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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 20:15

Coltrane - Blue Train   elvis-presley-copie-1 Chostakovitch - symphonie 11

 

 

 

Passer du bilan musical 2013 au bilan de l’année 1957, ce n’est pas seulement faire un grand écart dans le temps, mais aussi dans la qualité des musiques et des artistes proposés. Je veux bien admettre que l’on n’a pas encore la distance nécessaire pour juger du meilleur de la musique de l’année qui vient de s’écouler, je veux bien admettre qu’il existe sûrement d’excellents artistes méconnus dont j'ai loupé le dernier album… mais ça n’explique pas tout. Jugez plutôt de la densité de musiciens d’exception ayant sorti un album (ou créé une œuvre) en 1957 :  

Coltrane, Miles Davis, Chostakovitch, Johnny Cash, Mingus, Stockhausen, Thelonious Monk, Ella Fitzgerald, Elvis, Chuck Berry, Little Richard, Billie Holiday, Sun Ra, Gene Vincent, Astor Piazzolla, Frank Sinatra, Pierre Boulez, Moondog, Sarah Vaughan, Coleman Hawkins, Art Blakey, Bernard Herrmann, Max Roach, Eddie Cochran, Chet Baker, j’en passe et des meilleurs…

Actuellement, à l’aide d’une simple connexion internet, tout le monde peut avoir accès facilement et gratuitement à quasiment tout ce qui sort ; mais il faut du temps et des recherches pour arriver à dénicher de vraies perles. En 1957, il n’y avait qu’à se baisser pour en trouver…

Les jazzmen sont particulièrement prolifiques, Coltrane vient de se faire virer, début 1957, du quintette de Miles Davis pour excès de drogues, mais contrairement au cliché de la rock-star qui s’autodétruit dans la came et ne peut plus rien produire de bon pendant des années, lui enregistre des albums à la pelle cette année-là, et des bons.

Coltrane, Miles Davis, Mingus, Monk. Quatre des plus grands jazzmen de l’histoire. Et chacun sortira plus de 4 albums cette année-là (sous leur nom et/ou en collaboration). C’est-à-dire que sur la seule année 1957, ces génies du jazz sortiront chacun plus d’albums que - au hasard - Daft Punk depuis leurs débuts, il y a 17 ans. Et quelques notes de chacune de ces légendes du jazz valent toujours plus que l’intégrale Daft Punk…

Lors de mes bilans 1955 et 1956, je m’étais particulièrement focalisé sur le rock. Normal, il vient de débouler, en trombe, c’est le phénomène musical du moment. Mais il ne faut pas enterrer le jazz pour autant, il excite certes moins les foules (même s’il était bien sûr plus beaucoup plus populaire dans les années 50 qu’il ne l’est maintenant), mais il reste au sommet en terme de qualité. La catégorie « Jazz » de mon classement 1957 saura vous en convaincre, une liste de noms si prestigieux laisse rêveur :

Les albums jazz de 1957 :

1. Yusef Lateef - Jazz Moods (9,5)

2. Charles Mingus - The Clown (9)

3. John Coltrane - Blue Train (9)

4. John Coltrane - Dakar (9)  

5. Ella Fitzgerald - Sings the Duke Ellington's Songbook (9)

6. Coleman Hawkins - The Hawk Flies High (9)

7. Miles Davis - Ascenseur pour l'Echafaud (BO) (9) 

8. Art Pepper - Art Pepper meets the Rythm Section (8,5)

9. Thelonious Monk - Monk's Music (8,5)

10. Horace Silver - The Stylings of Silver (8,5)

 

Thelonious Monk - Thelonious Himself (8,5) 

Gerry Mulligan & Thelonious Monk - Mulligan meets Monk (8,5)

Moondog - The Story of Moondog (8,5)

Sarah Vaughan - No Count Sarah (8,5)

Johnny Griffin - A Blowin' Session (8,5)

Eydie Gormé – I’ll take Romance (8,5)

Anita O'Day - Pick Yourself Up (8,5)

Miles Davis -'Round About Midnight (8,5)

Herb Ellis - Nothing But the Blues (8,5)

Sun Ra - Super-Sonic Jazz (8,5)

Art Blakey - Drum Suite (8,5)

Yusef Lateef - Prayer to the East (8,5)

Julie London - About the Blues (8,5)

Kenny Dorham - Jazz Contrasts (8,5) 

Billie Holiday - Songs for Distingué Lovers (8) 

Julie London - Make Love to Me (8)

John Coltrane - Coltrane (8)

Sarah Vaughan - Swingin' Easy (8)  

Charles Mingus - Mingus Three (8)

Max Roach - Jazz in 3/4 Time (8)

Miles Davis - Miles Ahead (7,5)    

Abbey Lincoln - That's Him (7,5) 

Ben Webster - Soulville (7,5) 

Chet Baker & Art Pepper - Playboys (7,5)

Frank Sinatra - A Swingin' Affair (7,5)

Sonny Rollins - Way out West (7) 

Jackie Gleason & His Orchestra - Velvet Brass (6) 

 

 

1957, c’est aussi la sortie du premier album de Johnny Cash. La rencontre entre un certain John Lennon et un certain Paul McCartney. Une des BO les plus marquantes de l’histoire du cinéma, l’improvisation de Miles Davis pour le film de Louis Malle Ascenseur pour l’échafaud. La première à Broadway de ce qui deviendra la plus célèbre comédie musicale : West Side Story. La sortie de l’incontournable Great Balls of Fire de Jerry Lee Lewis, et de Rock and Roll Music de Chuck Berry. Et si 1956 était l’année Elvis, 1957 est… encore l’année Elvis. Ses singles vont dominer les charts, All Shook Up sera 8 semaines en tête, Teddy Bear et Jailhouse Rock 7 semaines chacun (et 3 semaines pour Too Much). Derrière eux, on trouve Love Letters in the Sand de Pat Boone 5 semaines en tête, qui vient faire l‘intérim, fin mai - juin, entre All Shook Up et Teddy Bear.

Il est assez amusant de constater que les 3 jeunes blancs qui vont marquer la musique populaire de l’année sont de parfaites incarnations de 3 figures caractéristiques (et très différentes les unes des autres), de la jeunesse américaine (ou occidentale) :

Pat-Boone.jpg

Pat Boone, c’est le « gendre idéal », le boy-scout, la parfaite alternative à ces rockeurs dévergondés qui choquent la bonne société. Très croyant, il refuse de jouer à Las Vegas comme dans tout endroit où sont vendus des alcools forts, n’accepte aucun contact physique avec une femme autre que la sienne (ce qui limite ses rôles dans les films), et ne comprend pas ces rockeurs qui se roulent par terre, lui qui considère le claquement de doigt amplement suffisant pour s’exprimer.

 Buddy-Holly.jpg 

Buddy Holly. Une tête de nerd comme on n’en fait plus. Buddy, comme son prénom – ou plutôt surnom – l’indique, c’est le bon copain, le type sympa et inoffensif (comme sa musique, ai-je envie de dire, moi qui n’ai jamais vraiment aimé ses chansons).

elvis-presley.jpg 

Elvis Presley. Le rebelle cool et sexy. Plus « bad guy » que les deux autres, mais au charisme indépassable. L’objet de tous les fantasmes.

En résumé, Pat Boone, c’est l’homme que toutes les bonnes mères de famille rêvent de voir épouser leur fille, Elvis, celui dont toutes les filles rêvent, et Buddy, celui avec lequel elles finiront par passer leur vie… enfin, pas le vrai Buddy Holly, hein, lui est mort deux ans plus tard dans un accident d’avion.

S’il y a un morceau de rock à retenir de 1957, plus encore que Great Balls of Fire de Jerry Lee Lewis, c’est sûrement Jailhouse Rock. Elvis avait scandalisé l’Amérique avec ses déhanchements suggestifs sur Hound Dog l’année précédente (voir mon article : Hound Dog), il est dorénavant interdit de le filmer sous la ceinture à la télévision, mais il ne s’est pas assagi en 1957, contrairement à ce que pourrait laisser penser son album Loving You… Avec Jailhouse Rock, il balance un des plus illustres brûlots de l’histoire du rock :

 

A côté de Jailhouse Rock, un titre rock de 1957 moins connu, mais que j’aime particulièrement et vous recommande vivement :

Chuck Berry – Downbound Train

 

Quant à l’album rock de l’année, ce n’est pas celui d’Elvis, mais l’incandescent Gene Vincent & His Blue Caps :

Gene Vincent - Gene Vincent & The Blue Caps

Une des curiosités de l’année, dans cette Amérique qui, malgré le succès du rock, reste très puritaine est le sulfureux My Pussy Belongs to Daddy. Ecoutez les paroles, ça vaut le détour (la pochette est pas mal non plus, spéciale dédicace à Christophe) :

My-Pussy-belongs-to-daddy.jpg

 

Les Hits de l’année aux USA :

Elvis Presley – All Shook up (8 semaines en tête des charts)

Elvis Presley – Teddy Bear (7 semaines)

Elvis Presley – Jailhouse Rock (7 semaines)

Pat Boone – Love Letters in the Sand (5 semaines)

Tab Hunter – Young Love (4 semaines)

Elvis Presley – Too Much (3 semaines)

Debbie Reynolds – Tammy (3 semaines)

Jimmie Rodgers – Honeycomb (2 semaines)

Sam Cooke – You send me (2 semaines)

Pat Boone – April Love (2 semaines)

Buddy Holly & the Crockets – That’ll be the Day (1 semaine)

Paul Anka – Diana (1 semaine)

The Everly Brothers – Wake up little Susie (1 semaine)

Buddy Knox – Party Doll (1 semaine)

Perry Como – Round and Round (1 semaine)

 

Les charts R’n’B

The Coasters -  Searchin' (12 semaines)

Fats Domino - Blue Monday (8 semaines)

Fats Domino - I'm Walkin' (6 semaines)

Sam Cooke - You Send Me (6 semaines)

Chuck Berry - School Day (5 semaines)

Elvis Presley - Jailhouse Rock (5 semaines)

Elvis Presley - All Shook Up (4 semaines)

The Bobbettes - Mr. Lee (4 semaines)

Ivory Joe Hunter - Since I Met You Baby (3 semaines)

Mickey and Sylvia - Love Is Strange (2 semaines)

Little Richard - Lucille (2 semaines)

Chuck Willis - C.C. Rider (2 semaines)

Nat "King" Cole -  Send For Me (2 semaines)

Jimmie Rodgers  - Honeycomb (2 semaines)

Bobby "Blue" Bland -  Further Up the Road (2 semaines)

Jerry Lee Lewis - Whole Lotta Shakin' Going On (2 semaines)

Paul Anka - Diana (2 semaines)

Elvis Presley - (Let Me Be Your) Teddy Bear (1 semaine)

Larry Williams - Short Fat Fannie (1 semaine)

LaVern Baker - Jim Dandy (1 semaine)

The Coasters - Young Blood (1 semaine)

Clyde McPhatter -  Long Lonely Nights (1 semaine)

The Everly Brothers - Wake Up Little Susie (1 semaine)

 

En 1957, l’Amérique domine outrageusement les débats musicaux. Entre le jazz, pour le prestige, et le rock qui déferle sur la planète, elle ne laisse que des miettes aux autres. Mais s’il y a un domaine musical où les américains n’ont jamais excellé, c’est le classique. Leurs rivaux historiques que sont les russes goûtent peu au jazz et encore moins au rock jugé « immoral et décadent », ils n’ont finalement pas tant à envier la musique américaine, avec ce qui est pour moi LE chef-d’œuvre de l’année, la 11° Symphonie de Chostakovitch. Ainsi que les débuts d’un compositeur très prometteur (mais qui est resté ensuite bien trop méconnu, alors qu’il est pour moi un des tous meilleurs compositeurs de la seconde moitié du XX°), Alfred Schnittke dont la Symphonie n° 0, et plus encore le Concerto pour violon n°1 sont deux des œuvres les plus fascinantes de l’année :  

Dmitri Chostakovich - Symphonie n°11

Alfred Schnittke - Concerto pour Violon n°1

Alfred Schnittke - Symphonie n°0

Dmitri Chostakovich - Concerto pour Piano n°2 

 

1957, c’est aussi l’année du lancement du premier satellite dans l’espace. Les russes frappent un grand coup avec Spoutnik 1 le 4 octobre, et Spoutnik 2 le 3 novembre. Les débuts de la conquête de l’espace, et des débuts traumatisants pour les américains. Non seulement les russes les ont devancé d’un point de vue technologique, mais s’ils sont capables d’envoyer des satellites dans l’espace, cela signifie qu’ils sont aussi capables d’envoyer des missiles nucléaires sur les Etats-Unis… Les chansons américaines à succès des années 50 ont beau sembler particulièrement légères, joyeuses et insouciantes, il ne faut pas négliger pour autant que nous en sommes en pleine « guerre froide », avec son lot d’angoisses et de paranoïas…

 

Pas moins de 3 playlists en guise d’illustration… une première avec les tubes de l’année, une 2° avec les morceaux que je considère comme les tous meilleurs de 1957, ou une 3°, pour les gourmands, qui comporte les morceaux de la 2° playlist + une cinquantaine d’autres (excellents) titres. De quoi se plonger pendant de longues heures dans cette très bonne année pour la musique qu’a été 1957… 

Playlist "les tubes de 1957"

 

 

Ma sélection "le meilleur de 1957"

 

 

Sélection "le meilleur de 1957", version longue

 

 

 

Précédemment dans les bilans musicaux :

1955 en musique

1956, l'année Elvis   

 

1957 sur Music Lodge :

 

Chostakovitch - Symphonie n°11

Eydie Gormé - The Gentleman is a Dope

Les albums de 1957

 

A lire sur wikipedia :

1957 en musique 

L'année 1957

 

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commentaires

GT 14/03/2014 21:10


LOU : Merci pour ce "témoignage d'époque" !


(et je ne risque pas de t'en vouloir de ne "pas venir plus souvent", je fais pareil chez toi et chez les autres, et j'ai toujours des mois (voire des années) de retard sur la
lecture des articles de mes petits camarades^^) 

Lou de Libellus 13/03/2014 10:33


 


Que dire ? Que des génies.


En 1957, je connaissais Beethoven, Caruso (il y avait peu de disques à la maison), et la Damnation de Berlioz (ma mère avait eu deux places gratuites à l'Opéra). C'est à partir de 1959
que j'ai eu un électrophone à moi et mes disques à moi. C'est encore ma mère qui me les payait - en prélevant un peu sur la monnaie du marché et en faisant croire à mon père que le marché était
de plus en plus cher et que les disques ne coûtaient rien.


Il y a eu Bartók, puis Boulez, le Marteau. J'ai tellement écouté les premières mesures pour comprendre, sans la partition, ce qui était écrit que le disque est bien usé. Puis le jazz.


J'en suis à Dutilleux (article le plus récent), je suis très lent, comme Dutilleux le dit de lui-même.


 


GT, tu ne m'en voudras pas si je ne viens pas plus souvent. Tes articles de fond sont à garder dans les archives. Merci à toi.


 

GT 22/02/2014 00:31


RAPHAEL : Elle m'a surtout rappelé un de mes films favoris des années 90, Casino de Scorsese, dont j'ai d'ailleurs beaucoup
écouté la BO à l'époque... mais je ne me souvenais plus du nom des interprètes... Une chanson qui a plusieurs fois été utilisée au cinéma, cf. cet article :


http://fluctuat.premiere.fr/Cinema/News/Sur-un-air-de-Love-is-Strange-3386172


(mais il a oublié Men in Black^^)


 

Raphaël 21/02/2014 11:11


Love is Strange m'a rappelé l'ignoble reprise de Pitbull pour Men in black x)

GT 20/02/2014 20:37


YanG : De ce point de vue, il n'a pas vraiment joué le jeu, ils auraient tous dû disparaître jeunes pour continuer à
incarner à la perfection ces 3 archétypes de la jeunesse^^ (mais, d'une certaine manière, Pat Boone jeune était déjà vieux...) Elvis n'a pas complètement joué le jeu
non plus, il a fini loin de ce qu'il représentait, mais bon, son aura était telle que ses pathétiques apparitions dans les 70's n'ont pas tant que ça écorné sa légende... En fait,
pour que la symbolique soit raccord, Elvis et Buddy Holly auraient dû échanger leur fin de vie, c'est Elvis qui aurait dû mourir jeune (comme James Dean dont il a pris le relais), et Buddy Holly
qui aurait dû finir bouffi dans des costumes kitschs à Vegas^^

YanG 20/02/2014 15:51


Héhé, j'aime bcp ton résumé Boon/Holly/Presley... et y'en a qu'un qu'est devenu papy (rêvé par les jeunes filles, les épouses et les mères en même temps ?)