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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 21:00

Ludwig van Beethoven – Sonate n° 23 en fa mineur, « Appassionata » (op. 57)

 

Si je ne devais garder qu’un article sur Music Lodge ce serait celui-là. Non pas qu’il soit particulièrement réussi, bien écrit ou pertinent, mais parce que le but premier de mon blog est de vous faire découvrir des œuvres qui me touchent et que j’estime nettement supérieur à la moyenne (ce qui est en fait le but de l'essentiel des blogs musicaux). Et je ne pourrais jamais trouver mieux que la sonate Appassionata. Un chef-d’œuvre absolu, et mon œuvre favorite.

 

Dans l'article sur la V° symphonie (1808), je disais qu’en terme de puissance expressive, celle-ci ne saura être dépassée par aucune autre symphonie du XIX° (voire par aucune symphonie tout court). Il  en va de même pour le piano avec la sonate Appassionata (un nom qui n’est pas de Beethoven, comme la plupart de ceux que l’on a donné à ses sonates), composée quelques années plus tôt (et dans laquelle apparaît déjà une première version du célébrissime thème martelé de la V°). Le piano est l’instrument roi des romantiques, mais avant même que la musique ne devienne « romantique », Beethoven atteint déjà des sommets de tension, d’audace, de puissance et de dramatisme. La musique n’est pas un sport de compétition mais, pour se lancer dans une métaphore triviale, c’est un peu comme si lors d’une compétition sportive un athlète écrasait déjà le record du monde à l’échauffement. Que faire après ça ?          

Beethoven considérait cette sonate comme sa plus grande, et Berlioz, un des rares compositeurs romantiques qui n’aimait que peu la musique pour piano disait en 1860 de l’Appassionata « Œuvre plus grande que ses plus grandes symphonies, plus grande que tout ce qu’il a fait, supérieure en conséquence à tout ce que l’art musical a jamais produit ». Ce n’est pas moi qui contredirais Berlioz sur ce point…

 

Des chefs-d’œuvre pour piano, on en trouve déjà chez Mozart. Mais avec Beethoven, on passe un nouveau cap. Lui n’a pas a vécu le passage du clavecin au piano, il a grandi avec l’instrument, et saura utiliser pleinement son potentiel. « Piano » est l’abréviation de piano-forte, car ce qui caractérise l’instrument et le distingue de l’orgue et du clavecin, c’est son touché dynamique (les nuances selon la manière d’appuyer sur une touche, qui permettent de plaquer « brutalement » un accord ou d’effleurer délicatement le clavier et de créer ainsi des contrastes d’intensité). Une évolution technique taillée pour Beethoven et les romantiques, le moyen idéal pour exprimer la palette d’émotions la plus riche possible : des sentiments les plus intimes et délicats aux plus violents et tourmentés.

 

Mais le génie de l’Appassionata va au-delà de ça, il est dans l’importance inédite que Beethoven accorde au sonore. Non pas que le « son » n’intéressait pas les compositeurs qui le précédaient : lorsque Mozart écrit un passage pour clarinette dans une symphonie, c’est bien parce qu’il veut entendre le son d'une clarinette à cet endroit, pas celui d’une flûte ou d’un hautbois (alors que dans la musique baroque, les instruments sont souvent interchangeables). Mais avec l’Appassionata, Beethoven va beaucoup plus loin, il fait s’émanciper le timbre de l’instrument, il « sculpte dans le bloc sonore » comme j’ai pu l’entendre dire très justement (en particulier dans le dantesque premier mouvement de la sonate). C’est là une des raisons qui font de Beethoven un visionnaire hors du commun, il avait bien un siècle d’avance puisque ce n’est qu’au XX° que le son deviendra un paramètre aussi prépondérant dans l’écriture musicale que la mélodie, l’harmonie et le rythme. 

  

Beethoven a révolutionné la musique et, plus anecdotique, l’Appassionata a révolutionné ma conception de la musique. Avant de la découvrir (à 18 ans si mes souvenirs sont bons), j’écoutais un peu de classique, du Mozart, Bach, Vivaldi, Schubert et je pensais - comme beaucoup trop de monde – que la musique classique était une musique « agréable et sérieuse », de bon goût, subtile, une musique « bourgeoise » destinée à des gens trop vieux pour l’intensité électrique du rock. Bref, les clichés stupides sur la musique classique qu’ont la plupart des jeunes. Et puis je suis tombé sur l’Appassionata. Une claque énorme, qui a totalement bouleversé ma conception du classique. La sonate entière, mais surtout ce 3° mouvement dont, après des centaines et des centaines d’écoute, je ne me lasse toujours pas. A côté, le rock m’a tout à coup semblé… bien fade. Incapable de m’emporter aussi loin, de me procurer des sensations aussi fortes. Et dire que Chuck Berry a osé écrire « Roll Over Beethoven ». Non, Chuck, Roll over qui tu veux, mais pas Beethoven… Qui continue, après 200 ans, à faire passer les rockeurs pour d'aimables fantaisistes.

 

Pas besoin d’aller chercher bien loin le pourquoi de mon rejet du prog et du metal. Tout ce que je pouvais chercher à l’époque dans ces musiques (lyrisme, noirceur, tension, folie, complexité, sensations fortes) était déjà présent dans l’Appassionata, puissance 10. Avec tellement plus d’intelligence dans l’écriture, de richesse, de profondeur que le prog et le metal avaient l’air particulièrement pathétiques et risibles à côté. Ou, au mieux, touchant par leur naïveté enfantine. Il ne restait alors pour moi plus au rock que le côté « brut, simple, efficace et spontané »… pour le reste, mieux valait écouter le génial Ludwig.

 

Si j’ai tant tardé à parler ici de mon œuvre favorite, c’est pour une raison toute bête : j’attendais d’en trouver une version idéale sur youtube (parce que ce 3° mouvement est aussi un régal à regarder joué). Mais ce n’est toujours pas le cas. J'ai finalement renoncé, et peux me satisfaire des interprétations très correctes de la pianiste ukrainienne Valentina Lisitsa.

 

Par exemple celle-ci : Valentina Lisitsa – Appassionata 3° mvt 

 

Presque parfaite, sauf qu’elle a un défaut de taille à mon goût, la prise de son, très claire, manque cruellement de grave. Et pour ce tourbillon sonore et orageux, il faut des graves. Voilà pourquoi je vous recommande plutôt la suivante, bien qu’elle comporte quelques petites fautes (mais rien de rédhibitoire) et n’a pas de son pendant les 12 premières secondes… peu importe, l’essentiel, c’est que la folie, la puissance, la tension et la noirceur exceptionnelles de la pièce y sont mieux mises en valeur :

 

  

 

Un chef-d’œuvre pareil, ça se savoure, ça se respecte. Ne comptez pas le passer en fond sonore et lire vos mails en même temps, il faut vous immerger complètement pour en saisir la force et la beauté. Sinon, c’est du gâchis, comme jeter un coup d’œil rapide à un tableau de maître…

   

Une fois que vous avez visionné cette version, ne vous arrêtez pas en si bon chemin, c’est une pièce qui demande à être écoutée et réécoutée. Pour la curiosité, vous pouvez regarder cette version "démente" du pianiste turc Fazil Say, qui la joue à une vitesse supersonique (un peu trop, tout de même) :

 

 

Mais ne vous privez pas surtout de la version qui est à mon sens la plus géniale de ce 3° mouvement, celle du grand Richter (audio seulement). Personne mieux que lui n'a su magnifier la folie et l’intensité de cette œuvre ô combien tourmentée :

 

 

Enfin, pour écouter la sonate en intégralité, je vous recommande par exemple la version de Maria Joao Pires :

 

Découvrez la playlist Appassionata avec Maria-João Pires

 

Si, après tout ça, vous pensez toujours que le classique n’est qu’une musique bourgeoise et sans aspérités qui s’écoute mollement en digérant son repas du soir (vous devez sans doute confondre avec le dernier Radiohead), je vous bannis ad vitam de ce blog…

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Published by G.T. - dans Classique
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commentaires

George 10/01/2017 21:57

Cet article fait vraiment chaud au coeur... j'espère qu'il portera ses fruits et en tous cas il s'avère communicatif..bien que ... je sois déjà convaincu d'avance, étant pianiste amateur , c'est un chef d'oeuvre connu des pianistes.

Je souhaitais répondre au sujet de la personne qui affirme que le classique reste majoritairement une musique de "bourges". En réalité les plus beaux morceaux restent méconnus du grand public, mais non seulement cela, les plus belles pièces de ce genre ne sont jamais utilisées (ou quasi) dans le cinéma ou les différents média, TV, etc.
J'en avais moi-même cette vision avant de découvrir le classique plus en profondeur.
Je connais même des pianistes qui connaissent très mal le genre classique...
(si vous aimez Beethoven, regardez par exemple du côté de chez Brahms... !!! De la musique très puissante aussi)

Pour les collègues instrumentistes, il est bon de savoir que les partitions de Beethoven sont désormais dans le domaine public. Leur téléchargement est légal sur le net.
Vous pourrez trouver la partition de l'appassionata sur ce site http://www.partition-piano.org/piano/beethoven-appassionata.html

On y trouve également une présentation de quelques autres oeuvres admirables de Beethoven..

G.T. 19/02/2015 00:14


GARIBALDI : Oui, la version de Pollini est magnifique, d'une remarquable fluidité... mais je préfère tout de même celle
plus sauvage et tourmentée de Richter...

Garibaldi 10/02/2015 22:57


L'interprétation de pollini est ma préférée ; il s'en dégage une émotion intense, au delà de la technique parfaite et impressionnante

GT 16/06/2011 14:21



(Avec beaucoup de retard) : ARBOBO : En effet^^


 


CHRISTOPHE : ^^ (je me contente du minimum, avec plus d'un mois de retard, toute répartie tomberait à plat...)


 


PIETRO : C'est une très bonne question... qui demande une réponse conséquente, je file de ce pas en faire un article !



Pietro 15/06/2011 00:01



Cette sonate est magnifique. A l'opposé, quel est le mauvais goût en matière de musique classique. On parle souvent de Tchaikovsky ou de Rossini comme étant du classique bas de gamme. Quels sont
les autres compositeurs que l'ont peut mettre dans cette catégorie? Rachmaninov aussi? Quelles en sont les raisons?



Christophe 30/04/2011 23:14



ah nan, automobile.fr ce n'est pas moi non plus.


 


je me rappelle d'une secrétaire dont les colorations rouqines lui avaient cramé le cuir chevelu jusqu'à l'intérieur qui arriva un matin au taf toute contente d'avoir acheté le dernier Beethoven.


 


Sic transit gloria mundi...



arbobo 28/04/2011 23:04



alors il faut importer en classique le concept de "one hit wonder" ^^


cela dit entre courants il y a eu des détestations énormes, et dire que certains ont osé traiter avec respect les chansons populaires, et dire que des ploucs ont cru bon réintroduire du lyrisme
dans la musique savante, et que je te pisse à la raie avec des mots de 8 syllabes, et que je conchie en levant le petit doigt, ou en tendant le majeur d'ailleurs, il n'y a pas eu que des
distingués dans les compositeurs ou leurs admirateurs



GT 28/04/2011 21:44



GUIC : C'est ça que j'appelle "bourge" ou "snob": considérer comme vulgaire et / ou populaire (ce qui, à la racine, veut dire
la même chose) un truc que 90 % des gens ne connaissent même pas, ou auquel il ne s'iuntéressent pas. Un sorte de luxe de rejeter le novice maladroit pour préserver le "petit groupe de
connaisseurs".


 


Bourge et snob, ce n'est pas du tout la même chose pour moi. Ce dont tu parles ici, c'est plutôt du snobisme. Les "bourges", maintenant, écoutent des tas de trucs très "popu"...


Et je le redis, le "snobisme" dont tu parles, on le trouve dans tous les genres musicaux, c'est pareil dans le rock. De toute façon, tu me rejoins totalement sur ce point à la fin de ton
commentaire, tout comme je disais qu'entre 15 et 17 ans, s'il y avait eu le net et les blogs, je me serais fait aussi prendre de haut avec ce que j'écoutais à l'époque en rock.


 


Sinon, pour en venir à des choses plus sérieuses, désolé de te décevoir, mais je ne mets jamais d'espadrilles. Pas plus que de sandales ou de tongs. Et pas de santiags non plus, d'ailleurs.
Uniquement chaussures de villes, bottines ou converse. (Par contre, j'avoue que j'aurais jamais pu imaginer en écrivant cet article que ça nous mènerait à parler chaussures^^)


 


ARBOBO : Détesté à ce point, ça dépend... mais c'est sûr que pour la plupart des mélomanes exigeants, Strauss, c'est tout de même
pas terrible (on parle bien de Johann Strauss II, hein, pas Richard...) C'est un nom célèbre, certes, mais face à des génies et des novateurs comme les autres grands noms du classique,
il pèse pas lourd. Ses valses ont beau avoir un grand succès public, elles sont tout de même un peu ridicules face aux chefs-d'oeuvre des Bach, Mozart, Beethoven, Schubert, Liszt,
Wagner, Debussy et compagnie... 


 


LOU : Merci, et j'aime aussi beaucoup ces deux versions... même si Gould, lui, n'aimait pas l'Appassionata... mais ça ne l'a
pas empêché d'en livrer une version intéressante... 



lou 28/04/2011 20:49



 


Nous connaissons ta passion pour Beethoven et ta maîtrise du sujet.



Bien en accord avec ta préférence pour Sviatoslav Richter.



Toutefois, on n'oublie pas l'interprétation nerveuse de Emil Gilels ni
celle, que d'aucuns diront exotique, de Glenn Gould.
 




arbobo 28/04/2011 20:20



c'est détesté à ce point strauss?


pourtant il a même pas un nol d epizza, ça devrait passer.


Ps : en effet je vis chez moi en espadrilles, mais tu triches un peu tu m'as déjà vu avec ^^



Guic' the old 28/04/2011 19:18



Ouais, bon, je me suis mal exprimé. Strauss, je ne l'ai pas présenté comme un de mes compositeurs préférés à l'époque. J'ai juste dit qu'une des pièces que je préférais était la Marche de
Radetzky. (C'est sentimental, j'y peux rien) Je n'ai même pas dit que c'était un grand morceau ou quoi ou qu'est-ce... Je pouvais tout simplement pas SAVOIR que c'était honni ce truc.


 


C'est ça que j'appelle "bourge" ou "snob": considérer comme vulgaire et / ou populaire (ce qui, à la racine, veut dire la même chose) un truc que 90 % des gens ne connaissent même pas, ou auquel
il ne s'iuntéressent pas. Un sorte de luxe de rejeter le novice maladroit pour préserver le "petit groupe de connaisseurs". 


 


Après, ce sont des réflexes grégaires que je connais et vit au quotidien. Je préféréerai toujours trainer avec une personne qui supporte que je moques son gout pour Coldplay qu'avvec quelqu'un
cherchant à m'expliquer que "Dangerous" est le meilleur album des années 90 (putain, a peine je rentre du boulot que j'en parle encore)


 


Certes je n'ai pas vraiment eu "d'effort" à faire pour découvrir Strauss, mais quand même plus que pour découvrir Superbus. (j'entends par la que par rapport à Jean Louis Aubert ou Muse, la
rotation FM est moins lourde)


 


Le truc, c'est que putain, c'est déjà un effort, en soi, de s'intéresser à ce registre dont tout le monde se fout pour pas payer super cher des erreurs de novice. J'en ai conscience en
particulier parce que... à 3 ans près, je veux dire, j'ouvrais mon blog 3 ans plus tôt rapport aux gouts que j'avais, jamais je chopais un lien chez aucun d'entre vous, et me faisais virer du CDB
à grands coups d'espadrilles dans le derche. (Ne mentez pas, vous etes comme moi derrière vos écrans: Vous voudriez faire croire que vous êtes en santiags, mais vous trainez votre desarroi en
espadrilles trouées, c'est tout.) (


Et admettez que ça aurait été dommage.



Dahu Clipperton 28/04/2011 17:26



Mais, eeeeuh, c'est bien le canon de Pachelbel... 


 


(je précise au passage que je n'ai rien à voir avec "automobile.fr". Je soupçonne plutôt que Guic se soit vraiment fait chier au taff cet aprèm^^)



GT 28/04/2011 15:42



GUIC : Johann Strauss ? Ah ouais, mais là, c'est de ta faute^^ Imagine quelqu'un qui débarque dans le CDB et dise "je ne
connais pas les albums qui sont dans le classement, mais je trouve l'idée très bonne, j'aimerais participer, vivement des sélections avec mes artistes favoris : Jean-Louis Aubert, Indochine, Muse
et Superbus".


Tu penses qu'il sera bien reçu, sans aucune vanne qui lui donnera l'impression d'être pris de haut ? C'est partout pareil. Si le net et les blogs avaient existé quand j'avais 15-17 ans, je
me serais fait refouler à grands coups de pied au cul du CDB... et de Music Lodge^^


Chez les amateurs de classique comme chez les amateurs de rock, il y a de tout, et si tu vas sur des forums classiques, tu verras des gens très pointus discuter sans mépris et sans jargon
avec des novices, même si ces derniers aiment Johann Strauss, le canon de Pachelbel et l'Adagio d'Albinoni...


 


ARBOBO : Je parlais des différents mouvements d'une oeuvre, et en concert, on joue toujours (ou presque) en intégralité les
symphonies, sonates, quatuors, concertos... Peut-être que tu pensais là plutôt à des recueils... par exmeple dans un récital pour piano, on jouera une sonate en entier, mais on prendra aussi un
prélude, un nocturne, une étude isolés de leur "recueil". Ou un chanteur qui prendra juste tel lieder ou tel air d'opéra...


 


AUTOMOBILE.FR : Christophe ? Dahu ?^^


  



automobile.fr 28/04/2011 15:30



c'est bien gentil d'essayer de convaincre les gens, mais ce n'est pas très malin de bannir les gens de ton blog! Je suis une grande fan de musique, et j'aime la musique classique, mais en petite
dose - je ne pense pas que cela soit accessible à tout le monde, est c'est vrai que cela reste majoritairement une musique de "bourges". Je vais ainsi continuer à écouter ma musique de
prolétaire, massive attack. 



arbobo 28/04/2011 15:24



ben oui guic', on est d'accord sur les années 50 et 60, encore heurex puisque... l'album apparait pendant les années 60 !


tu parles de la radio, toujorus ok, mais tu connais beaucoup de radio qui passaient (des anénes 80 à aujourd'hui ça reste inchangé) un single qui n'a pas d'album pour aller avec? Si le single
sort en avant-première du lp, ça passe, si c'est un single pur sans album à suivre, pas de rotation en radio, c'est idiot, c'est débile, mais c'est la loi intangible des radios depuis les années
80 (ça ne veut pas dire aucun passage chez Bernard Lenoir, ça veut pas dans la playlist en rotation sur l'antenne, entendons nous).


j'ai pas rêvé non plus, les chroniques de single dans R&F c'est peanuts comparé à celles d'albums.


mais ça reste situé dans le temps, on est d'accord, et c'est une tendance pas la totalité, d'accord également


 


sur ce, explique moi ce que tu entends par "bourge", parce que j'ai l'impression qu'on n'a pas la même définition



Guic' the old 28/04/2011 15:05



Tiens, justement...Ca c'est une vision "bourge" du rock que de considérer le rock comme lié au format album.


Le rock, à la base, c'est la chanson de 2 minutes 30 et le single. Dans les années 50, dans la plus grande partie des années 60, le single reste le format roi.


 


Depuis, il y a eu quelques résurgences dans le gout du single, avec le punk, la britpop, mais ca reste le format de base de style, définitivement - et ca doit beaucoup à la radio, d'ailleurs.



arbobo 28/04/2011 14:16



"les oeuvres ne sont pas diffusées en entier, seulement les mouvements les plus célèbres"


 


précisons au passage que c'est courant dans le milieu classique, en concert comme sur disque, de ne opas présenter une oeuvre en intégralité. Quand un soliste consacre l'un ou l'autre à un
compositeur, par exemple.


En un sens la notion d'album, dans le rock et afiliés, est plus fermement associée au disque que le classique, leurs formats s'accordent logiquement.



Guic' the old 28/04/2011 14:06



P'tain, comme quoi j'avais lu ton dernier com' en diagonale.


Oublie le passage "reproche sur Sonic Youth". Mais bon, c'est presque un réflexe pour moi, tu as tellement tendance à surestimer leur importance à mon idée... 'Fin bon, c'est pas le débat.



Guic' the old 28/04/2011 14:00



En fait, le truvc qui me déplait dans les exemples de G.T., c'est évidement Sonic Youth. Car c'est pour moi un groupe tout sauf accessible, et pas un indispensable (désolé, mais par rapport à
tant d'autres plus importants et plus accessibles, Sonic Youth c'est vraiment un groupe qu'on est en droit de zapper - encore une fois, je me base sur mon expérience propre: Sonic Youth, pour moi
,c'est un groupe qui entre dans la troisième vague de découvertes.)


 


Et découvrir le rock, passé quelques nécessités de capacité d'analyse, de logique, et de mémoire, m'a toujours paru plus aisé que le classique.


 


Mais de toutes façons, je crois que mon aversion pour les amateurs de classique et leur snobisme( et je ne  nie pas qu'il en existe un similaire chez les fans de rock) c'est le fait de
m'être fait foutre ouvertement de ma gueule après avoir dit qu'un de mes compositeurs préféré était Johan Strauss, passant à leurs yeux pour un béotien fan de Christophe Maé.


 


Sinon, j'envisageais depuis un bout de temps un "rock-critic est un con" avec tableau d'équivalence sur les surnoms... Parce que bon, Moz c'en est un parmi mille... Mais le principe du surnom à
la con ne m'a jamais paru rhédibitoire.^^



GT 28/04/2011 13:09



BLACK TRUST : Ah oui, là, c'est une similitude pas banale... et même carrément exceptionnelle ! Cette sonate a un
pouvoir magique stupéfiant^^ 


ARBOBO : 100% d'accord avec ce que tu dis dans le commentaire n°7, mot pour mot (enfin, sauf la petite erreur sur Orff, tu
voulais parler du O Fortuna, il n'y a pas de Dies Irae dans les Carmina Burana).


Je parlais de Sonic Youth, et il est vrai que des Mozart et Beethoven sont bien plus accessibles au grand public que Sonic Youth. La plupart des groupes dont on parle sur nos blogs,
qu'on note dans le CDB, sont beaucoup plus "segmentants" que les grands noms du classique. Les CD du genre "les grands classiques de la pub" se vendent bien, et ce ne sont surtout pas des
gens qui maîtrisent tous les codes du classique, connaîssent les meilleurs interprètes, les formes, genres etc... qui les achètent. Par contre, on risque pas de trouver dans
un supermarché des compils du genre "les tubes du shoegaze"^^


Puisque tu parles des deux radios qui passent du classique, Radio Classique est justement la preuve que ce rapport "décomplexé" et non élitiste au classique touche un public
conséquent, on y entend en boucle les "tubes" du classique, les oeuvres ne sont pas diffusées en entier, seulement les mouvements les plus célèbres...  


Et concernant les raccourcis/abréviations, le rock en plein, ce n'est pas Mozart qu'on a appelé "le Moz"^^ 



arbobo 28/04/2011 11:41



je reviens à la charge :


je crois que Guic tu as bien raison de pointer le vocabulaire, tu parles de celui des tempo et des passages dans l'oeuvre, mais on peut ajouter les formes musciales en elles-mêmes, sonate,
symphonie, concerto...


après, le public "classique" a aussi ses racourcis, ses abréviations, pas besoin de dire de qui est "la 9e" ni ^meme que c'est une symphonie, Cosi fan tutte de Mozart devient "Cosi", "l'empereur"
suffit pour désigner le concerto de Beethoven, et "la jeune fille et la mort" se passe de précision.


après, ben il faut aimer, tout bonnement.
en écoutant une radio rock on écoute autant de trucs bien que de merde, mais si on le fait c'est en acceptant l'idée d'y découvrir éventuellement des choses ou de réentendre des morceaux qu'on se
passe rarement,


les auditeurs de france musique aussi, ou de radio classique, ils n'aiment probablement pas tout ce qui passe, en revanche à la lonogue ils se forgent une culture classique.


moi c'est par mes parents et mon père en particulier, pas de grandes explications, juste quelques mots pour mémoriser de qui est l'oeuvre, éventuellement si c'est une oeuvre majeure ou négligée,
en 2 phrases c'est plié, éventuellement une troisième pour l'interprète ou le chef.
Le reste, c'est venu à la longue, par bribes.


mais le truc surtout c'est que le classique c'est la musique de mes parents, pas la mienne, d'ailleurs souvent c'est avec eux que je vais en écouter en concert. Les musiques pop, même les plus
ardues à écouter, ça je pars du principe que c'est potentiellement pour moi, quitte à ne pas aimer. Pour le classique c'est l'inverse. Si j'aime le pré-renaissant, c'est sasn doute en partie
parce que je l'ai découvert par mes propres moyens, idem pour la musique répétitive de Reich ou Riley.
Le jazz c'est plus hybride, mais à part une de mes soeurs (et encore c'était pas flagrant) à l'époque nous les 5 enfants nous n'écoutions pas de classique, ça foreg des représentations assez
solides ^^



arbobo 28/04/2011 10:32



guic a raison, la frontière sociale est marquée,


mais ce n'est pas une frontière musicale,
mais ça vaut des deux côtés, il y dnas la culture rock une volonté de rejeter une culture dont la musique "classique" fait partie.


parce que franchement, être capable de faire des analyses détaillées des paroles des smiths ou de comparer toutes les différentes périodes de Bowie avec un luxe de détails, ça demande une
érudition importante, c'est un rapport "savant" au rock. Quant-au côté bourge, à mon avis c'est à côté de la plaque et si on comparait vos revenus respectifs GT et Guic ce serait même comique il
me semble. Sauf si "bourge" est pris comme "la culture classique". Ce qui m'agace là-dedans c'est que la posture elle est autant du côté des rockeux que des classiqueux, prétendre le contraire
c'est se mentir.


ça faisait longtemps qu'on avait pas eu des fight sur ce terrain là ^^


en même temps je pense la ^meme chose du jazz, dont une minorité s'essaie à le rendre ouvert et accessible,  tandis qu'une majorité s'enferme dans un côté club de privilégiés.


Une preuve je crois que la musique "classique" est accessible, c'est son utilisation comme musique de film et de publicité. Le Dies irae de Carmina Burana, le Confutatis du requiem de Mozart,
l'intro de la 9e de Beethoven, la 1e des suites pour violoncelle seul de Bach, le thème célèbre des 4 saisons de Vivaldi, le thème de la symphonie du nouveau monde, les gnossiennes ou les
gymnopédies de Satie, le boléro de Ravel...


tous ces thèmes sont célèbres, et on les a souvent bouffés dans la pub, même. Or s'il y a bien une chose que la pub recherche, c'est toucher le plus grand monde et le plus directement possible,
elle veut du tube, de l'immédiat, du thème qui marque et qu'on peut fredonner :-)


frontière, oui oui.


socialement construite, ça c'est sûr, donc "bourge" si on veut, mais les csp+ n'écoutent pas de classique depuis un certain temps, alors...



BlackTrust 28/04/2011 01:10


Et ben, on a exactement la même idée de cette magnifique sonate, et la même histoire :) j'ai 16 ans, j'ai découvert cette sonate dans un CD avec les 2 autres du beethoven (n8 et n14) et a vrai dire
je ne m'y suis mis seulement pour faire classe parce vala quoi quand on écoute du metal et du rock progressif faut avoir un peu écouté de classique. LA GROSSE CLAQUE !!!! Ça fait maintenant 2 ans
que j'ai découvert cette sonate et a vrai dire cela m'a fait presque oublié tout ce que je trouvait génial avant : Dream Theater, Devin Townsend, Pink Floyd, Buckethead, et toute la clique des
guitare hero (Vai, Satriani, Malmsteen...) au profit de, d'abord Beethoven, puis Bach, Gustav Holst, Erik Satie, Berlioz, Brahms, Saint-Saens, Malher, Prokofiev, Penderecki, Steve Reich, Ligeti,
Xenaxis et plus recemment Bjarnason par ton article ;) et Christophe Bertrand. Je pense que je ne m'en remettrait jamais :)


GT 27/04/2011 01:49



GUIC : Merci pour cette magnifique perche^^ Parce que c'est en effet une des raisons pour laquelle beaucoup craignent de se
lancer dans le classique... et ils ont tort !


 


Sur la question des "codes", tout est relatif, un grand amateur de classique pourrait avoir les mêmes préjugés sur le rock, par exemple en lisant les discussions qu'on peut avoir chez les uns et
les autres. Il se sentirait complètement paumé parmi des gens qui parlent tous de Sonic Youth comme si c'était un groupe qu'on doit forcément connaître alors que lui n'en a absolument jamais
entendu parler nulle part, il nous voit citer des tas de noms d'autres groupes inconnus, de genres et sous-genres bizarres, tout le monde semble aussi connaître les noms des musiciens
de chaque groupe, et même des noms de producteurs, de labels etc... Un type qui aime et connaît bien quelques grands noms du rock pourrait se sentir totalement largué sur la plupart des
blogs rock...


 


Quand j'ai découvert la sonate Appassionata, je ne connaissais rien des interprètes, et pas grand chose du classique. Quelle importance ? Il m'a fallu de nombreuses années pour
commencer à prêterattention aux interprètes, car au départ, seuls les compositeurs et les oeuvres m'intéressaient vraiment. Lorsque je prenais des CD classiques à la médiathèque, c'était
plus en fonction de la pochette que de l'interprète... en plus, j'ai acheté des tas de CD classiques à bas prix, des CD entre 5 et 10 francs à l'époque qui se vendaient en promo dans les
supermarchés, des interprétations de qualité médiocre enregistrés à la va-vite par d'obscurs orchestres bulgares^^ Ca ne m'empêchait pas de vibrer et d'apprécier les oeuvres...


Il n'y a aucune raison de se laisser impressionner par les connaissances et la culture de tel ou tel, sinon, on ne rentrerait dans aucun genre musical. Il n'y a besoin de rien
d'autre que deux oreilles en état de marche pour se lancer dans le classique. Une "culture musicale" doit se faire empiriquement, c'est le cas pour nous tous avec lerock, on en a écouté
jeune, on a aimé tel groupe, on est passé à tel autre pour des raisons diverses et variées, pas en suivant un quelconque "guide du rockeur"... pour moi, ça s'est fait exactement pareil ensuite
avec le classique, j'ai aimé particulièrement tel compositeur, tel type d'oeuvres, ça m'a ammené à d'autres de façon très "libre"...


J'aurais envie de dire "les interprètes, on s'en fout"... c'est secondaire, une grande oeuvre, même jouée par un interprète moyen (je ne parle pas d'amateurs qui jouent dans leurs salons
comme on en trouve sur youtube, mais de musiciens qui ont enregistré), ça reste une grande oeuvre. On peut commencer, plus tard, à s'intéresser vraiment aux différentes interprétations de telle
oeuvre qu'on apprécie... mais ce n'est même pas obligatoire, il y a des tas de gens qui aiment le classique et ne se préoccupent que peu des interprétations, ils se contentent d'une version... et
je ne vois pas où est le problème.


Bref, il faut se lancer dans le classique de manière "décomplexée" comme on se lance dans le rock. Lorsque j'ai découvert cette sonate, je ne savais pas ce qu'était un "Allegro ma
non troppo", ça ne m'a pas empêché de l'adorer...    



Guic' the old 26/04/2011 17:03



Tu me bannis si tu veux, mais la musique classique, ça reste un truc ultra bougeois et élitiste. Tu illustres d'ailleurs assez bien ce que je reproche à ce milieu en ce sens que... ben tu nous
mets quand même 5 versions de la même pièce.


C'est le truc qui me bloque, moi, perso: un morceau de musique "populaire", tu as une originale, toute simple, qui te permets de te faire un bon avis. Le classique, il y a toujours ces variations
permanentes dans l'interprétation, dues au musicien, au chef d'orchestre, à ceci, celà, souvent trop subtiles pour une oreille non entrainée... Qui rendent le truc trop complexe, trop
inaccessible, déjà que c'est le bordel pour comprendre le fonctionnement, retenir le nom des différents mouvements de telle ou telle symphonie, tous ces trucs genres "Molto Allegro", " Andante",
"Quattro Staggioni"... alors quand en plus, pour pouvoir discuter d'un truc, t'es obligé de désigner précisément la version de tel orchestre dirigé par machin en telle année... C'est au-dessus
des compétences du pékin moyen que je suis. Même avec le petit niveau que j'ai de connaissances dans le domaine, je ne peux strictement pas discuter classique avec un amateur de la chose sans me
sentir totalement et complètement crétin et inculte, et ce, même si mon interlocuteur ne cherche pas à me rabaisser.


 


Alors certes, ce n'est pas vraiment la faute à la musique elle-même ou au compositeurs. Mais le fait est que, en soi, la musique classique est loin d'être un truc qu'il est aisé d'apprécier.
Alors que cette musique ne sois pas bourgeoise en soi, certes. Mais en maitriser les codes, les subtilités, bref s'y connaître est loin d'être un truc très populo... :-)


(Le smiley final c'est pour préciser qu'il n'y a aucune animosité de ma part, et que j'ai tout de même trouvé ton article très bien, hein.)


 



GT 25/04/2011 01:27



FELIX : C'est toujours un plaisir de croiser un autre grand amateur de cette sonate, elle compte tellement pour moi que toute
autre personne qui l'aime est comme un "esprit frère"...


 


SUZANNE : Merci à toi, plus que de "ne pas servir à rien", c'est une très grande satisfaction que d'avoir pu faire apprécier
cette sonate - et, mieux, transmettre un peu de cette claque sublime et grandiose - à ne serait-ce qu'une personne !


(18 ans, c'est sans doute l'âge idéal pour la découvrir... suffisamment jeune pour être marqué durablement et ne pas être blasé, suffisamment âgé pour avoir le minimum de maturité qui
permette de la saisir...)



Suzanne 24/04/2011 20:43



Un petit mot pour te prouver que ta démarche ne sert pas à rien : c'est moi aujourd'hui qui à 18 ans me prend la claque de ma vie, la vraie. Alors pour ça, un merci plein de passion ;)



Félix 24/04/2011 18:46



Bonjour, votre article me parait très juste, surtout cette musique l'appassionata qui est pour moi l'une de meilleures oeuvres dans le classique et l'une de plus belles musiques que je n'ai
jamais entendu, je ne suis pas musicien classique, mais j'ai une grande sensibilité à cette oeuvre qui me fait aussi aller très loin, alors Beethoven est l'un de plus grands de la musique en
générale, je suis plutôt chanteur dans un autre style complètement différent, mais votre blog qui s'est affiché sur mon site m'attiré pour le lire entièrement et je suis d'accord avec vous, bonne
continuation à vous et joyeuses fêtes de Pâques.


Félix, Paris 75019