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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 19:52
"La musique, ça ne s'explique pas, ça parle directement à nos émotions, nos sensations, notre coeur". Voilà bien un des avis les plus répandus sur la musique. Mais surtout une vision romantique dépassée. Car les émotions et sensations ne sont pas déconnectées de la raison. L'opposition "raison/émotion" (que l'on retrouve dans l'opposition classique/romantique) n'est plus acceptable, on sait bien que l'un va avec l'avec autre. Même sans être féru de psychanalyse, on ne peut nier que l'émotion a sa "raison", sa logique, on n'est pas touché ou ému sans "raisons". Par exemple... contrairement à ce que dit le vieux cliché, l'amour n'est pas aveugle. Si vous êtes beau, intelligent, sympathique, drôle, prévenant et riche, vous aurez beaucoup plus de chances de susciter l'amour que si vous êtes moche, con, désagréable, sinistre et pauvre. J'enfonce une énorme porte ouverte, mais c'est pour briser la plus petite, tenace, qui voudrait nous faire croire qu'émotion et raison sont distincts et se confrontent, et que la musique pourrait parler à l'une sans parler à l'autre. Les émotions ne viennent pas de nulle part, ne sont pas figées, mais évoluent de manière... "rationnelle". Vous pouvez, sans trop l'expliquer, vous sentir bien avec une personne, mais selon ses comportements au fur et à mesure de votre relation, vos émotions fluctueront. Bien souvent de manière extrêmement logique : plus elle se montrera désagréable avec vous, moins vous l'aimerez. C'est aussi bête que cela (à part pour quelques masos, mais c'est une autre histoire... qui s'explique aussi par la raison).
L'amour n'est pas que de "l'émotion pure", et il n'y a aucune raison de considérer que l'art le soit. Nous sommes faits de raison et d'émotion, qui ne sont pas deux parties inconciliables, mais plutôt des ingrédients qui se mélangent et constituent l'alchimie de l'être humain.

Même si vous n'êtes qu'un auditeur "occasionnel" de musique, qui se laisse juste emporter par telle ou telle chanson sans chercher à vous l'expliquer ni la comprendre "intellectuellement"... votre raison intervient dans l'écoute, dans le rapport que vous créez à la musique. Tout comme elle intervient - un niveau plus ou moins conscient - dans nos émotions. 

Considérer que la musique serait avant tout de l'émotion, ce n'est qu'un point de vue, qui s'inscrit dans un contexte socio-historique particulier et nous vient du romantisme. Dans l'antiquité grecque comme au Moyen Age, la dimension scientifique de la musique était fondamentale (voir, par exemple, La musique au Moyen Age). La première expérience de physique importante... est une expérience acoustique et musicale, que l'on doit à Pythagore. En étudiant la vibration de cordes (certains pensent qu'il a commencé avec l'étude du poids des marteaux en fonction du son qu'ils produisaient), il en a déduit les bases de ce que sera l'acoustique, et a théorisé les intervalles, les "hauteurs de sons", en leur donnant une assise scientifique. Pour les grecs, comme au Moyen Age (et même encore chez Bach), la musique, c'est "l'art des nombres"... Musique, mathématiques et métaphysique sont liés, l'harmonie des nombres (mathématiques) s'exprime dans la musique et reflète l'harmonie du monde, la perfection divine et cosmique. Cette vision de la musique dans la Grèce antique est toujours la règle au Moyen Age, où la musique ne fait pas partie du "trivium", les arts du langage (dialectique, rhétorique, grammaire), mais du quadrivium : mathématiques, géométrie, musique, astronomie. La musique a donc plus à voir à cette époque avec les maths et la géométrie qu'avec la poésie ou la peinture. Mais la fin du Moyen Age n'est pas pour autant la fin de cette vision "scientifique" de la musique. On connaît l'importance du nombre dans la musique de Bach, qui relie elle aussi le nombre au divin par la musique. Un autre des plus célèbres compositeurs du XVIII° siècle, Jean-Philippe Rameau, se considérait autant comme théoricien que musicien, il a écrit des ouvrages de référence sur l'acoustique, et appliquait ses théories à sa musique. Bien sûr, on ne découvre pas subitement au XIX°, avec les romantiques, que la musique est aussi de "l'émotion"... mais l'émotion n'était pas le critère au coeur de la musique, celui qui la justifiait ou l'expliquait. En réaction contre les romantiques (ou par besoin de trouver de nouvelles voies), les compositeurs du XX° vont revenir à une musique plus "scientifique", objective, et cela du sérialisme dodécaphonique de Schönberg à la musique spectrale des années 70 (musique basée sur l'étude de l'acoustique et du "spectre sonore"), mais aussi chez Xenakis et bien d'autres. 

La musique qui ne serait que de l'émotion et n'aurait rien à voir avec le rationnel, c'est un concept qui ne peut que faire sourire les musiciens. Car lorsque l'on apprend la musique, on se rend vite compte que tonalités, gammes, accords, tempo ; tout cela n'a rien à voir avec le hasard ou juste l'inspiration, mais que la logique interne de la musique est très complexe et balisée. Même l'autodidacte qui gratouille sa guitare et vous dit "moi, tu 'ois, les gammes, la théorie, j'm'en tape, j'y connais rien, je fais juste ce qui me vient du plus profond, je laisse juste parler mes émotions"... regardez-le jouer, écoutez-le chanter, et si vous connaissez la théorie, vous verrez qu'il utilise des accords, tonalités et gammes bien précises qui se justifient rationnellement et scientifiquement. Par exemple - si vous n'avez jamais appris la théorie, vous pouvez sauter ce petit passage - dans une tonalité de Do, la structure harmonique sera construite autour d'accords de Do, Sol et Fa (comme chez Mozart, ou dans le blues... et toutes les musiques tonales), avec quelques accords de substitutions, des la mineur ou ré mineur pour varier de temps en temps, des modulations dans les tonalités voisines de Sol, Fa ou la mineur... bref, des rapports de quarte (Do-Fa) et quinte (Do-Sol) déterminants dans toute la construction de ce morceau qu'il croit "libre et inspiré" et qui nous ramènent... aux expériences acoustiques de Pythagore. Et les notes qu'il chantera sur ces accords seront dans la gamme de Do - avec des notes qui ne tomberont pas "par hasard" sur tel ou tel accord - et tout cela peut s'expliquer et se décortiquer de manière extrêmement précise, mathématique et physique. Bref, le type qui gratte une chanson sur guitare d'un air inspiré en prétendant que tout lui vient de ses plus profondes émotions, sans le savoir, il fait des maths et de la physique. De la plus anecdotique des chansons pop à la symphonie romantique la plus exaltée, derrière toute musique, on trouve des règles très précises et "scientifiques", et cela même lorsqu'elles semblent détournées. En voilà une idée d'un prochain article, expliquer les théories acoustiques de Pythagore et Rameau en s'appuyant sur une chanson de Britney Spears...

Faut-il connaître les lois de l'acoustique pour vraiment apprécier et saisir la musique ? Non, bien entendu, mais il faut savoir que derrière une chanson, une oeuvre musicale quelconque, il n'y a pas juste un "artiste inspiré" qui laisse libre cours à son imagination, mais des bases scientifiques très carrées et rationnelles. Et les musiciens qui croient s'en affranchir en ne les étudiant pas sont bien souvent ceux qui en sont le plus dépendants. Un musicien qui ne connaît pas l'harmonie aura tendance à reproduire les parcours harmoniques les plus usuels là où celui qui l'a étudiée trouvera d'autres voies, et saura comment intégrer de nouvelles dissonances (il y a bien sûr des exceptions).

Pourtant, il est évident que dans nos sociétés, l'émotion est devenue le critère déterminant lorsqu'il est question de musique. On se fout de savoir si un compositeur a bâti toute l'architecture d'une de ses oeuvres autour du nombre d'or (enfin, pas Lou et quelques irréductibles), ce qui compte, c'est d'abord l'émotion ressenti. Qu'on le déplore ou non, c'est un fait. Il est donc tout à fait normal que ce soit par l'émotion que l'on juge actuellement de la qualité d'une musique, que l'émotion soit un critère esthétique essentiel. Mais il faut distinguer l'émotion très "personnelle" que l'on peut ressentir au contact d'une musique ; une émotion... qui ne regarde que nous, et l'expression de l'émotion par un artiste. Les deux peuvent se rejoindre, lorsque, justement, on a développé un rapport esthétique à la musique. Pour bien comprendre la différence entre les deux, prenons un petit exemple :   

Imaginez une femme, invitée au restaurant par un homme dont elle est tombée amoureuse, attendant ce soir-là que celui-ci lui fasse sa déclaration... ce qu'il fait, mais en sautant sur la table, en arrachant sa chemise et en lui beuglant "Que je t'aime" devant toute la salle. Il peut le faire de la manière la plus sincère possible, penser exprimer au mieux son amour... et cette déclaration qui lui vient pourtant du fond du coeur a de fortes chances de créer l'effet inverse à celui escompté. Si l'on ne parlait que "d'émotion pure", les choses seraient simples : une femme et un homme qui s'aiment, un homme qui fait sa déclaration avec le plus grand enthousiasme, et la femme qui en est comblée, est encore plus amoureuse. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants, fin de l'histoire. Sauf qu'il ne s'agit pas que "d'émotion"... mais aussi de style. Ce qui compte n'est pas uniquement ce qu'on exprime ou ressent, mais la façon dont on l'exprime ou reçoit. Si c'est valable en amour, ça l'est d'autant plus en art et en musique.
Et comme l'esthète qui peut "fondre" devant telle sucrerie pop sans pour autant la considérer comme géniale, la femme dont il est ici question peut trouver "touchante" cette déclaration, mais elle se dira tout de même que ce type est peut-être plus lourdingue et barré que ce qu'elle croyait, et il y a des chances qu'elle remette en question sa relation avec cet homme.
Il n'est jamais question que d'émotion, mais aussi de style et d'intelligence émotionnelle, qui jouent sur notre ressenti. A partir d'une même expression toute simple ("je t'aime") et d'une même émotion, on peut susciter des ressentis très différents selon la manière dont on l'exprime, le cadre dans lequel on se trouve, le moment choisi, etc...

Imaginez, maintenant, un film d'action où le héros bodybuildé ne cesse de balancer "Je suis le plus fort, je vais tous vous écraser," cela au premier degré, chaque fois sur une musique pompeuse avec cuivres pétaradants... peu importe la virtuosité du metteur en scène, ce qui s'exprime est ridicule, et le film ne peut être qu'un navet. Même si l'on a envie de se détendre devant un gros blockbuster pas compliqué, on ne peut qu'être affligé par la bêtise et la puérilité des dialogues. 
C'est pour cela qu'on peut considérer que We Are the Champions de Queen... est une énorme daube. Peu importe que la mélodie soit "accrocheuse", ce qui se dit - même en faisait abstraction des paroles - c'est un truc aussi bêta, lourd et simpliste que les exemples précédents. Les musiciens romantiques, eux, savaient aller loin dans l'héroïsme et la puissance sans tomber dans l'emphase grossière. C'est toute la différence entre le grandiose et le grandiloquent, la grandeur et la boursouflure.
Autre exemple, punks vs néo-punks. Il est légitimement possible de dire que ces deux genres sont assez "crétins". La différence, c'est que chez les Sex Pistols, il y avait quelque chose - et cela n'est pas lié qu'à l'attitude, mais aussi à la musique - de vraiment sulfureux, dérangeant pour la société de l'époque, ainsi qu'un minimum d'ironie et de distance. Par contre, chez Blink machin et les autres, il ne reste plus que la crétinerie adolescente. 
C'est pour cette raison que le rock des années 50 n'est pas si ridicule et simpliste que certains ont pu le prétendre à l'époque... oui, il était simple, basique, mais il y avait aussi une certaine distance dans le fait de ne pas se prendre totalement au sérieux, une "coolitude" et une légèreté qui ont de quoi désamorcer les critiques.

En musique, on peut exprimer toutes les émotions... le problème, c'est de savoir comment les exprimer (et cela est valable pour tous les arts). Comme dans la vie, on peut, par exeemple, exprimer la joie de tas de manières différentes. Mais ce n'est pas tout d'être joyeux, encore faut-il que cette joie se manifeste avec un minimum d'intelligence, avec une compréhension de l'autre et de comment il va la recevoir. Si vous vous mettez à sauter dans tous les sens en embrassant le moindre passant et en lui criant "je t'aime !", vous aurez juste l'air d'un débile profond (à moins que vous vous trouviez dans une communauté hippie). Vous ne susciterez pas la joie, mais plutôt de l'embarras, des sarcasmes et de la consternation. Il en est de même en musique (et en art). 
L'une des grandes limites de la sociologie de la musique, à mon sens, c'est de négliger ce paramètre déterminant qu'est le facteur émotionnel. Lorsque deux personnes reprochent à une troisième d'écouter de la merde, ce n'est sûrement pas qu'une question de classe sociale, de codes et de bonnes références, mais surtout une attaque contre sa sensibilité. Nous avons tous été blessé ou ressenti, à un moment ou à un autre, ce sentiment de "honte" quand d'autres ont ironisé sur tel ou tel de nos goûts musicaux. Non pas parce qu'on nous renvoyait à notre classe sociale "inférieure", ça, on s'en fout pas mal, d'autant plus que depuis de nombreuses années, il est préférable de dire que l'on vient d'un milieu populaire plutôt que de l'élite (excepté dans quelques petits cercles aristocratiques ou de la très grande bourgeoisie... et encore)... le plus dérangeant, c'est l'impression qu'on nie la profondeur et la subtilité de notre sensibilité, que l'on est considéré comme un "bourrin" parce qu'on écouterait des musiques que d'autres jugent trop lourdingues, ou comme quelqu'un de mièvre parce qu'on aimerait des chansons trop mielleuses. C'est en quelque sorte la "justesse" de nos émotions qui est remise en cause lorsque l'on s'attaque à nos goûts musicaux. Nos goûts disent forcément quelque chose de nous, et si vos artistes favoris sont Queen, Bon Jovi, et votre chanson préférée l'atroce Final countdown d'Europe, on imaginera forcément que vous êtes quelqu'un aux émotions un peu "naïves" et primaires, contrairement à un plus subtil fan de Nick Drake, du Velvet et de Dylan. Bien entendu, il se peut que ce ne soit pas le cas, il doit bien exister quelques fans de Bon Jovi, Queen et Europe avec une sensibilité assez fine et une vraie "intelligence émotionnelle"... mais dans ce cas, vous ne pouvez aimer uniquement ce type de groupes, et vous comprendrez parfaitement, si, mettons, vous vous mettez à discuter musique avec une fille charmante que vous espérez séduire... qu'il est préférable d'éviter de commencer à lui parler de votre passion pour le hard FM, mais plutôt de Dylan, des Beatles, de Bowie ou de tout autre artiste plus subtil...
Pourquoi en revenir toujours à des jeux de séduction ? Car la musique est un art de la séduction (sans doute plus que les autres - particulièrement à notre époque - mais il est vrai que la séduction est au coeur de tout art)... et cela même dans le cas de musiques violentes, dissonantes, expérimentales. On y séduit en proposant quelque chose qui va véritablement "marquer" l'auditeur, et l'on cherche à séduire ceux qui... refusent de se laisser séduire par la mélasse sentimentalo-niaise diffusée à longueur de journée sur les radios commerciales.
Et comme dans tout jeu de séduction, l'autre ne peut interpréter vos émotions qu'à partir de la manière dont vous les exprimez. Ainsi, le rôle d'un critique musical, d'un "esthète", c'est aussi d'être un "passeur d'émotion", un filtre entre les artistes et les auditeurs, qui se donne pour but d'orienter vers des musiques où les émotions s'expriment de la manière la plus intéressante, subtile, convaincante... séduisante. Car il ne suffit pas à un album d'être original et accrocheur (après tout, certains albums de Queen le sont) pour être un grand album, le style (donc l'expression de l'émotion) est tout autant fondamental.
Le problème... c'est bien évidemment qu'il y a une bonne part de subjectif dans tout cela. Pour deux amateurs aussi exigeants l'un que l'autre, l'un pourra trouver telle chanson "mièvre", l'autre "magnifique". Mais c'est aussi pour cette raison que les débats sur la musique et nos goûts sont passionnants, parce qu'il n'y a pas une vérité scientifique qui s'impose à tous et ferme le débat, mais bien parce que tout est à construire et à réinventer en fonction des époques, du contexte, de nos conditionnements, de nos rapports aux émotions et à leur expression, qui sont eux-mêmes culturels. Ce ne sont donc pas qu'à des questions de contexte historico-social ou d'originalité que nous renvoie l'esthétique, mais aussi à notre manière de vivre, exprimer et communiquer nos émotions...       

Sur le même sujet :

Esthétique et ressenti
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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 22:42
Hier soir, je suis tombé sur un sujet consternant dans le journal de la nuit de France 2. Un sujet sur un jeu en ligne, Clodogame, qui propose d'incarner un SDF et ainsi de mendier, chaparder, s'acheter un chien, se battre contre d'autres SDF, apprendre à jouer de la guitare et s'extraire de sa condition. Le sujet était très partial, prenant le parti de ceux qui se scandalisent. On interroge un SDF qui dit que la vie dans la rue, c'est dur et il n'y a vraiment pas de quoi s'en amuser... merci France 2 pour ce scoop énorme, sans doute que la plupart des gens imaginent que les pauvres hères qu'ils croisent en train de mendier dans leurs villes s'éclatent comme des fous... Je ne louperai pas le journal ce soir, avec un peu de chance, on ira interroger un milliardaire pour qu'il nous explique en une phrase qu'être plein de thunes et en bonne santé, c'est mieux que d'être miséreux et atteint d'un cancer. C'est ça, le service public...

Mais ce qui m'a vraiment fait bondir, ce sont juste après, deux personnes interrogées (je ne sais plus si c'étaient des membres d'une association ou juste deux passants) racontant qu'être SDF et vivre dans la rue, ce n'est "pas un jeu". Voilà l'angle principal utilisé dans le sujet, être SDF, ce n'est pas un jeu, il est "indigne" de s'amuser des conditions de vie des clochards, et l'on regrette que ce type de jeu ne puisse être interdit...

Sans doute ne faut-il pas trop en demander à France 2, ils viennent d'apprendre que "vivre dans la rue, c'est pas marrant", on ne peut s'attendre à ce qu'ils comprennent le monde du jeu vidéo... où une des activités les plus banales est... le meurtre. On y tue joyeusement à grands coups d'épée, d'arc, de flingue, de couteau, de fusil, de mitrailleuse, de bazooka, de canon, de laser... et même à mains nues. Il existe des tonnes de jeux de guerre, et France 2 n'en fait pas chaque fois un sujet "offusqué". Parce que la guerre, c'est une activité humaine plus ludique que la mendicité ? Les jeux vidéo devraient ne permettre que de se plonger dans des univers fun et sympathiques ? Heureusement que le jeu vidéo a évolué, qu'il est devenu plus "adulte" et moins naïf, et qu'il ne s'arrête pas à Mario...

Je ne connais pas grand chose au monde du jeu vidéo, je n'ai pas de console, je ne suis pas journaliste, mais pour traiter de ce sujet, je me suis un minimum informé... En allant notamment sur le site 
Jeuxvidéo.com, je consulte leur "hit-parade" (d'après leurs notes et celles des lecteurs) des 20 meilleurs jeux du moment... et on trouve :

En n°2 : The Witcher : Un jeu de rôle médiéval "pour adultes" avec des dialogues assez crus, vous pouvez coucher avec toutes les femmes que vous croisez, voler, piller... ou pas, puisqu'il laisse au joueur la liberté de décision.

3. Dead Space : Un jeu particulièrement flippant, une sorte d'Alien en jeu vidéo, mais bien plus gore que le film -  " 
Cependant, notre armement se montre très efficace dès le départ et entre une mitraillette, un découpeur, un lance-flammes, un trancheur laser, le massacre se poursuit au rythme d'éclats de rire un brin sadiques. Car oui, Dead Space aurait pu être validé par le marquis de Sade et Vlad Tepes réunis tant cette production EA ne fait pas dans la dentelle."

4. Mount & Blade : "  
Vous en avez marre d'aligner les jeux d'heroïc-fantasy propres sur eux. Vous, ce que vous recherchez, c'est de la baston réaliste et sans concession, c'est pouvoir lancer dès les premières lueurs de l'aube des charges sauvages à dos de monture, c'est piller et incendier sans vergogne des villages ennemis. Ce qu'il vous faut, c'est Mount & Blade, un authentique concentré de plaisir comme seul un petit studio indépendant pouvait nous l'offrir. " (un jeu qui offre une grande liberté, et vous permet aussi d'aller massacrer de pauvres paysans si ça vous amuse).       

5.
Empire : Total War 

6.
Left 4 dead : Un jeu "horrifique" où vous dessoudez une armée de zombies.

Ensuite, toujours dans les 10 premiers, des jeux qui répondent aux doux noms de Street Fighter IV, Warhammer 40.000 et Blood Bowl... je ne suis pas allé lire les chroniques de ceux-là, mais ça m'étonnerait qu'il y soit question de partir en mission humanitaire au Darfour. 
Si on suit la logique du "être SDF, ce n'est pas un jeu"... fini les jeux de guerre, car la guerre, ça n'a rien de marrant, c'est même pire que la mendicité, puisqu'on y meurt en masse... fini les jeux policiers, pas de jeux non plus où il faudrait diriger une ville, où l'on serait au chômage, où il faudrait élever des enfants, conduire une bagnole... bref, pas de jeux où l'on peut "vivre", car la vie, ce n'est pas un jeu. A la limite seront autorisés des jeux de dés, de cartes... mais pas de simulations où vous jouez au poker pour de l'argent, parce que l'argent, ce n'est pas un jeu, la preuve, regardez ceux qui n'en ont plus du tout, les SDF, paraîtrait - la source est sûre, c'est le journal de France 2 - que leur vie n'est en général pas marrante...  

La vraie question serait de savoir ce qui pousse les journalistes à faire ce type de sujet : de l'idéologie ("il faut dénoncer, s'indigner, voire censurer les créations qui ne sont pas politiquement correctes") ou de l'ignorance et de l'incompétence ("A bon ? Il existerait des jeux dans lesquels on tue ?")... un peu des deux, peut-être. Le gouvernement s'est d'ailleurs prononcé sur ce jeu, se disant aussi "scandalisé"... ils perdent une nouvelle fois une bonne occasion de se taire. Car tout ce qu'on peut leur répliquer, c'est que s'ils trouvent cette misère si terrible - au point qu'on ne puisse ironiser ou la prendre au second degré - qu'ils se donnent les moyens de l'éradiquer. N'était-ce pas Sarkozy qui avait dit lors de sa campagne : "
Je veux si je suis élu président de la République que d'ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. " L'objectif "zéro SDF", ça devait être pour fin 2008... mais peut-être fallait-il comprendre "objectif zéro pour les SDF". Et c'est bien ce même Sarkozy qui déclarait que la différence entre lui et les autres, c'est que lui tiendrait toutes ses promesses. Mais ça, on vous expliquera que c'est normal, c'est le "jeu politique"... on ne tient pas ses promesses et on en vient même à un degré supérieur dans le cynisme et la démagogie : je vous assure que moi, contrairement aux autres, je vais les tenir. Du coup, tout semble un peu flou... la politique, c'est un "jeu", mais les jeux vidéo, c'est du sérieux avec lequel on ne peut faire n'importe quoi ?    
Benoist Apparu, secrétaire d’État chargé du Logement et de l’Urbanisme souhaite trouver un moyen d'interdire le jeu. Il a déclaré "Tous les clichés les plus sordides sont utilisés dans ce logiciel, au mépris de la dignité des personnes sans-abri, du travail remarquable des associations et de l’engagement du gouvernement". Quand il dit "l'engagement du gouvernement", il fait référence à l'objectif zéro SDF prévu pour la fin 2008 ? Quand il parle du "mépris de la dignité des personnes", il fait référence au
répulsif chimique anti-SDF proposé par l'UMP ? Ce gouvernement est tout de même très mal placé pour donner des leçons de morale sur le sujet...  

Il semblerait que le jeu ne donne pas une "bonne image du clochard". Mais c'est la société qui n'en a pas une bonne image, que ce jeu existe ou non ne changera rien au fait que les mendiants doivent subir toute la journée des regards de dégoût, de gêne, d'indifférence, et, au mieux, d'une pitié qui ne les rend pas plus "dignes". Il est même tout à fait probable que les gens qui auront pendant des heures incarné un clochard essayant de se démerder comme il peut avec rien - même s'il y a du second degré et des clichés - ne fuient plus du regard les SDF qu'ils croisent, mais aient l'impression de mieux les comprendre.
Si l'on commence à s'indigner et à vouloir interdire ce type de jeu... il faudra donc que dans tout livre ou film, il n'y ait pas de SDF qui puissent prêter à rire ? C'est une atteinte à leur dignité si on ne les présente pas comme propres sur eux, sympas et sobres ?
Si je parle de ce sujet... c'est bien entendu car c'est toujours la même histoire : quand ce n'est pas le jeu vidéo, c'est le cinéma, quand ce n'est pas le cinéma, c'est la littérature, quand ce n'est pas la littérature, c'est la musique. Faut toujours que politiques et médias portent un jugement moral sur les oeuvres, ce qui n'est en rien leur rôle... du moins, dans un pays véritablement libre et démocratique. Après, bien sûr, on peut discuter du caractère "artistique" d'un jeu vidéo... le jeu vidéo est-il un art ? Certains semblent avoir de grandes qualités graphiques, une imagination visuelle étonnante, des scénarios riches, des musiques originales... et sont sûrement plus des "oeuvres d'art" que bon nombre de mauvais films et de mauvais albums... faut-il considérer le jeu vidéo comme un art à part entière, voilà une question plus intéressante que ce pseudo-débat sur un jeu qui ne mérite sans doute pas toute la "pub" que lui font médias et politiques.
Toujours la même histoire, donc. On se trompe de cible. Le problème n'est pas que des chansons, films, livres ou jeux vidéo ne soient pas moraux, il est que notre société ne l'est pas et que certains politiques et médias s'offusquent des symptômes, pas des causes. Et, surtout, prennent le peuple pour un ramassis de crétins incapables de faire la distinction entre un livre/album/film/jeu vidéo et la réalité. Des millions de types se sont retrouvés à prendre leur pied dans un jeu vidéo en butant tout ce qui bouge des heures durant, ils ne vont pas pour autant se payer un flingue et faire pareil en bas de chez eux. Chansons subversives, films et jeux vidéo violents sont bien plus des "soupapes" qui permettent à beaucoup de défouler leurs tensions et frustrations, libérer leur rage d'une manière qui ne nuit à personne, plutôt que d'aller foutre le feu à leur immeuble. Le problème n'est pas de savoir s'il est bien ou non de jouer à ce type de jeu, mais plutôt - si l'on estime qu'il y a vraiment un problème - de s'interroger sur le mal-être d'une société où tant de gens ont besoin de ce "défoulement", parfois très violent, que peuvent proposer musiques, films, et jeux... à moins de considérer qu'il n'y a rien de grave, car tout cela, au bout du compte, ce n'est qu'un jeu. 
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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 18:14
Cher Philippe Manoeuvre,

Je vous connais assez mal, n'ayant jamais été un lecteur de Rock & Folk. Par contre, je vous ai vu à la télé, dans la "Nouvelle Star" et le "Summer of the 80's" d'Arte. Passons sur la "Nouvelle Star", je préfère éviter d'être grossier d'entrée, et revenons plutôt sur le "Summer of the 80's". Jusque-là, je pensais que vous, Philippe, étiez un fana de rock - je n'ai pas suffisamment regardé la Nouvelle Star pour me convaincre du contraire - et Arte une chaîne culturelle. Et pourtant, durant tout l'été, je vous ai vu sur Arte lancer des sujets sur Bon Jovi, Queen, Madonna & Lady Diana, Eurythmics, George Michael, Bryan Adams, un live de A-ha... Je vous avoue que j'ai autant de mal à y voir le côté "culturel" que le côté "rock'n'roll". Prendre un "rockeur" pour présenter un cycle de soirées thématiques sur la musique des années 80, c'est tout de même une idée curieuse. Les années 80 ont été les moins rock'n'roll de ces 50 dernières années. Synthés et boîtes à rythme remplaçant guitares et batteries, règne du marketing musical, chorégraphies mécaniques, concerts impersonnels dans les stades où le chanteur fait son numéro sur écran géant, gentils rockeurs vieillissants qui délaissent la révolte et la subversion pour le charity business... On a remplacé Jim Morrison par Bono, Johnny Rotten par Jon Bon Jovi, et John Lennon par Phil Collins.
Le rock, le vrai, le saignant et mal rasé est devenu underground... certes, il y a eu quelques bons documentaires sur le post-punk, la no-wave, l'indus et le gothique, le hip-hop (enfin, j'aurais tout  de même quelques réserves... un doc sur le hip-hop qui laisse si peu de place au groupe le plus important du genre, Public Enemy, en se focalisant sur leurs quelques ambiguïtés antisémites inspirées par la Nation of Islam de Farrakhan, alors qu'ils ont représenté tellement plus... d'ailleurs, je voulais intituler cet article Welcome to the Terrordrome of the 80's, mais je crains que mes lecteurs connaissent mieux Welcome to the Jungle... ou, pire, Welcome to the Pleasuredome...)   

Pourtant, ces quelques docs dans l'esprit d'Arte et d'une chaîne "culturelle" qui privilégie la qualité à l'audimat ne peuvent faire oublier tous ces portraits étonnants des grosses stars 80's. Bien sûr, il n'y a pas de raison qu'Arte ne parle que d'obscurs groupes no-wave et indus allemands. Mais ces portraits hagiographiques n'avaient rien à faire ici. Comment ont-ils pu atterir sur Arte ? Est-ce vous, Philippe, qui les avez dénichés dans de vieux placards de M6, et dont la chaîne ne voulait pas car elle les trouvait vraiment trop peu objectifs ou intéressants ? On avait franchement l'impression de voir un reportage en bonus de DVD, comme ceux, insupportables, des films où le réalisateur et les acteurs s'auto-congratulent tous en répétant chacun à leur tour "C'était une expérience formidable, l'équipe a été super, et on est très fiers d'avoir fait ce film". Alors... qu'il me semble qu'il y aurait eu largement de quoi adopter un point de vue plus critique sur des groupes tels que Bon Jovi et Queen, non ? Ce n'est pas dans votre journal, Philippe, qu'un fameux classement des pires groupes de l'histoire du rock plaçait Queen dans les premiers ? Mais ça, vous ne pouviez pas le dire, puisque votre rôle tout l'été sur Arte se limitait à celui d'une potiche qui lance les jeux et les sujets. 
Tout ceci montre bien le peu de cas qu'on fait de la musique, dans notre société. Si même la chaîne culturelle "pointue" considère que des documentaires à la gloire de grosses stars ultra-marketés de l'industrie de la chansonnette ont leur place chez elle, on comprend mieux qu'il y ait si peu de médiatisation d'artistes plus exigeants. On n'imaginerait pas une seconde qu'Arte fasse de même pour le cinéma des 80's avec des docs qui encenseraient les films de Stallone et Schwarzenegger. Non, là, cela scandaliserait la rédaction, qui refuserait de tomber si bas... par contre, pour la musique, ça semble ne déranger personne. 
Et puis, Philippe... était-ce vraiment nécessaire cette insupportable chanson qu'on nous a martelé toute l'été sur la chaîne ? Une reprise de 99 Luftballons... par la même chanteuse, avec juste un passage en français... je pensais qu'on était plus créatif que cela sur Arte. Et moins frileux, surtout. S'il fallait vraiment un morceau allemand, pourquoi pas Einstürzende Neubauten - groupe autrement plus important que cette chanteuse dont j'ai oublié le nom - Xmal Deutschland ou KMFDM, trois groupes dont il a été question dans le documentaire sur l'indus... Pourquoi pas le génial Yü-Gung d'Einstürzende Neubauten ? Oui, je sais, même si ce n'est pas le plus inaudible et barré de leur titre, ça colle moyen en "jingle" pour annoncer un sujet sur Bryan Adams ou Queen.

Einstürzende Neubauten - Yü-Gung



        
Alors si jamais Arte décidait l'année prochaine de faire un "Summer of the 90's", je vous en supplie, n'oubliez pas qu'il n'y a pas eu seulement Céline Dion, Britney Spears, la dance, les Boys-band et autres Spice Girls... mais aussi PJ Harvey, Aphex Twin, Björk, Radiohead, Massive Attack, le Wu-Tang Clan et tant d'autres.

Veuillez agréer, Philou, l'expression de ma considération plus ou moins distinguée,

G.T.   

PS : Transmettez mon soutien et mes condoléances à la rédaction de Rock & Folk, qui craint fort, après la Nouvelle Star et le Summer of the 80's, de vous retrouver l'année prochaine sur TF1 à co-présenter avec Flavie Flament "Les 500 choristes chantent Julio Iglesias"... 

PS2 : Et vous n'auriez pas pu glisser un petit mot sur le Gun Club ? Ou les Dead Kennedys ?

PS3 : Pas un mot sur les Smiths non plus cet été sur Arte... ni Tom Waits qui, paraît-il, aurait sorti quelques albums pas dégueu dans les années 80. Enfin, je dis ça...
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