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Playlist 2020

Classements d'albums

11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 16:59

D’ordinaire, je publie mon bilan musical de l’année précédente bien plus tôt. Mais là, j’ai particulièrement traîné… parce que je ne vois pas grand-chose à dire d’autre que ce que j’ai déjà écrit il y a deux ans dans « Pas de style pour les années 2000 ». Ce qui continue de me frapper, c’est encore et toujours l’absence d’un nouveau style marquant dans les musiques populaires, un style capable de fédérer et fasciner une partie de la jeunesse, un style qui incarne les désirs de liberté et de révolte de cette génération. Faut dire que si la seule chose qui pousse la jeunesse à descendre dans la rue est de défendre sa retraite, on est mal barré. La jeunesse occidentale, s’entend, pas celle des pays arabes, qui se trouve dans une situation autrement plus difficile.

 

Est-ce à dire que la jeunesse occidentale n’a plus de grands motifs de révolte, se satisfait de l’avenir qu’on lui destine, du fonctionnement de la société, de ses dirigeants et de la liberté qu’on lui accorde ? J’ai un peu de mal à y croire… Ma « théorie » est plutôt que cette longue absence de nouveau courant dans la musique populaire est la résultante de trois phénomènes : 

 

1.      Les conséquences de la « révolution internet ». Pour l’expliquer de la manière la plus simple – et caricaturale – possible : prenons un jeune du début des années 90. Il entend chaque semaine de la soupe à la radio et à la télé, puis, un jour, tombe sur Smells like teen Spirit de Nirvana / ou sur un type cool de son lycée aux cheveux longs, à la chemise de bûcheron et au T-shirt déchiré, il veut en être, écoute ces groupes qui lui semblent exprimer son propre malaise, se met à jouer aussi cette musique et alimente ce courant grunge, comme des millions d’autres jeunes de sa génération à travers le monde. Prenons maintenant un jeune de la fin des années 2000. Lui aussi, il subit la soupe diffusée par la télé et la radio. Mais il dispose d’un outil génial : internet. Il peut allègrement piocher lui-même une multitude de musiques (pas forcément par le téléchargement illégal, il y a largement eu de quoi faire entre myspace, youtube, les sites d’artistes et maintenant le streaming légal). Il est moins focalisé sur le dernier courant à la mode, car il a de quoi écouter en quelques clicks le meilleur de l’électro, du rock, rap, metal, folk etc… de ces 50 dernières années. Il a aussi moins besoin de suivre le mouvement rebelle en vogue pour avoir l’impression d’appartenir à cette jeunesse en révolte, le web lui permet très simplement de trouver une petite communauté de gens avec lesquels il se sentira au mieux. Fans de rap US, de rap  hardcore, de techno, de metal, de black metal, de rock 70’s etc… chacun son petit clan. Idem pour les musiciens. Ils ont accès à une telle diversité de styles, de musiques de toutes les époques, que chacun peut faire sa petite cuisine, en mêlant comme il l’entend ses diverses influences – et il trouvera toujours de petites communautés qui pourront être disposées à apprécier ses compos - plutôt que de suivre le groupe qui marche. D’une certaine manière, cette « richesse » a pour conséquence un apauvrissement dans l’advention de nouveaux styles.

 

        Pour être encore plus simple : avant, la jeunesse avait besoin de « s’inventer » pour se sentir représentée, maintenant, elle n’a qu’à piocher…

 

2.      Le postmodernisme. L’esthétique postmoderne existe depuis un moment en art et dans la musique savante… en quoi consiste le postmodernisme au juste ? Abolition des hiérarchies entre un « grand art » et un « art populaire », refus de la modernité à tout prix, mélange d’éléments anciens et nouveaux, d’éléments de cultures très différentes, éclectisme etc… D’un certain point de vue, le rock est postmoderne depuis longtemps, en particulier depuis les Beatles. Mais il me semble que c’est vraiment depuis le début des années 2000 que le milieu du rock et des musiques poulaires actuelles a véritablement intégré l’idéologie postmoderne. Emergence d’une pop « décomplexée », recyclage à gogo, mélange des genres et, surtout, on hiérarchise beaucoup moins. Pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est une plus grande tolérance, un plus grand éclectisme, le pire, c’est une certaine mollesse : le « tout se vaut ma bonne dame ». Du coup, on a l’impression de se retrouver face à des groupes qui nous disent « On a fait notre petite tambouille dans notre coin, en mélangeant nos multiples influences, si ça vous plaît tant mieux, sinon, tant pis, chacun ses goûts » mais plus « Avant nous, le rock, c’était chiant, on arrive avec un nouveau son qui va vous balancer une grande claque ».  

        

3.      Une « génération désenchantée », comme le disait Alain Finkielkraut (ou Mylène Farmer, j’ai bizarrement tendance à les confondre…) L’idéalisme hippie, penser que l’on peut changer le monde en se laissant pousser les cheveux, en prenant du LSD et en grattant sa guitare, tout ça, c’est loin. Le mot d’ordre de la jeunesse semble être moins « Poussez-vous de là qu’on s’y mette, et qu’on change cette société triste et rigide », mais « Laissez-nous une petite place s’il vous plaît, on veut juste vivre une vie décente et trouver un boulot acceptable». Ce n’est là peut-être qu’une impression, mais je sens moins de radicalisme dans la jeunesse occidentale. Plus de cynisme, et moins d’envie de foutre en l’air le système.

 

 

Tout cela se retrouve aussi d’une autre manière dans deux des genres qui ont le mieux porté la révolte de la jeunesse ces 30 dernières années : le rock et le rap… qui m’ont semblé un peu mollasson cette année. Pas de « tuerie », de « bombe », d’albums qui soit à la fois fédérateur, puissant, brut et accrocheur.

 

Pour autant, tout cela n’empêche pas la bonne musique de continuer à exister… chacun aura sûrement pu trouver cette année de quoi contenter ses oreilles. Processions de Daniel Bjarnason aura été ma grande claque de l’année, je le conseille plutôt à des oreilles averties, mais il y en a pour tous les goûts, les albums envoûtants de Land of Kush, Teeth of the Sea ou Third Eye Fondation, cette petite merveille de folk hivernal et vaporeux qu’est le Fursaxa, le groovy et dépaysant Earthology des Whitefield Brothers, les sombres et tourmentés Swans, Mugstar, Univers Zéro et Ufomammut, la soul-pop riche et agréable de Janelle Monaé, les décapants Daughters… 2010 n’aura pas été une mauvaise année pour la musique, mais juste une nouvelle année de transition.    

 

 

Classement des albums de 2010

 



Sur le même sujet :

 

Pas de style pour les années 2000

 

Arbobo : Son vintage, revival : l'avenir est derrière nous ? 

 

 

Bilans des années précédentes :



2009, It was a very groove year
Bilan 2008 : Black is the colour
Bilan 2007 : Pirater plus pour écouter plus
2006 : La Revanche des Vieux

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 16:28

Non, vous ne rêvez pas, Dire Straits a bien été victime de la censure. Le Conseil Canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) a décidé d’interdire la diffusion de Money for Nothing sur les ondes, parce qu’on y entend le terme « faggot » (tapette). Honteux. Pour le rock. Car que le dernier morceau rock qui fasse polémique soit un vieux tube FM des années 80, joué par un des groupes les plus lisses et inoffensifs de l’histoire du rock, ça en dit long à la fois sur la frilosité de nos sociétés, et celle du rock actuel qui ne sait plus être à la fois subversif et fédérateur. Pas étonnant que le rap ait pris la place du rock dans le cœur d’une  bonne partie de la jeunesse ; au moins, lui, parle cru, parle mal, provoque, dérange, et se fait censurer à tour de bras par les radios.

 

Mais le pire, dans l’histoire, c’est qu’il n’y a aucune homophobie dans Money for Nothing (si l’on m’avait dit, qu’un jour, je prendrais la défense de Dire Straits…), ce n’est pas « l’artiste » qui s’exprime à ce moment de la chanson, mais un livreur bourrin, aigri et frustré, qui regarde avec mépris les rock-stars efféminées sur MTV et les traite de « tapettes ». Peu importe pour le CCNR :

 

 «  [...] [À] l’instar d’autres mots qui s’articulent autour de la race dans la langue anglaise, « faggot » est un mot qui, même s’il était entièrement ou marginalement acceptable à une époque précédente, ne l’est plus. Le Comité estime qu’il fait maintenant partie de la catégorie des désignations inacceptables eu égard à la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental. » (voir ici).

 

Une association de défense des droits des gays s’est félicitée de cette décision : « il est extrêmement important de supprimer ces mots des textes de la culture populaire ». Le terme « faggot » n’est donc plus acceptable dans une œuvre au Canada, quel que soit le sens de l’œuvre. Le politiquement correct dans toute sa splendeur. Imaginons qu’un chanteur homosexuel écrive une chanson poignante, sensible et très personnelle sur les brimades dont il a souffert, et dise simplement « on me traitait de pédale »… chanson censurée. Parce qu’en raison de la lutte contre l’homophobie et les discriminations, les termes « pédale, tapettes, tarlouze etc… » sont interdits. Donc, en raison de la lutte contre contre l’homophobie, on en viendra à interdire des chansons qui luttent contre l’homophobie. Plus absurde que ça, je vois pas trop…

 

Tout comme les noirs se sont réappropriés le mot « nigger », des homos se sont aussi réappropriés les termes « insultants » qui les concernaient. Broken Social Scene, groupe canadien qu’on ne pourra pas accuser d’homophobie, chante I’m your fag… selon la logique de ces censeurs, il faut les censurer des ondes. Comme Fairytale of New York des Pogues et son "You cheap lousy faggot", ou When the Whip comes down des Stones (“Yeah, momma and poppa told me, I was crazy to stay, I was gay in New York, Which is a fag in L.A.”)… et un des titres les plus importants et fondateurs de la musique populaire actuelle, The Message de Grandmaster Flash et son «Spend the next two years as an undercover fag » (bon, là, sûr que c’est pas un morceau « gay-friendly », mais ça n’a rien non plus d’homphobe…)

 

 

Et le « sulfureux » Money for Nothing mérite d’autant plus d’être censuré qu’il y est question de « chicks for free »… « chicks », c’est pas super valorisant pour les femmes…

 

S’il fallait interdire des ondes toutes les chansons qui utilisent des mots qui peuvent paraître insultants pour telle ou telle communauté - quand bien même ils les mettraient dans la bouche d’intolérants qu’ils dénoncent- on n’en finirait plus.

 

Revenons au mot « nigger » et à sa réappropriation, qui offre un parallèle particulièrement intéressant. Un mot violent, symbole de tout le racisme, toutes les discriminations dont ont été victimes les noirs américains. Et pourtant, ils se le sont réappropriés, une manière pour eux de dire « ça ne m’atteint plus », de se vanner, ou d’affirmer leur solidarité « on sait d’où on vient, on est dans la même merde, on est des niggaz…»

S’il faut supprimer des ondes tout morceau comportant le mot « nigger », on priverait le peuple de la plupart des groupes de rap, notamment deux des plus grands, N.W.A. (Niggers With Attitudes) et le Wu-Tang Clan : difficile de trouver un de leurs morceaux qui ne comporte pas le mot « nigger » (en même temps, ils sont déjà largement censurés pour d’autres raisons…)

 

Censuré aussi, un des plus célèbres morceaux de Dylan, Hurricane, « And to the black folks he was just a crazy nigger ». Qu’un ne vienne pas me raconter que l’auteur de The Lonesome Death of Hattie Carroll soit un danger pour la cause des noirs américains…

 

Un autre célèbre cas de « censure aveugle » a existé, dans les 70’s. Le titre Woman is the Nigger of the World de John Lennon a été banni des radios US qui n’avaient même pas pris la peine de s’interroger et de comprendre qu’il ne s’agissait en rien d’un morceau sexiste et raciste, mais bien, évidemment, de tout le contraire. La seule vue du nom de l’auteur aurait dû les mettre sur la bonne voie, pourtant…

 

En suivant cette logique canadienne « d’épuration de la langue », que faire des films de Scorsese, de séries comme les Soprano, et de toutes ces grandes oeuvres qui « osent » faire parler de façon crue et réaliste des voyous, des petites frappes machos et racistes ? Les interdire de toute diffusion télé ? 

 

L’art ne doit-il présenter que des individus lisses, tolérants, courtois et respectables, dans un monde aseptisé et féerique ? 

 

Le prix à payer pour cette belle idée qu’est la « liberté d’expression », c’est d’accepter, parfois, d’être choqué, dérangé, insulté… à moins de ne pas aimer vraiment la liberté d’expression.

 

Sur ce, je m’en vais continuer la lecture du génial Underworld USA d’Ellroy, dernier volet de son indispensable trilogie sur les années 60 américaines, dans laquelle les juifs sont des youpins ; les noirs des nègres, des moricauds, des bamboulas ; les homos des tapettes, des pédés, des tantouzes ; les italo-américains des ritals, les femmes des poupées ou des salopes… Parce que dans la bouche d’un mafieux, d’un flic véreux des 60’s ou d’un fils de membre éminent du KKK, « personne de couleur », je sais pas vous, mais moi, je trouve tout de même que ça sonne moins juste que « nègre »… 

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 17:30

Que les critiques puissent être eux-mêmes critiqués, je suis le premier à le défendre. Et l'un des grands avantages des blogs est bien que les lecteurs donnent directement et publiquement leurs avis sur l’avis du critique. Les internautes ne manquent pas de reprendre l’auteur s’il dit des conneries, ou de démonter son argumentation si elle leur semble bancale… Mais le revers de la médaille, c’est que nombre des « critiques de critiques » sont l’œuvre de fans lourdauds, qui ressortent peu ou prou toujours les mêmes types d’arguments bidons. Le degré zéro de la critique de la critique…

 

Lorsqu’on a le malheur de ne pas avoir aimé le disque de tel ou tel artiste et qu’on l’exprime sur nos blogs, ce sont souvent les mêmes critiques bêta qui reviennent de la part de visiteurs… on y a tous été confrontés et, afin d’éviter à chacun de perdre du temps à leur répondre, il vous suffira de mettre en lien cet article en réponse au commentaire du fan outragé, en précisant le numéro du cas (ou de faire un simple copier-coller)… (non, ne me remerciez pas pour ce petit cadeau de Noël avant l’heure, c’est tout naturel).

 

 

Les pires critiques de critiques – qui sont aussi les plus fréquentes sur le net, la bêtise est la chose la mieux partagée au monde :  

 

1. La jalousie. « T’es jaloux parce qu’il est beau et a du succès et toi t’es rien ». L’argument favori des gamines pré-pubères. Leur fanatisme est tel qu’elles ne peuvent comprendre que tout le monde ne soit pas en admiration devant le moindre fait ou geste de leur artiste favori. Enfin, si, elles peuvent le comprendre, mais par un seul biais : puisque le génie de leur idole est incontestable, seule la jalousie explique qu’un moins que rien ne se prosterne pas devant lui.

Que répondre à ce type d’argument ? J’ai une solution très simple, qui conviendra à beaucoup, suffit de dire « je suis fan de Bowie ». Il est beau, il est riche, il a du talent, il est respecté… si la jalousie jouait dans l’appréciation que l’on a d’une œuvre ou d’un artiste, on n’aimerait que des artistes moches, pauvres, inconnus, et sans la moindre once de talent. Et je n’ai pas encore rencontré de critique qui soit dans ce cas… Même Lyle apprécie, parfois, des groupes avec de jolies chanteuses et de bonnes compos…

 

2. Mieux vaut se taire que de critiquer. « Si t’as pas aimé, ne perds pas ton temps à déverser ton fiel, parle plutôt de ce qui te plaît ». « Je comprendrais jamais les gens qui disent du mal comme tu le fais, ta vie doit être bien triste, quand on n’aime pas, on se tait, pour ne pas blesser ceux qui aiment ».

 

Si tout le monde pensait comme ça… le monde serait un paradis pour dictateurs de tout poil. Personne qui l’ouvre si ce n’est pour dire du bien de tout ce qui l’entoure… Mais heureusement, on a un sens critique, une des 2-3 petites choses qui nous distinguent du mouton (avec, et ce n'est pas rien, la possibilité de raser des villes entières à coups de bombes atomiques). L’intelligence s’aiguise avec le sens critique, il faut pour cela être capable de formaliser et mettre des mots sur nos goûts comme nos dégoûts. On se construit aussi « en réaction », à moins d’avoir une éponge à la place du cerveau…

  

3. Les attaques personnelles. Un grand classique. « Elle doit être bien triste ta petite vie de merde pour que tu écrives de telles saloperies » « Tu pues l’arrogance, t’es qu’un gros connard prétentieux » « T’es qu’un aigri, un frustré, un pauvre type » etc.

Dans sa boule de cristal, le fan voit le critique… et ce qu’il voit est édifiant. Un type seul, derrière son écran, chétif, vêtu d’un vieux peignoir gris, pianotant sur son clavier d’ordinateur la clope au bec et le dos voûté, des cheveux sales qui tombent sur ses petites lunettes rondes derrière lesquelles pointent de petits yeux méchants injectés de sang, un rictus malsain déforme son visage pendant que son rire de hyène ponctue les phrases assassines qu’il prend tant de plaisir à écrire…

 

Le web pullule d’experts psychologues capables, à la lecture d’une simple chronique de disque, de cerner la personnalité profonde de l’auteur. Des psychanalystes 2.0 qui vous expliquent que si vous dites du mal de tel artiste ou tel genre musical, c’est parce que vous avez souffert à l’école des brimades de vos petits camarades, si vous n’avez pas aimé tel album, c’est parce que vous êtes un sinistre dépressif incapable de ressentir la joie qui s’en dégage, etc, etc.

 

Il est toujours difficile de répondre à ces attaques personnelles… que rétorquer ? « J’aime la vie, j’ai une femme superbe et je fais 2h de sport par semaine » ?

Les attaques personnelles, c’est l’arme des faibles d’esprit. Incapables de rester dans le débat d’idées, puisqu’ils ne peuvent démolir les arguments de l’auteur, il ne leur reste qu’une solution, tenter de démolir l’auteur.

 

Encore plus primaire (si, c’est possible), il y a les insultes gratuites. « Fils de pute », « Gros enculé de ta race », « Pauvre merde », « Casse-toi pauv’con » et compagnie...   

 

Mais le plus courant, c’est encore ce bon vieux gros cliché du critique « artiste raté », aigri, qui se venge en massacrant les œuvres des vrais artistes… je ne sais pas si les critiques sont tous des artistes ratés, mais ce qui est sûr, c’est que ce sont tous des passionnés…

 

 

4. Les attaques sur le style. « T’es rien qu’un petit scribouillard », « C’est un article minable d’un petit tâcheron du web », « Tu nous soûles avec ta logorrhée », « T’écris comme un / avec tes pieds », « T’as pas de style / un style tout pourri » etc…

Une des critiques qui fait le plus mal… car c’est avant tout le style d’un artiste qui intéresse le critique… alors un critique qui n’est pas capable d’avoir un minimum de style, d’agencer 3 phrases correctement, ça la fout mal. Rassurez-vous, chers confrères blogueurs, la plupart du temps ces critiques sur votre style sont infondées. Les 3 cas les plus fréquents sont :

 

   - La simple lecture du commentaire de votre interlocuteur prouve qu’il est lui-même très mal placé pour donner de quelconques leçons de style. Logique, donc, qu’il ne soit pas sensible au vôtre, mais à celui de ce mauvais album que vous descendez en flèche.

   - Vous tapez sur un artiste qu’il adore, forcément, ça l’énerve, et il vous « diabolise ». Vous devenez à ses yeux la caricature du critique telle que décrite ci-dessus, et tout ce que vous dîtes – et comment vous le dîtes - sera mal perçu. Votre article est plutôt léger, ironique, avec quelques pointes d’humour, il le trouvera « pathétique, car vous essayez d’être drôle mais n’y arrivez pas » (pas la peine de m’étendre sur le cruel manque d’humour du fan lorsqu’on s’attaque à son groupe favori). Vous essayez d’être simple et pédagogique, il vous jugera plat et scolaire. Vous poussez un peu dans la mauvaise foi et vous amusez à surjouer l’indignation, il trouvera votre style horriblement pompeux….

   - Enfin, dernière hypothèse, qu’il ne faut pas négliger… votre style est peut-être vraiment pourri...

 

 

5. La légitimité. « T’es qui, toi, pour estimer que ton avis a une quelconque importance ? » « Qu’est-ce qui te donne le droit de taper sur X ? » etc…

Evidemment, lorsqu’on est un simple blogueur, on se retrouve souvent attaqué sur notre « légitimité ». Comme s’il fallait justifier d’un DEA de musicologie, présenter une carte de presse et avoir composé une dizaine d’albums pour avoir le droit de donner publiquement son avis sur un putain de disque pop. Ce qui nous ramène à une des variantes classiques de cette question de la légitimité : « Tu critiques mais tu serais incapable de faire ce qu’ils font. » (avec la variante « comptable » : « vends des millions d’albums comme eux et après tu pourras critiquer).

S’il ne fallait parler que de ce qu’on a personnellement expérimenté, une bonne flopée d’artistes égocentriques et mégalos devraient arrêter illico presto de parler d’amour et de générosité…

Avec ce type de logique, seuls des hommes politiques pourraient réellement juger du travail d’autres hommes politiques… Absurde, bien entendu, car un artiste, comme un homme politique, ne travaille pas pour lui ou ses pairs, mais pour le peuple. C’est au peuple qu’il s’adresse, et c’est à lui de le juger. Si l’artiste ne veut vraiment pas que des béotiens s’autorisent à commenter son œuvre, la solution est simple : qu’il ne distribue ses albums qu’à ses collègues artistes.

 

6. « Ne vous fiez pas aux critiques, faites-vous une idée par vous-même »…

J’ai toujours trouvé cet argument, employé fréquemment par des acteurs et réalisateurs en promo, particulièrement débile. Soit ils sont totalement déconnectés du réel et imaginent que tout le monde a le temps (et l’argent) pour aller voir la dizaine de films qui sort chaque semaine afin de se faire sa propre opinion… soit ils sont à un niveau tel de mégalomanie qu’ils pensent que leur œuvre doit obligatoirement être vue par tous. S’il existe des critiques, c’est en partie parce qu’il faut bien que certains fassent le tri et expliquent pourquoi, à leur avis, tel film mérite d’être vu et pas tel autre.

 

 

 

Il est aussi possible de faire une petite typologie des 3 cas que l’on rencontre le plus souvent chez les « critiques de critiques » usant d’arguments à deux balles :

 

1. Le hargneux : Il ne s’embarrasse pas de nuances ou de politesses, son but, c’est de cogner sur celui qui a osé s’attaquer à un de ses artistes fétiches, l’humilier, le rabaisser plus bas que terre. Son registre ? Attaques personnelles et insultes diverses et variées. Certains vont même (j’en ai croisé), jusqu’à proposer de régler ça à mains nues… j’ai été confronté à un parisien qui me le proposait… j’ai dû décliner, non pas que je sois particulièrement lâche, mais faire 600 km et payer une centaine d’euros de train juste pour se foutre sur la gueule parce qu’on a un avis divergent sur un album, je vois moyennement l’intérêt…

 

Comment se comporter face au hargneux ? Ne pas rentrer dans son jeu et renchérir dans les insultes. Au contraire. S’il donne l’impression de s’exciter tout seul alors que ça ne vous fait ni chaud ni froid, il aura l’air d’un con. Mais si vous vous mettez, dans les comms de votre blog, à vous livrer à une bataille d’insultes, c’est vous qui aurez très vite l’air d’un con auprès de vos lecteurs…

 

2. Le pleurnicheur. « Pourquoi dire tant de mal, qu’est-ce qu’il t’a fait, X, pour que tu le traites de cette façon dans ta chronique ? » « Tu t’amuses peut-être avec tes petites phrases cruelles, mais sache que c’est vraiment blessant pour les fans comme moi, tu pourrais au moins essayer de nous respecter un minimum… » Le but du pleurnicheur, c’est de vous faire culpabiliser… ce qu’il espère, c’est qu’à la lecture de son commentaire, vous serez rouge de honte d’avoir été aussi méchant.

 

Comment se comporter face au pleurnicheur ? Ironie et cynisme sont les meilleures armes. Mais à utiliser de préférence avec légèreté. Le pathos dans lequel il se vautre en s’attendant à ce que vous tombiez avec lui en sera d’autant plus ridicule…

 

3. Le pointilleux. Qu’un lecteur « corrige » une erreur dans un article, c’est bien normal… mais certains le font avec un mépris non dissimulé. Hautain et radical, le pointilleux n’hésite pas à démolir votre article et vous retirer toute légitimité sous prétexte d’une bête erreur de date… Condescendant, il vous trouve au moins une circonstance atténuante « après tout, on ne peut s’attendre à autre chose de la part d’un petit écrivaillon du web… »

Comment distinguer un lecteur bien intentionné d'un pojntilleux hautain et condescendant ? C'est très simple. prenons, au hasard, un article intitulé "Les pires critiques de critiques". Le lecteur bien intentionné vous dira "Ton titre prête un peu à confusion, j'ai cru que tu allais parler des pires critiques de disques faites par les critiques. Mais bon, c'est pas grave, c'est vrai qu'on peut le prendre dans les deux sens, et dès ta première phrase, tu lèves le doute". 

Le pointilleux, lui, ne s'arrêtera pas en si bon chemin... "Tu parles dans cet article de l'importance du style, alors que t'es pas foutu de trouver un titre clair. Parce que là, on s'attend à ce que tu parles de "critiques de disques par des critiques de disques", et non pas de ceux qui critiquent les critiques. Apprends à trouver de bons titres avant de donner des leçons. De toute façon, cet article n'a strictement aucun intérêt, trop superficiel pour être pris au sérieux, pas assez drôle pour être un "article comique"... et un article qui parle de critique de la critique sans qu'il ne soit fait mention d'Adorno ou Walter Benjamin, ça montre bien l'inculture crasse de son auteur."     

Mais au fond, le pointilleux est un grand naïf. En lisant des chroniques de disques et articles de blogs, il s’attend à tomber sur de véritables thèses sur les sujets traités… Et forcément, il est déçu. Très. Comment l’auteur a-t-il pu passer à côté de la dimension sociologique de tel album ? Pourquoi ne dit-il pas un mot de cet accord de 13° qui survient inopinément au 2° temps de la 4° mesure du 6° morceau ? Des omissions incompréhensibles pour le pointilleux. Mais son plus grand plaisir, c’est de vous assommer de références et d’étaler son érudition. D’invoquer Kant et Nietzsche à la suite d’une chronique du dernier Pete Doherty. Enfin non, trop évident, il invoquera plutôt Jankélévitch et Schleiermacher…

 

Voilà donc pour ce petit tableau des pires « critiques de critiques » auxquelles on est amené à faire face… mais ceci n’étant qu’un article de blog d’un petit écrivaillon du web, il est forcément incomplet, et je compte sur vous pour pallier à ses manques…

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