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Classements d'albums

4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 14:03
Mars 2009




El Funcionario, membre du groupe Blue Chill m'a demandé un avis "franc et honnête" sur leur dernier album, Floating Wood... plutôt que de lui donner en commentaire, j'ai préféré lui consacrer un article, ce n'est pas tous les jours qu'on tombe sur un album de qualité dans les musiques libres. Je ne vais pas en faire une chronique, mais surtout tenter de répondre aux interrogations d'El Funcionario....  

1. L'album

- Son

Pour un album réalisé avec les moyens du bord, le son est vraiment bon... on pourra toujours le trouver un peu trop aigu, trouver qu'il manque légèrement de grave et d'ampleur... mais rien de rédhibitoire, le son est tout à fait correct et l'album, de ce point de vue, s'écoute agréablement.

- Compos

Des compos assez inspirées et captivantes une fois que l'on s'y abandonne... Certes, pas de "single de la mort qui déchire sa race", mais de bons morceaux, qui évoluent de manière intéressante, et des mélodies bien trouvées même si elles demandent parfois plusieurs écoutes pour se révéler.

- Interprétation, chant, instrumentation

Si vous trouvez déjà la voix de Thom Yorke trop plaintive, vous aurez du mal avec Blue Chill... sur certains titres, il y a d'ailleurs de vraies similitudes entre la voix de Thom Yorke et celle du chanteur (notamment sur le très beau I am Romeo). Personnellement, je trouve que voix plaintive + son/instrumentation fréquemment dans l'aigu, ça fait parfois un peu trop, on attendrait une basse ou quelque chose qui donnerait une "assise" plus solide, terrienne... mais on perdrait peut-être du côté très éthéré qui caractérise l'album. Il faut tout de même noter que le chanteur sait varier, a une palette plutôt riche qui permet d'éviter la monotonie d'un chant tout le temps dans "l'aigu plaintif"... 
De bons accompagnements de guitare, qui sont à la fois suffisamment folk pour trouver ses repères, et suffisamment originaux et personnels pour que l'on n'ait pas l'impression d'entendre du folk archi-rebattu... et les effets sonores, les effets de voix qui jouent un rôle important dans l'ambiance planante fonctionnent très bien... 

- Style et influences

De l'anti-folk planante et psychédélique, avec quelques influences post-rock. On pense aussi parfois à Radiohead, Matt Elliott, Pink Floyd (ce qui n'est pas pour me déplaire), ou Fleet Foxes, Bon Iver (ce qui me touche un peu moins). Une musique très mélancolique, parfois douloureuse et plombée... mais pas véritablement sombre. Un style tout à fait intéressant, pertinent, moderne...

2. Potentiel du groupe

Blue Chill me semble vraiment ne pas avoir à rougir face aux groupes anti-folk actuels... je les préfère à bon nombre de groupes encensés par la presse... mais voilà, les places sont rares et chères. Bien sûr, la possibilité qu'ils touchent le grand public avec Floating Wood est quasi-nulle... mais je pense que je ne leur apprends rien. Aucune chance d'être invité à Taratata, de recevoir une "victoire de la musique", de passer en boucle en radio... enfin, ce n'est sûrement pas ce qu'ils recherchent. Je dirais bien que c'est un "album qui se mérite"... si je ne craignais pas que cela soit mal interprété...
Leur musique est un peu trop expérimentale, aussi, pour espérer avoir le "succès" et la reconnaissance d'un Fleet Foxes... bref, pas évident pour un groupe comme Blue Chill de s'imposer, mais il y a du potentiel, de la qualité...
A mon avis, le morceau à mettre en valeur, celui qui est le plus "accrocheur" à la première écoute est Whales... qui ne dépareillerait pas sur un album de Matt Elliott

Je conseille particulièrement Floating Wood à Erwan, The man of Rennes... la musique de Blue Chill est assez proche de ses goûts... et entre bretons, ils devraient s'entendre (à moins qu'existe une rivalité qui m'échappe entre brestois et rennais)... ainsi qu'à Yosemite... et à tout le monde, tant qu'à faire, il faut jeter une oreille sur ce bel album. Il est en écoute et en téléchargement libres et gratuits sur jamendo - garanti sans pub audio - aucune raison de s'en priver :

Blue Chill - Floating Wood 


Blue Chill sur Myspace

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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 09:16
2008  -     Ici d'ailleurs

L'excellente chronique du nouveau Matt Elliott publiée par Thom m'a fait dire qu'il n'était pas la peine que j'en rajoute... mais voilà, c'est tout de même Matt Elliott, un de mes artistes favoris, impossible de ne pas dire un mot de son nouvel album. D'autant plus que j'ai fait la chronique des deux précédents (Drinking Songs et Failing Songs), je n'allais pas laisser tomber le dernier de la "trilogie des Songs". 

Pour en savoir plus sur ce magnifique disque, n'hésitez pas à aller lire Thom, je vais me contenter de répondre à cette question que personne ne semble se poser (ça, c'est de l'accroche)... quelle est l'esthétique de Matt Elliott, et en quoi est-elle pertinente...  

Il existe 3 types d'artistes... ceux qui se contentent de s'inscrire dans un style, ceux qui apportent quelque chose de nouveau à ce style, et ceux qui, comme Matt Elliott, s'en inventent un. Bien sûr, on peut parfaitement s'inscrire dans un style en ayant une "signature" tout à fait personnelle... tout comme on peut inventer un style sans aucun intérêt. Suffit pas de faire du neuf en mélangeant divers vieux éléments pour créer une musique qui mérite l'attention. Encore faut-il que ce style soit convaincant et pertinent. Sinon, ce serait trop facile... il est à la portée de n'importe quel crétin de créer du neuf. Par exemple, je prends une grille de blues, je la joue au clavecin, je greffe par dessus des mélodies pop avec quelques solos de cornemuses et j'accompagne tout ça d'une rythmique techno... certes, ce sera "original"... mais quel intérêt ? Tout ce que ce mélange risque de donner, c'est une musique totalement grotesque.

Matt Elliott, lui, a véritablement réussi à créer un style très personnel et cohérent, fait à base d'influences tziganes, voix traînantes et fantômatiques, atmosphères comateuses, belles mélodies, gravité et profonde mélancolie. En quoi ce style serait-il alors "pertinent" ? 

La différence entre un artiste et un artisan, c'est que l'artiste ne se contente pas de faire du "bel ouvrage", il a cette sensibilité particulière qui lui permet - consciemment ou pas - de nous "dire" quelque chose du monde, quelque chose qu'on ne voit généralement pas, où que l'on tente de masquer. Une des grandes fonctions de l'art, c'est de révéler ce que la société dans laquelle il s'inscrit cherche à cacher. Non pas à la manière "brute" d'un journaliste qui balance un scoop et relate des faits, mais en traduisant cela sous une autre forme, une forme "artistique".

L'auditeur distrait, après quelques écoutes des albums de Matt Elliott pourrait se dire "mouais, c'est du folk/tzigane, c'est joli, émouvant, certes, mais ce n'est en rien moderne..." Au contraire.
Nous vivons dans une époque frénétique, où tout va très vite, où le web a transformé les habitudes de communication et de consommation, où tout le monde avec une simple connection dispose d'un accès libre, immédiat et considérable à la culture, au divertissement, à la connaissance et peut s'exprimer assez facilement. Mais les tubes pop/r'n'b' hédonistes et entraînants aux prods luxuriantes matraqués par les radios ne sont que de l'évasion... ils ne dévoilent pas la réalité, ils contribuent à la voiler par ce nouvel "opium du peuple". Car sous cette apparente frénésie, cette abondance, le monde actuel est terriblement pesant. Perte de la foi en l'avenir, perte des repères, des valeurs, des croyances (ou renfermement dans l'esprit "communautaire"), désastre écologique, cynisme, fébrilité, traumatisme du 11 septembre... d'une certaine manière, cette pesanteur moderne, Matt Elliott la sublime.

Ces voix fantômatiques, celles d'une génération dont l'existence est de plus en plus virtuelle, ces morceaux qui commencent par de belles mélodies mélancoliques et se terminent sur des guitares rêches, hypnotiques et chaotiques (que l'on ne retrouvait que peu dans les deux albums précédents et qui durcissent le ton de la musique de Matt Elliott dans Howling Songs), comme si l'on ne pouvait faire autrement que de s'enfoncer toujours plus... Bien sûr, il ne suffit pas de faire une musique "pesante" pour qu'elle soit intéressante, moderne et pertinente d'un point de vue esthétique... après, il y a le style et tout le travail de l'artiste... qui arrive à faire passer avec élégance et subtilité toute cette lourdeur. Il est à la portée de n'importe quel musicien de faire de la musique "sombre et lourde", mais il est beaucoup plus complexe - et artistique - d'être capable de véhiculer sans compromissions cette noirceur et cette gravité avec élégance, finesse et beauté. Il y a chez Matt Elliott, une parfaite alchimie, la beauté mélodique ne vient pas amoindrir la saisissante noirceur de l'ensemble, c'est la noirceur qui en devient encore plus sensible et fascinante...

Mettre la pesanteur en musique, c'est comme filmer l'ennui... tout le monde peut le faire. Mais ce qui différencie les vrais artistes des autres, c'est qu'ils sont capables de filmer l'ennui sans être ennuyeux, et, comme le fait ici Matt Elliott, de mettre la pesanteur en musique sans être lourd. 

Trois morceaux en extrait :    


Découvrez Matt Elliott!


L'album en écoute intégrale sur Jiwa

Matt Elliott - Howling Songs

1/ The Kübler-Ross Model (11:32)

2/ Something About Ghosts (6:54)

3/ How Much In Blood ? (1:47)

4/ A Broken Flamenco (5:17)

5/ Berlin & Bisenthal (3:00)

6/ I Name This Ship Tragedy, Bless Her & All Who Sail With Her (6:32)

7/ The Howling Songs (4:43)

8/ Songs For A Failed Relationship (2:17)

9/ Bomb The Stock Exchange (4:22)

Matt Elliott sur Myspace 


La chronique de Thom

Mes précédents billets sur Matt Elliott :

Failing Songs
Drinking Songs
     
Howling Songs dans les
meilleurs albums 2008

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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 11:47
Folk-rock        Red Eye 2007  ****

Très bonne idée que celle d'arbobo : demander à tout le monde de partager sa découverte 2007. Pour ma part, malgré tout le bien que j'ai déjà dit de Thief, je pense que mon choix se portera sur Michael J. Sheehy. Même si on ne peut dire qu'il ait une gueule de "révélation de l'année". Il a joué durant les années 90 dans le groupe rock Dream City Film Club, puis s'est lancé dans une carrière solo et ce Ghost on The Motorway est déjà son 4° album. De plus, sa musique n'est sûrement pas le nouveau son "catchy" de l'année, elle aurait pu être écrite il y a 30 ans, 10 ans, ou dans 50 ans. Ce qui est un compliment venant de moi, j'aime les musiques intemporelles, les musiques sans date de péremption, et nul doute que je pourrais toujours écouter cet album dans 40 ans avec autant de plaisir. 
Pourquoi, alors, en faire ma "découverte 2007" ? Parce que je n'en avais jamais entendu parler jusque-là, et de ce que j'ai vu en cherchant des infos sur lui, je suis loin d'être le seul. Profonde injustice que l'anonymat dans lequel il se trouve, et si les blogs musicaux ont une utilité, c'est de contribuer à leur modeste niveau à faire découvrir des albums de très grande classe et de très grande qualité que l'industrie du disque ne trouve pas suffisamment "tendances".
 
Mais venons-en à l'essentiel, l'album. Que dire, sinon que tout est dans le titre ? Bien d'autres choses, heureusement, mais il est vrai que le titre est parfaitement raccord avec l'ambiance de l'album. L'équivalent musical du road-movie. De la road-music, en quelque sorte. Mais pas n'importe laquelle, pas celle qui s'écoute cheveux aux vents et pieds au plancher sous un soleil de plomb. C'est même tout le contraire, l'anti-Born to be wild. Un voyage nocturne, mélancolique, au ralenti, dans un état fantômatique ou semi-comateux, mais toujours sur de grandes routes américaines avec de fréquents arrêts alcoolisés dans les bars louches. Je pourrais recopier ici ce que je disais sur So Tonight that I might See de Mazzy Star ou Highway 61 de Dylan, on est dans ce Ghost On The Motorway au coeur de l'Amérique des grands espaces, à partager un verre de bourbon avec des marginaux qui vous livrent leurs peines, loin de Paris Hilton et des paillettes. L'Amérique chantée par Dylan, Johnny Cash, Tom Waits, Springsteen, Nick Cave (qui n'est certes pas américain, mais Sheehy non plus, il est irlandais)... avec une petite différence, on ne retrouve pas les aspérités de ceux-là dans la voix de Sheehy, très agréable et fluide.   
Pour décrire l'album, rien de plus simple, suffit d'aller piocher dans la liste des modèles et grandes influences que donne Sheehy : Elvis Presley, Hank Williams, Bob Dylan, Patti Smith, Nina Simone, Townes Van Zandt, Tom Waits, Nick Cave and the Bad Seeds, Leonard Cohen, Will Oldham, Van Morrison, John Lee Hooker, Tindersticks, Smog, Cat Power, P.J.Harvey, Iggy Pop, Dean Martin, Nick Drake, Tim Buckley, David Lynch, Sergio Leone, William Faulkner...

Ghost on the Motorway, c'est un subtil et envoûtant mélange de toutes ces nobles influences, réunies dans des atmosphères rêveuses et vaporeuses... Sheehy n'est pas le seul à se revendiquer de ces artistes. La différence avec d'autres... c'est que non seulement il a su s'inspirer d'eux avec bonheur, mais il ne démérite pas face à ses modèles. Ce qui est, pour le coup, bien plus rare. On ne compte plus les chanteurs qui citent des Dylan, Tom  Waits et autres Leonard Cohen à tour de bras... sans que leur musique n'ait le moindre rapport avec eux, et sans arriver au quart du millième de leurs chevilles. Bon, il serait excessif de voir en Michael J. Sheehy le nouveau Leonard Cohen... mais il n'aurait pas à rougir, après un si bel album, de se retrouver au milieu de cette liste.  

Difficile de trouver des titres de Ghost on The Motorway, et même quasi-impossible, puisque les morceaux qu'il laisse sur myspace ne sont bizarrement pas ceux de son dernier album (et je trouve ces morceaux nettements moins bons que ceux de Ghost...

Alors puisqu'il faut tout faire soi-même... je vous ai uploadé l'excellent Break In the Clouds qui ouvre l'album :

Michael J. Sheehy - Break in The Clouds

Et, pour la route, un petit 2°, le non-moins excellent (que dis-je, le sublime !) Company Man, basé sur le même arpège à la guitare (dans une autre tonalité) que celui de la célèbre musique de Morricone dans Pour Une Poignée de Dollars (la preuve avec le son, ici

Michael J. Sheehy - Company Man

Il est possible que les 2 titres mettent quelques secondes pour se lancer... mais ils valent vraiment cette légère attente. 

Michael J. Sheehy - Ghost on the Motorway

1. Break in the Clouds 
2. Curse the Day 
3. Crawling Back to the Church 
4. Retread the Dry Bony Ground 
5. Bloody Nose 
6. New Orleans 
7. Torriano Avenue 
8. Song for Davy 
9. Company Man 
10. Ghost on the Motorway 
11. So Long Sorrow Town 
12. Son of Blue Moon

 
Les Albums de 2007

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