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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 19:01

L’année Pharrell

Les trois tubes planétaires qui auront sans doute le plus marqué 2013 sont Blurred Lines de Robin Thicke (ft. Pharrell Williams), Get Lucky de Daft Punk (ft. Pharrell Williams) et Happy de… Pharrell Williams. Autre similitude, plutôt rassurante, qui relie ces 3 énormes tubes, c’est qu’ils sont après tout plutôt de la bonne musique pop (ce qui n’est pas si fréquent en tête des charts). Pas de quoi crier au génie, mais si toute la pop était de ce calibre, légère avec un minimum de style, de groove et de coolitude, l’industrie musicale ne serait pas si désolante (je parle bien de ces morceaux en particulier, sûrement pas de l'album de Daft Punk)…

 

 

En France, on n’a pas de Pharrell, mais on a Stromae. Qui aura réussi lui aussi à faire consensus, à séduire grand public, médias et critiques… je veux bien concéder que Stromae n’est pas ce qui nous est arrivé de pire en matière de musique, mais de là à couvrir d’éloge ses chansonnettes, il y a un pas que je ne franchirais pas (de toute façon, ses tubes ne m’ont vraiment pas donné envie de jeter une oreille à son album, chacun ses limites).

2013, année molle

Dès le début d’année, Nick Cave a donné le ton… livrant un bon album - rien de surprenant de sa part - mais un album particulièrement consensuel, limite lisse - ce qui est déjà beaucoup plus étonnant. Push the Sky Away n’est certes pas le premier album de ballades du grand Nick, mais il nous avait habitué à des ballades plus audacieuses et tourmentées, telles celles du sublime And No More Shall We Part.

La liste des artistes de renom qui ont sorti un album « à peu près correct mais un peu mollasson » est longue :

Queens of the Stone Ages – Depeche Mode – Low – Atoms for Peace - B.R.M.C – My Bloody Valentine – Bowie – Arctic Monkeys – McCartney – Iggy Pop – Iron & Wine – Sigur Ros – Tricky – Motorhead – Trent Reznor (How to Destroy Angels) – Janelle Monae – Eminem etc…

Même le génial Steve Coleman (un de mes musiciens favoris), ne m’aura pas complètement convaincu avec son dernier album (au-dessus de la mêlée, c’est sûr, mais il a fait nettement mieux par le passé…) Et si le dernier John Zorn (Dreamachines) est, lui, un grand album de jazz et un grand album tout court, il faut bien avouer qu’il est « un peu lisse » pour du Zorn.

Le morceau de l'année, The Conqueror Worm de John Zorn :

 

On ne s’étonnera pas, en fin de compte, que Daft Punk ait pu faire un tel carton en cette année molle, leur Random Access Memories mérite largement le « grand prix guimauve de l’année ». Et s’il fallait distribuer des prix, Bowie comme My Bloody Valentine pourraient chacun recevoir le prix « tout ça pour ça ? » Quand on fait attendre les fans si longtemps, la moindre des choses est de revenir avec un album dense et marquant, ce qui a été le cas pour Portishead ou Scott Walker ces dernières années, sûrement pas pour Bowie & MBV en 2013.

Revival 80’s, encore et toujours…

Le « revival 80’s », on le subit depuis de longues années, et je ne manque pas une occasion de m’en plaindre… pourtant, en 2013, il aura plutôt tiré le niveau vers le haut, avec trois des meilleurs albums rock de l’année : le coldwave The New Life de Girls Names, le gothique-planant Restless Idylls de Tropic of Cancer, et le synthpop et néanmoins profond Pale Green Ghosts de John Grant. On pourrait même ajouter, dans les bandes originales, la parodie, assez maligne, des BO électro 80’s du jeu Far Cry 3 Blood Dragon (jeu qui est bien sûr lui-même caricatural de l’esthétique 80’s).

Mais que plusieurs des meilleurs albums rock de l’année soient du « revival 80’s » est un peu inquiétant, voire révélateur de la mollesse de l’époque…

Le rap et l’électro pour sauver la mise…

Comme dans les 80’s (où le rock grand public se ramollit considérablement avec le charity business, MTV, les synthés, cf. mon article sur la musique des années 80), le salut est venu cette année du rap et de l’électro. Et notamment de celui qu’on n’attendait pas du tout : Kanye West. Lui qui, justement, était tombé il y a quelques années dans une mièvrerie qui sied si mal au rap avec le dégoulinant 808s and Heartbreak, est revenu avec un album particulièrement sombre et intense (du moins, dans sa première partie, ça se gâte ensuite, cf. mon article sur Yeezus).

Kanye West - New Slaves :

 

Mais aussi du Wu-Tang, avec deux excellents albums d’Inspectah Deck et Ghostface Killah. On notera de plus le retour en grâce d’EL-P (Run the Jewels), et le très bel album d’Alchemist & Prodigy, Albert Einstein. A l’opposé, un mot sur la consternation qu’a été la découverte du dernier Dizzee Rascal, tombé vraiment au plus bas (cf. ma chronique Dizzee Rascal – The Fifth)…

La grosse claque de l’année est pour moi venue de Midcity des obscurs Clipping, mariant à merveille bruitisme et rap incantatoire. De quoi faire un peu oublier les (trop) nombreuses guimauves de l’année.

Clipping - guns.up

 

En électro, deux des grandes figures de l’electronica, et deux nouveaux venus, auront sorti un excellent album cette année. Autechre et Boards of Canada pour les anciens, The Haxan Cloak et le français Ocoeur pour les nouveaux. Avec, en prime, la suprise The Knife, délaissant les futilités hype pour le sombre et complexe Shaking the Habitual.

Les cas The Knife et Kanye West sont d’autant plus intéressants que la grande majorité des artistes « installés » n’auront en 2013, eux, pas pris de risque, mais plutôt paresseusement capitalisé sur ce qu’ils savent faire, sans grande inspiration… espérons que 2014 sera musicalement un peu plus excitante (hum, j'ai l'impression de dire ça à la fin du bilan de chaque année depuis un bon moment…)

Pour autant, il y a eu bien sûr de très bons albums cette année, une petite liste de ceux qui sont à mon sens les meilleurs dans chaque genre :

Rock :

Girls Names – The New Life (8)

Post-rock :

Ensemble Pearl – Ensemble Pearl (8)

Folk / Folk-rock :

Matt Elliott – Only Myocardial Infraction Can Break Your Heart (8,5)

Hard / Metal :

Tomahawk - Oddfellows (7)

Electro :

Autechre - Exai (8,5)

Rap :

Clipping - Midcity (9)

Soul / Funk / Reggae :

Fat Freddy's Drop - Blackbird (8)

Jazz :

John Zorn - Dreamachines (9)

Musiques du monde :

Family Atlantica – s/t (8,5)

Bandes Originales :

Alexandre Desplat - Zero Dark Thirty (8)  

 

Classement complet : les albums de 2013

 

Playlist 2013 :

 

 

Autres playlists de l'année :

Les meilleures chansons de 2013

Playlist Electro 2013

Les musiques de films 2013 (à la fin de l'article)

 

Sur Alternative Sounds : le top 20 2013 

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 19:19

Sibelius.jpgJean Sibelius - Symphonie n°7 en Do majeur (op. 105)

Je vous ai parlé des 100 ans de la pièce Vers la Flamme de Scriabine, c’est l’occasion de continuer sur la lancée et de vous présenter des œuvres importantes des années en « 4 ». Après 1914 : 1924… et une œuvre qui relie même ces deux dates, puisqu’elle a été commencée en 1914, et terminée et présentée au public en 1924 (le 24 mars 1924 à Stockholm pour être précis).

Sibelius (1865 – 1957) est le grand compositeur finlandais, et cette symphonie est sa dernière. Il faut dire que 10 ans pour écrire une symphonie, c’est particulièrement long, ce qui explique qu’il ait eu du mal à en achever une nouvelle (il a écrit une 8° symphonie, qui ne lui convenait pas et dont il a détruit la partition).

Une symphonie, en général, est une œuvre pour orchestre en 4 mouvements. Mais cette symphonie de Sibelius est en un seul mouvement, caractéristique des « Poèmes Symphoniques »… sauf que cette 7° de Sibelius ne peut être considérée comme Poème Symphonique puisqu’elle ne s’appuie pas sur un thème extra-musical (une légende, un tableau, un roman etc.) Sibelius, lui, a présenté sa 7° symphonie comme une « Fantaisie symphonique ». La forme en un mouvement est originale (même pour une symphonie de 1924), mais n’est pas totalement en rupture avec la structure traditionnelle de la symphonie, les oreilles attentives y décèleront des passages qui évoquent un mouvement lent puis un scherzo.  

La symphonie est bien en Do Majeur comme indiqué en début d’article, ce n’est pas une faute de frappe, car il est vrai que sur ce blog qui fête (déjà) son 8° anniversaire, les œuvres classiques en majeur sont extrêmement rares (c’est peut-être la première, je ne suis pas allé vérifier).

Le majeur est joyeux, le mineur est triste, voilà comment on explique rapidement la différence entre les deux. C’est une bonne manière de faire la distinction quand on s’initie à la musique… mais les choses ne sont, comme toujours, pas si simples. On peut faire du « majeur triste » et du « mineur joyeux ». Dans une tonalité majeure, il y a des accords mineurs (sur lesquels on peut insister), et lorsque vous lisez que telle œuvre classique est en Do mineur ou en Do majeur, cela ne signifie pas qu’elle reste dans cette même tonalité du début à la fin (ça, c’est plutôt le cas de la musique pop), il y a de nombreuses modulations dans d’autres tonalités (des tonalités qui peuvent être mineures quand la tonalité de base est majeure, et inversement). Si les œuvres en majeur sont en général plus « joyeuses » que les œuvres en mineur, cette symphonie est un des meilleurs exemples que je connaisse pour prouver qu’une pièce classique dont la tonalité de base est majeure peut aussi être très mélancolique, et plutôt sombre. Mais au-delà de ces considérations théoriques, elle est surtout une magnifique pièce de musique postromantique (l’influence de Wagner / Bruckner / Mahler est très prégnante), et une œuvre particulièrement envoûtante…

Je vous conseille comme première version celle de Leif Segerstam (la qualité sonore est excellente, choisir 1080pi dans les paramètres).

 

Si vous désirez la voir interprétée à l’orchestre, la version de Simon Rattle :

 

Par Karajan : Sibelius – 7° Symphonie.

Sur grooveshark, les symphonies n° 5 et 7 de Sibelius par Leonard Bernstein

La page wikipedia de la Symphonie n°7 de Sibelius

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 18:25

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only god forgives 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les meilleurs films de 2013 (et les autres)

  

1.  Mud - Jeff Nichols (9) 

  

2. Snowpiercer - Bong Joon Ho (8,5)

  

3. Django Unchained - Quentin Tarantino (8,5)

  

4. Zero Dark Thirty - Kathryn Bigelow (8,5)

  

5. Omar - Hany Abu-Assad  (8,5)  

 

6. Prisoners - Denis Villeneuve (8,5)

  

7. Le Loup de Wall Street - Martin Scorsese (8,5)

  

8. Le Congrès - Ari Folman  (8,5)

  

9. Searching for Sugar Man - Malik Bendjelloul  (8,5)

10. Only God Forgives - Nicolas Winding Refn (8,5) 

  

11. The Place Beyond the Pines - Derek Cianfrance  (8,5)

  

12.  Metro Manila - Sean Ellis  (8)  

 

13. No Pain no Gain - Michael Bay  (8)

  

14. Cloud Atlas - Lana & Andy Wachowski, Tom Twyker (8) 

  

15. Ill Manors - Ben Drew  (8)

  

16. Man of Steel - Zack Snyder  (8) 

  

17. Blue Jasmine - Woody Allen  (8)

18. Gravity - Alfonso Cuaron  (7,5)

 
19. Shadow Dancer - James Marsh (7,5)

20. Dans la Brume - Sergei Loznitsa (7,5)

21. Oblivion - Joseph Kosinski  (7,5)

22. L'Attentat - Ziad Doueiri  (7,5)  

 

23. Passion - Brian De Palma  (7,5)

24. Le Monde Fantastique d'Oz - Sam Raimi  (7,5)

  

25. World War Z - Marc Forster  (7,5)

  

26. The Conjuring (Les Dossiers Warren) - James Wan (7,5)
 

27. Lincoln - Steven Spielberg (7)

 

28. American Nightmare - James DeMonaco (7)

 

29. Happiness Therapy - David O. Russell (7)


30. The Master - Paul Thomas Anderson (7)

31.
  Iron Man 3 - Shane Black  (7)


32.  The Grandmaster - Wong Kar-Wai (7)

33.  The Lone Ranger - Gore Verbinski  (7)

34.  The Bay - Barry Levinson  (7)

35.  Elysium - Neil Blomkamp  (7)

36.  The East - Zal Batmanglij  (6,5)  

37. Trance - Danny Boyle  (6,5)

38.  Effets Secondaires - Steven Soderbergh (6,5)

39.  Star Trek Into Darkness - J.J. Abrams  (6,5)


40. Dark Skies - Scott Charles Stewart   

41. Le Hobbit : la désolation de Smaug - Peter Jackson (6)

 

42.  Die Hard V - John Moore  (5)


43. White House Down - Roland Emmerich  (5)

44. Pacific Rim - Guillermo del Toro  (2)

  

 

(Manque Inside Llewyn Davis, pourtant, je ne manque quasiment jamais un film des frères Coen, celui-là m'avait l'air particulièrement bon... mais il est resté moins longtemps à l'affiche que je ne le pensais) 

 

 

A la dérive...

L’année 2012 était celle de la nostalgie et de l’attraction du cocon (voir mon bilan 2012), le thème le plus marquant de 2013 aura été à mon sens celui de la dérive. Que ce soit celle des héros ou de la société dans son ensemble.

A la dérive au sens propre, sur un bateau (All is Lost), ou dans l’espace (Gravity). Mais aussi beaucoup de personnages à la dérive moralement ou socialement. Dérive totale que celle de Ryan Gosling dans Only God Forgives, qui jamais ne semble en mesure d’exercer sa volonté, et se laisse manipuler par quasiment tous les personnages auxquels il est confronté. Dérive esthétisante, aussi, diraient ceux qui n’ont pas aimé le film (ce qui n’est pas mon cas, voir mon article : Only God Forgives). Dérive, encore, pour Ryan Gosling dans The Place Beyond the Pines… mais il n’y est pas le seul, le film est en 3 volets, et, dans chacun, le personnage principal se laisse entraîner dans une situation nocive. Double dérive, sociale et psychologique, pour Cate Blanchett dans Blue Jasmine de Woody Allen, dérive dans le monde des dealers et de la délinquance dans le très bon Ill Manors

Même les super-héros « solaires » dérivent. Iron Man, qui à force de se laisser aller en vient à tout perdre, voire Superman, mal à l’aise sur cette terre qui n’est pas la sienne, et en quête d’identité, dans la bonne surprise de l’été qu’a été Man of Steel.

Dérives métaphysiques : Le Congrès et Cloud Atlas. Dans le premier, la dérive est à tous les niveaux. Dérive entre le réel et la fiction, celle d’une actrice, Robin Wright, dont la carrière a « dérivée » alors qu’elle était promise à un avenir radieux. Un film qui est surtout une saisissante mise en abîme, la dérive est aussi celle du cinéma vers le virtuel (au propre et au figuré), du peuple perdu dans de pseudo « paradis artificiels », le tout nous interrogeant sur nos propres perceptions du réel dans une étrange balade poétique et contemplative. Au cœur de Cloud Atlas, ce sont tout d’abord les corps et les identités qui dérivent ; chacun des acteurs principaux pouvant changer de couleur de peau ou de sexe selon les époques. Film labyrinthique et ambitieux s’il en est, qui signe le retour en grande forme des Wachowski…

Dérive aussi dans mon film de l’année, Mud, celle d’un homme exclu et reclus, et de gamins qui décident de l’aider et se laissent entraîner dans une histoire qui les dépasse… ainsi que dans le déroutant The Master qui, malgré certaines qualités (c’est tout de même Paul Thomas Anderson), se perd un peu au fur et à mesure de l’histoire, et dérive on ne sait trop où avec ses personnages et… ses spectateurs.  

L’histoire du très attachant Sixto Rodriguez, contée dans le très touchant documentaire Searching for Sugar Man, aurait pu être une histoire de dérive, celle d’un artiste incompris (ou du moins qui pensait l’être)… mais c’est un homme suffisamment bien structuré pour ne pas avoir sombré, la dérive est plutôt celle du monde qui l’entoure.

En résonnance avec le thème de la dérive, une des questions récurrentes de l’année aura été « Jusqu’où peut-on aller pour s’en sortir ? » (Des personnages qui dérivent et se marginalisent, font des choix radicaux – pour ce qu’ils pensent être de bonnes raisons - et sombrent en partie dans l’illégalité voire l’immoralité).

Le héros traditionnel, et en particulier le héros de cinéma, a pour habitude de se retrouver dans des situations exceptionnelles et de franchir lui-même les limites. Mais, le plus souvent, cela ne suscite guère d’interrogations morales, les actes du héros emportent l’adhésion du spectateur car sa cause est présentée comme juste, et ses actes nécessaires. C’est par exemple le cas dans Django Unchained. Car s’il y en a un, cette année, qui n’a pas semblé trop se poser la question des limites morales du « Jusqu’où peut-on aller », c’est, sans surprise, ce grand cinéaste du défoulement et de l’excès qu’est Tarantino. Faut dire qu’avec ses deux derniers films, il a trouvé un bon moyen de rendre acceptables les vengeances les plus violentes, prendre pour cibles les repoussoirs ultimes que sont les nazis et les esclavagistes. Mais, parce que les choses ne sont jamais si simples avec Tarantino, il aura aussi réussi à faire de deux horribles personnages, le nazi joué par Waltz dans Inglorious Basterds et l’esclavagiste joué par DiCaprio dans Django Unchained, deux personnages aussi cyniques que charismatiques, qui volent la vedette aux vrais héros. Mention spéciale à DiCaprio : le mignon petit blondinet de Titanic faisait craquer toutes les filles il y a quelques années, et après avoir incarné le sinistre J. Edgar Hoover l’an dernier, cette année, le voilà dans le rôle de deux des pires crapules qui soient, l’une moderne (le financier-business man sans morale dans le Loup de Wall Street), l’autre ancienne (l’esclavagiste). On l’attend de pied ferme l’an prochain pour les rôles de Hitler ET Staline…

L’exception Tarantino mise de côté, les films de 2013 auront beaucoup tourné autour de la question des limites et dérives morales :

Le film le plus éloquent de ce point de vue est le très sombre Prisoners. Dérive morale d’un père prêt à devenir un monstre pour tenter de sauver sa petite fille. Jusqu’où peut-on faire souffrir un homme si la vie d’une petite fille est en jeu… C’est un peu la même histoire, à l’échelon international, qui se joue dans Zero Dark Thirty : face au traumatisme du 11 Septembre et à la crainte de revivre de tels drames, jusqu’où un Etat et ses agents peuvent-ils aller ? Car, contrairement à ce que pouvait laisser penser la polémique stupide du début 2013 sur la prétendue « apologie de la torture » du film de Kathryn Bigelow, le film ne propose pas de morale prémâchée sur la question, il s’adresse à des adultes et nous interroge sans surligner où est le bien et où est le mal (voir mon article sur Zero Dark Thirty).

Jusqu’où peut-on aller pour éviter à ses proches de retomber dans la misère la plus sordide, celle de Metro Manila ? Des Philippines à la Palestine, autre endroit du monde particulièrement dangereux et tourmenté, comment choisir entre sa cause et sa vie, son peuple et celle qu’on aime, des choix moraux complexes et douloureux ; questions à l’œuvre dans l’excellent Omar de Hany Abu-Assad (des problématiques similaires se retrouvent dans Shadow Dancer et The East, voire dans le très contemplatif film russe Dans la Brume…)

 

Le choc du 11 septembre est toujours présent, mais il s’est atténué… car si la question du terrorisme est toujours très fréquente au cinéma, la frontière entre les « bons » et les « méchants » est de plus en plus ténue. Dans les films du Moyen Orient, bien sûr, avec L’Attentat ou Omar, mais aussi dans le cinéma américain : Elysium, The East, Oblivion, Cloud Atlas, (ou le britannique Shadow Dancer, et l’américano-coréen Snowpiercer). Même dans Iron Man 3, le terroriste n’est… (je n’en dis pas plus, j’avais promis « pas de spoil »). Et lorsqu’on a vraiment de « méchants terroristes » (White House Down), ils viennent évidemment de l’intérieur et des classes dirigeantes (ce qui n’est d’ailleurs pas nouveau, on l’a vu maintes fois, notamment, dans la série 24).

Dérives de sociétés où les inégalités sociales s’accroissent toujours plus, un thème archi-rebattu dans la SF, et encore très utilisé en 2013, mais avec 3 films qui s’en sortent plutôt bien : Elysium (celui pour lequel j’ai le plus de réserves, déception après un District 9 autrement plus corrosif), Oblivion et The Snowpiercer. Jusqu’où peut-on aller pour s’en sortir dans un monde fondamentalement injuste ? Le terrorisme pour Elysium (voire Oblivion), la révolution brutale et sanglante pour The Snowpiercer. Avec ce dernier, c’est enfin le retour de la SF dans ce qu’elle a de meilleur : radicale, violente et vertigineuse, loin des consensuels blockbusters SF du type Star Trek. Et si la métaphore gentils pauvres / méchants riches n’est pas très originale, le final est moins manichéen que prévu.

 Les dérives du système ont aussi donné lieu à deux grands films cette année : Le Loup de Wall Street (dérive financière) et le très sarcastique No pain no Gain (dérive matérialiste). Deux films dont les personnages principaux, contrairement à la plupart des autres films de l’année, ne sont pas tourmentés par une ambiguïté morale, ils savent exactement où ils veulent aller, et, sans se remettre une seule fois en question, font tout ce qu’il faut pour y arriver… mais ils sont tellement creux et déshumanisés qu’évidemment, dérivant en roue libre, la chute n’en sera que plus dure…

Le dernier Scorsese mérite qu’on s’y attarde un peu plus, car c’est un « cas esthétique » assez intéressant. A priori, rien de nouveau sous le soleil. La forme date, on ne peut s’empêcher de penser à Casino et aux Affranchis, qui ont déjà plus de 20 ans (sans parler des scènes trash de sexe et défonce  qui n’ont plus grand-chose de très provocateur en 2013); le sujet et le message n’ont rien d’original non plus : depuis le début de la crise financière, on nous rabâche sans cesse (dans les œuvres et les médias), que le système a « dérivé », que le monde de la finance est complètement coupé de la réalité, que les traders sont inconscients etc. Bref, dans la forme comme dans le fond, ça sent le réchauffé, voire le périmé. Et pourtant, malgré cela, Scorsese parvient à nous livrer un grand film. Qui vient confirmer le fait que nous avons beau chercher à nous raccrocher à des idées, préjugés, morales ou conceptions esthétiques pour juger de la qualité d’une œuvre, au final – c’est la magie de l’art – les grilles d’appréciations que nous utilisons pour juger des œuvres n’ont jamais valeur d’absolu et peuvent toujours être remises en question…

Et puisqu'il est question de "grilles d'appréciations des films", c'est le moment de vous informer que vous n'avez plus que quelques jours pour noter vos films de l'année dans le Classement des Blogueurs !

 

Les meilleures musiques de films de 2013

1. Alexandre Desplat - Zero Dark Thirty (8)  

2. Cliff Martinez - Only God Forgives (8)

3. Hans Zimmer - Man of Steel (8)

4. Johann Johannsson - Prisoners (8)

5. Thierry Newman - Side Effects (BO) (8)

6. Marco Beltrami - World War Z (8)

7. Tom Tykwer - Cloud Atlas (7,5)

8. Mike Patton - The Place beyond the Pines (7)

9. Hans Zimmer - The Lone Ranger (7)

10. Cliff Martinez & Skrillex - Spring Breakers (6,5)

 

Marco Beltrami - Die Hard V (6,5)

Ryan Amon - Elysium (6,5)

Danny Elfmann - Oz : the Great and Powerful (6)

James Newton Howard - After Earth (5)

Brian Tyler - Iron Man 3 (4,5)

 

 

Playlist "Bandes originales 2013" :  

 

 

 

 

 

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Published by G.T. - dans Cinema
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