Comme vous avez pu le constater, ce blog tourne un peu au ralenti ces temps-ci... moins d'articles, des réponses aux commentaires qui se font attendre, pas de temps pour laisser des messages sur vos blogs... et ça va être encore pire le mois qui vient, je serai totalement débordé.
Il y aura bien quelques classements des blogueurs, qui me demandent très peu de temps... mais pas grand chose d'autre. Par contre, dans un mois, ça repartira en trombe, j'ai quelques idées et projets qui devraient vous intéresser (ça, c'est du teasing... jeune blogueur, si tu dois mettre ton blog en pause pendant un petit moment, pense à toujours faire croire à tes lecteurs que tu reviendras avec de grandes surprises, histoire de garder quelques lecteurs).
L'occasion de vous laisser une chanson de circonstance (pour le titre, pas le texte, heureusement), A Question of Time de Depeche Mode, un des 2-3 morceaux qui a le plus hanté ma jeunesse...
Ne vous fiez pas au jeu de mot facile du titre, le sujet est grave et particulièrement inquiétant.
Jérome Bourreau est (enfin, était) "responsable du pôle innovation web" chez TF1. Il écrit une lettre à sa député, Françoise de Panafieu, afin de lui expliquer pourquoi il est contre cette loi. De Panafieu n'ayant pas les arguments pour lui répondre, demande de l'aide au ministère de la culture en lui transmettant ce mail. Un collaborateur d'Albanel le transmet à son tour à TF1, et TF1 le licencie sur le champ. En aucun cas Jérome Bourreau n'a prétendu parler au nom de TF1, il n'a pas utilisé son adresse mail professionnelle mais privée, et n'a donc en rien engagé TF1 dans ce message.
TF1 expliquera plus tard qu'elle lutte depuis un moment contre le piratage, qu'elle soutient la loi Hadopi, et qu'il est donc incompatible d'être responsable du site internet du groupe et d'être anti-Hadopi. Pourtant, TF1 n'a jamais publiquement donné son soutien à la loi... par contre, elle l'a fait de manière insidieuse, avec des reportages dans ses journaux très partiaux (pour 5 députés pro-Hadopi interviewés, vous n'en trouviez qu'un contre le projet de loi).
Le licenciement d'un employé pour ses opinions politiques - opinions qu'il exprime en-dehors du cadre professionnel - et un ministère qui renvoie à une entreprise un mail privé d'un employé, ce sont des procédés dignes de dictatures, et scandaleux dans une démocratie.
Un ministre de la culture est censée maîtriser un minimum la langue, et connaître ses subtilités... et deux déclarations d'Albanel ont de quoi inquiéter :
- Elle a dit que la réaction de TF1 était "très exagérée"... si elle pensait que TF1 n'aurait pas dû avoir de réaction du tout, elle n'aurait pas employé ce terme... elle aurait dit "la réaction de TF1 est scandaleuse / déplacée / choquante / incompréhensible..." il y avait le choix dans les termes. Pourquoi "très exagérée" ? TF1 aurait dû en faire un peu moins, se contenter d'une petite mise à pied, d'une retenue sur le salaire, d'un déclassement dans la hiérarchie ? La réaction de TF1 n'est pas "très exagérée", elle n'a tout simplement pas lieu d'être. Un citoyen a le droit d'interpeller en privé son député sans que son employeur soit au courant et ne prenne la moindre sanction (à moins que le citoyen menace de faire sauter son entreprise si le député ne va pas dans son sens, ce qui n'est absolument pas le cas ici).
- Il y a peu, Albanel déclarait aussi qu'elle avait la "conviction" que cette loi ne nuirait pas aux libertés. Etrange, tout de même, de parler ici de "conviction". C'est elle qui porte la loi, qui devrait en connaître toutes les implications et les conséquences, et qui devrait savoir mieux que quiconque si cette loi nuit ou non aux libertés... Qu'elle nous dise "je vous assure / certifie qu'Hadopi ne nuira pas aux libertés individuelles", mais pas qu'elle en a juste la "conviction". Ses convictions, ce n'est pas notre problème... Dire "j'ai la conviction que ça va marcher" plutôt que "ça va marcher", c'est signifier "rien n'est vraiment sûr, je n'engage que ma subjectivité, mais j'y crois". Pas très rassurant.
On a taxé de "parano" ceux qui parlaient des risques de flicage avec Hadopi, d'infos d'ordre privé qui pourraient remonter au gouvernement... mais quand on voit qu'au sein même du ministère de la culture, on transmet à une entreprise un mail de ses employés, mail qui aboutit à un licenciement, il y a vraiment de quoi craindre les abus du gouvernement. Albanel est extrêmement mal placée pour prétendre nous assurer qu'il n'y aura aucune dérive de ce genre, puisque cela existe dans son propre cabinet, parmi les collaborateurs qu'elle a choisi.
Pourtant, si tout cela a quelques petits arrières goûts de dictature, le problème de base reste l'incompétence. A tous les niveaux de cette triste affaire il n'y a que des incompétents... le seul qui ne le soit pas, c'est celui qui se fait virer : - En tant que responsable du pôle innovation web de TF1, Jérome Bourreau a sûrement des arguments intéressants sur Hadopi. Problème : il s'adresse à un député qui n'y connaît pas grand chose et demande de l'aide au ministère de la culture. Il paraîtrait - ça n'étonnera personne - que son message, assez précis et pointu, est passé par de nombreux collaborateurs de la ministre, puisque personne ne savait vraiment quoi répondre. - Transmettre ensuite le mail à TF1, c'est une faute grave. Albanel a beau "déplorer" la sanction de TF1, rien ne se serait passé si son ministère avait agi correctement. Un état qui fait dans la dénonciation d'opinions personnelles d'un salarié à son employeur, c'est très préoccupant (le mot est faible). - Les explications de TF1 ne tiennent pas une seconde, car être contre Hadopi ne signifie en rien être favorable au téléchargement illégal. De nombreuses personnes sont opposées à cette loi parce qu'elle comporte de vrais risques d'atteintes aux libertés individuelles, parce que toute personne qui a un minimum de connaissances informatiques sait qu'on peut pirater des adresses IP. Preuve aussi qu'avant de s'engager contre Hadopi, TF1 n'a même pas pris la peine de consulter son "responsable de l'innovation web"... c'est dire si ça ne repose sur rien de très réfléchi, il y a fort à parier que leur position soit purement politique.
Une longue chaîne d'incompétence et de négligences, à l'image de cette loi et de ceux qui la défendent.
On connaissait le cliché du peuple pas toujours très au fait de la complexité géopolitique, de la nécessité de telle ou telle mesure qu'il ne comprend pas car chacun ne voit que son petit intérêt au lieu de l'intérêt général, là où les gouvernants et l'élite en ont conscience... Avec Hadopi (comme DADVSI), c'est exactement l'inverse. Des politiques, patrons de majors, grands médias, incapables de comprendre la complexité de la situation, l'absurdité ou l'obsolescence de leurs réponses face à un phénomène que des millions d'internautes saisissent bien mieux... et lorsqu'un type qui s'y connaît a le malheur d'interpeller son député sur les imperfections de la loi, il en perd son emploi.
Vous me posez une question ? Je vais vous donner la réponse.
Prononcez cette phrase, vous verrez que votre voix monte jusqu'au point d'interrogation, et après une légère suspension, redescend pendant la deuxième phrase. Bien sûr, vous pouvez faire l'inverse... descendre jusqu'au point d'interrogation, puis remonter. Mais c'est beaucoup moins courant, moins "naturel". Cette "courbe" que suit votre voix, c'est celle qu'on retrouve le plus souvent dans les mélodies. Si l'on parle de phrase mélodique ou musicale, ce n'est pas un hasard, il existe de vraies similitudes entre le langage "parlé" et la musique...
Dans la musique baroque, les phrases musicales ont tendance à s'étendre ; on brode, on ornemente, les motifs se déploient, soutenus par une "basse continue" (que l'on pourrait considérer comme l'ancêtre de la walking bass du jazz). Un exemple, avec contrepoint et entrées en canon :
Alessandro Scarlatti - Concerto grosso n°1 en Fa mineur :
Les musiciens de la période "classique" (deuxième partie du XVIII°, Haydn, Mozart, Beethoven) auront une conception beaucoup plus symétrique et "carrée" de la musique. Des phrases plus courtes, claires, équilibrées, des coupures plus nettes, des variations rythmiques pour que l'on distingue plus facilement les différentes phrases. Le "cas classique", c'est un thème de 4 mesures, qui se subdivise en deux parties de deux mesures... elles-mêmes divisibles en deux groupes d'une mesure. Cela existait parfois auparavant (notamment chez le génie de l'architecture qu'est Bach), mais c'est véritablement avec les "classiques" que cela deviendra quasi-systématique et que la musique sera beaucoup plus structurée. Les deux parties symétriques des thèmes classiques seront appelées antécédent et conséquent (on utilise aussi ces termes dans les fugues). L'antécédent et le conséquent correspondent à des questions/réponses. En général, on a : Antécédent, question : première partie du thème, souvent ascendante, qui s'arrête brièvement sur une "suspension"... Conséquent, réponse : deuxième partie, on redescend, on résout en terminant sur la note initiale.
Un exemple avec un des airs les plus connus de Mozart, la "marche turque" (rondo de la sonate n°11) :
De 0'00 à 0'04 une "question", avec cette phrase qui monte, se suspend légèrement De 0'04 à 0'07 la réponse, avec la descente.
Autre air célébrissime s'il en est, celui du choeur de la IX° de Beethoven :
Ce qui est intéressant ici, c'est de voir comment on peut subdiviser... à l'intérieur de "questions", on a déjà des réponses :
A : de 0'02 à 0'17 a : 0'02 à 0'09 b : de 0'09 à 0'17
B : de 0'17 à 0'32 a : 0'17 à 0'24 b : 0'24 à 0'32
Et l'on peut encore subdiviser les a et b, qui montent et descendent dans la partie A surtout...
Encore Beethoven avec le 3° mouvement du concerto n°3 pour piano :
De 0'00 à 0'04 : la "question", l'antécédent avec cette petite suspension De 0'05 à 0'08 : la "réponse", le conséquent... qui reprend la question pour la conclure.
Bien entendu, les "questions/réponses" en musique existaient déjà avant les compositeurs classiques... mais on leur doit une perfection structurelle et symétrique.
Le plus connu des airs tziganes, Les Yeux Noirs... un thème qui monte dans sa première partie (0'00 à 0'08)... et redescend dans la seconde (0'08 à 0'14).
Les jeux de "questions/réponses" se retrouveront dans les musiques afro-américaines marqués par une double-origine, celle des musiques africaines, et des musiques occidentales (notamment les psaumes). A l'origine des musiques afro-américaines, il y a les "work songs" (où les esclaves chantaient pour supporter la pénibilité de leur tâche, l'un a la voix principale, les autres répondent) et surtout les chants religieux. Le "preacher" donne l'impulsion, harangue les fidèles, qui lui répondent.
Dans le célèbre Negro Spiritual, Go Down Moses, on a ce jeu de question/réponse, montée/descente, qui se rapproche de l'idée d'antécédent et conséquent classique :
Couplet : Question : When Israel was in Egypt Land Réponse : Let my people go ! etc...
Refrain Q : Go down Moses, way down in Egypt Land R : Tell all Pharaoes to let my people go
(Dans les exemples de chansons qui suivent, les "questions/réponses" de la mélodie ne correspondent pas forcément à des "questions/réponses" dans le texte).
Les questions/réponses sont omniprésentes dans le blues. Sa structure même - la grille de blues - appelle ce type de jeu (l'occasion d'un prochain article pour l'examiner en détail). Un des cas les plus fréquents, c'est d'avoir une "question" à la voix et une "réponse" à l'instrument (guitare, en général). Mais les questions/réponses sont aussi dans le chant, comme sur Got my Mojo Workin' de Muddy Waters.
Muddy Waters -Got my mojo workin'
Q : Got my mojo workin' but it R : Just don't work on you etc...
Je ne vais pas m'arrêter sur le cas du jazz, dans lequel il est évident que les instruments ne cessent de se répondre, mais plutôt sur ce dont on parle le moins, les questions/réponses dans le rock et les musiques populaires actuelles. On pourrait imaginer qu'une chanson qui va marquer se distingue par une tournure mélodique particulièrement originale... mais non, comme on va le constater, on retrouve le plus souvent ce même type de question/réponse, qui se rapproche des antécédents et conséquents classiques.
Elvis Presley - Hound Dog
Sur une grille de blues,
Q : You aint nothin but a Hound Dog R : Cryin all the time etc...
Une des phrases les plus célèbres de l'histoire du rock, "I shot a man in Reno Just to watch him die" sur Folsom Prison Blues de Johnny Cash :
Q : I shot a Man in Reno R : Just to watch him die
Dylan, lui, aime les mélodies descendantes... sur 4 de ses morceaux les plus connus (Blowin'in the wind, Mr. Tambourine Man, Knockin'on Heaven's Door, Hurricane), la mélodie principale commence par une descente.
The answer my friend, is blowin in the Wind Hey Mr Tambourine Man Knock, knock, knockin on heaven's door Here comes the story of a Hurricane
Chantonnez ces 4 phrases, elles descendent toutes d'une manière assez similaire. Mais on retrouve tout de même des questions/réponses dans les mélodies de ces morceaux.
Like A Rolling Stone
Refrain : la "question", c'est le "How does it feel ?", répété deux fois, et la réponse "To be on your own etc...". Ce qui est intéressant, c'est que la première fois, cette réponse reste "interrogative", Dylan monte sur les fins de phrases... mais au 2° refrain, on a les "réponses", il descend cette fois sur les fins de phrases. La question (How does it feel ?" étant répétée deux fois, il intercale - comme les bluesmen - des réponses à l'instrument, c'est l'orgue qui joue une mélodie descendante après les "How Does It feel ?". On a donc des "réponses instrumentales" dans la question. Comme on le trouve souvent dans le blues, il y a ici une question à la voix et une réponse à l'instrument... pas à la guitare, mais à l'orgue.
Beatles
Il faudrait un article, et un long (voire plutôt une thèse) pour détailler la richesse des mélodies des Beatles... il n'empêche qu'on y retrouve encore ces questions/réponses :
Q : Is there anybody going to listen to my story R : All about the girl who came to stay
Comme dans la mélodie de "l'Hymne à la Joie" de la IX° de Beethoven (et de nombreuses oeuvres classiques), on peut subdiviser les questions et les réponses, elles contiennent leurs propres questions/ réponses : on monte sur "Is there anybody going" et on redescend sur "listen to my story", on monte sur "all about the girl" et on redescend sur "who came to stay". Pourquoi "all about the girl who came to stay" ne serait pas une autre phrase, indépendante, en question/réponse ? Tout simplement parce qu'après "my story", on reste en suspension, la mélodie n'est pas close, on attend la suite.
Q : I read the news today oh boy R : About a lucky man who made the grave
Quelques similitudes avec la mélodie précédente, la question initiale comporte déjà une réponse : après la montée jusqu'à news, on a une légère redescente... et la réponse "About a lucky man..." est plus sinusoïdale, des montées et descentes avant de terminer sur une petite remontée pour revenir au point de départ.
Rolling Stones -(I can't get no)Satisfaction Le riff est une "question/réponse", très simple, comme la plupart des riffs... montée, légère suspension, puis redescente. Idem dans le chant : Q : I can't get no R : Satisfaction
Les Stones ne trouvent peut-être pas de "Satisfaction", mais musicalement, ils nous la donnent puisqu'ils apportent chaque fois la réponse.
Rolling Stones - Paint it Black
Pas de suspension ici entre la question et la réponse, la mélodie orientalisante - comme c'est souvent le cas dans les musiques orientales - est en "continu"... mais on retrouve tout de même cette montée et redescente.
The Doors -Five to One
Q: Five to one baby R : One in five
Symétrie dans la mélodie mais aussi dans les paroles, avec "baby" en suspension. (A noter que le chant de Light my Fire n'est basé que sur des mélodies descendantes...)
Velvet - Venus in Furs
Q : Shiny Shiny R : Shiny boots of leather etc...
Une phrase en montée "Shiny Shiny", suivie de la descente "Shiny boots of leather"... par contre, juste après, il y a deux montées Q : Whiplash girchild R : In the dark
Ce qui permet de rompre un peu la monotonie de ce morceau hypnotique et plombé - mais néanmoins génial - avec une petite tension (remontée dans la réponse, la réponse devient elle-même question)... ensuite, sur le refrain, on retrouve le même procédé de montée/descente.
Hendrix - Purple Haze
Premier riff typique : on monte puis on descend... sauf la dernière fois, où il y a une remontée (ce qui permet de donner l'impulsion pour la suite). Dans le chant : Q : Purple haze R : All in my brain etc...
Pink Floyd - The Gnome
Q : I want to tell you a story R : 'bout a little man, if I can
Syd Barrett était peut-être fou (enfin, pas totalement à cette époque), il savait être parfaitement carré... il nous interpelle avec "I want to tell you a Story" sur une courbe ascendante, puis donne la "réponse" en descendant...
Q : There's a lady who's sure, all that glitters is gold R : And she's buying a stairway to heaven
Un cas intéressant... des réponses à l'intérieur de la question : on monte sur 3 notes "there's a la-" on descend sur les 3 autres "-dy who's sure", même chose pour "all that gli-" "tters is gold"... deux questions/réponses dans la question, mais on est dans une question, la phrase n'est pas close, elle a une courbe ascendante... puis on monte au début de la réponse "And she's buy-" pour mieux redescendre jusqu'au point de départ "-ing a stairway to heaven".
David Bowie - Andy Warhol
Un de mes riffs favoris... pourtant, un riff tout simple, on monte (0'50 à 0'55), on reste suspendu un petit moment, puis on redescend.
Chez Bowie, on trouve aussi une célébrissime mélodie qui fait le chemin inverse, celle du couplet de The Man Who Sold the World. On descend sur la question ("We passed upon the stair") puis on remonte pour la réponse ("we spoke of was and when"). Le refrain, par contre, reprend la courbe la plus habituelle...
Q : Who Knows ? Not me R : We never lost control (2° refrain)
Marvin Gaye - What's Going on
Q : Mother, Mother R : There's too many of you cryin'
Et dans le refrain, les "What's Going on" sont des questions/réponses....
Un exemple très simple, et une parfaite illustration de ces questions/montées, réponses/descentes
Q : Get Up, Stand Up R : Stand up for your rights etc...
The Clash -London Calling
Les punks et Haydn, même combat : on monte sur la question ("London calling to the faraway town"), petite suspension, et on redescend sur la réponse ("Now that war is declared, and battle come down). On monte vers les "faraway towns", et on termine la descente sur "come down"... une vraie cohérence parole/musique.
Sonic Youth -Silver Rocket
Qui dit Sonic Youth dit "déstructuré"... pourtant, on retrouve encore cette même logique de questions/réponses, par exemple sur le furieux Silver Rocket... dans les riffs, puis dans le chant :
The Smiths - How Soon is now ?
Q : I am the son, I'm the heir R : Of a shyness that is criminally vulgar
Michael Jackson - Beat It
Encore un riff basée sur une montée et une descente très simples, et lors du refrain, les "beat it" se répondent un peu comme le faisaient les "What's Going on" de Marvin Gaye.
PJ Harvey -The Sky Lit Up
Couplet : Q : I'm walkin' in R : The city tonight
Refrain : Q : The Sky R : Lit Up
Radiohead -Paranoid android
Morceau original et marquant... mais la courbe mélodique est ici très "classique", une belle montée pour la question ("Please could you stop the noise") et la réponse continue la montée avant de redescendre ("I'm trying to get some rest").
Radiohead - Everything in its right place
Une chanson qui semble vraiment loin du blues ou de Dylan... pourtant, elle fonctionne un peu comme Like A Rolling Stone... la question est répétée, ici 4 fois (2 seulement chez Dylan, Everything in it's Right Place plus fort que Like a Rolling Stone...), avec une réponse répétée 4 fois aussi, parfaite symétrie :
Q : Everything (montée) R : In its right place (descente)
Comme sur Like a Rolling Stone, il y a tout de même une réponse instrumentale, après chaque "Everything" - et "In its right place", mais des réponses qui montent).
Deux des tubes rock de ces 15 dernières années :
Placebo -Every you Every me
Un riff qui monte et redescend, puis : Q : Sucker love is heaven spent R : You pucker up our passion's spent etc...
La courbe mélodique du riff est surtout descendante, malgré une petite montée au départ, mais dans le chant, on retrouve ces questions/montées, réponses/descentes.
Q : I'm gonna fight'em off R : A seven nation army couldn't hold me back... etc...
Même dans les musiques qui semblent les plus expérimentales, on retrouve des jeux de questions/réponses... la valse des 5 pièces pour piano op. 23 de Schoenberg est considérée comme la première oeuvre "sérielle dodécaphonique" de l'histoire... plus de Ier et Vème degré pour créer ces jeux de suspension, de tension/détente... pourtant, écoutez-là, vous verrez qu'on peut parfaitement y entendre des "questions/réponses".
Aphex Twin - Bucephalus Bouncing Ball
Pas de mélodie au sens usuel du terme, pourtant, le "thème" de départ peut se diviser très simplement et de manière symétrique en question/réponse, avec ce motif qui se tend et se détend rapidement pour revenir au point de départ.
Dans le parlé-chanté du rap, on retrouve aussi ces mêmes questions/réponses, avec une petite montée de la voix, puis une redescente.
Public Enemy - Rebel without a Pause
Trois vers avec une montée, puis le 4° apporte la réponse en descendant.
Un dernier exemple, Massive Attack - Karmacoma :
Couplet : Q : You sure you want to be with me I've nothin to give R : Won't lie and say this lovin's best
Refrain : Q : Karmacoma R : Jamaica an Roma
Si, en musique, ce système de question/réponse fonctionne à merveille, c'est parce qu'il nous "parle". Certains diraient que sa proximité avec le langage est ce qui nous permet de mieux saisir la musique, que la musique imite - et transcende dans le même temps - avec ses moyens, le langage... mais qui nous dit que le langage était présent avant la musique ? Selon Rousseau, les hommes chantaient avant de parler. Non pas comme à l'opéra ou dans les comédies musicales, bien sûr... mais la communication passait par les sons, les intonations, avant que ne se développent les langues. Ce serait donc plutôt le langage qui suit une certaine "musicalité"...
Toute la musique se base sur un système de tension/détente... comme tout film, série, roman... même les infos (on commence par le plus anxiogène, de manière à maintenir le spectateur dans la tension, pour qu'il reste figé devant son écran... puis on termine par le plus relaxant, paisible, pour faire retomber la tension, et laisser son cerveau disponible à coca-cola...) Le système de tension/détente est au coeur de toute oeuvre, on captive l'attention, puis on offre la satisfaction de la résolution (si les enquêtes policières fascinent tant, c'est parce qu'elles répondent au mieux à ce système). Et ce phénomène de tension/détente, qui est présent dans toutes les musiques, c'est encore un jeu de "questions/réponses"... on est tendu parce qu'on est "questionné", interpellé, face à quelque chose qui nous interroge... puis détendu lorsqu'il y a une réponse, une résolution.
Une fois qu'on l'a compris, ce jeu de questions/réponses dans les phrases mélodiques peut sembler évident. Pourtant, peu de gens en ont véritablement conscience. On dit souvent que la musique nous "interroge", ou répond à nos attentes, nos besoins... mais elle le fait au sens propre, dans la courbe de ses mélodies...