Hound Dog d'Elvis. 

Pour apprécier pleinement cette vidéo et l'événement qu'elle représente, il faut se replacer dans le contexte. Avant Elvis, les chanteurs populaires blancs, c'étaient les crooners. Délicats, sentimentaux, et, surtout... immobiles. Quelques claquements de doigts et mouvement du buste sur leurs titres les plus rythmés, et c'est tout. Puis il y a eu Bill Haley et ses Comets, en 1955, qui, avec Rock around the Clock, signe l'acte officiel de la naissance du rock et son entrée dans les foyers américains :   

 


C'est entraînant, sympathique, la jeunesse adore... mais rien de bien sexy, rageur ou sulfureux. Ce qui n'empêche pas une bonne partie des adultes de trouver cette musique dégénérée, sauvage, bruyante et abrutissante... On imagine alors sans peine leur choc face à l'interprétation qu'Elvis va faire de Hound Dog chez Milton Berle. Une bombe dans l'Amérique puritaine des 50's. Et une bombe sexuelle, car ce qui va provoquer ce scandale, ce sont bien sûr les "déhanchements suggestifs" d'Elvis. Lors du prochain passage d'Elvis à la télé, il sera interdit au réalisateur de le filmer en-dessous de la ceinture... Mais l'intérêt de Hound Dog, ce ne sont pas seulement les mouvements d'Elvis, c'est aussi sa musique. La première fois qu'un blanc se met à danser et bouger comme les noirs, certes, mais aussi à chanter et faire de la musique comme eux. Dans les années 50, la ségrégation était aussi musicale... les noirs avaient leurs propres charts, bien différenciés des charts blancs... et, au fond, qu'ils crient et s'agitent frénétiquement dans leur coin, ça ne dérangeait pas tant que ça les blancs réacs et racistes, ça confirmait aussi leur idée qu'ils restaient des "sauvages"... mais qu'un blanc en fasse autant, c'était déjà beaucoup moins acceptable. Avec le Hound Dog d'Elvis, le rock'n'roll blanc affiche fièrement ses origines noires, il devient plus teigneux, bluesy, "dirty"... Rock around the Clock, à l'image de son auteur, paraît bien lisse à côté.     

En 2010, la danse d'Elvis chez Milton Berle peut nous sembler assez inoffensive, on a vu bien pire, et bien plus subversif depuis dans le rock... mais pour les années 50, elle est nettement plus "scandaleuse" que ne le sera pour les années 70 un type qui bouffe des chauve-souris sur scène. Et, surtout, elle est un acte fondateur : le rock désormais sent le souffre et bouscule les moeurs en vigueur... ce qu'il ne cessera de faire ensuite dans ses plus grandes heures. 
Alors imaginez que vous êtes dans les années 50, que vous ne connaissez que les crooners, la country et que Bill Haley est le truc le plus "excitant" que vous ayez vu à la télé... vous allumez le poste, et vous tombez sur ça :


 



C'est l'occasion aussi de dire un mot sur la première interprète de Hound Dog, Big Mama Thornton (la chanson a été écrite par Leiber & Stoller et Johnny Otis)... sa version, rythm'n'blues, a été éclipsée par celle d'Elvis, mais elle est néanmoins excellente et n'a pas à rougir face à celle du King :

 


Il y a bien sûr eu de nombreuses versions de Hound Dog... une petite playlist avec celles d'Etta James, Jerry Lee Lewis, Little Richard, Clapton, Lennon, Albert King et Johnny Otis :

Découvrez la playlist 0000 Hound dog avec Jerry Lee Lewis




(Je viens de reprendre mon second blog, Music of The Times, et je vais donc, ici, vous livrer un bilan de l'année 1956 très prochainement... mais Hound Dog méritait bien un article qui lui soit exclusivement consacré.)

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