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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 11:24

 

Black-Swan.jpg   

Cette chronique vient un peu tard, le film est déjà sorti depuis un bon bout de temps… mais je viens à peine de le voir. Les critiques assez négatives (dans les articles et les commentaires) chez Dr. F et Playlist Society m’avaient refroidi, j’y suis finalement allé au dernier moment… et je ne le regrette pas. Plutôt que de poster un commentaire de 50 lignes (ce que j’étais en train de faire) sous des articles qui datent d’un mois ou plus et que seuls leurs auteurs liront, j’ai choisi de consacrer un billet à défendre ce film contre ce que j’ai pu en lire chez mes confrères blogueurs, assez sévères – même si Blake est un peu plus clément :

 

    

Dr. F.   

Playlist Society

Benoît – HopBlog

Blake

Spiroid

 

(Si vous comptez voir le film, je vous déconseille de lire ce qui suit, j’y révèle beaucoup de choses, et même le dénouement)…

 

Il est certain qu’il règne une impression de déjà-vu dans Black Swan, que le coup du personnage qui devient schizo, souffre d’hallucinations et se mutile, on l’a vu et revu. Mais que tout soit bien surligné et que l’on devine assez aisément ce qui va se passer n’est au fond pas dérangeant, à mon sens. Black Swan n’a rien du thriller avec un « twist » final qui va retourner le spectateur, c’est bien plus un film qui joue sur la symbolique… ça m’a semblé évident dès le début, ne serait-ce que parce qu’on est dans le monde du ballet, un monde où ce qui compte n’est pas l’histoire, le suspense, mais les symboles. Et les symboles sont, par nature, rarement d’une grande finesse (le cygne blanc et le cygne noir du Lac des Cygnes, justement… et pour répondre à Guic sur « l’evil twin »…peu importe que ce ne soit pas à l’origine dans le Lac des Cygnes, c’est l’interprétation que veut en faire le chorégraphe, et c’est une interprétation qui me semble tout à fait valable). 

 

Beaucoup critiquent la lourdeur de Black Swan, notamment Blake chez Dr. F qui parle de « ce film-bulldozer sans finesse (un comble quand on parle de danse et de ballet!) »

 

J’aurais plutôt tendance à penser que le manque de finesse est, au contraire, parfaitement en accord avec le sujet. Tout d’abord parce qu’on a dans les ballets de « gros symboles » plutôt que des histoires complexes et subtiles, comme je viens de l’évoquer. Et si j’ai toujours eu du mal avec la musique de ballet – avant le XX° - c’est bien parce que j’ai du mal avec sa « lourdeur ».

La finesse, dans la musique romantique, on la trouve dans les pièces pour piano, la musique de chambre, les œuvres de Chopin, Schubert, Fauré, Schumann, Liszt… ou même le traitement orchestral et harmonique de l’opéra chez Wagner. Mais surtout pas dans la musique de ballet, qui était l’œuvre de compositeurs de troisième zone avant Tchaïkovski, et reste encore assez « lourde » avec lui. Que ce soit dans cette succession de numéros bien distincts composés de différentes danses (valses, danses folkloriques etc…), et les rythmes très marqués (normal, c’est une musique faite pour être dansée, on y appuie les rythmes plus que dans d’autres types d’œuvres… mais, du coup, elle semble assez « lourde » voire pompière à l’auditeur de musique classique en quête de subtilité). La délicatesse, la finesse et la grâce sont dans les mouvements des danseurs, et peu, à mon goût, dans la musique et les sujets des ballets romantiques.

 

Ensuite, Aronofsky ne fait pas un film « sur la danse », à aucun moment son film ne prétend être une déclaration d’amour à cet art, ce qui l’intéresse, ce sont les coulisses. Et là aussi, rien n’y est léger. La concurrence, la rigueur, les sacrifices et tout ce que les danseurs / danseuses doivent faire subir à leur corps pour atteindre le niveau d’excellence demandé sont particulièrement lourds. Sur scène, rien de tout cela ne doit transparaître, mais en dehors, c’est bien la réalité de la danse classique. Traiter ce sujet avec une certaine grâce et légèreté aurait été totalement à côté de la plaque, mais Black Swan est plutôt dur et éprouvant, à l’image du milieu qu’il dépeint.

 

Comme cela a été noté dans les articles de Dr. F, Blake, Benoît et Playlist Society, on se dit souvent qu’on a déjà vu tel ou tel élément chez Argento, De Palma ou encore Cronenberg… mais la principale critique que je pourrais faire à Black Swan est la similitude avec Mulholland Drive (qui, à ma connaissance, n’a pas été évoquée). Une actrice / danseuse qui rêve de gloire ; une femme plus sensuelle qui est à la fois amie et rivale, qui la fascine comme elle la jalouse… ce qui se concrétisera par un fantasme érotique lesbien d’un côté, et un conflit pour s’attirer les faveurs du  réalisateur / chorégraphe de l’autre. Tourmentée par la crainte de ne pas arriver à réaliser son rêve, l’actrice / danseuse sombre dans la schizophrénie... le parallèle est saisissant. Bien sûr, chez Lynch, tout cela est mis dans le désordre, et le spectateur a beaucoup plus de mal à distinguer ce qui tient du fantasme de l’héroïne que de ce qu’elle a réellement vécu. Autre différence de taille : chez Lynch, pas de psychologie, l’actrice est broyée par un système (« l’usine à rêves » hollywoodienne) alors que chez Aronofsky, malgré les pressions extérieures, on sent bien plus l’héroïne s’enfermer seule progressivement dans la folie (notamment par la réalisation caméra à l’épaule). Les deux traitent d’un même sujet par le biais de leurs obsessions : dérouter le spectateur avec l’interpénétration surréaliste des mondes réels et rêvés/fantasmés chez Lynch, autodestruction chez Aronofsky où, comme dans Pi et Requiem for a Dream, le personnage central torture son propre corps pour exprimer/fuir sa détresse mentale.

 

 

Si Black Swan ne fait pas toujours dans la finesse, il n’en est pas pour autant exempt. Il évite ainsi pas mal de clichés assez attendus pour ce type de film, par exemple :

 

- La mère. Des parents durs et intransigeants, d’une exigence extrême avec leurs enfants et qui attendent d’eux qu’ils réalisent leurs propres rêves, on en a vu des centaines dans les fictions (comme dans la réalité). Et dans le cas si particulier de la danse classique, avec une mère qui a elle-même été danseuse et a dû mettre un terme à sa carrière pour sa fille, on sait d’autant plus à quoi s’attendre. Dans la grande majorité des cas, dès le premier plan, on sait qu’on est face à ce type de parents. Pas de nuances, il faut nous montrer que l’enfant n’a jamais eu de répit, qu’il a un père ou une mère psycho-rigide et en souffre depuis toujours. Sauf qu’Aronofsky traite ce sujet avec bien plus d’ambiguïté. Par bien des aspects, Nina est plus dure avec elle-même que sa mère l’est avec elle. Lorsqu’elle pense n’être pas prise et rentre en pleurs, ce qu’on attend, c’est que la mère montre sa déception, lui sorte quelques phrases cassantes… au contraire, elle la console et la rassure, tente de lui faire comprendre que ce n’est pas si grave. Et lorsqu’elle est finalement prise pour le premier rôle, la scène cliché aurait été de voir la mère ne pas relâcher la pression, lui refuser ce gâteau, par exemple… et là, c’est encore l’inverse, c’est la mère qui achète la gâteau, et insiste pour que sa fille en prenne une part et s’autorise quelques petits plaisirs. Les scènes où la mère se montre dure en sont d’autant plus flippantes, car on n’est pas dans le cadre habituel d’une mère monolithique, froide et rigide, qui ne laisse rien passer… la mère de Nina est aussi sa « meilleure amie », sa confidente, et a une affection réelle pour sa fille.



- Le cliché de l’artiste d’exception, trop sensible pour être compris, porté par une idée si haute de son art que son exigence va finir par le détruire. Si Black Swan avait été un film plus cliché, plus convenu, Nina aurait été une danseuse géniale fascinant tout le monde lors de la première audition, et tellement habitée par ces personnages de cygne noir et de cygne blanc qu’elle en aurait sombré dans la folie… mais Black Swan, ce n’est pas du tout ça. Nina est une très bonne danseuse, certes, mais elle n’a rien d’exceptionnel. Comme cela est dit et montré tout au long du film, elle a la technique, elle bosse dur… mais c’est au fond une « laborieuse » plus qu’une grande artiste. Sortie de ce qu’elle sait faire, de sa technique, elle se révèle incapable de se transcender, de réaliser ce qui est le propre des grands artistes : dépasser la technique et subjuguer ainsi le public. D’où sa difficulté à incarner le cygne noir. Elle est comme un interprète lambda capable de jouer les notes de la partition, mais qui ne saurait en livrer une véritable « interprétation ». De plus, elle ne semble jamais portée par une haute idée de l’art. Sa boîte à musique et sa sonnerie de portable, sur le fameux air du Lac des Cygnes, en témoignent… son rapport à la danse, à l’art, garde quelque chose de très puéril, c’est un rêve d’enfant qui l’obsède, une chimère plus qu’une vocation. Et c’est aussi ça qui rend ce personnage si attachant, et peu courant dans la fiction : au fond, Nina n’est qu’une petite fille timide et fragile, qui veut absolument réaliser son rêve et répondre aux attentes de son entourage, au point d’opter pour la solution la plus radicale, la seule capable de lui permettre enfin de « lâcher prise »… Nina n’a rien de ces artistes de génie charismatiques perdus dans les hautes sphères de l’art, elle est comme ces milliers d’artistes classiques qui restent dans l’ombre, qui ont sacrifié tant pour atteindre un excellent niveau, mais auxquels il manquera toujours ce truc en plus, cette étincelle qui les distinguent des autres, et leur permettrait vraiment de faire carrière.

Nina tombe dans la folie parce qu'elle est constamment dévorée par la peur. Elle a peur de décevoir sa mère, peur de ne pas répondre aux exigences du chorégraphe, peur qu’une autre prenne sa place… peur de ne pas y arriver, ce qui rend ses mutilations symboliquement pertinentes, car une danseuse doit imposer tant à son corps pour atteindre un tel niveau que tous ces efforts, si elle se met à douter, lui apparaissent comme de vaines mutilations. De plus, Nina se retrouve systématiquement dans un rapport de soumission avec les personnages qui l’entourent. C’est aussi pour cela qu’elle ne peut « dominer » son sujet, qu’elle ne peut se libérer. Sa peur est un tel carcan qu’elle n’a plus qu’une solution pour s’en défaire : transcender la peur primale, la peur de la mort. Et la symbolique est ici très forte : que sont les peurs, si ce n’est des pesanteurs qui nous empêchent de nous transcender, de nous libérer, de « sortir de nous »… et comment sortir de soi, de la pesanteur de nos peurs et de nos corps d’une manière plus radicale et symbolique qu’en se donnant la mort ? C’est là aussi où Black Swan est passionnant : pour l’illustrer, il fait le grand écart entre un domaine où la légèreté semble aller de soi, et un personnage principal incapable de se libérer de ses pesanteurs. La danse classique, en apparence, est d’une extrême légèreté : les filles sont si maigres qu’on les imagine volontiers s’envoler au premier coup de vent, les pointes donnent l’impression qu’elles ne touchent pas vraiment terre… et Nina a tout, en apparence, de la parfaite danseuse à la technique irréprochable… mais lorsqu’elle danse pendant les répétitions, ce sur quoi Aronofsky s’attarde, c'est le regard de Vincent Cassel, des yeux qui ne voient pas une fille légère et gracieuse, mais un hippopotame… Voilà aussi pourquoi les thèmes du double et de la schizophrénie, pourtant archi-rebattus et mis à toutes les sauces, ne sont pas purement artificiels ici. Au contraire, ils s’intègrent parfaitement à ce grand écart entre l’image de délicatesse et de légèreté de cette timide et fine danseuse classique d'un côté, et ce qu’elle ressent et que perçoit le chorégraphe de l'autre : ses peurs la minent totalement. Elle voudrait s’élever, mais ne fait que s’enfoncer. Une belle – et terrible – métaphore de l’artiste, et de l’artiste classique en particulier… qui doit, lui aussi, composer avec cette situation schizophrénique : dès son plus jeune âge, il doit s’astreindre à une discipline de fer, à un travail lourd, usant, pesant, répétitif et complexe ; un travail d’une exigence considérable… tout ça pour quoi ? Pour arriver sur scène et donner l’impression de la plus grande facilité. Personne n’a envie de voir un pianiste classique « faire ce qu’il peut », « lutter tant bien que mal contre la partition », non, ce qu’on veut, c’est qu’il nous donne l’impression que tout lui coule sous les doigts de la manière la plus naturelle possible, qu’il nous fasse oublier tout le travail qu’il a dû accomplir pour en arriver là.

 

Là où tant de réalisateurs se montrent superficiels dans l’explication de la chute dans la schizophrénie (chez Lynch, c’est clair et net, la psychologie et les causes ne l’intéressent pas vraiment, ce sont sur les effets qu’il se focalise), Aronofsky se montre, lui, très convaincant. Car Nina est prise dans un véritable « tourbillon schizophrénique », tout concourt à l’y faire plonger :

-         Sa mère, ambivalente, qui l’a – sans doute depuis toujours – nourri de messages contradictoires. Compréhensive et affectueuse autant qu’elle peut se montrer dure et exigeante.

-         La nature de son art et du travail sur le corps qu’il impose : rigueur et souffrances en coulisse, le tout pour donner l’impression de grâce, de naturel et de légèreté sur scène.

-         L’ambiguïté du chorégraphe, qui, tour à tour, lui montre qu’il la désire, puis qu’il ne ressent rien et attend que ce soit elle qui parvienne à se montrer désirable. Une ambiguïté qui vient aussi de la difficulté, pour Nina, de saisir si ce désir est « professionnel » ou « personnel ». C’est d’ailleurs bien amené dans une scène intéressante, qui évite aussi le cliché attendu : celle où, après la réception, il lui propose de venir prendre un dernier verre chez elle. Pour le spectateur, c’est évident : il va profiter de la situation pour lui sauter dessus ou, de manière un peu plus perverse, lui faire croire qu’en s’abandonnant à lui, elle prouvera qu’elle peut s’abandonner pour le rôle du cygne noir… mais pas du tout. Il lui parle du rôle, la jauge et la pousse dans ses retranchements, et la raccompagne sans ne rien tenter en lui donnant un « devoir à faire à la maison »…

-         Le rôle qu’elle doit jouer : être à la fois le cygne blanc et le cygne noir.

-         Pour réaliser ce qui est son « rêve de petite fille »… elle doit se débarrasser de la petite fille qui est en elle, une petite fille appliquée et sérieuse qui n’a pas la maturité et la sensualité nécessaires pour interpréter le cygne noir.

-         L’effort schizophrénique qu’on attend d’elle : apprendre à désapprendre. Ne pas oublier de s’oublier.

-         Les sentiments extrêmes et contradictoires qu’elle ressent au contact de sa rivale/amie, qu’elle n’arrive pas à cerner et dont elle ne sait jamais si elle cherche à l’aider ou lui prendre sa place.    

 

Au sein d'un tel environnement, Nina, très vite, ne sait plus sur quel pied danser… et toute cette instabilité la bloque complètement.

 

Dans un monde où l’on ne compte plus les fictions qui ne cessent de rabâcher qu’il faut « croire en ses rêves », se battre, persévérer - et tant pis si l’on trébuche, si de nombreux obstacles vont se dresser, si l’on aura à subir des injustices - il faut toujours se relever, se donner à fond et ça finira par sourire (ce qui est aussi typiquement américain, et ça ne m’empêche pas de vous recommander très vivement d’aller voir l’excellent Fighter)… le propos de Black Swan est particulièrement noir, limite subversif. Car Nina y croit, elle donne tout ce qu’elle a, ne compte pas ses heures ni les sacrifices, elle fait vraiment tout ce qui est en son pouvoir, tient une chance inespérée avec ce rôle qui lui est offert… et pourtant, ça ne fonctionne pas. On souffre avec elle, on aimerait qu’elle parvienne enfin à se dépasser… d’autant plus qu’on a l’habitude, on en a vu, des dizaines de films avec des artistes ou sportifs qui luttent, peinent, puis parviennent après de nombreuses souffrances à se transcender, et tout le monde est content… mais là… c’est encore plus dur qu’on pouvait l’imaginer. Cette délivrance, cette résolution arrivent enfin, le public, sa mère, le chorégraphe, les danseuses et le spectateur sont heureux et soulagés… sauf qu’on s’aperçoit que le prix à payer était bien trop lourd. Et met le spectateur dans l’embarras. Car il n’est pas question ici de la vision romantique d’un art « sacralisé » qui consume les artistes d’une manière quasi-mystique. Ce n’est pas l’art qui les consume, c’est nous, le public, par nos attentes et notre exigence. C’est nous qui voulons voir Nina se libérer, qui attendons d’elle qu’elle se dépasse comme on attend chaque fois l’excellence de la part des artistes, et donc nous qui sommes en partie responsables de ce drame… En l’espace de quelques secondes, Aronofsky nous fait passer de « enfin, voilà ce qu’on attendait, sa métamorphose… » à « merde, pauvre fille, rien ne méritait qu’elle aille jusqu’à une telle extrémité pour nous satisfaire… »

 

Alors certes, Black Swan n’est pas un film parfait, il a ses défauts, mais au fond… je n’ai pu m’empêcher, en sortant, de me dire « s’il y a une part de Nina en lui, mieux vaut ça qu’un film parfait où Aronofsky se serait réellement tué à la tâche »… J’en suis sorti ému, conquis par la remarquable interprétation de Natalie Portman (Vincent Cassel, Mila Kunis et Barbara Hershey sont aussi parfaits dans leurs rôles), le film m’a donné matière à de nombreuses réflexions… c’est déjà beaucoup, et bien plus que ce que nous proposent la plupart des films…    

  

 

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Published by G.T. - dans Cinema
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commentaires

Léa 24/04/2011 21:47



Normal, je suis une fille. Donc je m'attarde forcément sur des détails plus "féminins" comme le maquillage. Mais j'ai trouvé que là, le maquillage avait un rôle important. Il "accentue" les
personnalités de Lily et Nina dans le sens où on voit bien qu'à travers la peau parfaite de Nina mais plâtrée de fard, ça montre qu'elle est pas spontanée tout ça, qu'elle est sur la "fin", alors
que Lily paraît beaucoup plus naturelle. Je pense pas sur-interpréter particulièrement dans la mesure où avec les moyens techniques actuels (photoshop, maquillage de très bonne qualité,
maquilleurs très performants grâce au budget du film, etc.) il est tout à fait possible d'obtenir un visage parfait sans que le maquillage soit visible.

J'ai aussi trouvé qu'il y avait trop de "grain" (je sais pas si c'est le bon terme, je suis une quiche en photo) dans les scènes où elle est dans le métro par ex, ça cherche trop à faire glauque
à mon goût. De façon générale j'ai trouvé qu'il se renouvelait pas par rapport à Requiem For A Dream et ça m'a déçue (10 ans pour pondre la même chose avec les mêmes ficelles style l'aliénation
mentale et le grain partout, bof quoi). Et j'ai préféré le premier parce que Jared Leto (même si il fait surtout de la musique de merde, mais là n'est pas le sujet) est nettement plus sympathique
que Nina, et peut-être parce que je l'ai vu en premier justement.


Toujours est-il que j'ai bien aimé ce film, mais... voilà quoi.



GT 10/04/2011 14:15



LEA : Je ne l'ai pas vu comme ça, mais c'est vrai qu'il y a quelque part cette idée d'une plus jeune qui vient prendre la place
(comme Nina le fait avec l'ex-danseuse étoile)...



Léa 09/04/2011 15:45



A mon humble avis, il filme son visage en gros plan pour montrer la super couche de fond de teint qu'elle se trimbale. (cf les films de Fassbinder et l'esthétique du moche)


Et c'est le truc qui a sauvé le film à mon goût. Nina est sur le déclin. Elle fait trois fois plus vieille que Lily. Pour moi, sa peur est provoquée par le fait que ce rôle, c'est son dernier
rôle. Et elle crève parce qu'elle était trop vieille, trop stressée, trop balai-dans-le-cul. Elle est loin d'être une gentille fille normale, mais elle reste quand même pitoyable.


 



GT 03/04/2011 02:37



A. : Sans oublier que son idée de construction d'un personnage est quand même clairement dépassée. Pour trouver son côté
"cygne noir", il faut baiser avec le premier venu, prendre de l'ecsta et se rebeller contre sa mère. En gros, pour jouer le côté "obscur", sombre, il faut avoir connu le "côté obscur" sic.


Je ne pense pas du tout que ce soit aussi "simpliste". Si ça avait été le cas, Nina aurait en effet vécu sa petite crise de révolte, puis elle aurait su interprétrer le cygne noir, et tout le
monde aurait été content. Mais ce n'est pas ça le truc. Il ne lui suffit pas de prendre de l'ecsta et baiser pour jouer le "côté obscur". Même ça n'est pas suffisant, elle a dû opter
pour quelque chose de bien plus radical : se donner la mort. C'est là où j'en reviens à cette symbolique sur la lourdeur et la légèreté. Ce sont ses peurs (ses pesanteurs) qui continuaient à
la bloquer, et ce n'est qu'en transcendant la peur la plus profonde (la peur de la mort) qu'elle a pu se "libérer" et trouver cette légèreté. Et je trouve très belle - et terrible aussi
- l'image de cette fille qui doit se vider de son sang, de sa vie, pour interpréter enfin avec légèreté ce rôle.


Si le message était aussi simple que "il faut trouver son côté obscur pour interpréter le côté obscur", Nina aurait juste été une gentille fille normale qui se serait décoincée au fur et à
mesure. Mais elle n'est pas une "gentille fille normale". Dès le début on voit qu'elle a ses tendances schizophréniques (avec ses visions et ses mutilations). Son côté obscur,
elle le connaît et elle le vit. Mais ça ne suffit pas. La question est plus celle du "lâcher prise", de la transcendance, que de "trouver le côté obscur".    


 


Concernant le mélange symbolisme/intériorité, je ne vais pas revenir dessus, pour moi, il fonctionne, pour toi, non, je trouve que cette intériorité permet d'alléger et ne pas tomber dans un
symbolisme trop fort comme ceux du ballet et de l'opéra, qui seraient trop indigestes au cinéma, et tu considères que ce mélange fait qu'il ne va pas à fond dans l'un ou l'autre... je ne vois pas
comment on pourrait se mettre d'accord...


 


Par exemple, cette idée de filmer à travers les miroirs pour symboliser le double, c'est quand même tellement ringard et premier degré qu'on se demande si tous les détails ne sont pas au
final dans le même genre.


 


Certes, le coup du miroir pour symboliser le double, c'est vu et revu. Et Lynch aussi le fait, d'ailleurs^^ Mais je trouve que ça se justifie pas mal ici, par le fait que les danseuses passent
énormément de temps face à des miroirs... les salles de danse ont toutes ces grands miroirs, nécessaires à leur travail... elles passent leurs vies face à des miroirs, et il faudrait ne
pas les utiliser dans un film sur la danse/ la schizophrénie/ le double ?


 


Ou encore, il ne filme jamais Nina en pied quand elle danse, il se concentre sur le visage pour symboliser qu'il s'intéresse à la psychologie mouais, c'est trop facile. 


 


Il aurait dû filmer ses genoux à la place ? ^^ Je trouve qu'il filme tout de même pas mal ses pieds aussi, quand elle danse, et surtout le regard du chorégraphe...



A. 02/04/2011 19:49



Je trouve, d'une certaine manière, que toutes ces critiques sur le côté "surligné" du film résultent d'une certaine mécompréhension, d'une mécompréhension de cinéphiles qui n'ont pas vraiment
l'habitude du ballet ou de l'opéra.

Je ne pense pas que ce sentiment vient d'une mécompréhension du ballet mais plutôt qu'Aronofsky n'a pas réussi à faire passer cela pour deux raisons:

La première est que, justement, n'ayant pas choisi entre faire un film de genre et un drame psychologique, on ne sait pas réellement si le symbolique est réellement pensé ou si au contraire il
enfonce les portes. Car tout ce qui releverait du symbolique pourrait être une intention réelle dans le film de genre et en même temps il pourrait une pseudo analyse psychique dans le genre
psychologique (la chambre rose pourrait être une intention justement de bien montrer le rôle et en même temps on se demande si ce n'est pas pour ancrer une certaine psychologie au personnage). Et
donc c'est cette ambivalence constante qui rend le film poussif à mon avis. Surtout qu'il ne va ni au bout de son côté film de genre (les scènes fantastiques s'arrêtent dès qu'elles pourraient
déconcerter le petit spectateur) ni du drame psychologique (les rapports entre les personnages sont très schématiques).

La deuxième raison vient de sa façon de tourner, de ses choix techniques. Par exemple, cette idée de filmer à travers les miroirs pour symboliser le double, c'est quand même tellement ringard et
premier degré qu'on se demande si tous les détails ne sont pas au final dans le même genre. Idem pour les effets sonores dignes d'une série B. Ou encore, il ne filme jamais Nina en pied quand
elle danse, il se concentre sur le visage pour symboliser qu'il s'intéresse à la psychologie mouais, c'est trop facile. Et donc toute sa mise en scène vient justement déstabiliser tout le reste
et tout parrait exagéré (mais c'est pas une mécompréhension du ballet ou de l'opéra).

 
Sans oublier que son idée de construction d'un personnage est quand même clairement dépassée. Pour trouver son côté "cygne noir", il faut baiser avec le premier venu, prendre de l'ecsta et se
rebeller contre sa mère. En gros, pour jouer le côté "obscur", sombre, il faut avoir connu le "côté obscur" sic.
Ca fait quand même très psychologie de comptoir et résultat ca enferme les personnages dans un schéma simpliste (trop simpliste).



GT 02/04/2011 14:56



A. : Désolé, j'ai lu ton commentaire hier, et je ne l'ai même pas relu aujourd'hui, donc je ne réponds pas vraiment sur ta
principale critique, le fait de ne pas choisir son camp, j'étais surtout resté sur cette histoire de chambre rose^^... 


C'est vrai que ça donne, parfois, un côté un peu bancal au film... comme Nina, "il ne sait pas sur quel pied danser"... et ça aussi ne me dérange pas vraiment, au contraire, parce que
s'il avait joué à fond la carte symbolique comme dans bon nombre de ballets ou d'opéras, je pense que ça aurait beaucoup moins bien passé sur grand écran, ça aurait été
"trop". Mais là, avec cette dimension intimiste, il rend le personnage de Nina plus attachant, et évite la pure allégorie, souvent trop lourde sur grand écran... mais
bon, après, ce mélange n'a pas fonctionné pour toi, alors qu'il fonctionne assez bien pour moi, je ne vois pas trop comment on pourrait se mettre d'accord
là-dessus ou se convaincre... 



GT 02/04/2011 14:42



A. : Pour moi, tout ça ne pose pas vraiment problème ici, car dès l'ouverture du film, Aronofsky donne le ton : un ballet, plutôt
intimiste (seuls deux personnages dansent, sans décors), et, forcément, symbolique : Nina "danse avec son monstre"... Ca n'a rien d'un thriller ou d'un rubik's cube lynchien. Le but n'est
pas de nous perdre, mais de nous plonger dans un univers symbolique. Je trouve, d'une certaine manière, que toutes ces critiques sur le côté "surligné" du film résultent d'une certaine
mécompréhension, d'une mécompréhension de cinéphiles qui n'ont pas vraiment l'habitude du ballet ou de l'opéra. C'est un peu comme si quelqu'un qui allait à l'opéra en sortait en disant
"c'est nul, on voit tout de suite qui est le méchant, c'est le type en noir avec la grosse voix de basse, et on voit tout de suite qui est le gentil, c'est le ténor habillé en blanc..." On est
dans un registre de conte, de mythe, un monde de symboles clairs et clairement opposés, pas un thriller ambigu ou une étude de caractères.


Voilà pourquoi la chambre rose avec les peluches ne m'a en rien dérangé, je trouve qu'elle est parfaitement cohérente avec ce type d'esthétique, où le but n'est pas de brouiller les cartes.
D'autres éléments l'indiquent clairement, dont un que je n'ai pas vraiment vu relevé, le fait que le chorégraphe français s'appelle Thomas LEROY. Et les danseuses se disputent ses faveurs pour
jouer... la "reine" des cygnes. Et, bien sûr, le fait que Nina, le cygne blanc, est toujours vêtue de couleurs claires, alors que les femmes qui lui posent problème (Lily, sa
mère et l'ex-danseuse étoile) sont toutes habillées de noir. Si Aronofsky fait tout ça, ce n'est sûrement pas pour surligner "bêtement", c'est vraiment qu'il se pose dans un registre
symbolique. Après, on aime ou on aime pas, comme on peut ne pas aimer l'opéra ou le ballet, mais je pense qu'il ne faut pas prendre Aronofsky pour plus stupide qu'il l'est, il a opté
pour ce cadre symbolique en sachant ce qu'il fait... pas en considérant que les spectateurs sont des idiots incapables de voir que Nina a un problème avec ces autres femmes si
on ne les habille pas de noir... 



A. 02/04/2011 00:00



Mouais, mouais, mouais...

Le gros problème du film est qu'Aronofsky ne choisit pas son camp. Le film va parfois à fond sur la symbolique et en même temps tente d'en faire un drame psychologique en essayant d'être profond. Mais le problème c'est qu'on ne peut pas mettre les deux pieds dans le plat et parallèlement essayer de faire un drame psychologique.
Au final, il arrive à ne réussire ni l'un ni l'autre et tombe dans la facilité la plus totale, à chaque subtilité est associé un effet sonore franchement ringard et chaque scène a son explication
un peu après dans le film. Le petit rire qui revient pour bien faire comprendre aux spectateurs attention, là il y a un truc pas normal qui se passe.
Là je rejoins Ska à 100%, Aronofsky n'est absolument pas comme Lynch, tout est mâché pour le spectateur.
Il aurait très bien pu y aller de façon frontale (un peu comme the Fountain) ca n'aurait pas été un problème, mais là, le fait de ne pas choisir un style, il rate à la fois la brutalité franche
(avec la symbolique) et la subtilité psychologique. 

Et donc justement après ca, la symbolique parrait franchement lourd dingue. Les thèmes sont abordés tellement simplement s'en est limite gênant. Nina est encore dans l'enfance donc sa chambre est
rose avec plein de peluches, la boite à musique avec une ballerine qui danse sur du Tchaikovski, la mère qui s'énerve avec le gâteau (s'est tellement vu quand même), la fille se rebelle en jetant
ses peluches, la scène de boîte, les reflets dans le miroir ... Sans compter tous les sous-entendus sur la folie de Nina et le thème du double
 

Et puis franchement, sa manière de filmer la danse pfiouu



GT 01/04/2011 01:00



SKA : A mon sens, la schizophrénie est encore "légère" au début... disons qu'il y a un terrain très favorable (cette mère
ambivalente) et c'est normal, on ne devient pas schizo juste parce qu'on est en train de vivre un truc traumatisant. C'est la situation extrêmement tendue, "schizophrénique" dans laquelle elle se
trouve (les points que j'énumère dans l'article) qui va définitivement la faire basculer.


C'est sûr qu'en y réfléchissant, cette scène lesbienne a toutes les chances de n'être qu'un fantasme, mais sur le moment, je n'en étais pas si sûr, parce que je ne savais pas vraiment si Lily
essayait vraiment de la manipuler, la déstabiliser, lui prendre sa place, ou si ce n'était qu'une interprétation de l'esprit torturé de Nina...


 


Ah, et je profite de l'occasion... pour déclarer officiellement ouvert le "CDB-Cinéma" ! (ou le Cinéma des Blogueurs) : http://classementdesblogueurs.fr/WordPress3/2011/03/31/cinema-des-blogueurs/ (parce qu'il n'y a pas de
raisons de s'étriper QUE sur Black Swan^^) 



Ska 31/03/2011 18:14



Ceci dit - et même si le film m'a profondément irrité - je lui reconnais par moments une puissance peu commune, quelques fulgurances plutôt sidérantes... Mais, bon, trop de volontarisme, trop de
surlignage pour moi... Et pourtant je n'ai évidemment rien contre le maniérisme, mais c'est un truc qu'Aronofsky ne sait absolument pas faire (c'est pour ça que les allusions à De Palma ou
Argento, lues ici ou là, m'ont paru à côté de la plaque).  Aronofsky - qui est tout sauf un cinéaste ludique - paraît incapable de se défaire de son esprit de sérieux et de cette énorme
prétention qui mine Black Swan (alors que The Wrestler avait pu faire espérer l'inverse).



Ska 31/03/2011 18:08



Il me semblait qu'il n'y avait aucune doute possible sur le non-avènement de cette scène de sexe, sur sa nature fantasmée (heureusement d'ailleurs tant sa mise en place et son filmage sont
grotesques ; choses excusées, disons, dès lors qu'il est avéré que c'est un fantasme).


Quant à la schizophrénie de Nina, il me semble que, malheureusement, elle est là dès le début, elle ne se met pas en place progressivment, nulle chance n'est laissée à ce personnage-poupée. Et
c'est le problème de la mise en scène d'Aronofsky que d'être dans la tension et dans l'extrême fébrilité dès les toutes premières minutes... Comme s'il n'était pas capable de gérer la tension
inhérente à son histoire, comme s'il devait dès le départ nous en foutre plein la vue, histoire qu'on ait bien compris où il veut en venir...



GT 31/03/2011 17:39



SKA : Je ne suis qu'en partie d'accord... c'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de surprises, qu'on devine assez facilement ce qui
va se passer, qu'il y a beaucoup de choses déjà vues... je pourrais presque dire que comme Nina, il a bien appris les "pas", mais il lui manque ce truc en plus qui lui permettrait de les
transcender... et pourtant, il n'empêche que j'ai été pris, par les personnages, par l'ambiance, par l'histoire... et que tout ne me semble pas si "clair" non plus. Il reste des éléments ouverts
à l'interprétation, des choses pas si surlignées que cela. Par exemple, je ne sais pas si Nina a vraiment couché avec Lily... si c'est elle qui s'est imaginée ça en rentrant chez elle avec un des
types de la boite (ou seule), ou si c'est Lily qui lui ment et cherche à la déstabiliser pour qu'elle craque et lui laisse le rôle... et je ne sais pas dans quelle mesure
certaines scènes sont le fruit de son imagination, une vision "schizophrénique" de ce qui se passe réellement (bon, pas dans le cas du faux meurtre, je te l'accorde), ou la réalité.
Est-ce son entourage et son travail qui l'entraînent vraiment dans la schizophrénie, ou est-ce qu'elle a déjà, comme on peut le penser, ce côté schizo qui fait qu'elle surinterprète et voit
de manière déformée sa rivale, le chorégraphe et sa mère ? Je trouve qu'Aronofsky laisse tout de même la porte ouverte sur ce point, et ne mâche pas complètement le travail du spectateur... 



Ska 31/03/2011 11:11



Puisque tu parles un peu de Lynch, G.T., l'un des gros problèmes de Black Swan est justement - a contrario de Mulholland Drive par exemple - sa trop grande lisibilité, le manque total de cette
ambigüité qui est constitutive du fantastique. Car, oui, c'est quand même un film qui fait plus que flirter avec le genre. Mais il n'est ni ambigu (Lynch), ni baroque (Argento), ni maniériste (De
Palma). Et c'est sans doute pour ça, aussi, qu'il réussit à se faire passer pour un film d'auteur, un "film à Oscar"... Reste que, sur Nina, tout est clair dès les premières minutes et que jamais
le film ne surprendra, ne nous fera nous demander où est le vrai, le faux, l'illusion, le fantasme. En conséquence, la scène lesbienne ou la scène de meurtre ne fonctionnent pas, ne provoquent
pas le moindre trouble chez le spectateur. Dommage. Car je pense que le film, en dépit de sa grandiloquence qui m'a saoulé, aurait gagné à brouiller un peu plus le récit. Ah ben oui, d'accord,
mais il n'aurait pas eu un tel succès. Ah ben oui...



GT 31/03/2011 02:08



SPIROID : Tu réussirais presque à me convaincre à posteriori que la démarche n'est pas si crétine que ça.


 


Et je ne déséspère pas d'y arriver^^


Tu as raison concernant la transcendance de la technique, mais les scènes qui sont censées montrer cet aspect sont vraiment vulgaires (particulièrement celle où le chorégraphe lui apprend à
se laisser aller). En fait, quand bien même le message de fond serait plus intelligent que je ne l'ai perçu au premier abord, il n'en reste pas moins que la mise en scène est convenue voire
nauséabonde. Encore une fois, on aurait pu se passer du chorégraphe macho qui la tripote, à ce titre, la scène où ils sont dans son appart est bien plus intéressante, et tu fais bien de le
remarquer.


 


Est-ce qu'on aurait pu se passer du chorégraphe macho qui la tripote ? Je n'en suis pas si sûr. Car pour que cette schizophrénie prenne vraiment, il faut qu'il y ait cette confusion entre ce
qu'elle vit et ce qu'elle doit exprimer artistiquement, il faut qu'elle se retrouve dans la plus grande instabilité, ne sache plus si les attentes du chorégraphe sont pour le rôle ou leur
relation.


Des chorégraphes, metteurs en scène, compositeurs assez durs et cassants avec leurs interprètes, il y en a des tas, et les artistes apprennent - même si c'est jamais facile - à faire avec, à ne
pas le prendre trop personnellement. Mais pour qu'il y ait cette schizophrénie, il faut que cela soit mélangé à des affects forts, que Nina ne sache plus trop si le "désir" qu'on attend d'elle
est artistique ou personnel. Et pour qu'il y ait cette schizophrénie, il faut aussi une certaine brutalité, il faut qu'on lui demande de "se faire violence", d'aller contre sa nature... avec un
chorégraphe plus "doux", moins tenté de mélanger le professionel et le privé, la schizophrénie de Nina aurait été moins crédible.


 


Et puis j'ai trouvé la scène en boîte ridicule, ça y'a pas à chercher plus loin... On lui fout un cacheton dans son verre et d'un coup elle envoie valdinguer tout ce qui a fait sa vie depuis
28 ans, c'est un peu facile. Bien sûr il y a des signes avant-coureurs avant, mais la rupture reste très brutale.


 


Mais elle prend un ecsta ! Et avec un bon ecsta, tu peux transformer durant quelques heures une nonne frigide en chaudasse.. j'exagère à peine^^ Si ça avait été quelques verres ou
un joint, c'est sûr que ça aurait pu sembler un peu gros, mais pas avec un ecsta. Rien à voir avec le genre de scènes de défonces pas crédibles où un type tire sur un joint et se met à délirer
comme s'il était sous acide...


 


Quant à la suite de ce que tu dis... c'est ta perception du film, je peux comprendre, mais je ne la partage pas. J'ai l'impression que ce que tu critiques, c'est moins ce film en lui-même, que ce
genre de films. Un genre de film plutôt symbolique qui, par nature, ne fait pas dans la nuance, l'étude subtile de caractères, mais le jeu d'oppositions entre des personnages qui incarnent des
archétypes assez forts. Pour moi, c'est un peu comme si on reprochait à Lynch de ne pas clairement distinger dans ses films le rêve et le fantasme de la réalité. On peut très bien
être insensible au cinéma de Lynch, on peut très bien ne pas aimer être déstabilisé et perdu par ces scènes qui semblent "échapper à la raison"... mais on peut difficilement lui reprocher ce
parti pris.


 


C'est ça le gros problème, c'est que Black Swan tente d'être un grand film, un chef d'oeuvre qui contiendrait tout en lui-même, mais il manque cruellement d'unité et de fluidité (et
d'originalité), et la chute n'en est que plus rude.


 


C'est marrant, parce que moi, je l'ai trouvé - pour ce genre de film, et plus encore pour un film qui entre en résonnance avec le monde du ballet - particulièrement fluide et cohérent (par
contre, je suis d'accord sur le fait qu'il y ait un certain manque d'originalité dans plusieurs scènes)... Je ne suis pas un grand amateur de ballets (à part ceux de Stravinsky, ou le Daphnis et
Chloé de Ravel que j'adore... mais c'est bien plus leur musique que la danse qui me fascinent), mais plutôt d'opéra (là aussi, c'est à nuancer, car je suis assez difficile en matière
d'opéra...) alors les mélanges des genres, les ruptures brutales de ton, les personnages plus "archétypaux" que psychologiquement subtils, la symbolique privilégiée au réalisme, j'ai
vraiment rien contre... et je trouve qu'Aronofsky a réussi ce pari difficile que de transposer l'univers du ballet au cinéma. Je craignais quelque chose de bien plus
emphatique, hystérique, baroque, naïf (comme certains réalisateurs qui ont prétendu faire des "films-opéras" et en ont fait des gros trucs que, pour le coup, j'ai vraiment trouvé
indigestes), et finalement, j'ai été très agréablement surpris par sa manière de mettre en scène ce drame et ne pas tomber dans les travers dont je parle... je serais presque tenté
de dire qu'il a même été un peu trop "sage"^^  


 



Spiroid 31/03/2011 00:09



 


Tu réussirais presque à me convaincre à posteriori que la démarche n'est pas si crétine que ça. Pour autant, je ne peux que retenir que je n'ai pas du tout apprécié la façon dont Aronofsky
traitait le sujet, et ce les deux fois où j'ai vu le film.


Tu as raison concernant la transcendance de la technique, mais les scènes qui sont censées montrer cet aspect sont vraiment vulgaires (particulièrement celle où le chorégraphe lui apprend à se
laisser aller). En fait, quand bien même le message de fond serait plus intelligent que je ne l'ai perçu au premier abord, il n'en reste pas moins que la mise en scène est convenue voire
nauséabonde. Encore une fois, on aurait pu se passer du chorégraphe macho qui la tripote, à ce titre, la scène où ils sont dans son appart est bien plus intéressante, et tu fais bien de le
remarquer.


Et puis j'ai trouvé la scène en boîte ridicule, ça y'a pas à chercher plus loin... On lui fout un cacheton dans son verre et d'un coup elle envoie valdinguer tout ce qui a fait sa vie depuis 28
ans, c'est un peu facile. Bien sûr il y a des signes avant-coureurs avant, mais la rupture reste très brutale.


Ce que j'aurais aimé, c'est deux danseuses moins diamétralement opposées en effet, mais qui toutes deux envisagent la danse (et la vie) sous un angle différent. Nina, cotoyant Lily aurait été
attirée par sa liberté et durant tout le film on l'aurait vu mener un combat intérieur entre ce qu'elle a construit durant toute sa carrière de danseuse et ce qu'elle voit maintenant, une autre
possibilité de réussite qui l'attire autant qu'elle la repousse. J'aurais aimé que l'on m'épargne les scènes de ménages adolescente et que la rupture a proprement parler ne se fasse que dans les
derniers instants du film.


Evidemment, ç'aurait été un tout autre film. Perso j'aurais évacué tout le gore, le fantastique et le côté thriller (ou du moins ses aspects les plus ridicules). Bref, là on rentre dans d'autres
considérations. N'ayant pas aimé le film, c'est normal que je l'aurais réalisé de manière totalement différente. Pour en finir, le principal reproche que je fais à Aronofsky c'est d'avoir attaqué
une bonne idée de scénario sans avoir pris la peine de choisir un angle. On peut multiplier les thématiques du film, certaines sont d'ailleurs intéressantes, mais le film en lui même est
indigeste et peine à faire coller tous les morceaux. C'est ça le gros problème, c'est que Black Swan tente d'être un grand film, un chef d'oeuvre qui contiendrait tout en lui-même, mais il manque
cruellement d'unité et de fluidité (et d'originalité), et la chute n'en est que plus rude.


C'est d'ailleurs pour ça que ton analyse est plutôt convaincante. Analysé point par point, Black Swan n'est pas un mauvais film, il fait réfléchir, et c'est plutôt bien. Mais pris dans son
ensemble, en s'intéressant aussi à la façon dont toutes ces problématiques tentent de s'accorder dans la mise en scène, il n'y a rien à faire, c'est désespérément plat et grossier. Après, que
cela s'accorde avec l'image du ballet, pourquoi pas, mais ça ne rend pas le film moins lourd.



GT 30/03/2011 23:25



SPIROID : Je ne comprends toujours pas vraiment pourquoi ça t'a agacé... c'est pourtant, dans l'initiation d'un artiste, le
passage oblgatoire, et même le passage essentiel, celui où l'on transcende la technique. Dans l'art occidental, c'est un point crucial. Il suffit par exemple de prendre le cas des
compositeurs classiques-contemporains. Qui passent des années, longues et difficiles, à apprendre tous les secrets de l'harmonie, de l'écriture, des rythmes, sonorités etc, qui apprennent les
règles les plus complexes, se font taper sur les doigts quand ils font la moindre faute d'harmonie... et une fois qu'ils ont fini ce lourd apprentissage, qu'ils connaissent absolument
toutes les règles de l'écriture musicale, qu'est-ce qu'on leur demande ? De faire "autre chose". De savoir dépasser ces règles, voire de les bouleverser, pour proposer quelque
chose de personnel. Un compositeur qui se contente de faire ce qu'il a appris, et qui respectent toutes les règles bien comme il faut, en général, on s'en fout. 


Ensuite, ce film ne dit absolument pas qu'il n'y a pas de choix intermédiaire entre être une "gentille petite fille" ou une "fille de mauvaise vie", il part d'un cas précis, d'une fille qui est
particulièrement timide et coincée, et doit donc aller chercher beaucoup plus loin que les autres au fond d'elle pour se "libérer" et devenir une grande interprète. C'est ça qui donne
sa dimension "symbolique" au film, comme dans un ballet, où l'on ne joue pas sur les nuances psychologiques, mais sur des oppositions symboliques fortes. Et c'est aussi pour ça que Nina
sombre dans la schizophrénie, parce que le décalage entre ce qu'elle est et ce qu'on attend d'elle est énorme.


Si je suis ton raisonnement... Lily aurait dû être moins extravertie, moins libérée, Nina aurait été plus "normale", et on aurait eu un tout autre film, pas un film qui joue sur des oppositions
fortes et symboliques comme celles d'un ballet, la schizophrénie aurait aussi été moins justifiée, et ça aurait donné plutôt un "gentil petit film" sur deux danseuses, un peu amies, un peu
rivales...


 


On peut aimer ou non le film, mais je pense qu'on ne peut pas reprocher à Aronofsky d'avoir pris ces caractères opposés, qui rentrent parfaitement dans le cadre qui est cet univers
du ballet. Sinon, c'est un peu comme de reprocher à une tragédie de se finir mal... :-)  



Spiroid 30/03/2011 21:58



Je trouve que le film prend le parti de montrer que Nina la "technicienne" doit s'inspirer de Lily qui a le feeling pour s'accomplir parfaitement en tant qu'artiste. Le chorégraphe ne cesse de
fustiger sa perfection technique, en montrant qu'il faudrait qu'elle danse davantage comme Lily. Après tu as peut-être raison, ce n'est pas aussi caricatural, toujours est-il que ça ma agacé !



Sinon je ne vois pas pourquoi on devrait opposer de manière aussi marquée les deux personnages. Je trouve que ça appauvrit grandement toutes les nuances possibles, et on a l'impression
qu'il n'y a pas de choix intermédiaire pour Nina entre être une petite fille dorlotée ou une "fille de mauvaise vie".



GT 30/03/2011 20:53



SPIROID : Là, je ne suis pas du tout d'accord avec toi...


il se vautre dans un autre cliché: celui du "bon" et du "mauvais" artiste. Le "mauvais" artiste cherchant la perfection technique alors que le "bon" artiste s'exprime avec son coeur... Je
trouve ça affligeant, surtout parce qu'en tant que musicien (du dimanche) j'ai assisté à des pages et des pages de débats entre ceux qui étaient pour la technique, et ceux qui étaient pour le
"feeling", et que ça ne menait à rien sinon à un tissu de conneries.


 


Mais Aronofsky ne se vautre pas dans ce cliché, bien au contraire ! Car l'héroïne, c'est Nina, pas Lily, c'est la technicienne, pas celle qui a le "feeling". S'il s'était "vautré" dans ce cliché,
Nina aurait été celle qui a le feeling, et Lily la "méchante technicienne qui veut prendre sa place"... De plus, c'est Nina qui est choisie, car le manque de technique de Lily
semble finalement plus pénalisant que le manque de feeling de Nina. Bref, ce n'est pas aussi caricatural que tu le dis, j'ai vraiment vu ce film comme un "hommage" à ces artistes de
l'ombre, ces artistes qui ont fait énormément de sacrifices, qui ont une grande technique acquise par un travail acharné, mais n'ont pas la chance d'avoir ce petit quelque chose en plus qui leur
permettrait d'être de grands interprètes.


Et qu'on le veuille ou non, le débat technique vs feeling, même s'il donne lieu chez les musiciens à beaucoup de discussions interminables pas toujours très élevées (je sais, j'ai aussi
beaucoup donné), reste un débat essentiel en art. Parce que c'est le grand travers de jeunes interprètes, beaucoup se focalisent sur leurs techniques et en oublient l'essentiel... 


Ca m'amène au deuxième point qui m'a énervé, et que tu n'évoques pas vraiment dans ton article: la phase de la transformation en cygne noir. C'est d'un grotesque fini. Déjà parce que le cygne
noir est représenté comme un passage de la pureté adolescente (cygne blanc) à la maturité d'une femme qui s'assume. Non seulement le personnage de Nina est totalement caricatural, mais ce qu'on
lui oppose l'est aussi. L'idéal du cygne noir (Lily) est une femme qui pratique tous les excès. Il y a un message là-dessous que je trouve proprement gerbant. D'ailleurs tous les passages qui
traitent de la sexualité sont traités avec ce message de fond horrible. La pire scène étant sans doute celle où le chorégraphe manque de violer Nina en prétextant qu'il veut lui apprendre à se
laisser aller (je caricature à peine).


 


Je ne comprends pas trop ce que tu trouves "gerbant", ni même la teneur de ce message. Si l'opposition entre les deux est caricaturale, c'est bien normal, on est dans la
symbolique, comme dans le ballet, pas dans une étude de caractères. Il faut que Lily soit aussi sensuelle et extravertie que Nina est timide, enfantine et coincée, c'est comme ça que la
symbolique et la schizophrénie fonctionnent. Si Nina et Lily avaient été moins opposées, c'est toute la symbolique qui s'écroule...



Spiroid 30/03/2011 19:55



Je ne vais pas reprendre point par point tout ce que tu as dit, ce serait fastidieux et puis j'y ai déjà partiellement répondu dans mon propre article.


En revanche, je vais m'attarder sur quelques points. Tu dit qu'Aronofsky évite le cliché de l'artiste qui fascine tout le monde dès la première audition. Certes, et heureusement parce que le film
aurait définitivement perdu tout intérêt. Mais il se vautre dans un autre cliché: celui du "bon" et du "mauvais" artiste. Le "mauvais" artiste cherchant la perfection technique alors que le "bon"
artiste s'exprime avec son coeur... Je trouve ça affligeant, surtout parce qu'en tant que musicien (du dimanche) j'ai assisté à des pages et des pages de débats entre ceux qui étaient pour la
technique, et ceux qui étaient pour le "feeling", et que ça ne menait à rien sinon à un tissu de conneries.


Ca m'amène au deuxième point qui m'a énervé, et que tu n'évoques pas vraiment dans ton article: la phase de la transformation en cygne noir. C'est d'un grotesque fini. Déjà parce que le cygne
noir est représenté comme un passage de la pureté adolescente (cygne blanc) à la maturité d'une femme qui s'assume. Non seulement le personnage de Nina est totalement caricatural, mais ce qu'on
lui oppose l'est aussi. L'idéal du cygne noir (Lily) est une femme qui pratique tous les excès. Il y a un message là-dessous que je trouve proprement gerbant. D'ailleurs tous les passages qui
traitent de la sexualité sont traités avec ce message de fond horrible. La pire scène étant sans doute celle où le chorégraphe manque de violer Nina en prétextant qu'il veut lui apprendre à se
laisser aller (je caricature à peine).



GT 30/03/2011 19:41



VINCE : Si l'on ne voit pas trop le mouvement, c'est sans doute parce qu'à la base, cet article était un très long commentaire,
où, en effet, je revenais point par point sur les critiques. Mais je l'ai tout de même "retravaillé", je pensais avoir donné un certain mouvement, en partant de "l'extérieur" (comparaisons avec
le ballet, référence à Mulholland Drive) pour aller vers les personnages et vers l'intérieur, avant de finir sur le l'intensité dramatique et sa résolution... mais bon, sans doute que ça manque
de "structure".


Sinon, merci pour l'article, pas inintéressant... même s'il me laisse un peu sceptique. Tout d'abord parce que je n'aime pas du tout l'esthétique "camp", et cet article me semble partir de
manière un peu artificielle du film (l'auteur dit d'ailleurs lui-même que, par de nombreux aspects, Black Swan n'a rien d'un film "camp"), qui est un prétexte pour parler du camp (et
en dire tout de même des choses plutôt intéressantes).



Vince 30/03/2011 18:54



Bien que contenant bon nombre d'idées pertinentes et fines, je ne vois pas très bien le mouvement de l'article, si ce n'est une défense brute et point par point de ce qui t'as semblé intéressant
dans Black Swan.


J'ai lu récemment un article sur Slate qui pourrait t'intéresser :


http://www.slate.fr/story/34287/black-swan-style-camp