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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 13:37

twin-peaks-loge.jpgNon, je n'ai pas l'intention d'ouvrir sur Music Lodge une catégorie "le programme télé de votre soirée", mais je ne pouvais ne pas glisser un mot sur la diffusion de Twin Peaks à partir de ce soir, 22h30 sur Arte. Glisser un mot pour vous dire... de ne pas la regarder. Pourquoi ? Parce qu'Arte a la très mauvaise idée de la diffuser en VF, comme elle le fait d'ailleurs pour toutes ses excellentes séries : Breaking Bad, les Tudors, The Killing (à la limite, pour la série danoise The Killing, ça peut se comprendre). 

 

Les films de Lynch sont faits pour être vus sur grand écran, ce sont des expériences cinématogrpahiques qui perdent beaucoup sur une petite télé. Twin Peaks est une série télé, mais ça reste du Lynch, le visuel et le sonore y ont une place... j'allais dire "à part", mais ce n'est pas le terme qui convient, puisqu'ils sont partie intégrante de l'oeuvre. Les mots prononcés, la façon de les prononcer ont bien plus d'importance que dans une série policière lambda. Je n'irais pas jusqu'à dire que Twin Peaks en français, c'est comme du Bob Dylan chanté par Hugues Auffray, mais c'est tout de même une grosse perte. Difficile de s'immerger totalement dans cettte Amérique profonde idéalisée / fantasmée / cauchemardesque bloquée dans les 50's sans la VO.

 

Si Arte passait Twin Peaks en prime time, on pourrait accepter qu'elle veuille toucher le "grand public" mais comme ses autres séries, elle passe qu'en deuxième partie de soirée... pourquoi alors se priver de la VO ?

 

Je ne suis pas un ayatollah de la VO. Il y a des films et séries pour lesquels VF ou VO ne changent pas grand chose. Mais pas Twin Peaks. Tout comme bon nombre de films d'auteurs américains où la langue a son importance, films que diffuse maintenant Arte en VF, alors qu'elle les passait en VO auparavant. Une véritable régression pour la chaîne qui se targue d'exigence. 

 

Bref, si vous n'avez encore jamais vu cette série géniale (mais qu'avez-vous donc fait de plus important ces 20 dernières années ?), je ne saurais que trop vous conseiller de vous procurer les DVD pour la VO. Une dérogation, tout de même, pour ceux qui ne sont pas de grands amateurs des oeuvres lynchiennes, qui n'iront jamais jusqu'à acheter les DVD de la série, mieux vaut encore la suivre en VF sur Arte que de ne jamais la voir...  

 

A lire (si vous avez déjà vu la série, sinon, vous serez vite largués), mon article sur une explication de l'univers et des personnages de la série à partir d'une de ses musiques : Audrey's Dance

 

L'article de Thom

 

 

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 19:36

L’éclectisme des goûts musicaux assez fréquent actuellement doit sans doute beaucoup au net. Pour la simple et bonne raison qu’il permet de découvrir gratuitement, chez soi, en quelques secondes, des genres musicaux vers lesquels on ne se serait pas tourné autrement. Mais le net n’est que ce qu’on en fait, il favorise tout autant les communautarismes, le regroupement d’amateurs de tel ou tel genre musical en petites chapelles. Ce n’est donc pas véritablement le net qui rend les individus « éclectiques », ce besoin d’ouverture, de découverte était déjà présent chez beaucoup, le net ne fait que le faciliter, le rendre plus accessible à tous.

 

Lorsqu’on parle d’éclectisme des goûts musicaux, on pense avant tout en terme de « genres musicaux ». Mais l’éclectisme, ce n’est pas que cela. J’en vois au moins deux autres :

 

- Une forme d’éclectisme postmoderne, on estime que tout se vaut, et on mélange allégrement références pointues et références « bas de gamme ». Ou références élitistes et populaires. Par exemple, le Velvet Underground et Phil Collins pour rester dans le genre pop et rock. Dälek et Kanye West pour le hip-hop. Aphex Twin et David Guetta en électro (mais j’avoue qu’un si grand écart, j’ai du mal à y croire… pourquoi pas Stockhausen et Justin Bieber...)      

 

- Un éclectisme lié aux « émotions » associées à telles ou telles musiques. Si je vous dis

que j’aime Nick Drake comme James Brown, ce qui peut étonner, c’est moins qu’ils appartiennent à deux genres différents que « l’opposition de styles » entre le funk brut, énergique et festif de James Brown d’un côté, et les chansons si mélancoliques, délicates et fragiles de Nick Drake de l’autre.

 

On dit toujours quelque chose de soi par le biais de ses goûts musicaux, notamment – et ce, en particulier à l’adolescence - une image que l’on désire véhiculer. L’adolescence est souvent considérée comme une période où l’on se cherche, je pense que c’est surtout une période où l’on se trouve. Une période où l’on n’arrête pas de se trouver. Les goûts musicaux en sont une bonne illustration. Les ados sont très souvent convaincus que leur genre musical de prédilection est le seul valable, le seul véritablement digne d’intérêt, et leur artiste favori le musicien le plus génial de l’histoire… en vieillissant, ils apprendront la nuance et s’ouvriront plus facilement à d’autres styles et d’autres conceptions de la musique. Enfin, dans le meilleur des cas, celui où l’on s’intéresse vraiment à la musique, sinon, cela donne des individus qui écoutent mollement ce qui passe sur la bande FM ou se recroquevillent sur leurs premières amours. Un « vieillissement musical prématuré », sans passer par la case « adulte », sans ressentir un besoin d’ouverture, d’exploration.

  

L’exemple typique de cette forme de sectarisme adolescent, ou d'exclusivité musicale, c’est le jeune garçon qui a besoin d’affirmer sa virilité, et trouve dans le rock ou le rap des musiques musclées, puissantes, mais ne pourrait rien écouter – si ce n'est en cachette – de plus doux, sensible, de peur de passer pour une « tapette » ou une « gonzesse ». Ou le jeune révolté qui ne peut supporter que des musiques très violentes et sombres… comme si écouter les Beatles ou Mozart allait fissurer cette image de révolte à laquelle il s’accroche, et par laquelle il se définit.

 

Pour devenir véritablement éclectique, il faut pouvoir renoncer à ces images très marquées qui exprimeraient un trait dominant de notre personnalité. Je pourrais difficilement me faire passer pour un rockeur rebelle pur et dur, moi qui suis fana de Chopin, Schubert, Chet Baker, Marissa Nadler ou Matt Elliott. Ni pour un mélomane intransigeant et pointu, puisque j’aime certains trucs pop assez légers. Ni pour un doux rêveur sensible et raffiné, puisque j’adore le Wu-Tang Clan, Public Enemy et les Sex Pistols. Et l’inconditionnel de Beethoven, Chostakovitch, Wagner, Joy Division, Autechre, Portishead et Scott Walker que je suis aura beaucoup de mal à se présenter comme un type « funky »…     

 

Plus on devient éclectique, plus il est difficile d'associer nos goûts à une image, un trait de personnalité bien défini. Mais en, contrepartie, il y a le plaisir de se « surprendre », remettre en cause certains de ses préjugés, et apprécier de se plonger dans des univers musicaux que l’on n’aurait jamais imaginé aimer quelques années auparavant.   

 

Les habitués de ces lieux étant, pour la plupart, assez éclectiques, j’aimerais vraiment savoir en quoi ils ont pu « se surprendre ». Ou, plus simplement : quels sont vos grands écarts musicaux. Vous pouvez ne m’en donner qu’un, celui qui vous semble plus extrême, ou les plus significatifs (oui, Christophe, je sais, c’est une invitation au flood…)

 

Par exemple, certains des miens :

 

-         J’aime Aphex Twin et John Lee Hooker

-         Reign in Blood de Slayer et les Préludes de Debussy (un grand écart musical difficile à battre)

-         Psoriatic de Scott Walker et It don’t mean a Thing de Duke Ellington

-         I like it Like That de Pete C. Rodriguez et la Messe en si mineur de Bach

-         Espers et le Wu-Tang Clan

-         Webern et Queens of the Stone Age

 

L’occasion de vous en faire une petite playlist, complètement schizo, à l’inverse des playlists « d’atmosphère » que j’aime élaborer… ici, le grand écart entre chaque morceau est chaque fois énorme :

  

 

 

 

 

Maintenant, à vous de jouer et de me donner vos "grands écarts musicaux" !

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 12:32

Randana  03/03/2011

 

trio joubran

Cet album a un défaut. Un seul défaut, mais un gros : sa qualité sonore est excellente. Et ça, dans les musiques du monde, ça ne pardonne pas. Une faute grave pour les puristes du genre. Rédhibitoire, même. Car le puriste a ses exigences, avec lesquelles il n’accepte que très rarement de transiger, notamment :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Les morceaux d’un album doivent tous être issus d’un même pays, d’une même région, voire d’un même village. Pas de reprises de morceaux de régions et pays différents, sinon, c’est le bordel.  

 

- Pas question d’entendre cette musique jouée sur n’importe quoi (les instruments occidentaux sont proscrits). Pour vraiment ressentir l’âme de la musique d’une population particulière, il faut que le bois utilisé pour tailler les instruments provienne d’arbres bordant le village. Disons d’arbres dans une circonférence de 2 km maximum autour du village. Pas plus. 

 

- L’enregistrement. Pas de studios hi-tech, d’appareils sophistiqués ou de professionnels du son, non, l’idéal, c’est un ethnomusicologue (en sandales et aux cheveux longs), avec un vieux magnétophone, qui vient saisir discrètement la beauté naturelle de ces musiques. En une prise, évidemment. Et en plein air si possible (jouer pieds nus est un plus, preuve de l’enracinement, de l’attachement à la terre des ancêtres… l’idéal, ce sont des musiciens vêtus de simples pagnes).

 

- Pas de  remixage. Qui est aux musiques du monde ce que sont les pesticides pour les défenseurs des produits bio. Une des particularités du « puriste des musiques du monde », c’est qu’il n’aime rien tant que les « impuretés », les aspérités, qui font le charme de ces musiques exotiques.

 

- Importance de la tradition orale. Les musiciens présents sur l’album doivent être certifiés appartenant à des familles qui résident depuis au moins 6 générations dans le village. D’une lignée de musiciens qui se transmettent oralement les techniques, codes, rythmes, échelles mélodiques de cet endroit du monde particulier. Leur musique doit éviter le prisme de la partition, et de cette foutue écriture occidentale. Si les musiciens sont illettrés, c’est encore un plus. De toute façon, la règle est simple, plus on est loin de tout apport de l’occident et de ses notions de « civilisation », mieux c’est. Le mythe du bon sauvage joue à plein dans les musiques du monde…   

 

- Le puriste n’est pas raciste. Bien au contraire, puisqu’il se passionne pour ces musiques de cultures si éloignées de la sienne. Il n’est pas raciste… mais pas question de lui présenter une pochette d’un album de musique africaine avec un musicien blanc. Même au milieu de dix musiciens noirs. Même si la famille de ce blanc-bec vit depuis plus de 6 générations dans cette région. Et pourquoi pas des asiatiques jouant des musiques brésiliennes ? Soyons sérieux…

 

- Qui dit « musiques du monde » dit surtout « musiques du tiers-monde ». Pauvreté, misère et souffrance sont de rigueur. Ne sont acceptées, dans les pays occidentaux, que les musiques de populations ayant subi la cruauté de l’oppresseur blanc. Comme, aux EU, les indiens ou bluesmen noirs. Mais ne leur parlez surtout pas de musique country. 

 

Le Trio Joubran, donc, enfreint malheureusement la plupart de ces règles d’or. Et, pour le puriste, la déception peut s’avérer aussi grande que l’était l’espoir de départ. Car des musiciens palestiniens, un des peuples qui souffrent le plus sur la planète, voilà de quoi affoler leur curiosité. Mais un tel luxe dans la prise de son, une telle précision, une telle maîtrise instrumentale, ça ne cadre pas avec la région. Le puriste n’y trouve pas l’expression de misère et de douleur qu’il attend, et se sent spolié, trahi. Il se dit alors qu’il faudrait vraiment, comme pour le « commerce équitable », un label « musique équitable », qui respecte les règles énoncées ci-dessus, et lui évite ainsi de tomber sur ce genre d'album trop beau pour être... "vrai".

 

Le site du Trio Joubran 

 

L’album en écoute sur deezer 

 

Sur le même thème (ou presque, je me focalise sur le puriste, Boebis sur les "clichés des musiques du monde") je vous invite à lire le très bon article Vieillards vénérables, enfants rieurs et filles dénudées chez Berceuse électrique... 

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