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Classements d'albums

23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 11:29
Une "spéciale vieux"... avec des choix vraiment crève-coeurs...
                          

      
                                 

Tom Waits - Alice vs  Bob Dylan - Love and Theft

(mon choix : Alice)

                                                

Nick Cave - No More Shall We Part vs Johnny Cash - American IV : The Man Comes Around 

(mon choix : No More Shall We Part)

                                    
Précédemment :

Radiohead - Kid A vs The Libertines - Up the Bracket  19-4

The Strokes - Is this it? vs  White Stripes - Elephant 11-10

Outkast - Stankonia vs The Streets - A Grand Don't Come for Free 7-3

Elliott Smith - Figure 8 vs PJ Harvey - Stories from the City, Stories from the Sea 10-10

Queens of the Stone Age – Songs for the deaf  vs  Arcade Fire - Funeral 13-8

Sufjan Stevens – Illinois vs Antony and the Johnsons - I am a bird now  11-0




Ceux qui n'ont pas voté peuvent encore le faire cette semaine pour Figure 8 vs Stories..., voir si on peut les départager. Et n'oubliez pas de mettre vos choix en gras dans les commentaires pour me faciliter la tâche...  

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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 11:38

Amalia Rodrigues (1920-1999) - Solidão (Cancão do Mar)


La catégorie
chansons d'exception était au départ destinée à parler de chansons du moment que je trouvais au-dessus du lot (de BRMC, Stuck in the Sound, QOTSA...) mais j'ai finalement préféré parler de chansons vraiment "exceptionnelles", des chansons que j'adore (Song to the Siren de Tim Buckley, Day is Done de Nick Drake, This is Not a Love Song de P.I.L et... Solidão).

Une chanson qui me permet aussi de mieux illustrer l'article précédent,
Musiques du peuple et musiques populaires...

Ma première rencontre avec cette chanson a été assez traumatisante. Un soir de désoeuvrement, il y a de nombreuses années, je zappe et tombe sur Hélène Ségara qui la chante... normalement, la simple vue d'Hélène Ségara me fait changer de chaîne illico... mais là, je reste un peu plus... et, à mon grand étonnement (et écoeurement, surtout), la mélodie me plaît, me touche... je suis tiraillé entre d'un côté le plaisir ressenti à l'écoute de cette mélodie, de l'autre, le dégoût pour l'orchestration, l'interprétation et, surtout, de me retrouver à apprécier une mélodie d'Hélène Ségara. C'était tout mon univers et ce en quoi je croyais qui s'écroulait (rien que ça...) et, bien sûr, dans ces émissions varièt', personne ne dit que ce morceau n'est pas d'elle (enfin, de ses auteurs...)
Heureusement, je découvrirai plus tard que cette chanson est un air de fado (musique populaire portugaise), Cancão do Mar (chanson de la mer), que la grande Amalia Rodrigues a repris avec un texte différent : Solidão.

Du coup, au lieu de voir mon "monde" s'écrouler, il se consolide... car cette petite expérience prouve bien que lorsqu'on est un passionné de musique un minimum exigeant, on n'est pas - contrairement à ce que certains pensent - un mouton "snob" qui apprécie juste une musique en fonction de  l'avis de quelques critiques, qui aime ce qu'on lui dit d'aimer... on a des oreilles, du goût, et même quand Ségara reprend une véritable belle chanson, on est capable d'entendre le joyau qui se cache sous des couches de guimauve...

Pour entendre la différence entre ces deux versions (ainsi qu'une troisième dont je parlerai un peu après) :





Qu'est-ce qui distingue ces deux versions, pourquoi celle de Ségara est-elle lamentable ? Pas la peine de l'expliquer pour des gens qui ont un minimum de bon goût... mais je pense à ceux qui pourraient tomber ici par hasard en faisant une recherche sur "Hélène Ségara", qui imagineraient que ma détestation de cette chanteuse n'est qu'un parti-pris... non, il y a des raisons "objectives" qui font que l'on ne supporte pas la variété, et ce, sur tous les points...

1. L'orchestration. La version de Ségara commence par un rythme orientalisant, du synthé et des sons électro, puis on sort les violons... avec une guitare flamenco un peu plus tard... bref, on est en plein dans de la "bouillie world music" surproduite, où l'on mélange tout et n'importe quoi. Chez Amalia Rodrigues, rien de tape à l'oeil, il y a une véritable "couleur locale", avec les instruments typiques du fado... mais chez Ségara, on est dans l'exotisme de pacotille. D'un côté, la musique d'un peuple, de l'autre, la musique trafiquée, artificielle, qui bouffe à tous les râteliers... la musique de l'industrie.

2. Le rythme. Une rythmique de slow lourdingue chez Ségara, alors qu'il y a une vraie légèreté chez Amalia... on peut se mouvoir avec grâce et subtilité sur la version d'Amalia, pas sur celle de Ségara où tout est trop appuyé. D'un côté, un chat, de l'autre, un hippopotame.

3. Le chant. La différence est considérable entre l'interprétation, fluide et subtile d'Amalia ;  et celle surlignée, démonstrative et mielleuse de Ségara. Le meilleur exemple est sur les points "culminants" de la chanson... il y a chaque fois une montée, qui amène à ce point où les instruments restent en suspension et laissent la chanteuse seule faire la descente. A ces moments, écoutez la finesse d'Amalia, qui fait cette descente tout en douceur, avec du tact et du "swing"... bref, une vraie musicalité. De l'autre, Ségara qui appuie bêtement et simplement chaque mot. Les mots coulent dans la bouche d'Amalia, ils sont "récités" chez Ségara. 

Autre grande différence, le vibrato et les petites ornemantations (les "broderies", à la voix, où l'on tourne autour d'une note)... qui semblent si naturels dans la voix d'Amalia, alors qu'on a chez Ségara des notes beaucoup plus plates, et des ornementations plus ou moins orientalisantes assez décalées sur ce titre (mais bien dans l'esprit de cette "bouillie world music").
Le chant de Ségara réussit l'exploit (!) d'être à la fois "plat" dans la manière de poser les notes, et terriblement maniéré, affecté, mièvre. Comme l'annonçaient les violons balourds du début, elle est là pour tirer les larmes et n'hésite pas à sortir l'artillerie lourde pour y arriver. Mais quand on a ne serait-ce qu'un peu d'exigence, on pleure, en effet, chez Ségara, quand on entend le massacre qu'elle fait de cette magnifique chanson, alors qu'on pleure d'émotion face à l'interprétation si touchante et digne d'Amalia.

Pire encore... Ségara ne s'est même pas foulée pour retravailler le morceau, elle a repiqué l'orchestration de Dulce Pontes (la 3° version dans le lecteur ci-dessus)... à laquelle on peut donc appliquer les mêmes critiques qu'à Ségara.

Pour écouter et réécouter en boucle cette sublime chanson et vous éviter de passer à la version de Ségara :

Amalia Rodrigues - Solidão





Et si vous désirez la jouer... les paroles et la grille d'accords :

Paroles de Solidão : David Mourao Ferreira 

Solidão de quem tremeu
A tentação do céu
E desencanto, eis o que o céu me deu
Serei bem eu
Sob este véu de pranto
Sem saber se choro algum pecado
A tremer, imploro o céu fechado
Triste amor, o amor de alguém
Quando outro amor se tem
Abandonado, e não me abandonei
Por mim, ninguém
Já se detém na estrada


Cancão do Mar : Frederico de Brito, Ferrer Trindade

Accords :


Intro

4/4   I   Dm    I   C/E    I   Gm    I    A    I

Chant

I Bb  -  A  I  Gm (A) -  Dm  I  Gm - A  I   Dm      I  (x2)

I C            I  C   -     F         I  E            I   E  - A  I 
   

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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 14:00

S'il y a bien une critique qui revient souvent lorsqu'on témoigne d'un mépris réel pour la variété, c'est celui d'élitisme... et de "élitisme" à "mépris du peuple", il n'y a qu'un pas que beaucoup franchissent. Autant les démagos qui veulent nous faire croire que détester les stars de la musique pop, c'est du snobisme, que certains sociologues qui confondent "musique du peuple" et "musique populaire".

Une confusion somme toute compréhensible, puisque personne ne s'attarde sur ces différences... ce qui entraîne beaucoup d'incompréhensions de part et d'autre, et de caricatures. Il est donc nécessaire de rentrer un peu plus dans le détail pour saisir au mieux les nuances...

Les musiques traditionnelles, tziganes, blues, folk, rebetiko etc... sont de vraies musiques du peuple. Elles expriment "l'âme" d'un peuple, ses aspirations, frustrations, désirs, sa souffrance, sa misère... Elles viennent du peuple, elles parlent au peuple, elles parlent du peuple. Ce qui n'est pas du tout le cas de la variété et de toutes les prétendues musiques populaires qui monopolisent les ondes. 
Dans ce cas, plutôt que de "musique populaire", il faudrait parler de "musique populiste", ou, mieux encore, de "musique industrielle". Parce que c'est l'industrie musicale qui est à l'origine de ces musiques dont le but n'est pas de parler au peuple, ni de parler du peuple, mais de le séduire. Ce qui n'est pas du tout la même chose. Idem pour le cinéma dit populaire... (bien entendu, une chanson du peuple peut parler d'amour, elle n'a pas pour unique objet les problèmes sociaux... mais le cadre est différent). 

La musique du peuple est avant tout une musique collective... ce qui explique pourquoi, lorsque vous tombez sur des reprises de chansons traditionnelles, il n'y a pas le nom de l'auteur, mais simplement écrit "trad." On ne se préoccupait pas de savoir qui était l'auteur, ce qui comptait, c'est la chanson, le collectif, pas l'individu. Les musiques du peuple circulent, sont réinterprétées, reprises, transformées, sans focalisation sur l'auteur. On utilise parfois juste la musique sur laquelle on chante de nouvelles paroles, on s'approprie une mélodie, une grille d'accords particulière... à l'opposé de la musique classique et de sa conception forte de l'artiste, démiurge indissociable de son oeuvre...

Toute l'ironie de l'histoire... c'est que l'industrie musicale s'est enrichie et développée en utilisant cette musique du peuple, en profitant de chansons qui n'appartenaient à personne, et d'artistes, tels les bluesmen qui ont été largement exploités... et elle vient crier au scandale quand, grâce au net, le peuple, à son tour, vient se réapproprier ces musiques. 
Pourquoi, alors qu'on peut télécharger des vidéos, des films, jeux, etc... la musique est-elle au centre de la question sur le téléchargement illégal, pourquoi est-ce qu'elle est ce qu'il y a de plus téléchargé, et pourquoi un tel sentiment d'impunité chez les internautes ?
Le problème de ceux qui étudient le phénomène, c'est qu'ils manquent cruellement de vision globale, de culture musicale et historique... car s'il y a quelques facteurs évidents (prix des CD, facilité du téléchargement de musique, baisse du pouvoir d'achat, concurrence du DVD etc...), le plus important, peut-être, n'est jamais évoqué. Cette impunité doit se comprendre par le fait que, pendant des siècles, la musique du peuple appartenait à tout le monde. Pas étonnant que beaucoup de gens aient le sentiment que ces musiques leur appartiennent toujours, qu'ils aient le "droit" d'y avoir accès sans pour autant systématiquement payer.   

Pourtant, soyons honnêtes... c'est en grande partie l'industrie du disque qui a raison, dans le combat industrie vs p2pistes... parce que l'essentiel des musiques piratées n'ont strictement rien de "musiques du peuple", ce sont des produits commerciaux. Quand des Zazie, Nolwenn & co viennent se plaindre qu'on télécharge leurs musiques, assimilent ça à du vol... c'est faux dans le sens où il n'y a pas d'objet matériel volé, aucun manque à gagner de ce point de vue, mais vrai dans le sens où leurs musiques ne sont pas des musiques du peuple, ce sont de purs produits industriels.    

Hip-hop et électro, d'une certaine manière, ont su un peu retrouver quelques unes des valeurs des musiques du peuple. Le hip-hop en se basant sur des samples (une musique qui circule, n'appartient à personne), l'électro en refusant la starification, la mise en avant de l'auteur... une musique collective où auteur, DJ, public se fondent (même si les choses ont changé depuis ses débuts).

En revanche, variété et musiques populaires actuelles ne sont pas des "musiques du peuple". Une glorification de la star et une identification de l'artiste à son oeuvre comparable à celle du compositeur classique (sans le génie ou le talent). Gros travail de production, de mixage, le but n'est pas d'être fidèle à une tradition, à un esprit, mais de trouver des gimmicks accrocheurs et le son le plus luxuriant possible.
La variété n'est pas une musique du peuple, elle joue "contre" le peuple : elle l'abêtit, l'endort, le berce mollement et le gave de sucreries musicales industrielles...

Les émissions de télé-réalité musicales de l'époque illustrent parfaitement le fait que les musiques populaires actuelles n'ont plus rien de "musiques du peuple".
Ce que propose la star academy, c'est de permettre à des gens du peuple non pas de "s'exprimer", mais de sortir de leur condition... de "quitter le peuple", en quelque sorte, pour espérer rejoindre le camp des privilégiés. Quant à la Nouvelle Star... l'idée est plutôt de marquer sa différence, on attend des apprentis chanteurs qu'ils montrent leur singularité. A l'inverse des musiques traditionnelles où le sentiment d'appartenance à un collectif est fondamental.

Il se trouve pourtant toujours des gens pour venir vous expliquer que ces émissions sont "populaires", et que de leur taper dessus, c'est taper sur ceux qui les regardent, taper sur le peuple... et de sortir le même argument devant le succès d'artistes varièt'... argument imbécile... toutes les émissions qui flattent les plus bas instincts ont de fortes chances d'avoir de gros succès d'audience, ça n'en fait pas des émissions en phase avec "l'esprit du peuple"...  

Quand on vous parle des pénibles Johnny, Sardou, Obispo, Pagny, Zazie, Céline Dion, Hélène Ségara, Calogero et que vous répondez Dylan, vous avez toutes les chances de passer pour élitiste... alors que celui qui est le plus en phase avec l'esprit du peuple, c'est bien entendu Dylan (particulièrement le Dylan des débuts). Les chanteurs de varièt' sont "populaires", mais le terme n'est pas à prendre dans le sens "qui vient du peuple", plutôt dans le sens "célèbre". Ils sont plus proches de Paris Hilton - la gosse de riche vivant dans un monde complètement décalé - que de Woody Guthrie, le chanteur folk qui a si bien su parler du peuple. Et Paris Hilton a une bien plus grande "popularité" que n'en a jamais eu Woody Guthrie...

La musique du peuple est-elle encore possible ?

Elle semble maintenant loin derrière nous... l'industrie a gagné la partie, a substitué une musique lisse et racoleuse aux musiques du peuple, et il est sans doute impossible de revenir en arrière. On pourrait même aller jusqu'à dire qu'il n'existe plus vraiment de culture populaire... paradoxal, à une époque où l'art avec un grand A a perdu de sa superbe, où la facilité d'accès aux "biens culturels" est exceptionnelle... mais la culture actuelle n'est pas une culture horizontale, faite par et pour le peuple, c'est une culture verticale, avec en haut, des producteurs, artistes, grands médias qui ne parlent pas au nom du peuple, et en bas, le peuple qui prend ce qu'on lui donne... quand on sait le séduire.
Les musiques traditionnelles sont nées d'un besoin, un besoin d'expression vital...  mais les musiques industrielles actuelles ne répondent pas à un véritable besoin, elles le créent, tentent de persuader que tel album est "l'album événement", le disque qu'il faut absolument avoir... du business avant tout.

Bien sûr, certains chanteurs diront qu'ils viennent d'un milieu populaire, qu'ils font eux-mêmes leurs chansons, que ce ne sont pas des producteurs qui composent à leur place... mais ils ont de toute façon noyés dans cette culture industrielle, et leurs musiques n'ont pas grand chose de véritables "musiques du peuple".     

Et le rock dans tout ça ?  

Le cas du rock est assez particulier... c'est un genre batard qui tient plus de l'industrie que du peuple (c'est l'industrie qui l'a vite propulsé, il ne s'est pas développé durant des décennies au sein du peuple)... mais il a aussi un fort ancrage dans la réalité sociale (rock 60's contestataire et libertaire, punks...), il sait, parfois, exprimer les besoins du peuple (révolte, défoulement, remise en question des valeurs et de la hiérarchie).
La variété, elle, "sert les puissants"... elle fait tourner l'industrie musicale, entretient le peuple dans un sommeil comateux, le berce d'illusions sucrées, ne s'engage que pour des causes hyper-consensuelles... elle ne cherche pas à frapper, réveiller, déranger l'auditeur comme peuvent le faire le rock ou le hip-hop.

Il ne faut pas oublier que les chansons du peuple ont souvent une tradition de subversion, crudité, elles parlent de misère, de crimes, de révolte, d'injustices, de violence, et ce, depuis des siècles... elles ne sont pas que de simples bluettes (même si elles le sont aussi parfois...)
Bref, les chansons du peuple sont à son image... elles ne sont pas lisses, mais franches, directes, authentiques... "roots". Tout le contraire de la varièt'... le prochain article l'expliquera en partant d'un exemple précis...


Pour terminer et illustrer le sujet, une petite sélection de chansons du peuple, musiques traditionnelles... qui ne se veut pas exhaustive (il n'y a bien sûr pas de la musique de tous les pays - de toute façon, il me manquait pas mal de choses sur deezer - certains continents ont été privilégiés... j'ai construit cette playlist avant tout en fonction de mes goûts - et connaissances - en matière de "musiques du peuple"...) : 


    


Une réflexion intéressante et amusante sur les clichés des musiques traditionnelles aujourd'hui : Berceuse Electrique

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