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Classements d'albums

5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 12:27

 

Aphex_Twin.jpg Il m’est arrivé, ici ou , de m’étonner du manque de nouveaux genres dans les musiques populaires modernes ces dix dernières années. Mais s’il y a bien un style qui, plus que les autres, a été frappé de plein fouet par cette crise stylistique, c’est l’électro. Aussi décevante depuis 7-8 ans qu’elle fut prometteuse durant les années 90. Un des retours de bâton les plus spectaculaires de la musique de ces dernières décennies. Musique de l’avenir, musique du futur, révolution sonore et musicale… voilà ce qu’elle laissait espérer, mais le soufflé est vite retombé.

 

Cela est d’autant plus inquiétant pour la musique électro qu’elle est encore jeune et semblait en pleine évolution. Après tout, le rock, lui, est là depuis plus d’un demi-siècle, on comprend qu’il peine à se renouveler… et il a toujours la possibilité de donner le change avec des chansons efficaces et une bonne dose d’énergie brute. Mais l’électro, sans innovations formelles ni trouvailles sonores, perd une grande partie de son intérêt.

 

- Musique de l'avenir ?

  

Il est assez stupéfiant de constater qu’en l’espace de quelques années, l’électro est passée du stade de « musique de l’avenir » à celui de « musique du passé ». Les nouvelles sonorités des années 90 n’ont pas su se développer et se déployer suffisamment par la suite, elles sont vites devenues plus nostalgiques que futuristes.

Aphex Twin, Autechre, Boards of Canada, Amon Tobin, Orbital, Squarepusher, Chemical Brothers… fin des 90’s, ils incarnaient un véritable renouveau des musiques populaires modernes. Bien qu’ils soient toujours en activité, il faut remonter loin pour trouver un grand album de l’un d’entre eux. Amon Tobin excepté, il est sans doute celui qui s’en tire le mieux (Foley Room est à mon sens le meilleur album de 2007). Sans doute parce qu’il a plus de « musicalité » que les autres, comme en attestent ses motifs et paysages sonores variés.

 

Certains voyaient même dans ces musiciens - notamment les plus novateurs issus du label Warp (Aphex Twin et Autechre en tête) - l’équivalent moderne des compositeurs classiques d’antan. Mais, entre autres choses, un point important distingue nettement les compositeurs classiques de ces musiciens électro (et de 99% des artistes des musiques populaires modernes) : la capacité d’évoluer. Ce qui demande quelques explications et une vision plus globale...

 

- L'évolution des artistes dans la pop et le classique   

  

Les grands compositeurs classiques n’ont jamais été des « feux de paille », ils ont toujours su approfondir leur musique et se perfectionner. Même s’ils ont à leurs débuts déjà produit bon nombre de chefs-d’œuvre, leurs dernières pièces sont en général particulièrement riches et fascinantes. C’est le cas chez Bach, Mozart, Beethoven, Liszt, Wagner ou Debussy, pour ne citer que quelques-uns des plus grands. De l’affirmation de leur propre style aux chefs-d’œuvre de la fin de leur vie, l’inspiration est toujours présente, et l’évolution constante.

 

Qui pourrait en dire autant dans la musique pop ? La règle est plutôt : de très bons albums au début, puis soit on se répète (ad nauseam), soit on lisse sa musique et s’assagit… et dans tous les cas, l’inspiration n’est plus au rendez-vous (quelques cas très particuliers exceptés). C’est le « syndrome de la star du rock » : un type qui déboule avec l’envie d’en découdre, d’exprimer sa rage, ses frustrations – et celles d’une génération – mais qui, une fois cela bien exprimé, n’a plus grand-chose à dire. Une volonté « d’expression directe » plus qu’une véritable « démarche artistique ». Entre creuser son style, son sillon, son art, ou répéter les bonnes vieilles formules en espérant que cela continue de contenter les fans et le public, la plupart ont choisi leur camp…

 

De quel artiste pop, rock, électro ou rap pourrait-on dire, comme pour les génies du classique : il a su créer son propre style, le perfectionner et proposer des œuvres toujours plus audacieuses et fascinantes, sans baisse de niveau ?

 

Bowie ? Trop inégal. Il n’est bon qu’une décennie sur deux (il devrait donc être excellent celle-ci…)

Radiohead et Massive Attack ? On aurait pu le penser, jusqu’à il y a peu…

Nick Cave et Tom Waits ? Il est vrai qu’ils continuent de creuser leur sillon, restent à un très bon niveau de qualité – malgré quelques albums mineurs – mais, même l’inconditionnel que je suis ne peut prétendre qu’ils « proposent des œuvres toujours plus audacieuses et fascinantes ».

Scott Walker et Portishead ? Certes, mais s’il faut chaque fois attendre 10 ans qu’ils sortent de nouveaux albums…

 

Une des explications les plus évidentes est la suivante : les musiques pop et rock sont basées sur la simplicité, l’urgence et l’efficacité ; un nouveau groupe arrive avec un nouveau son, une énergie nouvelle, et ne peut pas véritablement « creuser » cette simplicité… mais ça n’explique pas tout. Prenons le cas du rock progressif, qui, lui, revendique une véritable complexité. Les groupes progs se sont pourtant montrés incapables de « progresser » sur plus d’une dizaine d’années. Sinon, les derniers albums des Yes, Genesis, Pink Floyd et autres Emerson, Lake & Palmer auraient été leurs plus aboutis et réussis… au lieu d’être aussi pathétiques. De l’aveu même des fans du genre, les meilleurs albums de ces groupes restent ceux du début de leurs carrières. Robert Wyatt est un cas à part, toujours capable de sortir de bons albums… mais il n’a pas pour autant dépassé Rock Bottom.

 

- Souffle coupé

 

Le cas du rock prog nous ramène directement à l’électro, qui, via ce qu’on a appelé « IDM » (Intelligent Dance Music) ou electronica a su proposer une musique complexe bien plus radicale et convaincante pour les critiques que ne l’était le prog. Mais les grands noms du genre, et le genre en lui-même, n’ont pas véritablement tenu leurs promesses. Le dantesque drukqs d’Aphex Twin a déjà 10 ans, je ne lui vois toujours pas de digne successeur…  

 

L’électro a semblé vraiment « coupée dans son élan », en tant que genre, mais aussi dans sa fusion avec d’autres styles. Kid A de Radiohead ouvrait pourtant la précédente décennie en fanfare, le mariage du rock et de l’électro (déjà remarquable sur Outside de Bowie en 1995) semblait avoir de beaux jours devant lui, l’album explorait de nouvelles voies a priori passionnantes… mais après Kid A, il a surtout fini en voie de garage. Il y a bien eu aussi le folk-tronica… les mauvaises langues diraient qu’en lieu et place de l’association entre l’émotion simple et touchante de la musique folk d’un côté, et les sonorités aventureuses et envoûtantes de l’électro de l’autre, on a surtout eu droit à la mollesse du folk couplée à de petits bidouillages électros fumeux. L’électro-jazz, elle, existait déjà dans les années 90 (et n’a pas été transcendante dans les années 2000), même chose pour la fusion électro-rap dans l’abstract hip-hop. A part Dälek, peu de groupes d’abstract hip-hop ont vraiment imposé un son marquant ces 10 dernières années (enfin, « marquant » pour les amateurs du genre, vous ne risquez pas de tomber sur du Dälek en allumant votre poste de radio).

 

La musique électro est-elle déjà morte et enterrée ? Non, heureusement. Il existe au moins un courant qui, ces 10 dernières années, a su proposer un son relativement nouveau : le dubstep (les plus tatillons diront qu’il est tout de même apparu un peu avant la décennie précédente, et que Scorn en faisait déjà au début des années 90). Aphex Twin n’a rien sorti de glorieux depuis un bon moment, mais il a toujours du flair et, grâce à son label Rephlex, a permis de faire connaître le genre (compilations Grime en 2004). Puis il y a eu le Untrue de Burial, salué par la critique en 2007. Mais le dubstep tarde à sortir de l’underground, des clubs londoniens et d’une petite clique de fanas d’électro. Le genre reste plutôt confidentiel, même s’il semble maintenant en mesure de toucher un plus vaste public… c’est tout le mal qu’on lui souhaite.     

 

Si vous ne connaissez pas le dubstep, un de mes morceaux favoris de l’an dernier, Uncontrolable Flesh de High Tone :

 

 

 

 

L’électro a aussi donné quelques très bons albums ces dernières années : le génial Third de Portishead en premier lieu (bien qu’on ne puisse le réduire à de l’électro), ou, plus récemment, l’OMNI Land of Kush’s Egyptian Light Orchestra et l’envoûtant et profond The Dark de Third Eye Foundation. Et cette année commence plutôt pas mal, avec 4 albums très recommandables :

 

Moritz Von Oswald Trio - Horizontal Structures 

Semiomime - From Memory

Nicolas Jaar - Space is only Noise
Agoria - Impermanence

 

 

Pourtant, ces albums restent les arbres qui cachent la forêt. L’électro peine vraiment à trouver un second souffle, innover… sur la grande majorité des nombreux albums d’électro que j’ai pu écouter ces dix dernières années, je ne cessais de me dire « ça, untel le faisait déjà dans les années 90… » Les réussites ont été plus individuelles que collectives, les nombreux courants apparus dans les années 90 (electronica, trip-hop, techno minimaliste, drum’n’bass, trance, techno hardcore etc…) n’ont pas plus été capables de s’enrichir et se perfectionner que de donner naissance à des courants aussi forts qu’ils ne l’étaient. Mais restons optimistes, espérons qu’il ne s’agissait que d’une (longue) période de convalescence après des débuts spectaculaires, ou qu’elle n’a fait que se recroqueviller et reculer pour mieux sauter… et vu le recul, on est en droit d’attendre qu’elle aille loin, et regagne sa place de « musique du futur »...

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:24

Les liens renvoient soit directement à l'album en streaming, soit aux fiches albums du CDB ou mes articles, dans lesquels vous trouverez un lien pour l'écouter.

 

 

 steve-coleman-mancy.jpg

 

Le top 20 :

 

1. Steve Coleman & Five Elements - The Mancy of Sound (9,5)

2. The Skull Defekts - Peer Amid (9)

3. Jason Graves - Dead Space 2 (BO) (9)

4. Cybernetika - Colossus (9)

5. The Oscillation - Veils (9)

6. Zombi - Escape Velocity (8.5)

7. Mini Mansions - Mini Mansions (8.5)

8. Driving Dead Girl – Don’t give a Damn about Bad Reputation (8,5)

9. Dale Cooper Quartet & the Dictaphones - Metamanoir (8,5)

10. Graham Reynolds & the Golden Arm Trio - Duke ! Three Portraits of Duke Ellington (8,5)

11. Tom Waits - Bad as Me (8,5)

12. Sisters of Your Sunshine Vapor - Spectra Spirit (8,5) 

13. Le Trio Joubran - As Fâr (8,5)

14. Anthony Joseph & The Spasm Band - Rubber Orchestras (8,5)

15. Amon Tobin - ISAM (8,5)

16. Thurston Moore - Demolished Thoughts (8,5)

17. Tombs - Path of Totality (8,5) 

18. Banquet of the Spirits - Caym : Book of Angels vol. 17 (8,5)

19. Field Rotation – Acoustic Tales (8,5)

20. Damu The Fudgemunk – Supply for demand (8,5)

 

 

Classement par genres :

Rock, pop

 

1. The Skull Defekts - Peer Amid (9)

2. Mini Mansions - Mini Mansions (8.5)

3. Driving Dead Girl – Don’t give a Damn about Bad Reputation (8,5)

4. Tom Waits - Bad as Me (8,5)

5. Sisters of Your Sunshine Vapor - Spectra Spirit (8,5) 

6. Young Widows - In and out of Youth and Lightness (8)

7. Shapes have Fangs - Dinner in the Dark (8)

8. Tim Cohen - Magic Trick (7,5)

9. David Lynch - Crazy Clown Time (7,5)

10. Elysian Fields - Last Night on Earth (7,5)

11. Velvet Condom - Stadtgeil (7,5)

12. Slug Guts - Howlin' Gang (7,5)

13. Agent Side Grinder - Irish Recording Tape (7,5)

14. Crystal Stilts - In love with Oblivion (7,5)

15. Chrysta Bell / David Lynch - This Train (7.5)

16. Marcel Kanche - Vigiles de l'Aube (7,5)

17. Jesse Sykes & the Sweet Hereafter - Marble Son (7,5)

18. Other Lives – Tamer Animals (7,5)

19. She keeps Bees – Dig on (7,5)

20. Blue Chill – Heartlag (7,5)

 

 

Girls - Father, Son, Holy Ghost (7)

Chad VanGaalen – Diaper island (7)

Dirty Beaches – Badlands (7)

Akron/Family - The Cosmic Birth and Journey of Shinju TNT (7)

Alexander - Alexander (7)

The Blue Seeds - Belt of Venus (7)

Nude – My Kingdom is a Jail (7)
Cat’s Eyes – Cat's Eyes (7)
Kate Bush – 50 Words for Snow (7)
Ensemble - Excerpts (7)
Rivulets  - We’re Fucked (7)

Malachai - Return to the Ugly Side (6,5)

Mina May – Everything was beautiful and nothing hurt (6,5)

And You Will Know Us By The Trail of The Dead - Tao of the Dead (6,5)

Cheveu - 1000 Mille (6,5)

Vivian Girls – Share the Joy (6,5)

Mansfield Tya – Nyx (6,5)

Arctic Monkeys - Suck it and See (6,5)

PJ Harvey - Let England Shake (6,5)

Night Beats - Night Beats (6,5)

Stephen Malkmus & the Jicks - Mirror Traffic (6,5)

OBN IIIs – The One and Only (6,5)

Orka - Oro (6,5)

dEUS – Keep you Close (6,5)

Kurt Vile - Smoke Ring for my Halo (6,5)

Gruff Rhys – Hotel Shampoo (6,5)

Tom Vek - Explicit Pictures (6,5)

Treefight For Sunlight – Treefight for sunlight (6,5)

Little Wings - Black Grass (6,5)

Manicure - Grow Up (6,5)

Sons & Daughters - Mirror Mirror (6,5) 

Dolorean – The Unfazed (6)

Wire - Red Barked Tree (6)

North Mississippi Allstars - Keys to the Kingdom (6)

The Kills - Blood Pressures (6)

The Rapture - In the Grace of your Love (6)

Mother Mother - Eureka (6)

Cold Cave - Cherish the Light Years (6)

The Black Keys - El Camino (6)

Black Lips - Arabia Mountain (6)

Part Time – What Would You Say? (6)

The Dodos - No Color (6)

Cascadeur - Human Octopus (6)

Inga Liljeström - Black Crow Jane (6)

The Feeling Of Love – Dissolve Me (6)

The Hillbilly Moon Explosion - Buy Beg or Steal (6) 

Phospho - Time Hits (6)

Zola Jesus - Conatus (6)

Jacuzzi Boys - Glazin’ (6)

Keren Ann -101 (6)

St. Vincent – Strange Mercy (6)

Yellow Ostrich - The Mistress (5,5) 

Thee Oh Sees - Castlemania (5,5)

Yuck - Yuck (5,5)

Iceage – New brigade (5,5)

The Do - Both Ways Open Jaws (5,5) 

Baxter Dury – Happy Soup (5,5)

RKC - British Plastic (5,5)

White Lies - Ritual (5)

Destroyer – Kaputt (5)

Yann Tiersen – Skyline (5)

Wild Beasts - Smother (5)

Clap Your Hands Say Yeah – Hysterical (5)

Youth Lagoon – The Year of Hibernation (5)

Miossec - Chansons Ordinaires (5)

Beady Eye - Different Gear, still speeding (5)

Elbow - Build a Rocket Boys ! (5) 

Joan as Police Woman - The Deep Field (5)

(Please) Don’t Blame Mexico - Concorde (5)

Sea of Bees - Songs for the Ravens (5)

Feist - Metals (4,5)

Deerhoof - Deerhoof vs. Evil (4,5)

Bomb the Music Industry ! - Vacation (4,5)

Anna Calvi - Anna Calvi (4)

Emilie Simon – Franky Knight (4)

The Horrors - Skying (4)

The Big Crunch Theory - 1992 (4)

Smiths Westerns - Dye it Blonde (4)

The Joy Formidable - The Big Roar (4)

Radiohead - The King of Limbs (3)

Daniel Darc – La Taille de Mon Ame (3)

Wu Lyf - Go Tell Fire to the Mountain (3)

Le Corps Mince de Françoise - Love and Nature (2,5)  

 

     

Post-rock, expérimental

  

1. The Oscillation - Veils (9)

2. Banquet of the Spirits - Caym : Book of Angels vol. 17 (8,5)

3. Trunks – On the Roof (8,5)

4. Bardo Pond - Bardo Pond (8)

5. Faust - Something Dirty (7,5)

6. Metal Mountains - Golden Trees (7,5)

7. Ga’an – Black Equus (7,5)

8. Grails - Deep Politics (7,5)

9. Bruce Lamont - Feral Songs of the Epic Decline (7,5)

10. Current 93 - HoneySuckle Aeons (7,5)

11. Aidan Baker - Lost in the Rat Maze (7,5)

12. Yom - With Love (feat. the Wonder Rabbis) (7,5)

13. Hills - Master Sleeps (7)

14. Calomito – Cane Di Schiena (7)

15. Oneida – Absolute II (7)

16. Budam - Man (7)

17. Three Trapped Tigers - Route One or die (6,5)

18. Cave – Neverendless (6,5)

19. Acid Mothers Temple SWR & Umezu Kazutoki – Sax & the city (6,5)

20. Mogwai - Hardcore will never die but you will (6)

 

Sonic Youth - Simon Werner a Disparu (6)

Psychedelic Horseshit - Laced (6)

Za! - Megaflow (5)

Earth - Angels of Darkness, Demons of Light (4,5) 

  

Folk-rock, Folk, Blues
 

1. Thurston Moore - Demolished Thoughts (8,5)

2. Eilen Jewell – Queen of the Minor Key (8,5)

3. Marissa Nadler - Marissa Nadler (8)

4. Declan de Barra - Fragments, Footprints & the Forgotten (8)

5.  Slackeye Slim - El Santo Grial : La Pistola Piadosa (8)

6. Jim Yamouridis - Into the Day (8)

7. Mirel Wagner - Mirel Wagner  (7,5)

8. Ben Caplan & The Casual Smokers - In the time of the great remembering (7,5) 

9. Cass McCombs - Wit's End (7,5)

10. Stranded Horse – Humbling Tides (7,5)

11. Dave Alvin - Eleven Eleven (7,5)

12. Jerry Leger – Traveling Grey (7,5)

13. Glenn Jones – The Wanting (7,5)

14. Bonnie ‘Prince’ Billy Wolfroy Goes To Town (7)

15. Timber Timbre - Creep On Creepin' On (7)

16. Abigail Washburn - City of Refuge (7)

17. Gregg Allman - Low Country Blues (7)

18. Bill Callahan - Apocalypse (7)

19. Joe Henry Reverie (7)

20. Jonathan Wilson – Gentle Spirit (7)

 

Jay-Jay Johanson - Spellbound (7)

Chelsea Wolfe – The Grime and the Glow (7)

Iron & Wine - Kiss Each Other Clean (6,5)

Dark Dark Dark – Wild Go (6,5)

Meg Baird - Seasons on Earth (6,5)

Peter Case - The Case Files (6.5)

Fink - Perfect Darkness (6,5)

Josh T. Pearson - Last of the Country Gentlemen (6,5)

Rauelsson & Peter Broderick – Replica (6,5)

The Missing Season - To the Fire (6,5)

Alela Diane - Alela Diane & Wild Divine (6,5)

The Head and the Heart - The Head and the Heart (6)

Fleet Foxes - Helplessness Blues (6)

Amanda Palmer - Amanda Palmer goes down under (6)

The Unthanks - Last (5) 

Herman Düne - Strange Moosic (5)

The Decemberists - The King is Dead (4,5)

Lucinda Williams - Blessed (4,5)

 

Hard, metal

 

1. Tombs - Path of Totality (8,5)

2. Blut aus Nord - 777 Sect(s) (7)

3. Lento – Icon (7)

4. Ulcerate - The Destroyer of All (6,5)

5. Burzum - Fallen (6,5)

6. Krallice - Diotima (6) 

7. Fen – Epoch (6) 

8. Primordial - Redemption at the Puritan's hand (5,5)

9. Mitochondrion - Parasignosis (5)

10. Red Fang – Murder the Mountains (4,5)

11. SubRosa - No Help for the Mighty Ones (4,5) 

12. Onslaught - The Sound of Violence (3,5)

13. Black Country Communion -  2 (3,5) 

 

  

Electro, Downtempo
 

1. Cybernetika - Colossus  (9)

2. Zombi - Escape Velocity (8.5)

3. Amon Tobin - ISAM (8,5)

4. Field Rotation – Acoustic Tales (8,5)

5. Submerged – Before Fire I was against other People (8)

6. Hecq - Avenger (8)

7. Mobthrow - Mobthrow (8)

8. Semiomime - From Memory (8)

9. Plaid - Scintilli (8)   

10. Moritz Von Oswald Trio - Horizontal Structures (8)

11. The Field - Looping State of Mind (8)

12. Brian Eno - Drums between the Bells (8)

13. Still Corners - Creatures of an Hour (8)

14. Symmetry - Themes for an imaginary film (8)

15. Nicolas Jaar - Space is only Noise (7,5)

16. Aes Dana - Perimeters (7,5)

17. Kangding Ray – Or  (7,5)

18. Pinch & Shackleton - Pinch & Shackleton (7,5)
19. Karsten Pflum – No Noia My Love (7,5)

20. Stendeck - Scintilla (7,5)

 

 

Agoria - Impermanence (7,5)

Mondkopf - Rising Doom (7,5)

Gui Boratto – III (7,5)

Dreissk - The Finding (7,5)

Zomby - Dedication (7)

Phutureprimitive - Kinetic (7)

Death in Vegas - Trans-Love Energies (7)

Apparat - The Devil's Walk (7)

Roedelius & Schneider – Stunden (7)

Detachments - Detachments (7)

Apollo Brown - Clouds (7)

DJ Cam – Seven (7)

Buraka Som Sistema - Komba (7)

Grouper - A I A : Alien Observer (7)

Makeup and Vanity Set - Charles Park III (6.5)

Julianna Barwick – The Magic Place (6,5)

Arnaud Rebotini – Someone Gave Me Religion (6,5)

Seefeel - Seefeel (6,5)

DJ Shadow – The less you know, the better (6,5)

Raoul Sinier - Guilty Cloaks (6,5)  

Björk - Biophilia (6,5)

Metronomy - The English Riviera (6,5)

Stephan Mathieu - A Static Place (6.5)

Kami-Sakunobe House Explosion (K-S.H.E.) – Routes not Roots (6,5)

College - Northern Council (6)

Oneohtrix Point Never - Replica (6)

Chinese Man - Racing with the Sun (6)

Desolate - The Invisible Insurrection (6)

Young Montana ? - Limerence (6)

We Are Enfant Terrible - Explicit Pictures (6)

Tim Hecker - Ravedeath, 1972 (5,5)

Balam Acab - Wander Wonder (5)

Blackmill - Miracle (4)

James Blake - James Blake (3)

Rustie - Glass Swords (1,5)

 

Hip-hop

 

1. Damu The Fudgemunk – Supply for demand (8,5)

2. Beans - End it All (8,5)

3. La Canaille - Par Temps de Rage (8,5)

4. Action Bronson & Statik Selektah - Well-Done (8)

5. Action Bronson – Dr. Lecter (8)

6. R.E.K.S. - Rhythmatic Eternal King Supreme (7,5)

7. Raekwon - Shaolin vs Wu-Tang (7,5)

8. Random Axe - Random Axe (7,5)

9. DC the MIDI Alien – Avengers Airwaves (7,5)

10. Cunnylinguists - Oneirology (7,5)

11. J Rawls - The Hip-hop Affect (7,5)

12. Wu-Tang Clan – Legendary Weapons (7)

13. Pharoahe Monch – W.A.R. (We Are Renegades) (7)

14. The Doppelgangaz – Lone Sharks (7)

15. Tech N9ne - All 6's and 7's (7)

16. Das Racist - Relax (7)

17. Tyler, the Creator – Goblin (7)

18. Bad Meets Evil - Hell : The Sequel (6,5)

19. Saul Williams – Volcanic Sunlight (6,5)

20. The Roots - Undun (6,5)

 

Stupeflip - The Hypnoflip Invasion (6,5)

Jay-Z & Kanye West - Watch the Throne (6)

Ghostpoet – Peanut Butter Blues & Melancholy Jam (6)

Travis Barker - Give the Drummer some (6)

Buck 65 - 20 Odd Years (5,5)

The Streets - Computers & Blues (5,5)

Orelsan - Le Chant des Sirènes (5)

Saigon - The Greatest Story never told (4)

Wiz Khalifa - Rolling Papers (1,5) 

 

 

Soul, Funk, R&B 

 

1. Anthony Joseph & The Spasm Band - Rubber Orchestras (8,5)
2. Black Joe Lewis & the Honeybears - Scandalous (8)

3. Charles Bradley (feat. Menahan Street Band) - No Time for Dreaming (8)

4. Mr President - Number One (7)

5. The Stepkids – The Stepkids (7)

6. Raphael Saadiq - Stone Rollin' (6,5)

7. Jamie Woon - Mirrorwriting (4,5)

8. The Weeknd - House of Balloons (2,5)

9. Bruno Mars - Doo-Wops & Hooligans (0)

 

Jazz, musiques du monde, BO...



1. Steve Coleman & Five Elements - The Mancy of Sound (9,5)

2. Jason Graves - Dead Space 2 (BO) (9)

3. Dale Cooper Quartet & the Dictaphones - Metamanoir (8,5)

4. Graham Reynolds & the Golden Arm Trio - Duke ! Three Portraits of Duke Ellington (8,5)

5. Le Trio Joubran - As Fâr (8,5)

6. Matana Roberts – Coin Coin Chapter One: Gens de couleur libres (8)
7. Telebossa – Telebossa (8) 

8. Ambrose Akinmusire – When the heart emerges glistening  (8) 

9. Colin Stetson - New History Warfare vol. 2 : Judges (8)

10. Tommy Guerrero - Lifeboats and Follies (8)

11. Tamikrest - Toumastin (8)

12. Dengue Fever - Cannibal Courtship (8)

13. Matthew Halsall - On the Go (7.5)

14. James Farm - James Farm (7,5)

15. Boubacar Traoré - Mali Denhou (7,5)

16. A Hawk and a Hacksaw - Cervantine (7,5)

17. Darren Korb - BO Bastion (7)

18. Nostalgia 77 - The Sleepwalking Society (7)

19. Michael Gordon - Timber (7) 

20. Vinicius Cantuaria - Lagrimas Mexicanas (7)

 

 

Lucas Santtana – Sem Nostalgia (7)

Kouyaté-Neerman - Skyscrapers & Deities (7)

The South Trio – Elegy for a Raver (7)

Nils Frahm – Felt (7)

James Carter Organ Trio – At the Crossroads (7)

Éric Legnini & The Afro Jazz Beat – The Vox (7)

Imperial Tiger Orchestra – Mercato (7)

Joe Lovano Us Five - Bird Songs (7)

John Daversa - Junk Wagon : The Big Band Album (7)

Laura Lopez Garcia & Don Philippe - Optativo (7)

Scott Fields, Elliott Sharp - Afiadacampos (6,5)

Stéphane Belmondo - The Same as it never was before (6,5)

Nils Okland – Lysoen (Hommage à Ole Bull) (6)  

Céu - Vagarosa (6)

Gretchen Parlato - The Lost and Found (5,5)

 

Classique

 

Wojcech Kilar - Piano Concerto 2 (8)

Kalevi Aho - Trumpet Concerto (8)

Philip Glass - Symphonie n°9 (7.5)

Christopher Rouse - Symphonie n°3 (After Prokofiev) (7)

Per Norgard - Symphonie n°8 (7)

Christopher Rouse - Prospero's Room (6.5)

Elliott Carter - 2 Controversies and a conversation (6)

A venir :

 

Mötörhead - The World is Yours

Graveyard - Hisingen Blues 

Vandaveer - Dig Down Deep

Novox - Hollywood is on Fire

Tune-Yards - Whokill

Zak Laughed - Love is in the Carpet

Bill Wells & Aidan Moffat - Everything's getting older

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Bertrand Cantat & Co – Choeurs

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Katerine, Francis et ses Peintres - 52 Reprises dans l'Espace

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 11:24

 

Black-Swan.jpg   

Cette chronique vient un peu tard, le film est déjà sorti depuis un bon bout de temps… mais je viens à peine de le voir. Les critiques assez négatives (dans les articles et les commentaires) chez Dr. F et Playlist Society m’avaient refroidi, j’y suis finalement allé au dernier moment… et je ne le regrette pas. Plutôt que de poster un commentaire de 50 lignes (ce que j’étais en train de faire) sous des articles qui datent d’un mois ou plus et que seuls leurs auteurs liront, j’ai choisi de consacrer un billet à défendre ce film contre ce que j’ai pu en lire chez mes confrères blogueurs, assez sévères – même si Blake est un peu plus clément :

 

    

Dr. F.   

Playlist Society

Benoît – HopBlog

Blake

Spiroid

 

(Si vous comptez voir le film, je vous déconseille de lire ce qui suit, j’y révèle beaucoup de choses, et même le dénouement)…

 

Il est certain qu’il règne une impression de déjà-vu dans Black Swan, que le coup du personnage qui devient schizo, souffre d’hallucinations et se mutile, on l’a vu et revu. Mais que tout soit bien surligné et que l’on devine assez aisément ce qui va se passer n’est au fond pas dérangeant, à mon sens. Black Swan n’a rien du thriller avec un « twist » final qui va retourner le spectateur, c’est bien plus un film qui joue sur la symbolique… ça m’a semblé évident dès le début, ne serait-ce que parce qu’on est dans le monde du ballet, un monde où ce qui compte n’est pas l’histoire, le suspense, mais les symboles. Et les symboles sont, par nature, rarement d’une grande finesse (le cygne blanc et le cygne noir du Lac des Cygnes, justement… et pour répondre à Guic sur « l’evil twin »…peu importe que ce ne soit pas à l’origine dans le Lac des Cygnes, c’est l’interprétation que veut en faire le chorégraphe, et c’est une interprétation qui me semble tout à fait valable). 

 

Beaucoup critiquent la lourdeur de Black Swan, notamment Blake chez Dr. F qui parle de « ce film-bulldozer sans finesse (un comble quand on parle de danse et de ballet!) »

 

J’aurais plutôt tendance à penser que le manque de finesse est, au contraire, parfaitement en accord avec le sujet. Tout d’abord parce qu’on a dans les ballets de « gros symboles » plutôt que des histoires complexes et subtiles, comme je viens de l’évoquer. Et si j’ai toujours eu du mal avec la musique de ballet – avant le XX° - c’est bien parce que j’ai du mal avec sa « lourdeur ».

La finesse, dans la musique romantique, on la trouve dans les pièces pour piano, la musique de chambre, les œuvres de Chopin, Schubert, Fauré, Schumann, Liszt… ou même le traitement orchestral et harmonique de l’opéra chez Wagner. Mais surtout pas dans la musique de ballet, qui était l’œuvre de compositeurs de troisième zone avant Tchaïkovski, et reste encore assez « lourde » avec lui. Que ce soit dans cette succession de numéros bien distincts composés de différentes danses (valses, danses folkloriques etc…), et les rythmes très marqués (normal, c’est une musique faite pour être dansée, on y appuie les rythmes plus que dans d’autres types d’œuvres… mais, du coup, elle semble assez « lourde » voire pompière à l’auditeur de musique classique en quête de subtilité). La délicatesse, la finesse et la grâce sont dans les mouvements des danseurs, et peu, à mon goût, dans la musique et les sujets des ballets romantiques.

 

Ensuite, Aronofsky ne fait pas un film « sur la danse », à aucun moment son film ne prétend être une déclaration d’amour à cet art, ce qui l’intéresse, ce sont les coulisses. Et là aussi, rien n’y est léger. La concurrence, la rigueur, les sacrifices et tout ce que les danseurs / danseuses doivent faire subir à leur corps pour atteindre le niveau d’excellence demandé sont particulièrement lourds. Sur scène, rien de tout cela ne doit transparaître, mais en dehors, c’est bien la réalité de la danse classique. Traiter ce sujet avec une certaine grâce et légèreté aurait été totalement à côté de la plaque, mais Black Swan est plutôt dur et éprouvant, à l’image du milieu qu’il dépeint.

 

Comme cela a été noté dans les articles de Dr. F, Blake, Benoît et Playlist Society, on se dit souvent qu’on a déjà vu tel ou tel élément chez Argento, De Palma ou encore Cronenberg… mais la principale critique que je pourrais faire à Black Swan est la similitude avec Mulholland Drive (qui, à ma connaissance, n’a pas été évoquée). Une actrice / danseuse qui rêve de gloire ; une femme plus sensuelle qui est à la fois amie et rivale, qui la fascine comme elle la jalouse… ce qui se concrétisera par un fantasme érotique lesbien d’un côté, et un conflit pour s’attirer les faveurs du  réalisateur / chorégraphe de l’autre. Tourmentée par la crainte de ne pas arriver à réaliser son rêve, l’actrice / danseuse sombre dans la schizophrénie... le parallèle est saisissant. Bien sûr, chez Lynch, tout cela est mis dans le désordre, et le spectateur a beaucoup plus de mal à distinguer ce qui tient du fantasme de l’héroïne que de ce qu’elle a réellement vécu. Autre différence de taille : chez Lynch, pas de psychologie, l’actrice est broyée par un système (« l’usine à rêves » hollywoodienne) alors que chez Aronofsky, malgré les pressions extérieures, on sent bien plus l’héroïne s’enfermer seule progressivement dans la folie (notamment par la réalisation caméra à l’épaule). Les deux traitent d’un même sujet par le biais de leurs obsessions : dérouter le spectateur avec l’interpénétration surréaliste des mondes réels et rêvés/fantasmés chez Lynch, autodestruction chez Aronofsky où, comme dans Pi et Requiem for a Dream, le personnage central torture son propre corps pour exprimer/fuir sa détresse mentale.

 

 

Si Black Swan ne fait pas toujours dans la finesse, il n’en est pas pour autant exempt. Il évite ainsi pas mal de clichés assez attendus pour ce type de film, par exemple :

 

- La mère. Des parents durs et intransigeants, d’une exigence extrême avec leurs enfants et qui attendent d’eux qu’ils réalisent leurs propres rêves, on en a vu des centaines dans les fictions (comme dans la réalité). Et dans le cas si particulier de la danse classique, avec une mère qui a elle-même été danseuse et a dû mettre un terme à sa carrière pour sa fille, on sait d’autant plus à quoi s’attendre. Dans la grande majorité des cas, dès le premier plan, on sait qu’on est face à ce type de parents. Pas de nuances, il faut nous montrer que l’enfant n’a jamais eu de répit, qu’il a un père ou une mère psycho-rigide et en souffre depuis toujours. Sauf qu’Aronofsky traite ce sujet avec bien plus d’ambiguïté. Par bien des aspects, Nina est plus dure avec elle-même que sa mère l’est avec elle. Lorsqu’elle pense n’être pas prise et rentre en pleurs, ce qu’on attend, c’est que la mère montre sa déception, lui sorte quelques phrases cassantes… au contraire, elle la console et la rassure, tente de lui faire comprendre que ce n’est pas si grave. Et lorsqu’elle est finalement prise pour le premier rôle, la scène cliché aurait été de voir la mère ne pas relâcher la pression, lui refuser ce gâteau, par exemple… et là, c’est encore l’inverse, c’est la mère qui achète la gâteau, et insiste pour que sa fille en prenne une part et s’autorise quelques petits plaisirs. Les scènes où la mère se montre dure en sont d’autant plus flippantes, car on n’est pas dans le cadre habituel d’une mère monolithique, froide et rigide, qui ne laisse rien passer… la mère de Nina est aussi sa « meilleure amie », sa confidente, et a une affection réelle pour sa fille.



- Le cliché de l’artiste d’exception, trop sensible pour être compris, porté par une idée si haute de son art que son exigence va finir par le détruire. Si Black Swan avait été un film plus cliché, plus convenu, Nina aurait été une danseuse géniale fascinant tout le monde lors de la première audition, et tellement habitée par ces personnages de cygne noir et de cygne blanc qu’elle en aurait sombré dans la folie… mais Black Swan, ce n’est pas du tout ça. Nina est une très bonne danseuse, certes, mais elle n’a rien d’exceptionnel. Comme cela est dit et montré tout au long du film, elle a la technique, elle bosse dur… mais c’est au fond une « laborieuse » plus qu’une grande artiste. Sortie de ce qu’elle sait faire, de sa technique, elle se révèle incapable de se transcender, de réaliser ce qui est le propre des grands artistes : dépasser la technique et subjuguer ainsi le public. D’où sa difficulté à incarner le cygne noir. Elle est comme un interprète lambda capable de jouer les notes de la partition, mais qui ne saurait en livrer une véritable « interprétation ». De plus, elle ne semble jamais portée par une haute idée de l’art. Sa boîte à musique et sa sonnerie de portable, sur le fameux air du Lac des Cygnes, en témoignent… son rapport à la danse, à l’art, garde quelque chose de très puéril, c’est un rêve d’enfant qui l’obsède, une chimère plus qu’une vocation. Et c’est aussi ça qui rend ce personnage si attachant, et peu courant dans la fiction : au fond, Nina n’est qu’une petite fille timide et fragile, qui veut absolument réaliser son rêve et répondre aux attentes de son entourage, au point d’opter pour la solution la plus radicale, la seule capable de lui permettre enfin de « lâcher prise »… Nina n’a rien de ces artistes de génie charismatiques perdus dans les hautes sphères de l’art, elle est comme ces milliers d’artistes classiques qui restent dans l’ombre, qui ont sacrifié tant pour atteindre un excellent niveau, mais auxquels il manquera toujours ce truc en plus, cette étincelle qui les distinguent des autres, et leur permettrait vraiment de faire carrière.

Nina tombe dans la folie parce qu'elle est constamment dévorée par la peur. Elle a peur de décevoir sa mère, peur de ne pas répondre aux exigences du chorégraphe, peur qu’une autre prenne sa place… peur de ne pas y arriver, ce qui rend ses mutilations symboliquement pertinentes, car une danseuse doit imposer tant à son corps pour atteindre un tel niveau que tous ces efforts, si elle se met à douter, lui apparaissent comme de vaines mutilations. De plus, Nina se retrouve systématiquement dans un rapport de soumission avec les personnages qui l’entourent. C’est aussi pour cela qu’elle ne peut « dominer » son sujet, qu’elle ne peut se libérer. Sa peur est un tel carcan qu’elle n’a plus qu’une solution pour s’en défaire : transcender la peur primale, la peur de la mort. Et la symbolique est ici très forte : que sont les peurs, si ce n’est des pesanteurs qui nous empêchent de nous transcender, de nous libérer, de « sortir de nous »… et comment sortir de soi, de la pesanteur de nos peurs et de nos corps d’une manière plus radicale et symbolique qu’en se donnant la mort ? C’est là aussi où Black Swan est passionnant : pour l’illustrer, il fait le grand écart entre un domaine où la légèreté semble aller de soi, et un personnage principal incapable de se libérer de ses pesanteurs. La danse classique, en apparence, est d’une extrême légèreté : les filles sont si maigres qu’on les imagine volontiers s’envoler au premier coup de vent, les pointes donnent l’impression qu’elles ne touchent pas vraiment terre… et Nina a tout, en apparence, de la parfaite danseuse à la technique irréprochable… mais lorsqu’elle danse pendant les répétitions, ce sur quoi Aronofsky s’attarde, c'est le regard de Vincent Cassel, des yeux qui ne voient pas une fille légère et gracieuse, mais un hippopotame… Voilà aussi pourquoi les thèmes du double et de la schizophrénie, pourtant archi-rebattus et mis à toutes les sauces, ne sont pas purement artificiels ici. Au contraire, ils s’intègrent parfaitement à ce grand écart entre l’image de délicatesse et de légèreté de cette timide et fine danseuse classique d'un côté, et ce qu’elle ressent et que perçoit le chorégraphe de l'autre : ses peurs la minent totalement. Elle voudrait s’élever, mais ne fait que s’enfoncer. Une belle – et terrible – métaphore de l’artiste, et de l’artiste classique en particulier… qui doit, lui aussi, composer avec cette situation schizophrénique : dès son plus jeune âge, il doit s’astreindre à une discipline de fer, à un travail lourd, usant, pesant, répétitif et complexe ; un travail d’une exigence considérable… tout ça pour quoi ? Pour arriver sur scène et donner l’impression de la plus grande facilité. Personne n’a envie de voir un pianiste classique « faire ce qu’il peut », « lutter tant bien que mal contre la partition », non, ce qu’on veut, c’est qu’il nous donne l’impression que tout lui coule sous les doigts de la manière la plus naturelle possible, qu’il nous fasse oublier tout le travail qu’il a dû accomplir pour en arriver là.

 

Là où tant de réalisateurs se montrent superficiels dans l’explication de la chute dans la schizophrénie (chez Lynch, c’est clair et net, la psychologie et les causes ne l’intéressent pas vraiment, ce sont sur les effets qu’il se focalise), Aronofsky se montre, lui, très convaincant. Car Nina est prise dans un véritable « tourbillon schizophrénique », tout concourt à l’y faire plonger :

-         Sa mère, ambivalente, qui l’a – sans doute depuis toujours – nourri de messages contradictoires. Compréhensive et affectueuse autant qu’elle peut se montrer dure et exigeante.

-         La nature de son art et du travail sur le corps qu’il impose : rigueur et souffrances en coulisse, le tout pour donner l’impression de grâce, de naturel et de légèreté sur scène.

-         L’ambiguïté du chorégraphe, qui, tour à tour, lui montre qu’il la désire, puis qu’il ne ressent rien et attend que ce soit elle qui parvienne à se montrer désirable. Une ambiguïté qui vient aussi de la difficulté, pour Nina, de saisir si ce désir est « professionnel » ou « personnel ». C’est d’ailleurs bien amené dans une scène intéressante, qui évite aussi le cliché attendu : celle où, après la réception, il lui propose de venir prendre un dernier verre chez elle. Pour le spectateur, c’est évident : il va profiter de la situation pour lui sauter dessus ou, de manière un peu plus perverse, lui faire croire qu’en s’abandonnant à lui, elle prouvera qu’elle peut s’abandonner pour le rôle du cygne noir… mais pas du tout. Il lui parle du rôle, la jauge et la pousse dans ses retranchements, et la raccompagne sans ne rien tenter en lui donnant un « devoir à faire à la maison »…

-         Le rôle qu’elle doit jouer : être à la fois le cygne blanc et le cygne noir.

-         Pour réaliser ce qui est son « rêve de petite fille »… elle doit se débarrasser de la petite fille qui est en elle, une petite fille appliquée et sérieuse qui n’a pas la maturité et la sensualité nécessaires pour interpréter le cygne noir.

-         L’effort schizophrénique qu’on attend d’elle : apprendre à désapprendre. Ne pas oublier de s’oublier.

-         Les sentiments extrêmes et contradictoires qu’elle ressent au contact de sa rivale/amie, qu’elle n’arrive pas à cerner et dont elle ne sait jamais si elle cherche à l’aider ou lui prendre sa place.    

 

Au sein d'un tel environnement, Nina, très vite, ne sait plus sur quel pied danser… et toute cette instabilité la bloque complètement.

 

Dans un monde où l’on ne compte plus les fictions qui ne cessent de rabâcher qu’il faut « croire en ses rêves », se battre, persévérer - et tant pis si l’on trébuche, si de nombreux obstacles vont se dresser, si l’on aura à subir des injustices - il faut toujours se relever, se donner à fond et ça finira par sourire (ce qui est aussi typiquement américain, et ça ne m’empêche pas de vous recommander très vivement d’aller voir l’excellent Fighter)… le propos de Black Swan est particulièrement noir, limite subversif. Car Nina y croit, elle donne tout ce qu’elle a, ne compte pas ses heures ni les sacrifices, elle fait vraiment tout ce qui est en son pouvoir, tient une chance inespérée avec ce rôle qui lui est offert… et pourtant, ça ne fonctionne pas. On souffre avec elle, on aimerait qu’elle parvienne enfin à se dépasser… d’autant plus qu’on a l’habitude, on en a vu, des dizaines de films avec des artistes ou sportifs qui luttent, peinent, puis parviennent après de nombreuses souffrances à se transcender, et tout le monde est content… mais là… c’est encore plus dur qu’on pouvait l’imaginer. Cette délivrance, cette résolution arrivent enfin, le public, sa mère, le chorégraphe, les danseuses et le spectateur sont heureux et soulagés… sauf qu’on s’aperçoit que le prix à payer était bien trop lourd. Et met le spectateur dans l’embarras. Car il n’est pas question ici de la vision romantique d’un art « sacralisé » qui consume les artistes d’une manière quasi-mystique. Ce n’est pas l’art qui les consume, c’est nous, le public, par nos attentes et notre exigence. C’est nous qui voulons voir Nina se libérer, qui attendons d’elle qu’elle se dépasse comme on attend chaque fois l’excellence de la part des artistes, et donc nous qui sommes en partie responsables de ce drame… En l’espace de quelques secondes, Aronofsky nous fait passer de « enfin, voilà ce qu’on attendait, sa métamorphose… » à « merde, pauvre fille, rien ne méritait qu’elle aille jusqu’à une telle extrémité pour nous satisfaire… »

 

Alors certes, Black Swan n’est pas un film parfait, il a ses défauts, mais au fond… je n’ai pu m’empêcher, en sortant, de me dire « s’il y a une part de Nina en lui, mieux vaut ça qu’un film parfait où Aronofsky se serait réellement tué à la tâche »… J’en suis sorti ému, conquis par la remarquable interprétation de Natalie Portman (Vincent Cassel, Mila Kunis et Barbara Hershey sont aussi parfaits dans leurs rôles), le film m’a donné matière à de nombreuses réflexions… c’est déjà beaucoup, et bien plus que ce que nous proposent la plupart des films…    

  

 

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