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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 15:22

Une fois le dernier épisode de Lost visionné, j'ai foncé sur le Golb pour lire l'interprétation qu'en fait Thom, et j'ai tressailli... ce salopard m'a piqué mon idée ! Heureusement, je m'apperçois que, finalement, son interprétation ne dévoile pas la mienne... elles vont dans le même sens (on se rejoint toujours sur les choses essentielles), se complètent, mais ne sont pas redondantes.

 

J'ai essayé tant bien que mal de livrer le moins de choses possibles des moments-clés et rebondissements (ils seront en italiques pour vous permettre de les sauter si vous n'avez pas vu la série) afin que vous puissiez lire ce qui suit même si vous n'êtes pas allés au bout de Lost.

 

Plus ce que l'on vous cache est simple, sous vos yeux, plus il est nécessaire de déployer des trésors d'imaginations pour vous embrouiller, vous perdre. Et c'est bien ce que fait Lost, balader ses spectateurs de mystères en mystères, sans ne jamais donner d'explications claires et nettes. Alors regardons la série le plus simplement possible... de quoi nous parle-t-elle ? D'une île mystérieuse, et de personnages. C'est tout. Le reste n'est qu'un écran de fumée (noire).

 

Continuons à aller au plus simple... pour un artiste, un créateur, que peut bien représenter une île ? Pas besoin de se creuser la tête : c'est une oeuvre. 

Dans l'imaginaire collectif, l'île exotique est le lieu de tous les fantasmes, un espace hors du monde, loin du train-train, des soucis, du bruit et de la fureur de la vie moderne... combien de gens, lorsqu'on leur demande "où rêveriez-vous de passer vos vacances ou de vivre ?", répondent "sur une île exotique"... 

Pourquoi tant d'artistes sont tourmentés, écorchés vifs, rêveurs etc... parce qu'ils ont en général plus de mal que les autres à accepter le monde qui est le nôtre, et ont besoin de fuir la réalité ou la recréer d'une manière qui leur semble plus acceptable. L'oeuvre, c'est une île, un espace hors du monde et du temps, avec ses propres règles. C'est à peu près de la même manière que le vit le public; s'enfermer dans une salle de cinéma, se plonger dans la lecture d'un livre, l'écoute d'un album, se poser devant le petit écran, c'est se retrouver - et se perdre - l'espace d'un instant, sur une île... Mais une oeuvre, ce n'est, bien entendu, jamais uniquement de l'évasion, c'est aussi un apprentissage, une initiation, une réflexion sur soi et sur le monde... tout comme l'est l'île de Lost. Cette île a beau être fascinante, dépaysante, on n'y vient pas pour se la couler douce... L'oeuvre qu'est Lost n'est pas un pur divertissement qui conduit le spectateur d'un point A à un point B en le prenant par la main, elle ne cesse de l'intrerroger et le désorienter.  

 

L'île, donc, c'est l'oeuvre, un "work in progress", même... Au fil des saisons, JJ Abrams et les scénaristes donnent l'impression d'être autant perdus que nous, ils semblent chercher un sens à l'ensemble en même temps que le font les spectateurs. Lost ne ressemble pas à une série maligne à la mécanique bien huilée, mais plutôt à une oeuvre qui vagabonde, se cherche... c'est l'oeuvre elle-même qui nous le dit, par ses personnages constamment à la dérive... des héros qui se demandent autant (si ce n'est plus) "qui suis-je" que "où suis-je".

 

Les personnages, justement, venons-y... là où tant de fans de SF se perdent en conjonctures sur les phénomènes paranormaux, réalités alternatives & cie, ils en oublient que le coeur de la série, ce sont les personnages. Vous connaissez beaucoup de séries où l'on met en valeur autant de personnages ? Vous connaissez beaucoup de séries où des personnages apparemment secondaires deviennent les "héros" d'un épisode (voire plusieurs), occupant tout l'espace et laissant les "stars" passer deux minutes en coup de vent ? Alors que peuvent bien représenter ces personnages, si l'on va au plus simple... les différentes facettes du (des) créateurs. Non pas leurs "différentes personnalités", mais les processus qui les animent et entrent en jeu dans la création. Ce n'est pas une "mise en abyme" artificielle, mais parfaitement cohérente, et tirée de ce que nous dit l'oeuvre. Les personnages "travaillent" / explorent / modèlent l'île comme un artiste le fait avec son oeuvre. Les créateurs se sont engouffrés dans un mystère qui n'était pas seulement trop dense, épais pour le spectateur, mais aussi pour eux... une oeuvre pareille a été un tel défi pour leur imagination qu'il leur a fallu creuser profondément en eux-mêmes afin de trouver les moyens de continuer à la faire évoluer. Un tel défi, un tel combat de l'artiste qu'il transparaît au sein même de l'oeuvre. Et nous donne ainsi un des plus remarquables "portrait de l'artiste en héros" qui soit.

 

 

 

Jack-Shepard.jpgJack Shepard : l'organisateur. Vous pouvez créer un poème, une chanson de 3 minutes en vous laissant guider par des "fulgurances", en écoutant essentiellement le poète qui est en vous... mais une série, par sa longueur et les exigences de son format demande en premier lieu à l'artiste des qualités d'organisation. On n'y écrit pas "ce qui nous vient comme ça nous vient", il faut sans cesse gérer les différents processus créatifs et voix qui vous entraînent dans telle ou telle direction afin que l'oeuvre garde une certaine cohérence. Le "berger" qui guide le troupeau de voix et processus créatifs... Il est donc normal que Jack soit le personnage principal de la série, le chef, celui qui s'emploie et se dévoue plus que les autres pour mener à bien le projet. Là, de petits malins me diront "ça ne tient pas ton truc, si Jack est l'organisateur, et l'île l'oeuvre, pourquoi cherche-t-il tant à la quitter dans les premières saisons" ? Justement, un artiste qui se lance dans la création d'une série sait à quel point c'est un travail harassant, compliqué, qu'il est important de trouver au plus vite une porte de sortie, d'en sortir (de la sortir). Le piège principal est de s'y perdre, de la travailler indéfiniment sans qu'elle n'aboutisse à quelque chose de concret, d'avoir passé des semaines, des mois à créer des personnages / situations sans parvenir à livrer quelque chose de concret. Mais une fois la porte de sortie trouvée, il se rend compte qu'au fond, il y tient à cette oeuvre / île, et n'a plus qu'un désir, y retourner, voire s'y perdre... Le berger devient donc ainsi le gardien de l'île...

 

locke-lost.jpgJohn Locke : le poète / le croyant. Pour créer une série telle que Lost, il faut une imagination peu commune, et une foi inébranlable. Car on a vite fait de se dire "c'est n'importe quoi, ça ne marchera jamais, c'est trop obscur, le public n'y comprendra rien et finira par se lasser..." 

Une des plus fameuses métaphores du poète, c'est celle de l'Albatros de Baudelaire. Majestueux quand il plane dans les airs (il est dans son élément, les hautes sphères de l'art et de la poésie), mais maladroit, gauche, ridicule lorsqu'il marche parmi les hommes. C'est exactement ce qu'est Locke, ses "ailes de géant l'empêche de marcher"... handicapé dans le monde réel, incapable de se satisfaire d'un travail routinier, il ne se réalise que sur l'île / au sein de l'oeuvre. Là, il est parfaitement dans son élément, il comprend tout avant tout le monde, et lui ne voudrait jamais quitter l'île / l'oeuvre, dans laquelle il se sent enfin exister. Et se confronte fatalement à "l'organisateur" qui attend de lui qu'il sorte de l'île / l'oeuvre, pour livrer quelque chose d'abouti...

Comment interpréter sa mort et sa transformation ? 

La sensation, pour le(s) créateur(s), de ne pas pouvoir y arriver, de s'être véritablement "perdu", de ne plus avoir plus aucune imagination ni foi suffisante en l'oeuvre pour continuer... une remise en question et période de doute intense, angoissante, que traversent tous les artistes. Le poète n'a plus qu'une envie : détruire son oeuvre / l'île... C'est alors à Jack "l'organisateur" qu'il appartient de préserver l'oeuvre, d'en devenir le gardien...

 

Desmond.jpgDesmond Hume : l'illuminé. Il fait parfois un peu doublon avec le poète / croyant qu'est Locke, mais a tout de même une fonction particulière. Atteint de fulgurances - au propre comme au figuré dans la série - il a les quelques éclairs de génie (qui passent à la fin par des... "coups de foudre")  nécessaires qui permettront de recoller certains morceaux et trouver comment comprendre l'oeuvre, s'en sortir en mobilisant toutes les forces et en rassemblant toutes les voix qui parlent dans l'esprit du créateur...

 

 

sawyer-lost.jpgSawyer : le critique. Dans chaque artiste, il y a un critique. Essentiel, pour éviter de tomber dans un grand n'importe quoi, et mettre à l'épreuve les différentes idées qui viennent au créateur. A lui, on ne la fait pas, Sawyer est toujours partant pour tourner en dérision les autres "voix" qui suggèrent des théories mystiques, religieuses, qui ont foi en l'île ou tombent dans de grands sentiments un peu niais... et pourtant, il lui arrive d'accepter les autres, les approuver, ressentir les mêmes émotions et se résoudre à croire en certains phénomènes surnaturels. Normal, il est nécessaire pour un créateur que le critique qui sommeille en lui considère que "ça fonctionne", sinon, il n'a plus qu'à laisser tomber. Forcément, Jack l'organisateur et Sawyer le critique ne peuvent que se confronter, l'un est là pour faire avancer l'oeuvre, l'autre pour mettre des coups de frein. Sawyer n'est pas le critique qui intellectualise, pond de grandes théories sur l'oeuvre, au contraire, c'est celui qui, instinctivement, dit à l'auteur "ça, ça fonctionne", ou "ça, c'est de conneries". Point barre. 

 

lost-kate2.jpgKate Austen : la Muse. Kate, c'est la femme moderne parfaite. Indépendante, elle n'a rien à envier aux hommes lorsqu'il s'agit de se défendre, se déplacer, s'orienter, elle est capable de le faire aussi bien qu'eux, si ce n'est mieux. Féminine et sensible sans être faible ni fragile, les deux beaux mâles de la série sont à ses pieds sans qu'elle ne fasse rien pour les aguicher... L'autre élément qui la caractérise, c'est la fuite. Une fugitive, qui échappe à ceux qui la pourchassent comme à ceux qui la désirent. Une muse "fantasmée", donc, après laquelle court l'artiste. On me dira "si c'est une muse, c'est Locke / le poète qui devrait en tomber amoureux, pas le critique ni l'organisateur". Sauf que Locke a déjà sa muse, c'est l'île / l'oeuvre elle-même. Lui n'a pas à s'inventer une autre muse pour avancer. Par contre, l'organisateur et le critique ont besoin de cette muse pour ne pas quitter le navire en se disant "on n'y arrivera jamais" pour l'un, "ça ne mène à rien" pour l'autre.

 

lost-sayid.jpgSayid Jarrah : l'exécutant. Sayid, c'est celui qui possède la technique. Lorsqu'on a besoin de quelqu'un pour bidouiller un appareil, mener un interrogatoire, combattre, on fait appel à lui, c'est le spécialiste.

Mais dans la saison 6, tout va mal... le poète / croyant Locke n'est plus. Le créateur est perdu, et Sayid qui perd toute conscience illustre alors sa crainte : que la technique pure l'emporte. Que l'oeuvre ne soit plus guidée par l'inspiration, mais par une technique bien rodée, sans âme. Sayid devient alors l'instrument de celui qui veut détruire l'île / l'oeuvre, la technique pure vide la création de sa substance. Une technique en roue libre qui est sur le point de tuer le "génie", l'inspiration fulgurante (Desmond Hume)... mais qui, finalement, en le laissant vivre, symbolise l'oeuvre sauvée de ce naufrage créatif.  

 

hurley-lost.jpgHugo Reyes : l'âme d'enfant. Selon le cliché, tous les artistes ont une âme d'enfant (heureusement, ils n'ont pas que ça, sinon leurs oeuvres ne seraient que puériles). Hugo est un gros poupon, un enfant gentil mais un peu naïf, qui parle à ses amis imaginaires, pense que les nombres ont des propriétés magiques, et a une vision assez ludique du monde (lorsqu'il se retrouve dans les années 70, il pense avant tout à réécrire Star Wars et envoyer son scénario à Georges Lucas). Plutôt peureux (même s'il saura se dépasser), il est incapable de draguer une fille (voire de lui parler sans rougir ou baisser la tête) et suit le mouvement, va là où on le trimballe, mais peut se montrer très juste et faire preuve d'un bon sens d'une simplicité enfantine lorsqu'il s'agit d'aider son prochain et d'apaiser les tourments. Il est cette petite voix de l'artiste qui lui permet de continuer à y croire, et de ne pas se laisser enfermer dans des problèmes insolubles...

 

270px-BenLinus.jpgBenjamin Linus : le manipulateur. Avoir une âme d'enfant, c'est bien... mais un artiste a souvent autant une âme de manipulateur. Le cliché de l'artiste "sincère, authentique et généreux", c'est bon pour les groupies. Non, un artiste joue aussi avec son public, et se joue de lui. Quel chanteur n'a pas ressenti un fort sentiment de pouvoir en voyant des centaines, de milliers de gens reprendre en choeur ses chansons ? Quel auteur de fiction, qui trouve un rebondissement particulièrement malin, n'a pas été parcouru d'un petit rictus en se disant : "alors là, je vais bien les avoir" ? Créer, c'est se dévoiler autant que se déguiser. C'est livrer une image idéalisée de soi et, comme le joueur de flûte de Hamelin, hypnotiser son public pour le mener où on le souhaite. Une oeuvre fonctionne lorsque le public est pris, conquis, séduit, fasciné... Linus, c'est celui qui vous fait croire qu'il vous apportera des réponses alors qu'il vous embrouille chaque fois un peu plus... pas étonnant qu'à la toute fin de Lost, il s'associe avec Hugo, c'est le créateur qui trouve son équilibre, l'harmonie, entre d'un côté son "âme d'enfant", de l'autre son pouvoir de manipulation. Un pouvoir que seul l'oeuvre / l'île lui accorde, sans elle, il ne serait qu'un petit prof inoffensif...      

Pourquoi Benjamin a-t-il tué Locke ? C'est la tentation de laisser le manipulateur prendre le dessus sur le poète / croyant pour prendre le contrôle de l'île / l'oeuvre. Faire cela le mène alors à tuer Jacob... il réalisera son erreur, l'oeuvre ne peut être que seule "manipulation du public", il faut que le manipulateur retrouve une certaine humilité pour accepter de travailler avec les autres facettes du créateur...

 

lost_jacob.jpgMais qui est donc Jacob, ce Deus ex machina ? C'est tout simplement le créateur. A force de laisser les différentes voix qui lui parlent prendre le dessus et mener sa création dans tous les sens, à la fin, il se doit de dire "stop", et de reprendre les commandes. Jacob, c'est celui qui contient toutes ces facettes. C'est Jack, l'organisateur, car il est allé lui-même sélectionner et mener tous les processus créatifs nécessaires sur l'île / dans la construction de l'oeuvre. C'est Locke, le poète et le croyant, celui qui habite l'île / l'oeuvre et la comprend mieux que tout le monde. C'est Desmond, l'illuminé, qui sait comment tout doit se finir. C'est Sawyer, le critique, qui jauge et qui juge, celui à qui "on ne la fait pas". C'est Kate, la "muse fuyante", pour Ben, Richard et tous "les autres". C'est l'enfant, Hugo, qui croit à la magie (de la lumière blanche), et obéit à sa mère au lieu de suivre son frère émancipé. C'est donc aussi Sayid, l'exécutant, qui suit les injonctions de sa mère sans broncher. Enfin, c'est Linus, le manipulateur, qui tire les ficelles dans l'ombre depuis le début sans qu'on ne le réalise...                

 

 

Bien entendu, il y a des tas d'autres personnages importants dans Lost. Sun, Jin, Richard, Charlie, Juliet, Michael, Charles Widmore, Claire et tant d'autres... mais ceux dont je parle ci-dessus sont vraiment les principaux et ceux dont le rapport avec l'île est le plus fort, ceux qui la "travaillent" (et qu'elle travaille) le plus fortement. A deux exceptions près : Richard et Charles Widmore. Mais Richard est une variation, un "sous-Jacob", un mélange de Jack, Linus, Locke et Desmond. Quant à Widmore, c'est un personnage à part : le producteur. Forcément antipathique et plein aux as, il n'a qu'une idée en tête, exploiter l'île / l'oeuvre pour son profit personnel. Mais lorsque le créateur craint de ne pouvoir achever son travail, il est prêt à payer de sa personne et employer les grands moyens pour le sauver du naufrage et empêcher sa destruction...

Enfin, la scène finale, ce sont toutes les facettes du créateur qui se retrouvent, se félicitent pour le travail accompli et mené à son terme malgré les difficultés... et se préparent à cette "petite mort" qu'est le point final mis à une création. 

 

Est-ce donc cela que les scénaristes ont voulu dire / représenter / symboliser dans Lost ? Sûrement pas. Mais il est très probable qu'inconsciemment, face à une oeuvre aussi opaque, mystérieuse, ils aient fait ressortir ce qui était à la base de tout, à la fois profondément enfoui et juste devant eux sans qu'ils ne le voient : le processus de création et les différentes phases que traverse l'artiste lorsqu'il a à réaliser une oeuvre particulièrement complexe.

 

S'il n'y a pas de "vérité" dans Lost, je ne résiste pas à vous livrer pour conclure, mon interprétation du final... à fuir tout de suite si vous ne l'avez pas vu (évitez aussi de lire les commentaires, qui risquent de spoiler un max) :

 

Là aussi, je pense qu'il faut aller au plus simple... une des premières idées qui vient à l'esprit lorsque l'on se lance dans la série, c'est qu'ils sont tous morts dans le crash, et se trouvent dans une sorte de purgatoire pour expier leurs fautes, se délivrer de leurs souffrances. Sinon, comment survivre à un tel accident, comment comprendre ces phénomènes surnaturels et cette narration particulière qui mêle flashbacks et vie sur l'île... Puis surviennent tant d'éléments et personnages nouveaux que l'on finit par abandonner l'idée. Mais la série commence comme elle se termine : un gros plan sur le visage de Jack étendu sur le sol dans une forêt de bambous, et les débris de l'avion sur la plage. Retour à la case départ, tout ça n'a duré qu'un fragment de seconde... lorsqu'on agonise, il paraît que l'on revoit sa vie défiler devant soi... c'est ce qui arrive à Jack. Mais sa vie, faite de souffrances, d'échecs, de culpabilité, est incomplète, il ne peut mourir ainsi, il a besoin de se reconstruire et de faire la paix avec lui-même... c'est cette histoire, sur l'île, qu'il s'invente, en se raccrochant aux derniers visages connus, ceux des passagers du vol 815, avec ce sacrifice final qui fait office de purification. L'hypothèse la plus digne, à mon sens, de la série. Car les éléments surnaturels et théories d'une "île fantastique", ça fait très série B de SF, et Lost vaut bien mieux que cela. La fumée noire, les voyages dans le temps, la lumière au coeur de l'île sont intéressants d'un point de vue symbolique, moins dans un cadre "fantastique". Pourquoi la fumée noire ? Parce que c'est ce que vous voyez lors d'une explosion, d'un crash, et ce que vous associez à la destruction, la mort. La lumière blanche, c'est évident, c'est celle qu'on est censée traverser lorsque l'on meurt... mais pour accéder au repos éternel, Jack doit faire la paix avec lui-même, d'où le long cheminement pour la trouver enfin. Les voyages temporels ? La sensation de temps se dilate pendant la mort ( ce qu'on suppose avec le fait de "revoir défiler sa vie")... 

 

Est-ce la vérité ? Aucune importance. Je ne comprends pas tous les déçus du final... car je ne vois pas comment la série aurait pu se finir autrement. Par des révélations fracassantes sur le sens de tous les phénomènes inexpliqués ? Cela aurait été trahir l'esprit de la série... et aurait signifié la victoire de Ben sur Locke, du manipulateur sur le poète / croyant. Un final sentimental, qui joue trop sur l'émotion ? Mais Lost ne cesse de le faire depuis le début ! Si elle était avant tout une série "fantastique", on n'aurait pas eu tous ces longs flashbacks sur de petits épisodes du quotidien de la vie de chacun avant le crash... Quasiment tous les personnages traînent depuis le début une souffrance, une culpabilité qui les empêche d'avancer... de Jack à Sayid en passant par Kate, Sawyer, Jin, Sun, Locke, Charlie, Claire et les autres... il n'y avait pas d'autre manière de terminer que de leur accorder enfin la paix intérieure et la délivrance... après tout, ils l'ont mérité...

 

A lire, les excellents articles de :

 

Thom

Benjamin F.    

      

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Published by G.T. - dans Cinema
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commentaires

El Funcionario 26/06/2010 01:18



Rooohhh merci, et le pire c'est que j'ai d'abord écrit ma phrase telle quelle, puis en voyant à quel point elle correspondant à tes stéréotypes j'ai rajouté mes apartés :)



GT 23/06/2010 22:14



DIANE C : OK, c'est noté :-)


 


SKA : J'avoue que le coup de la lumière, j'ai pas trop aimé non plus... d'un point de vue purement symbolique, pourquoi pas, mais
ça reste un peu trop gros...


Quant au fait que le final soit approximatif... je trouve qu'il colle bien avec le reste... parce que tout est un peu "approximatif", dans cette série... mais, pour moi, ça fonctionne... Face à
chaque rebondissement, nouvel élément, durant ces 6 saisons, j'ai été partagé entre une certaine fascination pour l'audace, et l'envie de dire "là, c'est trop..." mais c'est la fascination qui
finissait quasiment toujours par l'emporter (sauf pour la lumière^^)


 


EL-F : Joli ! :-)



El Funcionario 22/06/2010 21:39



Cette interprétation sort du lot et reste pertinente! (mon côté Jack) Je n'avais absolument pas vu ça comme ça et je suis emballé! (mon côté Locke) Ce qui ne m'empêche absolument pas d'en vouloir
aux producteurs qui se sont à mon sens vraiment foutus de nous... (je reste définitivement Sawyer)



diane cairn 22/06/2010 12:47



et bob dans tous ça ?



Ska 22/06/2010 10:18



En effet, G.T., c'est dès lors que les scénaristes s'escriment à apporter des réponses (même si effectivement il n'y en a toujours pas assez pour beaucoup de téléspectateurs) que la série me
paraît devenir de plus en plus laborieuse... Ainsi, je n'ai pas du tout aimé toute cette histoire de lumière, le dévoilement de ce qu'est Jacob, etc. Je trouve tout ça très lourd en fait... Comme
si, avec cette injonction à finir, à conclure, la liberté des scénaristes se trouvait de fait entravée, comme s'ils se retrouvaient un peu coincés par tout ce qu'ils se sont permis auparavant...
Et comme le final est quand même un peu approximatif, beaucoup en ressortent insatisfaits, même si c'est pour des raisons diamétralement opposées...



diane cairn 22/06/2010 08:51



pis bon c'est plus facile d'accès



diane cairn 22/06/2010 08:50



bon pour la faire lost version adulte ya l'ile du levant (90% zone militaire, 10 % village court tout nu obligatoire ou presque, mais familial)


http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Ele_du_Levant



GT 22/06/2010 02:56



DIANE C : Le rendez-vous est pris ^^


 


DAHU : Ah, les Idiots de Von Trier... j'en avais plus entendu parler depuis des années, mais maintenant que tu le cites, il me
revient nettement en mémoire... monstrueux et jubilatoire^^


 


THOM : Quel malheur... je vais peut-être faire comme pour la dernière saison des Sopranos, repousser sans cesse de la regarder,
histoire de faire comme si elle n'était pas vraiment finie^^


 


VINCENT : Elle n'est pas "bien", elle est "très bien", et même mieux que ça... (enfin, après, chacun son truc... regarde au
moins les premiers épisodes, tu verras assez rapidement si elle a de quoi te plaire...)


 


SKA : C'est marrant, parce que beaucoup semblent reprocher à la dernière saison de ne pas donner de réponses "claires"...
disons qu'elle est entre les deux, elle dévoile pas mal de choses, mais laisse la porte ouverte...


Sinon, bien sûr que "le fan de Lynch que je suis" comprends et préfère aussi les questions aux réponses... Et si j'aime cette fin, c'est parce qu'elle n'apporte pas tant de réponses que
ça, elle laisse planer le doute, et libre à chacun de l'interpréter comme il souhaite...


D'ailleurs... je dois être un des rares à trouver que la meilleure saison de Lost, c'est sans doute la première... parce que tout y est encore possible, tout est ouvert... à partir du moment
où l'on a le bunker, le projet dharma & co, je trouve que Lost perd déjà un peu de son charme, de sa poésie et de son mystère (ce qui ne m'empêche pas d'avoir beaucoup aimé toutes
les saisons...)  


 


 



Ska 21/06/2010 17:51



Même commentaire que chez Thom il y a quelques semaines... J'en reste à la saison 4 (extraordinaire)... Après, je vais de déceptions en déceptions... Et les analyses, aussi fines soient-elles, me
passionnent malheureusement aussi peu que ces deux dernières saisons. Comme quoi - pour moi en tout cas - quelque chose cloche dans Lost (a contrario, le final de Six Feet Under est l'un des plus
beaux que j'ai pu voir - une vraie fin, totale, insurpassable, incontestable). Et ce constat m'attriste vraiment car j'ai adoré cette série pendant quatre ans, tant qu'on n'avait pas besoin de
chercher (trouver) des explications... En fait, la plus grande erreur de Lost fut peut-être de finir... Sur cette série, j'ai toujours préféré les questions aux réponses et je pense que, comme tu
es un fan de Lynch, tu comprendras, G.T., ce que je veux dire par là...



Vincent 21/06/2010 15:48



Moi je veux juste savoir un truc : elle est bien cette série ? Elle vaut le coup que je la regarde ?



Thom 21/06/2010 15:40



En parlant de 24 j'ai eu une pensée pour toi hier soir, mon Gitounet, puisque je voyais le dernier épisode :(



Dahu Clipperton 21/06/2010 15:12



Concernant The shield, j'ai jamais pu... Le filmage caméra à l'épaule m'a tapé très très vite sur le système (...dit le gars qui aime beaucoup Les idiots de Von Trier )



Dahu Clipperton 21/06/2010 15:09



Nyko : j'en vois bien une susceptible de plaire, c'est Oz (ça se passe dans une prison et ça n'a rien à voir avec Prison break, qui n'est qu'une piètre blague). Bon, mieux vaut
te prévenir : ça commence doucement à partir en vrille au milieu de la saison 4 (symbolisme trop appuyé, rebondissements un peu lourdingues...)


Mais vraiment, tente le coup, c'est du solide et je suis sûr que tu peux y trouver ton compte ^^



diane cairn 21/06/2010 14:43



où pour la réunion annuelles des blogueurs rock ...



GT 21/06/2010 14:16



DC : En voilà une idée pour créer une suite "pour adultes" de Lost :-)


 


NYKO : C'est sûr que si déjà les Sopranos et Six Feet Under ne t'ont pas emballés, peu de séries pourront le faire... je te
conseillerai tout de même de jeter un oeil à The Shield et The Wire, deux formidables séries policières (mais absolument rien à voir avec les trucs du genre Les Experts, c'est
infiniment plus riche...) remarquablement écrites mais dans deux styles opposés : The Shield est la plus jouissive (nerveuse, brutale, subversive... et tragique, aussi), The Wire la plus
réaliste, profonde, mélancolique... regarde au moins les 2-3 premiers épisodes de chacune, si t'accroche pas, ce n'est pas la peine de perséverer, je ne vois pas trop quelle série pourrait
te plaire^^ 


(ou 24, si tu as envie d'une série totalement parano et speedée au rythme infernal...)


(tiens, et ma copine est aussi beaucoup plus fan que moi de Six Feet Under...)



nyko 21/06/2010 12:41



je n'ai pas de télé et je suis donc passer à côte de toutes ces nouvelles séries dont "lost". A force de voir chez toi ou chez Thom pleins d'articles sur le sujet j'ai commencé à m'y mettre
doucement. J'ai donc maté l'intégralité des Sopranos pour commencer. J'ai trouvé ça bien mais pas transcendant. Là je suis sur Six Feet Under et je suis rendu à la 4e saison. Il n'y aurait pas eu
ma copine, c'est clair que j'aurais stoppé au milieu de la 3e saison. Les 2 premières sont ok (pas de quoi être accro non plus) mais après c'est vraiment n importe quoi par moment. Pleins de
bouveaux personnages imbuvables (le prof de Claire, les parents de Brenda, la copine lesbienne de Claire....) et sur cetains épisodes, on touche le fond (l'épisode du paintball).


Je ne sais pas si je vais commencer d'autres séries car pleins de gens m'avaient dit que ce sont les 2 meilleurs séries. Du coup, je ne suis pas vraiment motivé à explorer d'autres séries...



diane cairn 21/06/2010 00:19



allez hop tous à Cayo Largo


et viva la revoluciòn



GT 20/06/2010 22:05



BENJAMIN F. : Moi qui viens juste de la terminer hier, je n'ai pas encore lu une seule théorie dessus... si ce n'est celle
de THOM, puis la tienne... et je les trouve très bien, ça me suffit, pas la peine de me "perdre" ailleurs^^ (à moins qu'on m'en
recommande une autre qui vaut vraiment le coup d'oeil...)



Benjamin F 20/06/2010 21:51



Bon on va pas se mentir, depuis un mois, j'en ai tellement bouffé et rebouffé de l'analyse de Lost, que j'en suis arrivé à un point où la perspective de tout nouvel article ne m'excite
pas plus que cela, et pourtant j'avoue qu'à la lecture du tien, je suis ravi de réaliser qu'il y a encore et encore de nouvelles interprétations à découvrir. Si dans les grandes lignes Thom avait
déjà traité cet axe, c'est super pertinent de l'avoir approfondi personnage par personnage ! Thanks.


(Et merci pour le lien, by the way)



GT 20/06/2010 19:57



THOM : En fait, je ne vois pas de contradictions pour Jacob et Desmond...


Une oeuvre, à un moment ou à un autre, échappe à son créateur (et même dès le début, il y a des tas de choses qu'il ne voit pas). Beaucoup d'artistes ont pu créé des oeuvres
complexes qui ont donné lieu à des interprétations très pertinentes, profondes, qu'eux-mêmes n'avaient pas imaginé une seconde... et s'il croit "tirer les ficelles", contrôler sa création du
début à la fin, il ne réalise en général pas tous les tenants et aboutissants, ni ce qui, en lui, a fait partir l'oeuvre dans telle ou telle direction. Un créateur, un artiste, est
moins un démiurge qu'un "interprète", un "prisme", traversé par une inspiration, des idées, une volonté, qu'il maîtrise comme il peut, sans forcément contrôler tout ce qui va "sortir" de
l'oeuvre... C'est encore plus le cas pour un créateur de séries, qui ne peut écrire chaque ligne, réaliser, faire les décors, jouer tous les personnages^^ Il doit déléguer, et son oeuvre lui
échappe d'autant plus, même s'il est particulièrement dirigiste (une peinture, une symphonie "échappent" à leur créateur, alors une série...) Jacob, c'est l'artiste qui réalise qu'il a créé
un monstre (dans la série avec le meurtre de son frère, comme au figuré), et qu'il ne contrôle pas tant de choses qu'il voudrait le croire...


Quant à Desmond, ce que tu dis va, je trouve, dans mon sens... "l'illuminé", l'éclair de génie, ce n'est pas une "facette" à laquelle le créateur peut faire appel comme bon lui
semble... il ne se dit pas "tiens, là, je vais faire un truc génial" (enfin, il peut toujours se le dire, mais de là à ce que ce soit vraiment génial^^) Le "génie" est isolé (dans le
monde comme dans l'esprit de l'artiste), il surgit de nulle part, sans que personne / aucune facette de l'artiste n'ait de contrôle sur cette illumination, même si plusieurs aimeraient
se l'approprier...    


 



Thom 20/06/2010 19:17



Très bon article. Bien entendu, j'ai quelque nuances. Je n'en garderai que deux :


 


- Jacob ne peut en aucun cas être considéré comme le créateur. L'oeuvre démontre (et si ce n'est pas le cas, mon génial article le fait ^^) que les connaissances de Jacob sont extrêmement
minimes, et plus encore qu'il n'a pris que très peu d'initiatives. Il ne tire pas les ficelles, et s'il attire les différentes facettes... il finit aussi par s'effacer et céder la place,
considérant que l'oeuvre est plus grande que lui. En réalité, si créateur il y a sur l'Île, c'est la lumière blanche elle-même. La matrice de l'oeuvre, celle qui a généré tout le reste. Jacob
n'en est que le gardien. Jacob est en fait... l'éditeur de l'oeuvre ! :-)


 


- Desmond, l'illuminé... c'est une vision très fragmentaire du personnage. En réalité, Desmond incarne une autre facette que tu oublies un peu vite (alors que tu en parles dans l'intro) : Desmond
est le marginal, l'exilé. Il est celui qui n'appartient à aucun clan, ni les Losties, ni les Autres, ni Widmore, ni la bande à Jacob, ni l'Homme en Noir. Il est celui qui vit retiré du monde (le
bunker), qui part en exil (c'est exactement ce qu'il décide de faire quand il se lance dans cette course autour du monde, hommage même pas voilé à L'Odyssée), l'électron libre qui n'a pas de
place dans la société des hommes.


 


Voilà. Sinon c'est une très belle analyse.